‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 90 sur 176 · Voy. PracHca, V« pars, p · texte numérisé non relu

Voy. PracHca, V« pars, p

6. Alain, qui est peut-être le même qu'Alain de Lille, a prétendu distinguer les consolée des parfaits. Scbmidt juge celte distinction mal fondée (voy. op. cit., t. II, p. 92, n. 4). A notre avis, il a raison. Ni l'esprit des croyances cathares, auxquelles il se réfère, ni les textes ne confirment la pensée exprimée par l'auteur du xn* siècle.

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Enfin, comme, pour l'église orthodoxe, le catharisme représente à un certain moment l'hérésie suprême, en tout cas celle qu'elle juge la plus redoutable, non seulement les simples fidèles, mais les controversistes catholiques et avec eux les inquisiteurs, tous donnent aux sectaires le nom général d'hérétiques et à leurs croyances celui d^hérésie. C'est sous cette appellation que, dès la fin du xn® siècle et surtout au xm®, les doctrines dualistes se trouvent perpétuellement accouplées à d'autres que les souverains pontifes poursuivent avec un égal acharnement, sinon avec un même succès, celles qu'a prêchées Pierre Yaldez. Alain écrit son traité « contre les hérétiques et les Yaudois ». Guillem de Tudèle, l'auteur de la première partie de la Chanson de la croisade conty^e les Albigeois^ parle des eretges e sabatatz. Les interrogatoires d'Inquisition relatent les réponses des prévenus super crimine ou super facto heresis et valdesie, < sur Taccusation » ou « sur le £ait d'hérésie et de vaudoisie^ ».

Quoi qu'il en soit de ces noms divers donnés aux représentants en titre de l'église cathare, aux parfaits, c'est par l'imposition des mains, par le consolamentum, sacrement principal de la secte, le baptême spirituel qu'elle oppose au baptême matériel de l'eau, qu'ils atteignent à cette condition souveraine. Ils font partie dès lors d'une classe d'élus, en qui se retrouvent tous les caractères supérieurs, tous les privilèges, qu'attribuent aux croyants d'une telle catégorie les textes du Nouveau Testament. Ds deviennent les fils légitimes du Christ, les successeurs authentiques de ses apôtres.

C'est tout autre chose, du reste, qu'un vain orgueil qu'il faut voir dans cette prétention des parfaits de se réclamer du Sauveur et de ses disciples immédiats, de se donner comme leurs continuateurs. Dans leur pensée, la sainteté, dont ils croient avoir repris possession par le retour en eux de l'Esprit-Saint, ne les autorise pas au repos. Elle leur impose au contraire une vie de labeurs pareille à celle des premières générations qui fondèrent la foi chrétienne'. Le monde, en réalité, n'existe plus pour eux. Ils

1. Voy., pour ees dernières indications, Scliniidt, op, cit, t. II, p. 92, n. 7. En ce qui a trait à certaines appellations propres aux fractions orientales de la secte cathare, celle, par eierople, de 6eoT6xo(, pères de Dieu, dont les Bogomiles, suivant l'historien grec Euthyme Zlgabène, auraient désigné ceux de leurs coreligionnaires comparables aux parfaits, voy. également le même auteur, cp. ett,, U II, p. 92 et n. 5 de la même page.

2. Voy. chez Schmidt, op. cit., t. II, p. 94, le témoignage curieux de ce

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cessent d'y appartenir» au moins dans le sens spirituel donné par rÉvangile à ce renoncement suprême. Du monde, ils abdiquent les passions, les désirs. Us ne s'appartiennent même plus à euxmêmes. Us font à réglise qui les a accueillis, à la propagation de ses principes, à sa défense, non seulement le sacrifice de leur vie et de leur sang, — cela va si bien de soi, que d'un sacrifice de ce genre on ne parle même point, — mais ils lui immolent encore sans délai tout ce qui fait le charme de Texistence humaine, ce qui la constitue réeUement, les affections, les richesses, jusqu'à la satisfaction des besoins les mieux justifiés.

Pour le cathare, en effet, du jour où le consolamentum lui a été accordé, il n'y a plus ni liens ni joies de famille. S'il est marié, il se sépare de sa femme et de ses enfants ; il se condamne à une vie rigoureusement solitaire et chaste. U fait en même temps vœu de pauvreté absolue. Ses biens, s'il en a, il les abandonne à l'élise où il est entré. U les verse au trésor commun, qui, formé d'apports de toutes sortes, donations ou legs, sert à défrayer les besoins de l'association et de ses ministres. Sa vie quotidienne prend le caractère le plus humble, pour ne pas dire le plus grossier. Les privations de tout genre en deviennent la règle. U se contente pour ses vêtements d'étoffes aussi simples que possible, de couleur sombre, ordinairement noire. En fait de nourriture, il se restreint au strict nécessaire, à ce qu'il lui &ut exactement pour soutenir son corps qu'il méprise. Conformément aux croyances de la secte, il répudie tout aliment charnel. Encore, les aliments auxquels il se réduit en est-il redevable le plus souvent à la charité de ses coreligionnaires. « Les hérétiques, dit un texte des débuts du xiv® siècle, quand ils ne se livrent qu'à un travail modéré, doivent observer le jeûne, et en particulier jeûner durant trois carêmes, le premier de la fête de saint Martin à la fête de Noël, le second à l'époque qui est ceUe du carême ordinaire et le troisième de la Pentecôte environ à la fête de saint Jean. Durant ces carêmes et à d'autres moments aussi, ils doivent en outre, s'ils peuvent le supporter, n'absorber pendant trois

renoncement à la quiétude et à tous les biens de ce monde que se rendent à eax-mémes les parfaitSf et que nous a transrois un écrivain catiiolique du XII* siècle, le prémontré Éverwin, prévôt de Steinfeld. Dans les paroles rapportées par lui, il y a comme le programme de la vie A laquelle se sont résolus les Cathares élevés à une dignité supérieure par le plus puissant des rites de leur secte.

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jours que du pain et de l'eau, en y ajoutant une noix au plus. Les autres jours, il leur est permis de se nourrir de pain, de mets cuits, de vin et de poisson; mais il faut que le vin soit si fortement mélangé d'eau qu'à peine il en reste quelque peu dans la boisson ainsi préparée. Cette prescription a pour but de les aider à dompter leur chair^. »

A côté des parfaits existe tout un groupe de femmes, désignées du même nom qu'eux. Comme les hommes, ces femmes se distinguent par un vêtement spécial, également de teinte sombre. Au reste, leur vie de chaque jour n'offre aucune différence avec celle dont les parfaits eux-mêmes ont accepté les lois rigoureuses. C'est une existence toute semblable à celle de ces derniers, de renoncement et de privations. Ainsi qu'eux, les parfaites ont quitté lejir maison, abandonné le foyer conjugal, délaissé leurs enfants, renoncé à leurs biens pour se soumettre au régime le plus austère et le plus finigal. La seule concession qui leur soit faite, c'est de ne pas voyager sans cesse, alors que les hommes y sont obligés. C'est aux hommes, en effet, et non à elles qu'a été dévolu essentiellement le rôle particulier d'apôtres de la bonne nouvelle^ de propagateurs des doctrines du salut. Elles habitent seules, dans des cabanes isolées au fond des bois, dans des lieux retirés. Parfois encore, réunies dans des maisons communes, elles s'occupent ensemble de travaux manuels, de tissage, de couture, ou bien font l'éducation de jeunes allés qu'elles instruisent dans la foi qui leur a imposé tous ces sacriâces. Elles ne sortent de ces asiles que pour soigner les indigents et les malades. Leur vie, sous cette dernière forme, fait songer à celle que mènent comme elles d'autres femmes dans les béguinages flamands du xm* et du xiv' siècle, toujours si suspects à l'église officielle^.

1. Dôllinger, DokumerUey p. 246. Voy. également Ibid.^p. 19, 22. Voy. encore, Archives des Missions scientifiques et HUéraires, t. XIII, p.^288, 289, un texte pablié par noas et emprunté à on manuscrit de la Bibliothèque dn Vatican, fonds do Vatican, n* 4030, fol. 59 G. Le texte en qoestion dépeint la vie de l'tiérétiqoe Goillem AoUer et la présente comme le type de Texistence des parfaits cathares.

2. Voy. sor ces points Schmidt, op. cit., t. I, p. 200 et 289, et t. H, p. 95. — A travers l'obscorité et la malveillance intentionnelles des termes, peot-étrd faot-il Yoir l'indication d'un de ces refuges de femmes parfaites dans le Débat d'Izam et de Sicart de Figuetras, publié par M. Paul Meyer. Voy. vers 57-64. Voici, en tout cas, un texte qui confirme de la façon la pins explicite nne par-

l'église et la SOCT^Té GATHÂBES. 241

Mais ce n'est pas toujours dans des limites aussi étroites que s'enferme le rôle de ces adhérentes du catbarisme. Il s'agrandit, en certaines circonstances, et s'élève à la hauteur de celui qui revient forcément aux hommes, leurs coreligionnaires. Afin de maintenir entre les membres de la secte les rapports qui doivent assurer la ferveur de leur foi, elles aussi entreprennent ces courses, où, comme les parfaits, elles doivent s'attendre à toutes les fatigues et à tous les périls. Les croyants ne mettent pas d'ailleurs un moindre empressement à soulager leurs peines, ni ne montrent moins de sollicitude pour garantir leur sécurité qu'ils le font plus couramment pour les parfaits eux-mêmes en pareilles conjonctures ^ Ce n'est pas tout encore. Les fonctions sacerdotales, qu'on pourrait croire réservées uniquement à ceux-ci, ces femmes arrivent à les exercer également, au moins dans une certaine mesure. Schmidt voudrait qu'on leur eût accordé jusqu'au pouvoir d'administrer le consolamerUum en des cas extrêmes^. Nous ne le pensons pas; même pour les cas dont il s'agit, nous n'en avons pas, quant à nous, rencontré l'indication. Mais, là où le même écrivain se trouve certainement dans l'erreur, c'est lorsqu'il ajoute : « Il n'y a pas un seul exemple qu'elles aient aussi eu le droit de prêcher au peuple; les

tie des renseignements donnés par Schmidt et qne nous-méme ayons reprodoits. Il est emprunté à nn manuscrit des Archives de la Haute-Garonne (fonds des Dominicains). « Item dixit se vidisse Isibardam et sociam ejus herettcam in qoadam cabana in memore de Treboncio. » Interrogatoire de Gaillem Carrère, 8 juin 1254. — c Post hoc yenerunt ibi dicti Raimundus de Govizano et Raimundus Michael heretici et eduzerunt Inde ipsam testem et Arsendim et Guillelmam Recordam, socias ipsius testis hereticas, et duxeront eas in nemora de Alione prope Pradas. Et fuerunt ibi in qnadam cabana per qnatoor meoses. » Même manuscrit, fragment de l'interrogatoire d'nne femme dont le nom n'est pas indiqué.

1. c Dixit etiam quod cum ipsa testis et socie ejus heretice stetissent ibi, sicat dictum est superius, Raimundus Beroardi et Galharda, uxor ejus, ednxerant ipsam testem et socias ejus hereticas inde, et duxerunt eas extra yillam de Brom. n Manuscrit des Archives de la Haute-Garonne cité plus haut, fragment de l'interrogatoire d'une certaine Rigaude Saurine. ^ « Item dixit quod qnando ipsa testis et socia ejus heretica exiverunt a domo Raimundi Bemardi, sicat dictum est superius, Bernardus Rossi de Brom cum aliis duobus superias nominatis associayeruot ipsam testem et socias ejus hereticas. » Même manuscrit, même déposition. — c Et cum stetissent ibi per dictum tempos, Raimundus Guilaberti hereticus et Bernardus Garini macellarius eduxerunt ipsam testem et sociam ejus hereticas inde, et intromiseront eas in domum Gnillelmi de Yalle. » Ibid.y ut tupra.

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