‹ La Question des Fermiers GénérauxChapitre 23 sur 85 · LAPS · texte numérisé non relu

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que tout le problème se réduisait à ceci: « Un métayer peutil vivre et faire quelques économies (1) ? » C’est, selon nous, le côté matériel mais trop étroit du problème. Le métayer bourbonnais a bien d’autres légitimes ambitions que celles de vouloir vivre et faire quelques économies ; il en est une surtout qui lui tient au cœur ; elle est d'ordre moral ; sa dignité d'homme le pousse à secouer le joug de demi-domesticité sous lequel il plie depuis des siècles.

Sous la plume de certains écrivains, nous avons déjà rencontré les épithètes d’ «esclave », de «serf », etc., appliquées au métayer. Loin de nous la pensée de faire nôtres de tels rapprochements. Mais il nous sera permis de noter que le colon est peut-être de tous les travailleurs celui dont l'indépendance subit encore les plus graves restrictions. Certes, le métayer du XXe siècle n’est plus l'ancien serf taillable et corvéable à merci, ni même le serf tout court ; mais il est encore, par bien des côtés, à la merci du « maître ». En droit ? non. En fait? oui. En droit pur il y a la liberté des contrats, mais en fait il y a la nécessité des contrats. S'il y a des degrés dans la sujétion déterminée par l’état de classes de la société économique, le métayer en occupe à coup sûr les plus élevés. Comment pourrait-il en être autrement ? Le métayer représente le facteur travail : c’est une première raison de sa

(1) Le Temps : 30 décembre 1910.

soumission au représentant du facteur capital (1). Le métayer travaille en famille ; les conséquences d'un geste d'indépendance de sa part dépassent ses intérêts personnels en atteignant tous les siens. Le métayer est lié au propriétaire par des contrats qui le tiennent à la merci de ce dernier. « Les baux sont malheureusement si courts, disait le baron de Veauce, que le métayer n’a jamais devant lui un avenir assuré, ce qui est souvent de sa part l’objet du découragement. Très ignorant, craintif et quelquefois méfiant, il est à la merci complète du propriétaire, car ce dernier pourrait peut-être abuser de sa position (2). » Nous tenons d’un propriétaire l’aveu « qu'avec les baux que l’on fait signer à la Saint-Martin, les métayers sont beaucoup plus soumis ; ils sont presque complètement à la merci du propriétaire. C’est le seul moyen d'en faire quelque chose (3) ». Tel est l'avantage du principe d’autorité, « de ce principe précieux parce qu'il est, d’après M. de Garidel, dans l’ordre logique des choses, précieux surtout parce qu'il vient de Dieu qui en a fait le fonde-

(1) Au propriétaire qui propose à son métayer l'association: « le labourage en va mieux — quand les bœufs sont deux à deux,» le métayer répond :

C’est bien; mais quand les bœufs ne peuvent pas s'entendre, Qu'ils veulent, l’un à droite et l’autre à gauche tendre, Un tiers, c’est l’aiguillon, les met bientôt d'accord, Ici point d’aiguillon, vous serez le plus fort. : Causeries de Paysans, par Jules MARTINELLI, 1857. (2) Enquête agricole, 1866, départ. de l'Allier. (3) Propriétaire de la commune d'Arpheuille-Saint-Priest.

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