La question des logements à bon marché
Je dois loul d'abord vous remercier des^lermes flalleurs patv^^,? lesquels vous venez de présenter le conférencier à l'auditoire , trop flatteurs même, car je risque de rester au-dessous de l'espérance que vous faites concevoir.
J'apporterai du moins toute ma bonne volonté a servir, dans la mesure où je le puis, l'œuvre de progrès et de concorde a laquelle vous et vos collègues vous êtes dévoués. Vous le savez : quand vous êtes venu me trouver à Paris, je n'ai pas hésité un insUmt à accepter votre invitation malgré les prescriptions de la médecine et la surcharge de travail que m'imposent aujourd'hui mes fonctions. C'est que je connais depuis longtemps la haute importance de la Société Industrielle de Lille et les services que depuis trente ans elle n'a cessé de rendre a l'industrie locale et parlant à la France ; je ne devais pas lui refuser le modeste concours qu'elle réclamait et que
j'avais été heureux de prêter, quelques années auparavant, à son aînée la Société Industrielle de Mulhouse à laquelle, M. le Président, vous venez de rendre un juste hommage. C'était un honneur pour moi de me trouver associé à votre société en inscrivant mon nom a la suite de ceux que vous venez de citer et qui me rappellent des maîtres ou des amis.
Permettez-moi d'ajouter que c'était aussi un plaisir. J'ai ici de vieilles relalions qui me sont chères, dans votre famille même, M. le Président^ et je retrouve dans l'enseignement d'anciens élèves et déjeunes savants dont je suis avec intérêt les travaux et la réputation naissante.
Messieurs, Mesdames,
Vous connaissez le vers que Voltaire adressait galamment a une impératrice :
C'est du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière.
Je dirai à mon toui", en parlant un Ixingage peu poétique assurément, mais [)lus sincère que celui de la galanterie, le langage de la statistique :
Au Nord est aujourd'hui la force économique,
je veux dire à la France septentrionale.
Il y a quelques jours, je préparais, sur la demande du président du groupe d'économie sociale à l'Exposition universelle de Saint-Louis, deux cartes destinées à représenter l'importance relative, par départements, des forces productives de notre pays. J'ai pris plusieurs indices : le nombre des ouvriers dans les industries extractives et manufacturières, le montant des patentes, les escomptes des succursales de la Banque de France, l'extraction de la houille, l'emploi des chevaux-vapeur dans l'industrie. Tous ont donné à peu près le même résultat figuratif : la région qui s'étend de Paris à la frontière belge est a quelque forme de la richesse qu'on s'adresse, le groupe le plus
important par son étendue comme par l'intensité de sa vitalité économique : il devance de beaucoup les autres groupes qui le suivent, celui de Lyon et Sainl-Etienne et ceux des grands ports de mer. Or, dans ce groupe privilégié, le département du Nord occupe le second rang, immédiatement après celui de la Seine. Le Nord emploie 459.000 personnes (recensement de 1890) dans ses industries extractives et manufacturières: il en employait 273.000 en 1800. Sous les divers régimes économi(jues ou politiques qui se sont succédé depuis quarante ans, l'activité du départemenl ne s'est pas démentie, quoique la France ait traversé des temps difficiles. Il y a sans doute des branches qui ont souffert ; mais le ti oncest resté vigoureux et. grâce aux richesses naturelles du sol et du sous-sol, grAce à des capitaux accumulés, à des traditions invétérées, à l'intelligence et à l'énergie de la population le progrès s'est fait; Taugmentation de 08 p. 100 dans le personnel industriel, de 724 p. 100 dans les chevaux- vapeur (1) en donnent sinon une mesure, du moins une idée approximative.
Permettez-moi de vous faire remarquer en passant que dans le département du Nord, comme d'ailleurs dans tous les centres de grande industrie, l'emploi de la force mécanique a augmenté dans une proportion plus forte que celui de la force humaine, mais qu'elle n a pas, comme le redoutaient des pessimistes, eut pour olfet une réduction du nombre des travailleurs.
Dans cet intense foyer toutes les (jueslions ouvrières soni en fermentation. Jl est naturel, je dirai volontiers il est nécessaire (|u'il (*.n soit ainsi. (]e qui est regrettable, c'est (|ue trop souvent elles soient soulevées moins par des intérêts économiques que par des passions qui soufflent la discorde.
C'est sans passion que je les aborderai devant vous, ayant toujours
(1) 44.347 chcvaux-vapcur on 1800 ; 3G2.59() en 1901.
élé désireux de les disculer cl de les entendre discuter posémenl, scienliliqueincnl, sans préjuge de classe, ni d'une part ni d'aulre. L'éducation d'un peuple se fait par l'expérience des faits et par la propagation des idées. C'est de l'idée que je me fais ici l'interprète, j'ajoute, de l'idée fondée sur l'étude des faits.
Parmi les nombreuses questions qui s'olTraient à notre choix, nous avons cru. M. le Président et moi, devoir donner notre préférence à celle des lof/eme7its à bon niarché^ Pourquoi ? Parce qu'elle est — avec bien d'autres il est vrai — à Tordre du jour et parce qu'elle a une importance capitale au triple point de vue du bien-être, de la santé et de la moralité.
Aujourd'hui les documents sur ce sujet abondent, livres, brochures, articles de journaux, congrès, lois, entreprises, institutions philanthropiques, tout un monde nouveau dont les manifestations ne remontent guère au delà de la seconde moitié du XIX^ siècle
C'est que c'est surtout dans cette seconde moitié que l'industrie, la grande industrie particulièrement, a pris les amples développements dont nous sommes les témoins et que distinguent, entre autres caractères, la concentration des établissements, l'agglomération des ouvriers, l'accroissement des grandes villes. Ces changements ont fait naîlre de nouveaux besoins, créé de nouvelles ol)ligations et éveillé la sollicitude des manufacturiers, des philanthropes, des autorités publiques.
Nos ancêtres n'étaient pas mieux logés que nous. Jls Tétaient même en général plus mal, non seulement dans la classe ouvrière, mais dans toutes les classes. Le luxe parfois était grand et de très haut goût ; mais le confortable laissait beaucoup \\ désirer. Les appartements même d'une reine, comme ceux de Marie-Antoinette à Versailles, en témoignent parfois, Moheau, qu'on peut honorer du titre de premier démographe français et qui n'avait pas l'esprit pessimiste, écrivait : « Si Ton parcourt les villes de France, on ne trouve aucune comparaison des habitations anciennes aux habitations actuelles ; dans toutes les provinces les anciennes cités et les nouvelles
villes paraissent deux pays dilVcrenls et les maisons subsislanlcs sont, sans contredit, plus grandes, plus conunodes et plus saines (jue celles qu'elles ont remplacées. Si nous fixons noire attention sur celles des campaj2;nes, nous reconnaîtrons partout l'empreinte de la misère ; cependant, quoiqu'il existe peu de vestiges des habitations anciennes des pauvres, on peut observer qu'il y en a un moindre nombre fomposées de torchis, que les nouvelles sont moins resserrées et mieux aérées, que les lieux d'habitation bien situés ont gagné en po[)ulation ce que les autres ont perdu (1) )). Ainsi Moheau constatait déjà, en môme temps que la misère générale des campagnes, une certaine amélioration. Ce qu'était l'habitation dans les diverses provinces de France autrefois, vous pourrez vous en rendre compte en lisant le rapport que M. de Foville a présenté à ce sujet au Comité des travaux historiques et scientifiques.
Récemment un orateur de congrès comparait la maison picarde h trois époques qui ne sont pas bien éloignées de nous; en 1 SîiO, c'était une maison en pisé n'ayant qu'un rez-de-chaussée, sur le sol nu, une porle. deux petites fenêtres, pas de cabinets d'aisance ; en 1S70, la maison était en briques et le rez-de-chaussée était surmonté d un étage ; en 1 Si)0. la cave, le carrelage, trois pièces dont une en niansarde au-dessus du rez-de-chaussée, des cabinets d aisance attestent une amélioration très sensible.
Je n ai pas l'intention et je n'aurais pas en une heiire le loisir de l'aire l'histoire de l'habitation à travers les âges ni même de vous dire les changements dont j'ai été témoin dans le cours de mon existence, depuis trois quarts de siècle. Je me bornerai ii prendre quelques points de repère. Je les trouve à Lille même dans les descriptions de trois observateurs consciencieux auxquels je puis ajouter le témoignage de la Commission du choléra. Le vicomte
(i) Moheau. — Heclierches et considérations sur la j)opulation de la France^ p. 264, cité dans le tonio 1^' , p. 23, de La population française par E. Levas^euu.
de Villeneuve-Bargemonl, qui a été préfel dans ce déparlement ( I ), Villermé qui fut chargé de la mission économique par l'Académie des Sciences morales el politi(|ues (2), le D'' Hinaut qui fit une enquête pour la Société de Saint-Vincent de Paul (3) sont unanimes dans les descriptions qu'ils font des quartiers populeux, principalement des cours de la rue des Étacjues avec ses caves humides et sombres et ses greniers mal abrités. « S'il existe un lit, dit un de ces observateurs, ce sont (juelques planches sales, grasses, de la paille humide et putres-
cente )k « Je n'ai jamais, dit un autre, vu autant de saleté, de
misère, de vices et nulle part sous un aspect plus hideux, plus révoltant ». Comment en aurait-il pu être autrement ? Dans l'ordure et la promiscuité les vices germaient comme les champignons sur le fumier (4). On calculait que, dans le quartier Saint-Sauveur, 95 p. 100 des enfants mouraient avant leur cinquième année, tandis (ju'on n en perdait que 25 à 30 rue Royale. Les trois auteurs écrivaient sous le règne de l.ouis-Philippe. Vingt ans après, pendant le secondempire, Jules Simon s'affligeait de retrouver le même spectacle, quoique déjii la plus grande partie des caves eût cessé de servir de logement (5).
(1) ï^c vicomte Alban do Villonouvc-l^argomont a traité cette question dans son ouvrage Kco/iu7nîc politique chrétloine oit recherches sur la nature et les causes du jjaupérisme en France et eti Europe et sur les moyens de le soulayer et de le prévenir^ publié en 18^34 en trois volumes.
En il y avait, d'après cet auteur, 3.687 personnes logées dans des caves.
(2) l.e D*^ Villermé, membre de TAcadémie des Sciences morales et politiques a publié son ouvrage Tableau de Vctat physique et moral des ouvriers employés clttns les majtu factures de coton^ dr laine et de soie j)ul)lié en !2 volumes, en 1815.
(3) Sur familles assistées en 18i3, KX) n'accusaient qu'une pièce. \1 habitaient des caves.
('i) Un lillois, ancien visiteur, je crois, de la Société de Saint- Vincent de Paul, me disait que, voulant améliorer la condition d'une famille nombreuse oii grands garçons et grandes filles couchaient dans la même chambre, il avait installé dans un grenier une chambre spéciale pour les filles. Il s'aperçut qu'il n'avait pas remédié parla à la promiscuité. Comme il en faisait l'observation à la mère : « Que voulez-vous repotulit-elle, c'est la "nature ».
(5) Je suis allé visiter la rue des Ktaques pendant mon dernier séjour à Lille.
C'est parce qu'à Lille le mal a été très grave et parce que, bien que combattu pur I édilité et par les particuliers avec une louable et persévéranle sollicilude, il n'a pas enlièrement disparu, que la question des logements sains a bon marché est particulièrement à Tordre du jour dans votre ville (1).
Ce mal, des réformateurs ont entrepris de l'attaquer par plusieurs côtés. Nous pouvons comparer leurs groupes à autant de corps d'armée dressant leurs batteries et montant l\ l'assaut contre les bouges. Ils visent tous le môme but ; mais leur tactique esl diverse. Nous allons les passer successivement en revue.
En preinier lieu le j)^t/i"Onat. Puisque .les grands manufacturiers attiraient dans leurs établissements un personnel nombreux et qu'ils créaient ainsi des agglomérations industrielles dans des localités auparavant rurales où rien n'était aménagé pour recevoir ce contingent d'émigrants, il était naturel qu'ils pourvussent à leur logement. Un de vos compatriotes, M. Scrive, l'avait fait avant 1848 à Marquette où il avait établi une boulangerie, des bains, un dortoir poui* les célibataires.
De notables changements y ont été opérés ; je n'ai pas vu de caves habitées et, quoique les aUées soient restées étroites et que les cours paraissent avoir une trop i'orte densité de i>opulation, l'aspect général est loin d'être aussi navrant qu'au temps de Villermé. D'ailleurs la Commission des logements insalubres a interdit depuis 1804 Thabitation des caves.
(1) Kn 181KJ, d'après une enquête faite par M. Féron-X'rau, il y avait, sur un total de 900 familles, 197 familles qui n'occupaient qu'une chambre, 4.'^8 qui n'en avaient que 2, lîKj qui n'en avaient que 3 ; cependant, 513 familles avaient T) enfants et plus (voir JLa filature de coton dans le Nord de la France, par M. Jules Houdoy, p. 373).
La France n'est pas seule à constater l'existence de bouges dans les grandes villes. Aux Etats-Unis, i)ays neuf, il y en a comme en Europe. \'oir le sixième rapport spécial du Commissaire du travail à Washington (CarroU D. Wright), 1894, intitulé 2Vie Slums of Baltimore^ Chicago^ Neto York and Philadelphia, Voir aussi Touvrage plus récent (1901) intitulé Tenement conditions in Chicago, Report of t/te investigating comrnittee of the City Homes Association^ par Robert Hunter.
La Société Industrielle de Mulhouse avait de son côté sonné Talarme dès le règne de Louis-Philippe ; au lendemain de TExposilion universelle de Londres, le l)'' Penot, secrétaire général de cette société, déposait un rapport contenant le programme des cités ouvrières. (1) c< La commodité, disait-il, la propreté d'un logement influent plus qu'on ne le supposerait d'abord peut-être sur la moralité et le bien-être d'une famille. Celui qui ne trouve en rentrant chez lui qu'un misérable taudis, sale, en désordre, où il ne respire qu'un air nauséabond el malsain, ne saurait s'y plaire, il le fuit pour aller au cabaret . ...» Je regrette que le temps ne me permette pas de continuer celte lecture; le passage mériterait d'être cité en entier. Alors fut fondée la Société mulhousienne des cités ouvrières avec un capital de 300.000 fr. auquel elle attribuait un intérêt, très modique ii cette époque, de i *7,^. Eugène Muller fut son architecte : c'est lui qui a créé le type bien connu des quatre maisons accolées en carré avec jardinet, ayant une valeur d'environ 3.100 fr. Chaque habitant était indépendant chez lui ; moyennant une somme annuelle qui comprenait le loyer et l'amortissement du capital (sans que cette somme dépassât le taux des locations ordinaires), il devenait, au bout d'une vingtaine d'années, propriétaire (i).
La Société comptait sur le sentiment de la propriété pour consolider la moralité des familles ; en cela, elle avait raison. Son œuvre est achevée aujourd'hui : elle a vendu environ 1.200 maisons.
Dans l'histoire des logements ouvriers la Société mulhousienne
(1) M. Muller a publié on 1878 (cotte publicatiou avait été précédée d'une première publication en IBr^C)) Lrs linbi toi ions ouvrières en tous prfj/s^ ouvrage, dans lequel il a donné les plans des maisons de la cité ouvrière de Mulhouse et ceux d'autres créations faites en France et à Totrangor. L'ouvrage a été réédité, avec complément en 188U, par MM. Muller et Gacheux. En 1ÎK)3, M. Gacheux a ilonné un Supplément à cet ouvrage (Gonsulter aussi, relativement à la construction, YEtude sur la const rurfion des habitations à bon tuarché en France et à Vctranyer par M. Charles Lucas, architecte, 1 vol. in-8.
(2) La Gitc ouvrière de Mulhouse étant la première grande entreprise de ce genre et une des plus mémorables, je donne en appendice le passage i\eV Histoire des clauses ouvrières en France depuis 17 SO, ouvr.Mgo publié en 18()7 (réérlité en lîKK i-lîK)^i) dans lequel j'ai décrit cette cité.
occupe une place mémorable ; toutefois le mode qu'elle a conçu et qui consistait a fixer par la propriété une colonie de familles ouvrières dans un grand centre de fabriques n'a réussi qu'imparfaitement ; car les ventes et les partages ont fait passer la moitié des immeubles en d'autres mains, et certains commerces, tels que celui des boissons alcooliques que les fondateurs avaient proscrit, ont pénétré dans la cité. En somme, le problème de l'acquisition de la propriété foncière par l'ouvrier est compliqué de difficultés spéciales dans les grandes villes et la solution ne s'impose pas aux manufacturiers ; en général dans de telles agglomérations, les patrons n'ont pas besoin pour s'assurer la main-d'œuvre de lui offrir l'appât de la propriété.
Autre est la situation des établissements isolés dans une banlieue et dans une campagne. Là les employés et ouvriers sont ceux de l'établissement ; entre eux et le patron il y a un lien et une réciprocité d'intérêts, (^est pour son personnel que le patron construit des mnisons ; il construit les premières pour loger ce persoimel qui ne viendrait peut-être pas s'il n'avait la sécurité d'une inslallation convenable ; il en construit de nouvelles à mesure que ce personnel augmente.
Nos pères n'ont pas été dans une complète incurie à cet égard. Il y avait sous l'ancien régime des manufactures royales qui assuraient le logement de leurs ouvriers : témoin la manufacture de Saint- Gobain dont les constructions sont encore debout. Toutefois c'était une rare exception ; rare aussi, peut-être même plus rare pendant la première moitié du XIX^ siècle, alors que la grande industrie commençait à former ou à élargir ses cadres sous le régime, nouveau alors, de la concurrence et des machines. C'est dans la seconde moitié du XIX^ siècle, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, que le double progrès de la grande industrie et des idées philanthropiques a déterminé un certain nombre d'usiniers et de manufacturiers à tenter Tenlreprise. Le groupe d'économie sociale à l'exposition universelle de Paris en I8()7, institué a l'instigation
du commissaire général Le Play, a été la première solennité dans laquelle ces œuvres de patronal ont eu d'occasion de se produire. L'occasion s'est renouvelée dans chacune des expositions suivantes et le nombre des exposants a augmenté ; de grandes usines, comme Anzin et le Creuset (1), de grandes fabriques comme celle des Japy à Beaucourt, celle de Lederlin à ïhaon^ celle des Menier à INoisiel (2) s'y sont fait remarquer par la variété de leurs créations ouvrières, et particulièrement par leurs maisons. Si je faisais l'histoire de la propagande philanthropique pour l'amélioration de l'habitation ouvrière, j'aurais une longue liste à dresser depuis la
(1) Le Greusot qui avait prêté à ses ouvriers sur hypothèque 4 millions 1/2 de francs pour la construction de maisons avait, en ltK)l, recouvré presque la totalité de ses avances.
Pour loger les ouvriers de la nouvelle |usine d'électricité que le Greusot fonde à Ghampagne-sur-Seine, près de la forêt de Fontainebleau, l'administration a entn^pris la création d'une cité qui doit occuper 9 liectares. Elle en a confit'» la construction à une Société dont le capital est de 700.000 fr. et dont les dépenses s'élèveront à plus de 4 millions.
(2) On pourrait en citer beaucoup d'autres: Voici la liste des récompenses qui ont été données à TKxposition Universelle de 1889 à Paris, la première dans laquelle les habitations ouvrières aient formé une section spéciale et dans laquelle ces habitations étaient largement représentées sur TEsplanade des Invalides :
Dans la section des habitations ouvrières (Section XI du groupe d'écononjie sociale) .*3 grands prix, à la mémoire de Jean Dollfus pour la France, 2 pour la Grande-Bretagne à Improved industrial dwelling G** et à Mansion house, Gouncil of the dwelling of the poor ; 25 médailles d'or pour la France : à la blanchisserie et teinturerie de Thaon, à M. Gacheux, à la Caisse d'épargne et de prévoyance des Houches-du-Rhône, à la Compagnie des mines d'Anzin, à la Compagnie des mines de Hlanzy, à M. Dessaignes à Ghampigny en Beauce, à M. Fanien à Lillers, à M. Menier à Noisiel, à M. Schneider et G^® au Greusot, à la Société anonyme des habitations ouvrières à Auteiiil, à la Société des logements économiques de Lyon, à la Société havraise des cités ouvrières, à la Société internationale des études pratiques d'économie sociale, à la Société philanthropique de Paris, à M. Solvay et G»« ; pour la Belgique, au bureau de bienfaisance d'Anvers, à M. Hoyeux à Mons, à M. de Naeyer et G'®, à la Société anonyme des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne, à la Société de Mariemont et Bascoup, à la Société des charbonnages de Bois-du- Luc, à la Société Liégeoise des maisons ouvrières; pour l'Italie, à la Société édificatrice Di délie case operate di Milano. Il a été donné, en outre, 25 médailles d'argent, 7 médailles de bronze, 3 mentions honorables et 11 médailles (or, argent, bronze) de collaborateur.
pléïade mulhousienne jusqu'à nies contemporains et collègues Jules Siegfried, Georges Picot, Cheysson, Cacheux et autres, nmais je n'ai pas ici le loisir de la faire et je me bornerai à rappeler deux exemples qui vous sont bien connus, Messieurs, parce qu'ils appartiennent à votre région.
Alfred ïhiriez, que vous venez de perdre, a été distinguée l'exposition universelle de 1900 comme un modèle de patronage. Son établissement présentait, entre autres institutions, ses trois cents maisons ouvrières, flanquées chacune d'un jardinet dont Tensemble général a un certain air de gaîté : le loyer minimum est de 1 0 francs par mois, exigibles par moitié chaque quinzaine (ce qui facilite le paiement) ; il est décroissant suivant le nombre des enfants de la famille (ce qui donne satisfaction à un vœu des démographes qu'inquiète la faiblesse de la fécondité française) (1).
Le second exemple est celui de la Compagnie de Lens, laquelle date précisément de la seconde moitié du siècle. I.a mine s'ouvrait dans un pays jusque là exclusivement agricole ; tout était à créer pour y faire vivre une population de mineurs. Tout a été fait avec intelligence; en moins de cinquante ans près de 5.000 maisons ont été édifiées par la Compagnie qui olfre au choix de son per-
(1) Alfred Thiriez, filateur de coton à Loos, avait succédé à son père avec ses quatre frères. Les frères Thiriez, qui emploient environ 2. ()()() ouvriers, ont créé pour leur personnel, tout un ensemble d'institutions patronales : crèche, asile, école, orphelinat, retraites, secours aux malades et aux veuves, bains, etc. Us ont construit 300 habitations situées entre cour et jardin, bordant des rues de 20 mètres de largeur, bien entretenues. (!les maisons sont louées de 20 à 10 fr. par mois payables par quinzaine, les maisons d'employés supérieurs sont d'un prix plus élevé. Le loyer décroît avec le nombre des enfants au-dessous de 13 ans : ainsi, une famille de huit enfants paye moins du tiers du loyer normal. Les maisons de 10 fr. se composent d'une cave, d'une pièce au rez-de-chaussée avec cuisine, de deux pièces à l'étage supérieur; en outre, de cabinets d'aisance, d'une cour et (run jardin. Au-dessus de 14 fr. par mois, les maisons ont trois chambres à coucher, nue pour les parents, une pour les garçons, une pour les filles; les familles qui ont des enfants de sexe différent âgés de plus de dix ans ne sont admises à louer que des maisons à trois chambres à coucher. Des règlements sont édictés en vue de la salubrité ; les chambres doivent être blanchies une fois l'an par le locataire ; pas d'animaux, pas même de chiens ou chats; les lapins sont seuls tolérés.
sonnel la variété d'une quarantaine de types : le mininnum est 5 fr. par mois pour une habitation composée de trois pièces, dont une au rez-de-chaussée, avec cabinet d'aisance et jardin. L'ensemble de ces jardins, cultivés en fleurs ou en légumes, surtout en pommes de terre donnent à la cité des mines de Lens, comme à celle de la manufacture Thiriez, un cachet de bien-être et de coquetterie champêtre ( I ).
Les procédés employés par le patronat pour améliorer le logement de leurs ouvriers sont Irop divers pour que je vous donne une idée complète de Tingéniosité qui les a créés ; je vous renvoie aux comptes rendus des expositions universelles (2).
Dans la plupart des cas de cette espèce, le loyer ne paie pas
(1) La Société des mines de Lens. et de Douvrin a commencé la construction de ses maisons ouvrières en 1855; Tannée suivante, elle avait déjà 78 maisons occupées ou prêtes à l'être. A la fin de l'Kmpire, elle en possédait 528; à la fin de Tannée 1U02, le nombre s'élevait à 4.812, dont 197 étaient en construction ; aujourd'hui il atteint presque 5.000. C'est que le nombre des ouvriers à loger a été constamment en augmentant: 1.978 en 1870, 12.759 en 1902. Extraction, personnel, construction de logements ont eu un accroissement parallèle, Textraction toutefois ayant plus varié que les autres termes sous Tinfluence des crises et étant en diminution depuis 19(X), sans que les deux autres termes, surtout la construction, aient cessé de progresser. Les types qu'oflre la Compagnie sont très divers : il y en a 40. Le prix de revient varie de 1.700 fr. pour une maison de 2f) mètres carrés de surface à 5.000 fr. pour une maison de ôl^^^^SO. Le premier type est loué 5 fr. par mois, le dernier 15 fr. Le premier comprend un jardin, un rez-de-chaussée avec une pièce, un cabinet d'aisance, une étable, une cabane à lapins, un hangar et, au-dessus, deux chambres mansardées. Le type de 5.000 francs comprend trois chambres au rez-de-chaussée, avec cuisine, cour, étable et cabinets d'aisance et trois chambres au premier. La Compagnie trotive une économie à fabriquer elle-même ses briques et sa chaux. Elle fait planter d'arbres fruitiers les jardins avant de les livrer aux locataires ; elle a ménagé des squares, des pelouses, des avenues d'arbres.
(2) AI. Hubert Brice, dans son ouvrage suvlea I^istit ut io7is patronales, a cla^ssé sous quatre chefs Taction exercée par des patrons en vue de faciliter et d'améliorer le logement de leurs ouvriers :
1» Réduction du prix du loyer (en général dans des immeubles appartenant au patron) ; réduction à l'ancienneté ; locations consenties à perte ; indemnités de logement, gratuité du logement ; minimum de loyers garanti à des sociétés de construction. Exemples en France : le Creusot (460 logements en 1889), Decize, Noisiel (Menier), Petit-Bourg (Decauville), Paris (Bon-Marché), Tours (Mame), Anzin, Baccarat, Blanzy. — Hors de France, Mariemont et Bascoup, Vieille- Montagne, Bleyberg (Liège), Val-Saint-Rambert, Saint-Oall (Rettmeyer), Zurich
rinlérêt du capital. Malgré cela Topéralion est favorable à Tentreprise. Il était nécessaire de procurer une habitation au personnel, sans quoi ce personnel ne serait peut-être pas venu. S'il était venu néanmoins et si ensuite la perspective d'un salaire relativement élevé avait attiré d'année en année des recrues à mesure que le travail était plus demandé, ces recrues se seraient entassées dans des maisons anciennes, étroites, mal aménagées ou dans des bâtisses
et Untersbrass (Escher Wyss et C*>), Port Sunlight (Lever et Brothers), Essen (Krupp), etc.,
2° Acquisitions facilitées par le patron de maisons construites par lui ou par (les Compagnies ; vente au prix de revient, avances pour l'acquisition, paiements par annuités, etc. Exemples : Anzin, Vieille-Montagne, Escher Wyss et G", Peters et Qie (Neviges, Prusse), Ressi (Schio), Fahlun (Suède), etc.
3^ Avances aux ouvriers pour la construction : pour achat, pour acquisition des matériaux, vente du terrain à prix coûtant, primes à la construction. Exemples : Greusot, Anzin, Baccarat, Blanzy, Mariemont et Bascoup, Bleyherg, etc.
4^ Institutions particulières : dortoirs, refuges, éclairage et chauffage, etc. Exemples : Gaspar Fenny (Ziegelbrûcket), Schlafhaûser de TEtat prussien, mines et ateliers de Bochum, etc.
I^n France il faut faire une place spéciale aux Gompagnies de chemins de fer: le Nord et TEst ont créé des cités pour leur personnel et lui ont acconlé du terrain à bâtir; Paris-Lyon-Môditerranée, la Gompagnie d'Orléans, celle du Midi ont prêté de l'argent à des sociétés de construction. Voir, par exemple, les maisons d'Athis et celles de Villeneuve-Saint-Georges.
Ge genre de patronat a pris en Allemagne une notables extension. En 1900 on comptait 1 049 logements construits par des patrons pour leurs ouvriers, la majorité se trouvant dans les provinces de l'ouest. Toutes ces constructions ne sont sans doute pas des modèles. Plusieurs cependant le sont ; entre autres, parmi les établissements d'Etat, les carrières, forges et salines de l'Etat sur le territoire de la Sarre, dans la Haute - Silésie et à Stassfurt (le système, inauguré en 1865, consiste en primes de construction et en prêts gratuits), Tachiiinistration des chemins de fer prussiens qui loge gratuitement ou moyennant location ses employés, ainsi que les administrations do Saxe, de Bavière et de Wurttemberg, les ateliers impériaux de torpilles à Friedrichsort ; parmi les établissements privés, les peausseries de Cornélius Heyl à Worms dont le patron a affecté un fonds de 100. 0(X) marcs à la construction et à l'acquisition de maisons par les ouvriers, les usines qui donnent leurs logements en location telles que les colonies ouvrières de Krupp à Essen dans les 3.659 logements desquelles vivaient 25.000 personnes, les fabriques de machines réunies en 19(X) (Nuremberg et Ausbourg) à Geslavsbourg (123 logements), la fabrique badoise d'aniline et de soude à Ludwigshafen (50^) logements), la fabrique de couleurs d'Hœchst sur le Mayn (442 logements), la maison Barse et Selve à Altona {200 logements).
neuves dont les propriétaires auraient visé a la moindre dépense et au plus gros revenu. Les ouvriers auraient été logés mal et coùteusement ; un mélange qui n'eut été favorable ni à l'harmonie ni aux mœurs se serait produit dans les garnis et les lieux publics. Un meilleur aménagement a attiré de meilleurs travailleurs ; au foyer domestique la vie de famille a été dans des conditions plus convenables et à Tatelier les rapports entre Temployeur et les employés ont été rendus plus faciles, parfois plus familiers. Pour les deux parties contractantes il y a eu profit.
Dans ce système, c est sur le conforlable de l'intérieur et non sur le sentiment de la propriété que spécule le chef d'établissement. On ne peut pas. en règle générale et sauf exception, lui conseiller de vendre ses maisons ; s'il le faisait, un jour viendrait où ces immeubles auraient passé dans des mains étrangères et où, dépossédé de son terrain, il se serait privé lui-même de la faculté de loger son personnel dans le voisinage de son atelier ( I ) .
Mais il est d'autres moyens de fixer les familles, tels que les primes ou réductions de loyer suivant la durée de la location.
Le patron augmentera ses chances de réussite en préférant les logements isolés aux casernes, et en les proposant sans les imposer : l'ouvrier a besoin de se sentir libre (2).
Des écrivains du parti ouvrier font à ce système une objection en
(1) Diverses raisons peuvent être <lonnées contre la vente : d'abord Falicnation d'un terrain dont la destination doit toujours servir à loger les ouvriers de rétablissement, ensuite les frais et les difficultés du partage entre les héritiers, la vente à des établissements démoralisateurs.
(2) « On a remarqué, dit M. Hubert Hrice dans les Institutioiis patronales (p. 172), dans certains pays et notamment dans le Grand-Duché de Bade, mais généralement dans tous les pays oii pour des raisons d'économie le patron a construit, sous le nom d'habitations ouvrières, de véritables casernes, une certaine répugnance chez l'ouvrier à habiter le logement qu'on lui offre et une tendance à préférer le taudis oii il est le maître à un logement oii il n'est pas chez lui, où, par exemple, l'escalier et le corridor sont communs avec des voisins. . . . Enfin dans certains pays, notamment en Wnrttembcrg, le logement ouvrier est parfois imposé par le patron. Les ouvriers se sont élevés avec raison contre cette obligation ».
disant que la liberté de Touvrier est compromise, parce que s'il vient à quitter la manufacture, il est non seulement privé de salaire, mais privé, lui et sa famille, de logis d'un jour l\ Taulre : objection que le patron pourrait écarter en louant son logement comme les logements ordinaires pour un terme fixe.
D'autres, font au patron un grief de chercher son propre intérêt dans la construction des logements de cette espèce. Sans doute les patrons cherchent leur intérêt; mais, loin de s'en plaindre, il faut se féhciter que les deux intérêts soient, en concordance ; la réciprocité économique rend le lien solide et durable. Les ouvriers aiment naturellement a être bien logés et. quoi que leur disent tels publicisles, les maisons confortables construites par les patrons seront toujours recherchées et remplies.
Toutefois les attaques injustes dont l'institution est Tobjet peuvent décourager les patrons, il en est certainement de nos jours qu'elles ont détournés de suivre l'exemple de leurs devanciers : c'est regrettable. (]ar, si rinlérél bien entendu est l'inspirateur économique, il ne faut pas méconnaître qu'il s'y môle un sentiment de philanthropie, que c'est même a ce sentiment que sont dues la plupart des perfectionnements de l'institution et qu'une opposition systématique et parfois injurieuse peut Fémousser. Les patrons ne doivent pas compter sur la reconnaissance, soit ; mais il leur serait dur, en faisant le bien, de n'être payés qu'en calomnies. L'institution ne disparaîtra donc pas; mais il est à craindre qu'elle ne soit gênée dans son développement par l'hostilité qu'elle rencontre (1 ).
(1) Voici en quels termes, bienveillants d'ailleurs pour le conférencier, le journal le Travailleur de Lille appréciait le patronat à la suite de la conférence :
« .... Monsieur Levasseur, comme tous les philanthropes, est animé des meilleures intentions en faveur des déshérités de ce monde. Nous ne pouvons p urtant lui savoir gré de ses bonnes dispositions. Car pour nous, toute la philanthropie cache la plus dangei'euse duperie. Bien entendu nous ne voulons pas dire par là que nous sommes adversaires de toutes les innovations et améliorations d'ordre quelconque, entreprises sous le couvert <]e la philanthropie. Mais nous ne voulons pas en être dupes.
» Quand, par exemple, M. Levasseur félicite M. Thiriez de ce ({u'il a «louné
— in —
Aux Etals-Unis où Touvrier est très indépendant j^ai remarqué que les institutions de patronat, c'est-à-dire celles dont le salariant et le salarié forment les deux termes, sont relativement rares, tandis que les institutions de patronage social, c est-à-dire celles où la charité et la philanthropie s'exercent d'homme à homme, sans subordination professionnelle, sont florissantes.
Je passe au second corps d'armée, celui de \di philanthropie. Ici l'intérêt commercial n'est plus en jeu; l'impulsion vient manifestement du désir de faire le bien ; elle a sa source soit dans le sentiment religieux qui s'appelle la charité, soit dans la sympathie qui est au cœur de tout homme généreux et qui le porte à soulager la souffrance : charité et philanthropie^ deux mobiles qui se ressemblent sans se confondre. Les œuvres qu'ils ont inspirées sont nombreuses et diverses. J'aime à prendre mes exemples ici. J'en trouve tout d'abord dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui est depuis plus de soixante ans sur la brèche (1), et dans le a Bureau de bienfaisance de
Texemple à Loos d'édifier de belles ciiés de maisons à bon marché, non s pensons, nous, au contraire, qu'il n'y a pas lieu de leur prêter des sentimenis louables, et partant qu'ils ne méritent pas d'être félicités. Le motif auquel ont obéi ces capitalistes n'a rien moins que le caractère de leurs intérêts bien compris. C'est de la spéculation propriétaire qu'ils ont faite et de la bonne spéculation encore, car ils étaient assurés en édifiant des cités de maisons de récupérer sur les ouvriers qui travaillent dans leurs usines une partie du salaire payé, en la leur retenant sous forme de loyer.
» Il serait trop long de montrer que dans le domaine de la philanthropie, tout ce qu'entreprend la classe bourgeoise sous cette fallacieuse couverture, aboutit toujours à favoriser ses intérêts et à faire croire aux déshérités de ce monde qu'ils n'ont qu'à s'en remettre à la bonne volonté bourgeoise du soin de faire leur bonheur.
» Mais les ouvriers ne veulent plus être dupes, et tout en laissant agir les cinq forces dont nous avons parlé, ils attendent le moment où toutes ces maisons à bon marché leur reviendront encore à meilleur compte en en faisant, à leur profit, l'expropriation pure et simple ».
(1) Récemment, dans la seule année 1896, il a paru à Lille une quinzaine de brochures émanant de membres de la Société de Saint- Vincent-de-Paul et décri-
Lille ï) qui loge ses indigents dans sa a Cité philanthropique » et dans ses autres immeubles (1).
Parmi les hommes que l'esprit de charité anime à Lille vous me permettrez de mentionner un des noms les plus connus, celui de iM. Féron-Vrau (2).
Les asiles de nuit, qui sont fréquentés non seulement par la population indigente, mais par des ouvriers de passage et des ouvriers en chômage, appartiennent à la catégorie de la philanthropie (3).
vant par paroisses les logements ouvriers. Les 1.358 logements étudiés contenaient 7.008 habitants. Sur 900 familles complètes (le mari, la femme et des enfants) iUl n'avaient qu'une pièce ; 438 en avaient seulement deux. 11 y avait en général phisieiirs enfants dans le même lit; on a compté lits pour
4.400enfants. Les latrines étaientpresque partout dans un état déplorable. Lalessive et souvent le séchage du linge se faisaient dans Tintérieur du logemp^i«;^^^.^2^t trouvé, entre autres, un logement qui, quoique qualifié sain, ne.foKinjis^iî-^w 9 mètres cubes d'air par habitant, Li femme venait d\y apcouèji^f^ cîe^d^iyi?^
imp. Danel, 1899. ^ .
(1) La Cité philanthropique, d'abord nommée Cité Napoléon .^^.mpren^^ corps de bâtiment à 3 étages, avec 27B chambres et 3 pavâj^ofc^f^'^"^™^ séparés par des jardins. Les loyers sont très réduits ; des chambres'^tlïti&'nfô^ffie données gratuitement. L'aménagement, dit-on, n'est pas un modèle. Le Bureau possède trois autres immeubles comprenant (33 chrunbres.
(2) M. Féron-Vrau entre autres titres, possède celui de fondateur de la Société anonyme des logements de Sainte-Marie-Madeleine. Cette Société a achevé un immeuble qu'elle a aménagé de manière à donner par habitant 25 mètres cubes d'air.
(3) A propos de ces asiles de luiit, il me paraît utile de faire connaître une institution de ce genre très répandue en Allemagne, mais peu connue en France.
HERBERGEN ZUR HEÏMATH en PRUSSE.
(Auberges à la patrie) en 189(5.
Hôtes des auberges payant eux-mêmes ou voyageurs de passage ou pensionnaires ^qui mangent).
Stationsgasle.
Hôtes qui ont retrouvé du travail.
Personnes.
Nuits.
Ces auberges, au nombre de 297, sont pour la plupart des créations de la
Je dois insister moins sur les créations charitables que sur celles qui ont un caractère économique, c'est-a-dire dans lesquelles la philanthropie fonde sa combinaison, d'une part, sur l'intérêt qu'elle promet au capital de construction et, d'autre part, sur le loyer du locataire dont la plus grande partie est employée à payer cet intérêt. C'est le type qui convient à la classe ouvrière, laquelle doit et veut vivre du gain de son travail. Pour citer des noms en ce genre je n'ai que l'embarras du choix : la a Société philanthropique » de Paris, dont la fondation remonte au règne de Louis WI et que d'importantes donations ont mise à même de construire sept immeubles et d'y loger un millier de personnes à un prix modique et dans de bonnes conditions d'hygiène (1): la « Société lyonnaise des logements économiques » qui, grâce à l'intelligence et à la sévère
Mission intérieure évangêliqiie. Elles ont leur centre clans la Société allemande des auberges, fondée en 1883, dont le siège est à Bielefeld et qui comprend 14 unions de provinces et de pays. La plus ancienne a été fondée à Berlin en 1883. Elles se trouvent surtout dans le Rhcinland, la Saxe, la A\'esphalie, le Hanovre, le Brandebourg, le Scbleswig-Holstein et à Berlin.
Elles se trouvent en général dans les grandes villes. Elles sont enlrolenues par leurs propres ressources ou par des subventions de bienfaiteurs et communes. Elles procurent le logement, la nourriture et, au besoin, le placement gratuit à des ouvriers et employés. — Le prix (Tun lit au dortoir est au minimum 30 à .")0 pfennig. Une chambre pour une personne seule coûte 1 marc. La nourriture coûte ."K) pfennig par repas (1 soupe, 1 plat de viande avec légtimes; la bière est payée en plus 10 pf. le verre. — En entrant on s'inscrit sur un registre (nom, nationalité, âge, profession); les ouvriers doivent présenter leur livret (Arbeisuachweis)et font, s'il y a lieu, leur demande de travail. Le soir, on n'entre plus après 10 heures. Après le repas, on fait la prière en commun et on chante en chœur un cantique. A 10 heures du soir la porte est close. Le matin, prière et chant ; il faut être levé avant 8 heures. Les patrons qtii désirent des ouvriers viennent entre 5 et 8 heures le soir faire leur demande. Quand il y a place, on prend même des personnes qui ne peuvent rien payer. Les plus aisées, on les envoie dans un hôtel voisin, peu cher.
(1) La Société a reçu de M. Michel Heine un don de l^yOAKX) fr. qui lui a permis de construire en 1888 trois maisons contenant 140 logements de familles, dont le loyer est de 295 francs. Avec le produit capitalisé de ces loyers, la Société a construit une quatrième maison en 1898 et elle commence en ce moment une cinquième maison destinée exclusivement aux familles nombreuses et dont les loyers ne dépassent pas 220 francs.
La capitalisation de cette fondation atteint aujourd'hui 1.107.000 francs. D'autres dons ont permis à la Société philanthropique d'édifier trois autres
économie de son regretté directeur M. Mangini , a pu en moins de vingt ans construire et aménager 1 20 maisons qui abritent plus de 7.000 personnes (1); la « Société des habitations ouvrières de Paris-Auteuil » et bien d'autres qui sont des variétés du même type, au Havre (3), à Reims, à Nancy, à Orléans, a Amiens, a Rouen, à Bordeaux, à Marseille et ailleurs sur lesquelles je n'ai pas le loisir de m arrêter. Je dois au moins l\ mon auditoire de lui rappeler le nom de la « (Compagnie Immobilière de Lille » qui possède 389 maisons , ne fût-ce que pour rendre hommage au conseiller municipal Violette qui s'était dévoué a sa création (4), et
maisons à Paris. Elle possède au total, cii 1904, 300 logements de familles abritant î)78 personnes. Les pertes sur recouvrement de loyers sont nulles.
Elle a ouvert en 1ÎK)2 un Hôtel gaimi pour (lames et jeunes filles qui contient 115 chambres louées de 60 centimes à 1 franc par nuit. Le succès do cette création, dont le revenu suffit à assurer Tentretien et à rémunérer ]e capital, a <léLerminé des dons qui permettent à la mènic société (ie construire eu ce moment deux autres hôtels sembhdjles dans les quartiers ouvriers de Paris.
Parmi les sociétés charitables de Paris qui s'occupent des loyers, il est juste de citer V « Abri » qui distribue des secours de loyer.
(1) La Société lyonnaise des logements économiques, fondée en 1886 sous forme de société civile, avait déjà construit en 1887 cinq maisons contenant 70 logements de 2 à 3 pièces avec cabinet d'aisance. Elle a augmenté peu à peu son capital. Ses 120 maisons contierment l.'i37 logements occupés par 7.*350 personnes. Le logement coûte en moyenne 250 fr. Les rentrées se font régulièrement, sans perte sensible. La Société a toujours donné 4 ®/o à ses actionnaires.
(2) La Société de Passy-Auteuil, fondée en 1882, a construit 65 maisons dont les deux tiers sont libérés et appartiennent à leurs locataires. Cette Société, que préside depuis dix ans M. Gheysson, accomplit en ce moment une évolution vers la société do crédit, pratiquant des avances sur prêts hypothécaires et elle s'apprête à abonier une autre série <l'opérations relativ^esà rassainissemeni de maisons existantes, suivant la formule de miss Ottavia Hill.
(3) La Société du Havre, fondée par M. Jules Siegfried, a pris modèle sur celle de Mulhouse. Elle a vendu ses maisons par annuités et donné régulièrement un dividende de 4 Wo à ses actionnaires.
(4) A la suite do la démolition des fortifications de Lille qui ouvrait de nouveaux terrains à la construction, la Compagnie Immobilière de Lille a été fondée en 1867 au capital nominal de 2 millions sur lesquels (îOO.OOO fr. furent immédiatement émis en actions de 500 fr. Elle obtint une subvention gouvernementale de 100.000 fr. et la garantie de la ville. L'intérêt des actions a toujours été régulièrement payé et un dixième des actions est aujourd'hui remboursé. P]n 1873 elle possédait déjà 233 maisons sur deux lots de terrain. Depuis 1873 elle
celui de ia ce Société lilloise des habitations a bon marché » qui a construit ou aménagé 45 maisons (1).
Je ne vous donnerai pas tout le bilan de la philanthropie; mais, avant de passer à un autre corps d'armée, je me plais à vous signaler encore une forme intéressante et très pratique de l'amélioration du logement populaire. C'est celle qu'a imaginée miss Otlavia llill en Angleterre et qui consiste à louer, comme principal locataire, des maisons mal aménagées, d'y faire les travaux nécessaires d'assainissement et de les sous-louer ensuite par petits logements en prenant toutes les précautions nécessaires pour y maintenir la salubrité. L'avantage de ce système est d'être moins coûteux et par consé(|uent plus facile à appliquer que celui de la construction (2).
En général l'intérêt que la philanthropie attribue aux capitaux engagés est très modique : plus souvent 3 que 4 ou 5. Malgré cela, des écrivains soupçonneux la dénoncent comme réalisant un gain
a construit 110 maisons sur un troisième lot, puis 'lO autres maisons : total 38iK :^S0 maisons ont été vendues au prix moyen de S.'MS fr., un dixième payable (ravancc, le reste par fractions en quinze ans au plus. Les locataires ou propriétaires appartiennent principalement aux catégories suivantes : ouvriers de l'industrie textile, ouvriers du bâtiment et de la construction. Des précautions ont été prises dans les contrats pour que les immeubles restent, autant que possible, dans les familles ouvrières. Voir Histoire de la Cornpafjnie Immobilière de Lille }Kmr la construction de maisons d^ ouvriers, par M. Henri Violette, brochure 1872.
(1) La Société lilloise des habitations à bon marché a été fondée en 189.5, à la suite de la loi du 30 mars 1894 sur les logements à bon marché, au capital de 2r)0.000 fr. auquel elle sert un modique intérêt. Elle se proposait plusieurs objets : construction de petites maisons de famille avec jardin, de grandes maisons avec logements multiples, appropriation de maisons anciennes, vente des maisons de famille. Klle a construit 43 maisons à Moulins-Lille et à Hellemmcs et aménagé deux immeubles anciens; elle a vendu plusieurs maisons de famille.
(2) Le règlement d'administration publique du 30 novembre 1895 vise entre autres objets, « Tamélioration des habitations déjà existantes. » Les statutstypes publiés en 1903 par l'administration visent aussi cette attribution des sociétés pour logement à bon marché. Kn 1904 le Conseil supérieur vient <l\'mettre à ce sujet le vœu que la loi du 20 février 1902 sur la santé publique soit appliquée avec fermeté.
prélevé sur la classe ouvrière. Pourtant, si l'ouvrier ne se résigne pas à Paumône et s'il n'en a pas besoin, il faut bien qu'il consente à payer son loyer, comme on paie tout service. L'avantage pour lui est de le payer moins cher et de l'avoir meilleur. S'il prétendait ne rien payer, le capital ne viendrait pas ; malgré le zèle du philanthrope^ la maison ne s'élèverait pas et l'ouvrier serait privé du service. Ce serait assurément une privation pour lui, puisque toutes les maisons de ce genre sont occupées presque aussilôt que bâties et qu'elles ne restent jamais longtemps vides.
J'ai parlédes jardins. La plupart des créateurs, chefsd'établissement ou sociétés philanthropiques, en ont fait l'ornement de leurs maisons de famille. Ils ont eu raison ; le jardin ne récrée pas seulement par l'aspect ; il est moralisateur en ce sens qu'il attache le locataire il son domicile ; il lui fournit une occupation récréative pour ses heures de repos et il le détourne d'aller les passer ailleurs ; il lui procure quelque chose des jouissances du propriétaire : « Ce sont, pense-t-il, mes légumes, mes fruits, mes fleurs ; ils ont la saveur particulière du a moi ». (Test pourquoi on loue M"^^' Hervieu à cause de l'œuvre des jardins qu'elle a fondée à Sedan. Elle lui a donné le nom d' a Œuvre de la reconstitution de la famille », son succès a fait et méritait de faire des imitateurs (1). L'attention est
(1) M""*^ Hervieu a fondé TŒuvre de la reconstitution de la famille en 181)0. (tétait d'abord une société d'assistance par le travail. Les ouvriers associés versaient 3 fr. par mois, M'"^ Hervieu 6 fr. ; soit au bout de Tannée 108 fr., avec lesquels on loua un petit terrain que Ton fuma et ensemença. Les associés ne furent convaincus qu'au printemps suivant par la pousse des plantes. De nouvelles familles s'étant associées, on loua, en 1897, 6 hectares. La « Mutuelle des jeunes gens » exploita en commun un champ dont elle vendit les légumes ; la « Mutuelle enfantine » s'exerça au jardinage les jours de congé. Pour 4 fr. environ par tête les associés se procurent des légumes pour leur année.
Parmi les imitateurs on peut citer le père Volpette à Saint-Étienno (1895), l'abbé Lemire fondateur de la Ligue française du Coin de terre et du Foyer à Montreuil-sur-Mer (1897), la Société de Saint- Vincent-de- Paul à Reims, à Dijon, etc., les municipalités à Besançon, à Beau vais, à Nancy, etc. Le Congrès des jardins ouvriers tenu en octobre 1903 à Paris a attesté Timportance prise depuis quelques années par cette forme nouvelle et féconde de Tassisiance. Voir sur cette question La terre et V atelier ; jardins ouvriers par L. Rivières, lib. Lesaftre, 1904.
nujourcrhui attirée de ce colé. On ne saurait trop recommander aux promoteurs du mouvement des habitations à bon marché de joindre un jardina la maison, chaque fois qu'il est possible de le faire : on s'occupe beaucoup de cette question en Angleterre (1).
En Amérique, où dans la banlieue de beaucoup de villes les maisons bourgeoises sont, en général, précédées d'un jardin ou tout au moins d'une pelouse en façade sur la rue, j ai vu souvent des maisons ouvrières construites par les patrons sur le même plan ; les habitants rivalisaient d'élégance et plusieurs chefs d'établissement les encouragaient par des concours et des primes (2).
ni.
Le troisième corps d'armée peut être dénommé spéculation, (^e
(1) L<' module qu'on invoque souvent on Angleterre est rétablissement do Port Sunlight.
(2) En Allemagne il existe plusieurs associations de construction ou do patronage de construction. Il y en a même une, la Société berlinoise do consiructions d'intérêt général qui, ayant été fondée en 1847, est plus ancienne que la Société de construction pour les ouvriers à Mulhouse (1853) et qui a aménagé convenablement 000 logements ouvriers dans de grands immeubles, l^a Société par actions de construction de Gladbach, fondée en 1869, avait vendu en 1898 478 maisons (sans compter 20 grandes maisons de location), les acquéreurs payant 5 p. °/o du prix do construciion à titre de loyer, plus une certaine somme à titre d'esconipLo sur Tachât; à Harmen, à Brème (405 maisons) existent des Sociétés du même genre. La statistique allemande a enregistré, en 1900, 250 Sociétés coopératives de construction , parmi lesquelles on signale la Société de constructions ouvrières de Flensbourg (fondée on 1878) et la Société coopérative berlinoise de construction (fondée en 188()). Parmi ces sociétés philanthropiques, il est juste de citer la Société par actions do construction de petits logements à Francfort-sur-le-Mayn, la Société de construction d'intérêt général pour Aix-la-Chapelle et Burtschoid, la Société par actions de construction à Lenn, le fonds Adors million do marcs) à Dusseldorf.
Au nombre des créations philanthropiques do la Suède, nous signalons particulièrement la Société par actions pour la construction de demeures ouvrières à Stockholm, fondée en 1892 par M^^^ Agnès Lagorsledt, qui se propose de procurer des logements sains et de travailler au relèvement moral des locataires. Elle a construit 4 maisons, 140 logements, la plupart avec une chambre et tme cuisine louées 188 couronnes, le prix ordinaire étant d'environ 250 couronnes.
mot sans doute sonne mal aux oreilles des théoriciens de la gratuité du crédit. Il représente cependant une combinaison qui est légitime et dont la réussite serait, a mon avis, fort désirable pour la catégorie des petits employés et des ouvriers. Voici pourquoi. Le paironat, la charité, la philanthropie ont une action limitée et ne soustraient au séjour délétère des bouges que des groupes spéciaux ou des groupes restreints. La spéculation pourrait avoir une action plus étendue, par cela même qu'elle ne demande rien au dévouement et qu'elle fait appel seulement à une force économique, l'intérêt. Elle pourrait tenir constamment par ses constructions l'offre des logements ouvriers au niveau de la demande. Il faudrait pour cela que, grâce au choix des terrains et au mode de construction, le prix correspondît à un intérêt supérieur de peu à celui que rendent les maisons bourgeoises, soit 6 a 9 ^7o T il doit être supérieur parce que d'une part, le bâtiment plus légèrement construit dpit être amorti en moins de temps et que. d'autre part, le recouvrement des loyers est réputé donner plus de peine et occasionner plus de désagréments à cause de la multiplicité des locations, des changements fréquents, des mauvais payeurs et des difiicultés de l'évincement.
Le problème est difficile et les gros capitaux ne risquent guère l'expérience ; toutefois il ne nous paraît pas radicalement insoluble. En premier lieu, des exemples nous enseignent que les recouvrements ne sont pas nécessairement aussi aléatoires qu'on pouvait le supposer dans les immeubles des sociétés de philanthropie. En second lieu, y a eu des tentatives qui peuvent être étudiées, par exemple les terrains de Montfermeil près de Paris (1), lesquels, il est vrai, ne visaient pas la classe ouvrière, et les opérations faites par M. Cacheux qui se sont soldées par la vente de 3121 maisons et de terrains, et
(1) Le parc du château de Montfermeil (4.000 hectares) avait été vendu 4.000 fr. l'hectare, soit 0 fr. 40 le mètre carré ; il a été revendu 1 fr. 50 payable en cinq ans. La société avec ses bénéfices a même construit une vingtaine de maisons.
par des prêls-opéralions qui, successivement renouvelés, onl servi à I édificalion de près de deux milliers de bâtisses (1).
A Paris les maisons construites pai* les sociétés ayant un but philanthropique sur des plans tout nouveaux, donnant aux locataiies de l'air, de la lumière, des escaliers clairs et des cabinets d'aisance pourvus d'eau abondante avaient été, vers 1888, édifiées dans des faubourgs où elles étaient un objet de curiosité. Depuis cette époque, dans ces mêmes quartiers, quinze à vingt maisons ont été bâties par des entrepreneurs sur les mêmes plans ; toutes les améliorations ont été adoptées. Même fait à Lyon où les 1 20 maisons de la Société Mangini ont suscité un millier de maisons améliorées.
Les philanthropes ont cherché les meilleurs types ; les spéculateurs s'en emparent : espérons que ceux-ci contribueront largement à la transformation.
Nous voici arrivés au quatrième corps d'armée, celui de Vassociation. C'est peut-être le plus intéressant et celui qui a chance de prédominer dans l'avenir. Il procède du Selfhelp : Aide-toi toi-même sans attendre l'assistance d'une providence extérieure. Ce doit être, en tout cas, le mode favori de ceux qui regardent l'activité individuelle et la responsabilité comme les ressorts principaux de l'énergie sociale. Il revêt, lui aussi, des formes diverses ; j'en signalerai surtout deux, l'anonymat et la coopération.
(1) M. Gacheux a donné dans le St^pjjlément anœ Habitations ouvrières en tous pays (p. 7) le détail des H12 maisons qu'il a construites de 1871 à ISUf) sur 430.800 mètres carrés ; il ne restait plus à vendre en 18UG que 1().200 mètres carrés. Il a ajouté que, par la vente de ses terrains, il a provoqué la construction de 1.8(X) maisons.
Avant M. Gacheux, M. Ghanudet avait entrepris la construction de grandes maisons divisées en petits logements. 11 en a construit à Paris de 1848 à 1870.
Parmi les exemples de spéculation, on peut citer celui de M. Driessens de Saint-Denis, qui vend des terrains pour constructions, payables en cinq ou six ans et loue des jardins sur le terrain de fortifications déclassées.
La c< Ruche Roubaisienne », société anonyme fondée en 1895, est un bon type de coopération mixte entre ouvriers et patrons, qui s'est aidé du concours d'obligataires appartenant surtout à la classe patronale. Il suffisait d'être possesseur d'une action pour être admis, dans la mesure des lessources disponibles de la société et par rang d'ancienneté, à faire construire unemaison pour laquelle lebénéfîciaire payait une annuité d'environ 7 1 /i!^/^ représentant l'intérêt du capital, les frais d'administration et l'amortissement. La société avait, à l'époque de l'exposition universelle de 1900, 168 maisons (I).
La « Pierre du foyer » de Marseille, fondée par M. Rostand (i), a adopté un système qu'avait préconisé M. (^heysson : le locataire, en entrant dans le logement, s'inscrit comme actionnaire pour un nombre d'actions égal à la valeur de l'immeuble, puis il libère peu a peu ses actions par des versements en même temps qu il paie un modique loyer et, h la fin, il échange ses titres complètement libérés contre le titre de propriété.
La « Société des habitations économiques )y à Saint-Denis a mérite le premier prix dans le concours organisé par le Comité des habitations a bon marché du département de la Seine.
La c( Société fraternelle des employés et ouvriers des chemins de fer français », qui compte plus de I 00.000 adhérents et dont le capital dépasse 25 millions, construit pour ses sociétaires ou leur fait des prêts hypothécaires ; elle s'est présentée à l'exposition universelle de 1900 avec 72 maisons déjà construites et un fonds annuel d'un million à la disposition de constructions nouvelles. A la fin de
(1) Le capital initial était de 51. 000 fr. ; il a été porté à 75.000 ; les actions sont de 100 fr. Des obligations, au taux de 3 ^'/o, ont été émises en plusieurs fois pour une valeur totale de 500. 0(X) fr. ; elles ont été souscrites en grande partie avec le concours du Comité des obligations de contrôle. Un actionnaire qui a fait bâtir une maison coûtant 4.000 fr. (maison de 5 pièces) paie par an 280 fr. (120 pour l'intérêt à 3 "/o dû aux obligations, 20 pour les frais d'administration, 140 pour la prime d'assurance représentative de raniortissement).
(2) La Société a été fondée au capital de 50.000 f. payables par acomptes de 5 francs.
Tannée 1901 , elle avait 89 maisons d'une valeur totale de 716.763 fi .
L'Angleterre (1 ) et les Etats-Unis (2) offraient en ce genre à la France des exemples qu'à mon avis celle-ci a trop peu suivis, les a Building societies ):>, sociétés de construction. On les compte par milliers dans ces pays. Parmi les motifs de leur succès il faut compter les salaires qui sont, surtout aux Etats-Unis, plus élevés qu'en France et l'esprit des affaires qui est plus développé parmi les ouvriers anglosaxons que parmi les ouvriers français.
Je signale, en passant, un type de coopération qui consiste à
(1) L'institution paraît être originaire de l'Ecosse. En 1()01, TEcosse avait 121) Building societies avec un actif de 1.747.520 liv. st.
En Angleterre les 1.1)05 Huilding societies qui ont envoyé des rapports au Secrétaire de Tintérieur eu llXll avaient un actif de 44.953.575 livres sterling, dont 30.458.^352 en actions, le reste en dépôts, etc. Elles av^aient beaucoup progressé jusqu'en 1887 ; car, en 1880, elles n'avaient qu'un actif de 39 millions 1/2, en 1887, on avait enregistré 2.109 Sociétés ayant un actif de 51,73.3.991) liv. st. La diminution depuis 1887 provient d'abord de faillites qui ont eu lieu en 1892, puis peut-être de la loi de mars 1896 qui, en autorisant les municipalités à prêter dans certains cas de l'argent pour la construction de maisons ouvrières, a créé une concurrence aux Building societies. Une des plus importantes sociétés de cette espèce est « Berbeck Society ». Ces sociétés donnent en général à leurs déposants un intérêt plus élevé que la caisse d'épargne et, d'autre part, par un paiement annuel un peu supérieur au loyer ordinaire, elles rendent l'occupant propriétaire en une quinzaine d'années.
En 1901, l'Irlande avait 73 Building Societies avec un actif de 1.144.820 liv. st.
(2) Aux Etats-Unis la première Building society a été créée en 1831 ; la seconde en 1841. La Building society américaine, qui se défend d'être une institution de charité, a pour objet principal l'accumulation des épargnes par cotisations régulières, le prêt de ces épargnes en vue de la construction de maisons. Pour devenir membre il faut au moment de la création de la société ou de l'ouverture d'une nouvelle série, prendre une ou plusieurs actions libérables par versements mensuels. L'actionnaire peut, dans certaines conditions, souvent par enchère, emprunter la somme nécessaire pour bâtir avant d'avoir complètement libéré ses actions. Je ne connais qu'une statistique générale des Building societies aux États-Unis, celle de 1893 qui a porté sur 5.838 associations possédant un capital de 450 millions 1/2 de dollars, et comptant 1.745.000 membres dont 455.000 avaient fait des emprunts en vue d'une construction. Tous les membres n'étaient pas ouvriers ; mais les hauts salaires des Etats-Unis permettent à beaucoup d'ouvriers d'aspirer à la propriété. J'ai expliqué le fonctionnement d(^ ces sociétés dans L'Ouvrier Américain, t. II, p. 97 et suivantes.
construire de grandes maisons dans lesquelles chaque sociétaire est usufruitier de son logement et dont la nue-propriété reste à Tassocialion : les sociétaires locataires jouissent en commun de certains avantages, bains, bibliothèques, etc. Plusieurs sociétés coopératives allemandes fonctionnent dans ces conditions ; les maisons qu'elles construisent et qui sont en général de grandes maisons à logements multiples lestent la propriété de l'association ; le sociétaire qui l'habite comme co-propriétaire n'est qu'usufruitier de son logement, mais ne peut pas être évincé. La Société berlinoise de construction et d'épargne est entrée dans cette voie ainsi que la Société hambourgeoise d'épargne et de construction, la Société de construction de Dortmund, la Société de construction et d'épargne des ouvriers des usines Schùckert a Nuremberg, etc.
En France la loi du 30 novembre I 894 a accordé aux constructions à bon marché certains privilèges, exemptions d'impôt prolongée jusqu'à la cinquième année, autorisation de prêts par les bureaux de bienfaisance et par les hospices et hôpitaux (l) et par les caisses d'épargne sur leur fortune propre (2), facilités de transmission succes-
(1) Les bureaux de bienfaisance, hôpitaux et hospices n'ont pas usé jusqu'ici de cette faculté. Cependant, en 11X)3, quelques-uns ont donné des signes de bonne volonté ; Thospice d'Auxerre a même consenti un prêt hypothécaire.
(2) Les caisses d'épargne sont autorisées, par la loi du 20 juillet 189.1, à employer la totalité du revenu de leur fortune personnelle et le cinquième du capital de cette fortune en acquisition ou construction d'habitations à bon marché, en prêts hypothécaires aux Sociétés de construction et aux Sociétés de crédit qui, ne les construisant pas elles-mêmes, ont pour objet d'en faciliter la construction et en obligations de ces Sociétés. Elles prêtent par l'intermédiaire de la Caisse des dépôts eX consignations. Peti Lavaient fait jusqu'en 1000; on citait surtout celles de Lyon et de Marseille ; la caisse de Lyon avait pris des actions de la Société lyonnaise des habitations économiques. Le mouvement s'est accentué depuis deux ou trois ans. Au 31 décembre 1903 vingt-cinq caisses d'épargne avaient prêté 2.042.81HJ francs, à savoir: i.l38JV)8 fr. potir acqtiisitions ou constructions, 442. 4277 fr. pour prêts hypothécaires à des sociétés, 160.000 fr. en obligations des sociétés. La caisse d'épargne de Marseille a prêté pltis de 400.000 fr., celle de Lyon 150.000 fr., celle de Chartres 240.(X)0 fr., celle de Compiègne lt34.(KK) fr., celle de Blois lOO.lKK) fr., celle de Béziers, 105.000 fr., etc.
sorale, etc. ( I ). Un (Conseil supérieur des habitations à bon marché a été institué conformément à cette loi. Il s'est mis officiellement en corres-
(1) La loi (lu ^30 iioveml3re 1894 (en 16 articles) porte : que des comités pourront être institués dans chaque département en vue d'encourager la construction de maisons salubres à bon marché (c'est-à-dire de 90 fr. de revenu net imposable au maximum dans les petites communes, de 375 fr. à Paris), de faire au besoin des enquêtes, de décerner des prix ; que les bureaux de bienfaisance, hospices et hôpitciux pourront leur faire des prêts pour les constructions jusqu'à concurrence du cinquième de leur patrimoine propre; qu'à la mort du propriétaire, l'indivision pourra être m«aintenue pendant cinq ans à la demande du conjoint survivant ou d'un enfant; que chacun des héritiers oti le conjoint survivant pourra reprendre la maison sur estimation et que, s'il y a plusieurs demandeurs, la préférence sera donnée à celui que le défunt aura désigné ou au plus proche héritier ; que ces maisons seront, après approbation des statuts par le Ministre, exemptes des contributions foncière et des portes et fenêtres pendant cinq années (au lieu de trois ans pour les constructions ordinaires). Cette loi a été complétée par la loi du 31 mars 1896. par le règlement d'administration du 27 septembre 1895, par la loi du 20 juillet 1895 qui a donné aux caisses d'épargne la même faculté de prêt qu'aux bureaux de bienfaisance. La loi du 15 février 11K)2 sur la santé publique a armé les autorités contre les logements insalubres, (le premier projet de loi de ce genre avait été proposé en 1882 par Martin Nadaud ; il a été repris en 1889 par MM. Lockroy et Siegfried, puis en février 1892j.
Sur la loi de 1894 et les modifications qu'on demande aujourd'hui à cette loi, voir La loi du 30 novembre 189 J relative aux habitations à bon marché, son application dans une grande ville industrielle^ par M Dronlers, 1 vol. 1898.
(2) Voir dans les Comptes rendus du Conseil supérieur des habitations à bon marché les rapports de MM. G. Picot, Challamel, Cheysson, Siegfried. Le dernier rapport présenté par M. Cheysson et accompagné d'un rapport complémentaire de M. Cliallamel, a été publié postérieurement à la conférence. Voir le Journal Officiel du 2 avril 1904. Le Conseil général de la Seine a donné une subvention de 5.000 fr. à son comité local des habitations à bon marché. Le Comité des habitations à bon marché du département de la Seine, présidé par M. Strauss, sénateur, et compocé de 13 membres et 23 adjoints, a, entres autres services rendus, ouvert deux fois des concotirs qtii ont fait avancer la solution de questions techniques — Voir les deux ra2jports présentés au jnry de la Sous-Co7n'mission du Concours,
Le rapport présenté à ce conseil par M. (^heysson sur les opérations de Tannée 1 903, porte que de 1894. au 3 1 décembre 1903, 109 sociétés ont obtenu Tapprobation de leurs statuts ou étaient en instance pour Tobtenir (1), que les 54 sociétés qui avaient envoyé leurs comptes accusaient un capital de 1 2 millions (7 millions de capital et 5 millions et 1/2 d'emprunts). Ce capital s'est accru de plus de 2 millions 1 /2 depuis deux ans. Sur les 49 départements dans lesquels des sociétés ont bénéficié de Texemption d'impôts en 1903, le Nord figure au premier rang avec 10.963 fr., bien en avance sur la Pas-de-Calais qui est au second avec 6.385 fr. (2).
(1) La plus ancienne est la Société anonyme des maisons ouvrières cF Amiens fondée en 18f)6, la seconde celle de Bolbec fonde' e en 1877. En 11K)1, 70 fondations étaient postérieures à Tannée 1890. Le rapport de M. Gheysson porte que sur les 109 sociétés, 19 avaient présenté leur demande entre le 31 mars 190*5 et le 31 mars 1904 et que 14 avaient reçu Tapprobation pendant cotte période. Celles qui ont le capital le plus important sont la Société anonyme des habitations économiques de la Seine, société anonyme fondée «'( l*arisen 1891 (capital 7(50. (K)0 fr.) ; la Société des habitations économiques de Denain, société anonyme fondée à Paris en 1902 (cap. 700.000 fr.) ; la Société de crédit des habitations à bon marché, société anonyme fondée à Paris en 1893 (cap. ;">00.(K)0 fr.) ; le (iroupe des maisons ouvrières, société civile fondée à Paris en 18î)t) (cap. 5(K).00() fr.) ; la Société des habitations salubres à bon marché de Marseille, société anonyme fondée à Marseille en 1889 (cap. :i")0.(X)0 fr.) ; la Société anonyme des maisons ouvrières de Port-de-Bouc, fondée à Marseille en 1899 (cap. 300.000 fr.) ; la Société anonyme des maisons ouvrières d'Amiens, fondée à Amiens en 186f] (cap. 300.000 fr.).
Les lOî) sociétés sont réparties entre 77 villes, savoir 21 à Paris, 3 à Marseille et à Douai, etc.
(2) La totalité des exemptions d'impôt avait été en nombre rond, de 40.000 fr. en i{)Oi ; il a été de .12.000 fr. en 1903. Cette année il a été fait au Ministre des finances des demandes d'admission au bénéfice de la loi du 30 novembre 1894. 11 avait, à savoir : en 1896, 12 demandes dont 8 admissions, en 1897, 67 demandes dont 50 admissions, en 1898, 180 demandes dont 152 admissions, en 189Î), 144 demandes dont 120 admissions, en 1900, 219 demandes dont 209 admissions. ; en 1901, 82 demandes dont 60 admissions. En 1903, U) nouvelles sociétés (4 sociétés anonymes et 12 sociétés coopératives) ont été admises.
Le montant de la contribution foncière des immeubles qui ont joui de l'exemption en 1901 était de 15.944 fr. (principal et centimes additionnels) etc. ; le montant de la contribution des portes et fenêtres était de 21.405 fr. Les maisons collectives figurent dans la proportion d'un quart à un cinquième dans ces tableaux. Voir Reyiseignements relatifs aux contributions directes et aux taxes assimilées^ 13*^ année.
Une rcmarr|ue quia sa portée : Sur les 12 millions 1/2 de capital. S 1 l"Z appartiennent à des sociélés anonymes. Malgré la faveur populaire dont jouit ridée de la coopération, la pratique est timide. Elle semble cependant s'enhardir ; car si, de 1 894 à 1 899, il n'y avait eu, sur 51 sociélés fondées, que 18 coopératives, il y en a eu, de 1 900 à 1 903, 38 sur un total de 58. Mais combien de sociétés dites coopératives couvrent en réalité un anonymat^ c'est-a-dire Tapporl de capitaux philanthropiques (1)?
La (( Société française des habilations à bon marché )) fondée en 1889 à la suite de l'exposition universelle, laquelle a eu pour présidents MM. Jules Siegfried et Georges Picol. s'est proposé d'accélérer et de guider le mouvement. Elle a eu une part notable dans la préparation de la loi de I 894. (^'esl une bonne institution, toute désintéressée, qui ne construit pas, mais qui éclaire par ses renseignements les sociétés naissantes, qui en provoque la formation et qui les aide dans la rédaction de leurs statuts et dans les démarches nécessaires à l'autorisation (2). Les statuts modèles qu'elle a rédigés
(1) UAlmanach de la Coopération pour 1002 a enregistre 22 sociétés de construction coopératives et 37 non coopératives. lien est de même en Belgique où la caisse d'épargne avait prêté au 31 décembre 11K)1 près de 43 millions à des Sociétés anonymes et 2 millions 1/2 à des sociétés coopératives.
(2) Elle a été reconnue d'utilité publique ])ar décret du 20 mars 18ÎK). Une cinquantaine de sociétés ont été fondées sous son ins])iration ; tout d'abord les « Habitations économiques de Saint-Denis », « la Ruche et la Cour de feu », créées à la suite d'un concours qu'elle avait institué. Elle a organisé plusieurs congrès des habitations à bon marché. Voir la conférence de M. Siegfried à Nancy en 1903.
Le « Bulletin de la Société française » est la publication la plus complète de plans, de statuts, de rapports donnant les meilleurs exemples puisés en France et à l'étranger d'une amélioration de l'habitation. Voir particulièrement le volume intitulé : Documeyits à co7isulteï\ modèles et renseignements divers, 11)01.
Au nombre des sociétés dont la Société française a facilité la création par ses conseils je signale, parmi les plus récentes, «le Toit familial». Le Toit familial d'Argenteuil a été fondé en 181)î) à la demande des ouvriers de l'usine du service d'assainissement à Colombes et sous le patronage de M. Bechman. La société devait construire de petites maisons de famille et des maisons à plusieurs logements quand plusieurs actionnaires s'entenderaient pour en réclamer ; elle devait attribuer la propriété des maisons k ses actionnaires en échange de
ont déjà rendu de notables services en éclairant les bonnes volontés (1 ) ,
Il existe une « Société de crédit », créée en I 890 par M. Siegh ied, qui reçoit en prêts à 2 ^/^, de la Caisse des dépôts et consignations des sommes et les prête à son tour au taux de 3 p. 100 a des sociétés de construction (2).
l.e cinquième et dernier corps est celui des avAorités irubliqueF;. Contingent puissant quand il entre enjeu, qu'il s'appelle Etat ou commune. Comment doit-il entrer ?
L'Etat peut par des lois, comme celle du 30 novembre 1894, accorder des faveurs aux constructions a bon marché. Un gouverne-
leurs actions entièrement libérées. La principale difficulté d'exécution a été rimpossibilité oii plus de la moitié dos ouvriers se trouvaient de payer immédiatement le 10® exigible de leurs actions. M. Berteaux, député, et Defresne, maire (TArgenteuil, levèrent cette difficulté en prêtant pour compléter le capital de 30.500 fr., F un 15.000 fr. à 2 °/o, Fautre 10.000 fr. à 3 %. Le Comité des habitations à bon marché du département de la Seine, le comité de Seine-et- Oise ont accordé des subventions. Des emprunts ont été faits à la Société de Crédit et le capital, successivement accru, s'est élevé à 101.200 fr. en 1903. En lUOi, la société aura achevé sa vingtième maison. La maison coûtant 5.800 fr., terrain compris, un paiement de 365 fr. 40 par an suffit au loyer et à l'amortissement en trente ans. « Le Toit familial » d'Asnières s'est constitué dans des conditions analogues en décembre 1903.
En Allemagne la Société rhénane pour ramélioration des logements ouvriers, qui a son siège à Dusseldorf, exerce une action analogue à celle de la Société française en France.
(1) En 11K)3, sur la demande du Conseil supérieur, une Commission a, sous la présidence du Directeur de la Prévoyance et de l'Assurance sociales, rédigé un type officiel de statuts en s'inspirant des statuts modèles de la Société française des habitations à bon marché. La publication de ce type facilitera la rédaction des projets de statuts. Voir Recueil des documents sur la i^révoyœice sociale, réunis par le Ministère du Commerce {Directio7i de V Assurance et de la Prévoyance sociales). Application de la législation française sur les habitations à bon marché, lf)03,
(2) Cette Société a fait pour 2 millions 1/2 de prêts. Ce type de Société a été particulièrement favorisé par la législation en Belgique.
ment peut user de ce moyen ; il doit prertdre garde d'en abuser parce que la législation d'un pays libre doit être fondée beaucoup plutôt sur l'égalité que sur le privilège. L'Angleterre (1) et la Belgique se sont aventurés plus loin que la France dans cette voie.
Le gouvernement peut aussi intervenir par des expositions qui l'ont connaître les types et qui suscitent l'émulation (2) : moyen très légitime et efficace.
Il peut construire des logements pour ses employés (3) ; en quoi il agit comme les entrepreneurs privés, faisant du patronal.
La commune a deux rôles à tenir en matière de logements ouvriers : celui de la salubrité publique et celui de la construction. Le premier s'impose ; nous sommes aujourd'hui beaucoup plus exigeants en fait de voirie que ne Tétaient nos aïeux : c'est un progrès de la civilisation. La commune doit assainir les quartiers pauvres 51U moyen de rues élargies et aérées, de boulevards bordés d'arbres, d'égouts, d'éclairage qui donne la sécurité en dissipant les mystères de l'ombre. Klle doit, sans regret pour son octroi, faciliter l'extension dans la banlieue des voies de communication. Elle peut s'armer des lois pour exproprier des bouges, toutefois en apportant dans son zèle de démolition une prudente circonspection afin de ne pas laisser des familles sans abri par excès de sollicitude ou tout au
(1) Voir S. Webb, Thrce ijears voork of the Lotidon connty conncll. Londres a dépensé ICKJ millions de francs pour construire des habitations à bon marché.
(2) Après l'exposition universelle de 1867, la première dans laquelle Téconomie sociale ait eu une place distincte, les logements à bon marché ont figuré dans les quatre expositions de 1878, 1889 (la première, avons-nous dit, qui ait eu une section spéciale des habitations à bon marché) et liKX). En 1903 il y a eu à Paris une exposition spéciale des logements à bon marché. Il y a eu aussi des expositions dans d'autres pays. Voir entre autres documents sur les congrès : Actes du Congrès international des habitations à bon ynarché tenu à Bruœelles (juillet 1897) ^ 1 vol. in-8, 1897 et Compte rendu et documents du Congrès intertxational des habitations à boy% marché tenu à Paris les 18,
20 et 21 iuinl900^ publiés sous la direction de M. J. Challamel, 1 vol. 1900.
(3) L'Etat prussien le fait pour des employés les chemins de fer. L'Etat français le fait pour les douaniers, au Havre et ailleurs, etc.
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moins h ne pas les obliger à subir ailleurs des loyers trop onéreux (1 ).
L'éducation du peuple se fait beaucoup par l'exemple. Que la commune ait des rues bien tenues : elle apprendra aux habitants à mieux tenir leurs logements ; qu'elle établisse dans les quartiers populeux des latrines toujours très propres : la population prendra peu à peu certaines habitudes de propreté. J'ai beaucoup remarqué aux Etats-Unis la bonne tenue des cabinets d'aisance dans les ateliers et dans les sous-sols des hôtels où lout passant a accès : c'est à rhonneur des Américains. (Comment des maires qui font, fréquemment opposition à Fouverture d'écoles privées parce que les cabinets ne sont pas conformes aux règlements, toléreraient-ils des latrines publiques qui sont une honte et n'useraient-ils pas des pouvoirs que la loi leur a conférés pour la salubrité des latrines privées ?
Il v a des municipalités qui désirent aller au delà de la voirie et et de Fhygiène et se faire entrepreneurs ou commanditaires de logements ouvriers. Il s'en trouve en France (2) ; on en citerait davantage dans d'aulres pays, particulièrement chez nos voisins de Jtelgique (3). (]es municipalités peuvent agir de deux manières :
fl) La ville de Paris a fait démolir un certain nombre de maisons insalubres ; mais, jusqu'ici elle n'a pas construit de maisons : la question est à Tordre du jour. Elle s'est contentée jusqu'à présent de donner quelques secours à des locataires expropriés. La ville de Lille a garanti un intérêt aux actionnaires de sociétés de construction.
La loi du 15 février 1902 a armé l'autorité pour préserver la santé publique. Les communes pourront s'en servir pour la bonne tenue des petits logements et diminuer ainsi le danger d'infection de la tuberculose.
(2) Le Ministre de l'intérieur s'est prononcé dans une lettre au Ministre du commerce contre l'intervention péctmiairc et directe des communes dans la construction. « Les départements et les communes peuvent, conformément à l'art. 2 de la loi du 30 nov^eml)re 1904, allouer des subventions atix comités des habitations à bon marché. Mais, à mon sens, là se borne leur intervention légitime en pareille matière et il ne semble pas qu'en l'état actuel de la législation ces collectivités puissent être autorisées soit à pourvoir directement à la construction de maisons à bon marché, soit à garantir les obligations souscrites pour cet objet par des sociétés privées. . . »
(3) Il y en a atissi en Angleterre, voir particulièrement The Houaing questtofi par Alf. Smith (1904).
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aider des sociétés de conslruction en leur concédant des terrains à litre gratuit ou onéreux, ou construire et louer elles-mêmes des maisons. A cette intervention il me semble que les économistes n'ont pas a opposer le veto absolu de la science, parce que la tendance existe et qu'elle peut être justifiée dans certains cas. Mais ils t'ont justement observer que ce rôle de commanditaire ou d'entrepreneur s'exerce avec l'argent des contribuables, et que, si cet argent ne rapporte pas un intérêt moyen, le logement a bon marché pour quelques-uns devient un impôt sur tous au lieu d'être, comme dans les autres combinaisons, une libéralité volontaire, une spéculation ou une mutualité équilibrée. S'il fallait absolument choisir entre les deux rôles, celui de commanditaire paraît moins dangereux ; car une compai^nie d'entrepreneurs construira vraisemblablement avec plus de compétence et d'économie qu'une municipalité et, la construction faite, tirera un meilleur parti des locations.
La municipalité, louant elle-même, serait probablement poussée par la force des choses à réduire ses loyers, à exempter même des misérables qu'elle n'oserait pas mettre dehors et, ne pouvant pas satisfaire à toutes les demandes, elle serait, à tort ou à raison, accusée de favoritisme. En effet, si elle loue à perte, elle fait œuvre de charité. Pourquoi faire l'aumône <\ l'ouvrier qui, gagnant son pain, ne la demande pas et, si on la fait aux uns, pourquoi ne pas la faire aux autres ? Les ouvriers de fabrique ne sont pas seuls intéressants : les petits employés d:)nt beaucoup gagnent moins que les ouvriers d'élite et les vieillards sans famille le sont aussi. Où s'arrêter? La charge financière, une fois le budget entré dans cet engrenage, n'aurait pas de limite.
L'objection ne porte pas sur les autres corps d'armée. Les manufacturiers construisent dans la mesure de leurs besoins ; les philanthropes et les spéculateurs dans la mesure de leurs ressources ; ils ont l'avantage du bien qu'ils font sans encourir la responsabilité du bien qui reste à faire.
Les économistes reprochent encore a celte intervention de la
commune dans les constructions de faire concurrence aux entreprises privées. Redoutant une lutte inégale puisque la concurrence pour la municipalité tient peu de compte de la question du revenu, les particuliers s'abstiendraient et, toule balance faite, la commune serait probablement grevée et l'ouvrier n'aurait peut-être pas plus de logements.
Ces réflexions nous amènent, Messieurs, à l'utopie socialiste qui, substituant en théorie la propriété collective à la propriété individuelle, affirme qu'après une période d'amortissement d'une vingtaine d'années la communauté pourrait donner à tous ses habitants le logement gratuit ou du moins ne plus prélever que les frais d'entretien (1). Un de ses philosophes les plus autorisés faisait il y a peu d'années une description poétique de cet avenir.
« Quand la Société ne se traînera plus dans l'ornière du profit capitaliste, quand elle pourra substituer dévastes et nobles demeures aux sordides logis des propriétaires sans se demander si le capital trouvera une rémunération suffisante à cette œuvre de santé et de beauté, quand elle sera affranchie de la loi capitaliste qui est dans l'ordre social l'équivalent de la loi de la pesanteur, de sublimes architectures jailliront et s'ordonneront tout à coup pour abriter le prolétariat libéré et la vie humaine anoblie ».
Parlant de choses actuellement réalisables, je n'insiste pas, et je n'aurais pas fait celte citation si elle n'était un indice du sentiment (jui pousse certaines municipalités a construire. Leursavocatss'appliquent à démontrer que l'intérêt particulier n'est pas en harmonie avec l'intérêt général et que cet intérêt général ne peut être servi que par l'action de la communauté. Quant à nous, ce n est pas vers la sup-
(1) Parmi les projets socialistes nous pouvons mentionner celui-ci : La commune substituée aux propriétaires (mais comment ?) donnera le logement au prix coûtant (c'est-à-dire au prix, sans doute, du rachat aux propriétaires.) ^]lle construira elle-même des immeubles ; le loyer qu'elle fera payer remboursera en vingt-cinq ans l'emprunt fait pour la construction. Après GO ans, toute dette étiint éteinte, le logement ne coûtera plus que les frais de réparation ; le logement deviendra un service public comme 1 éclairage des rues (mais l'éclairage des rues n'est pas un service gratuit, les habitants le i)aient par Timpôt).
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pression de la propriété individuelle, mais vers l'accès de la propriété et du bien-être à un plus grand nombre de membres de la société que tendent nos elForts et nos espérances.
Patronal, philanthropie, spéculation, association, autorité publique, voilà les cinq corps d'armée que nous avions à passer en revue ; ce sont les cinq facteurs, bien réels ceux-là , de l'œuvre des logements. Pour chacun d'eux je n'ai cité que quelques types destinés à vous faire comprendre leur caractère, sans pénétrer dans des détails d'architecture et de finance qui ne convenaient pas à cette assemblée.
Je ne vous donne pas toutes les œuvres que j'ai citées comme des modèles irréprochables sous le rapport des convenances et des combinaisons financières. Le succès auprès de la clientèle la plus désirable n'a pas été le même partout. Ce que j'ai. voulu surtout, c'est signaler l'effort qui caractérise une préoccupation particulière de notre temps
J'ai pris ces types en France. Je dois dire, avant de terminer, que la même croisade se poursuit à peu près avec les mêmes types, avec des nuances différentes toutefois, dans tous les grands États manufacturiers. Elle se poursuit en Angleterre où Robert, lord Shaftesbury cl autres philanthropes, soutenus par le prince Albert, ont saisi il y a une soixantaine d'années, Topinion publique de cette question (I) et où la magnificence d'un philanthrope a doté de 1 2 millions de francs une société de construction. A l'aide de ce fonds, cette société a bâti des maisons dont le revenu capitalisé a permis d'étendre les constructions; la valeur des immeubles de la donation Peabody dépasse aujourd'hui 34 millions. Nulle part, peut-être, la coopération communale n'est plus entreprenante qu'en x\ngleterre ; des quartiers
(1) Kn Angleterre le prince Albert avait accepté en 1842 le patronage d'iinr société pour Famélioration des logements. Henry Robert fit construire en 18ii la première maison ouvrière. 11 pensait que « tous les remèdes contre la misèn devaient échouer, si Ton n'y associait une complète réforme des logements » Kn 1850, le prince Napoléon a fait traduire son livre en français.
entiers sont expropriés ou sont couveils de constructions pnr des municipalités (1 ).
I^lle se poursuit aux Etats-Unis où, comme je vous l'ai dit, les
(1) Kn Angleterre les lois de 18r>5, 1806, 1874 (acts for renioval of thr revisances) ont donné aux inspecteurs le droit non seulement de surveiller, mais de supprimer ce qui nuit à la santé publique si les propriétaires, après injonction, ne Font pas fait. Les lois de 1568 à 1582 (Artisans Dwellings acts) ont accru les pouvoirs des municipalités ; elles peuvent faire démolir les constructions qui empêchent la circulation de Tair. Les lois de 1875 à 1882 (Artisans and labourers' Dwellings improvement acts) invitent les autorités locales à exproprier les îlots de maisons insalubres et à pourvoir au logement des personnes évincées par des constructions nouvelles qu'elles doivent revendre dans les dix ans. Los lois de 1851, 1806, 1807 (Labouring classes lodging-houses acts) concernent les garnis dont les municipalités peuvent encourager la création. Dès 1841 des associations s'étaient formées pour la construction de logements ouvriers à Londres (Metropolitan Association Improved industrial Dwellings C^, Feabody donation fund, Victoria Dwellings Association, etc). Voir Tarticle <le M. Raftalovich, Jont /tal des Economistes^ février 1884.
La loi du 18 août 1890 « Housi ng of the working classes act » a résumé, avons-nous dit déjà, les lois antérieures (depuis 1851) sur la matière. (Voir particulièrement la loi du 30 juillet 1874). Elle a été votée à la suite des rapports publiés par la Commission royale de 1884. Cette loi autorise les villes à <Iémolir les maisons des quartiers oii la mortalité est excessive, et traite des avances que les municipalités peuvent faire aux sociétés de construction. Le gouvernement a fait lui-même des avances (près de 2 millions de livres sterling) aux sociétés et aux entrepreneurs de construction. (Voir les lois du 25 août 1894 et du 9 août 1899).
Dans un livre publié en 1900 The ho ftsing question, M. Alfred Smith démontre Fimportonce de la question à Londres par quelques chiffres : la densité dans Old Artillery ground est de 427 personnes par acre tandis qu'elle n'est en moyenne que de 56 dans la ville ; il y a à Londres 215.000 personnes vivant dans 5(:).600 logements à 1 chambre, 330.000 dans rSO.OOO logements à 2 chambres. Les principales sociétés qiii, à Londres, s'occupent de cette amélioration, sont : « Peabody donation fund », qui a construit en 18 blocs avec 5.122 logements comprenant 11.367 chambres ; « Artisans and gênerai Labourers' Dwelling C^ » qui a construit en 11 blocs 1.467 logements comprenant 3.495 chambres ; « East and Dwellings C« », qui a construit 10 blocs pour loger 5.000 personnes ; « Guiness Trust », qui a construit 2.232 petits logements (6 blocs), avec 4.568 chambres habitées par 7.327 personnes ; « Improved industrial Dw^ellings C^ », qui, sous la direction de sir Sydney Waterlaw, a construit 45 groupes de maisons divisées en 5.419 logements (18.209 chambres) et qui donne à ses actionnaires un dividende de 5%; «Metropolitan Association», qui a construit 1.426 logements; «South London Dwellings», qui en a construit 130; l'œuvre de miss Ottavia Hill, qui consiste, avons-nous dit, à louer des maisons à petits logements en mauvais état et à les approprier.
A cette liste il faut ajouter les Building societies, dont nous avons déjà parlé,
Kuilding societies, favorisées par les hauts salaires et le bon marché du terrain, ont couvert de maisons des quartiers entiers et élevé des centaines de mille d'ouvriers au rang de propriétaires (I). Elle
et les hôtels construits par lord Rowion ; il y en a trois qui contiennent chacun près (le 800 logements loués (K) centimes la nuit et rapportant 5 o/^.
Kn vertu de la loi du 18 août 18U0, le County Couneil of London a fait démolir 23 lots de maisons insalubres, vendu une partie du terrain et sur Tautre a construit 6.800 logements pour .*^.000 personnes ; Topération de Hethnal green (Boundary Street) a laissé le Conseil en perte.
Kn vertu d'une loi de (Small houses acquisition of ownership act)les municipalités ont été autorisées à faire des avances aux constructeurs de maisons d'une valeur de moins de 10.000 fr., en ajoutant 1/2 % à leur propre taux d'emprunt. 49 villes, parmi lesquelles figurent les grandes cités d^) Liverpool, Manchester, Glasgow, ont usé de cette autorisation, en empruntant environ l million de livres sterling.
l*armi les fondations privées on a remarqué dans les expositions celle de r usine Sunlight, la cité de M. Cadbury composée de 370 maisons et habitée par 2.(KK) personnes.
A Dublin oii les maisons insalubres étaient et sont encore très nombreuses la numicipalité a acheté et déblayé plusieurs groupes de logements de ce genre et les a loués à l'Artisan Dwellings C" qui y a construit (1880-1886) des maisons mieux aménagées, mais Topération a laissé la municipalité en perte.
(1) Dans un article récent {The Annals of the American Acaderny of Political and Social Scieiice, March. 1904) M. Robert W. de Forest, Tenement-house commissioner à New- York rappelle quelques-unes des récentes mesures prises par les pouvoirs publics aux Ktats-Unis pour l'amélioration des logements ouvriers, l'ordonnance municipale de Chicago en 11K)2, la loi de 1903 pour les villes de seconde classe de la Pennsylvanie, la nomination de commissions dans le New-Jersey et à Boston, l'application efficace de la loi des Tenementhouses dans les villes de première classe de l'Etat de New- York, la création en 1902 à New- York d'un Tenement-house Department, les institutions du même genre créées à Philadelphie, à Cleveland, etc. « Ail thèse movements, dit l'auteur, testify to the public interest on this important subject and to the exlent to which that interest has been increasing ». 11 énumère sous 28 rubriques les changements qui ont été à New- York, depuis 1901, le résultat de l'action du Tenement-house Department dans les constructions nouvelles ; il n'y a plus de chambres obscures et non ventilées, les cours sont plus larges, des cabinets d'aisance pour chaque logement, un cube de 120 pieds pour la chambre à coucher, etc.
L'inspection a été vigilante et l'habitation de 10.7f)8 familles (83.840 personnes) a été aménagée conformément à la loi.
New- York était, avec Chicago, la ville la plus mal famée sous ce rapport. La population s'y était entassée dans l'espace resserré entre THudson et l'Kast River, les pauvres ne pouvant aller se loger hors de la ville au Nord, parce qu'ils n'auraient pas pu payer chaque jour le « car ». Le Fever nest, dans Baxter Street, le Five point etc., étiuent devenus fameux. Beaucoup de
se poursuit en Belgique où, comme je vous l'ai dit aussi, nos voisins paraissent plus enclins que nous à faire appel à Tautorité publique ( I ). I^lle se poursuit en Suisse (2), en Allemagne (3), dans les Etats
Tenement-houses (Maisons aménagées en petits logements) étaient surpeuplés et infects. Jusqu'en 1879 New-York n'avait eu aucune inspection des constructions.
Depuis 1894 le Board of Health en avait fait supprimer ou améliorer un certain nombre, il avait rendu plus salubres les 99 « lodging-liouses » (garnis) qui ne peuvent s'établir qu'avec son autorisation ; la philanthropie (D. O Mills et l'armée du Salut, etc.) a créé de meilleurs garnis ; la City and suburban Homes G" a été fondée sous la présidence de M. E. R. L. Gould et l^Alfred Corning Clark Estate avec ses o73 chambres bien saines, a été bâti en 1898.
(1) En Belgique, le Gouvernement recommandait déjà en 1848 l'amélioration des logements ouvriers et ouvrait un concours. En 1876, une exposition d'hygiène, de sauvetage et d'économie sociale fut organisée à Bruxelles. De 1802 à 1892, des lois (loi du 12 août 1862, loi du 9 avril 1889, lois des 30 juillet 1892, 18 juillet 1893. 16 août 1897) ont été promulguées sur les • habitations à bon marché. — Les communes ont favorisé la construction des maisons de cette espèce^ par des exemptions d'impôts, des terrains donnés ou vendus à bas prix, dos prêts d'argent; Saint-Gilles-Bruxelles a voté un emprunt de 25 millions. Les bureaux de bienfaisance de plusieurs villes ont vendu ou loué des maisons.
La Caisse royale d'épargne a accordé de larges avances aux sociétés de construction (plus de 45 millions jusqu'en liK)4). Son intervention a aidé à la formation de 34 sociétés de construction parmi lesquelles on peut citer T « Association anonyme des habitations ouvrières dans l'agglomération bruxelloise » et la «Société verviétoise » et de 114 sociétés de crédit.
A Liège le « Foyer de l'ouvrier» a construit 1.100 maisons.
(2) Dans plusieurs cantons de la Suisse, les communes ont fait des enquêtes sur les logements insalubres et créé une inspection. Plusieurs communes, Berne (112 maisons), Zurich, Bâle, Neuchâtel, ont construit des maisons ouvrières. 11 existe à Genève une « Société pour l'amélioratioii du logement» fondée en 1893. A Zurich, etc. fonctionnent des sociétés pour la construction de maisons ouvrières.
(3) L'Allemagne n'a pas de lois qui autorisent l'expropriation et la démolition des qtiartiers insalubres, excepté dans la Hesse et à Hambourg; mais il existe des ordonnances locales de police, notamment à Dtisseldorf, à Essen.
En Prusse, la loi du 13 août 1895 stiivie de quatre autres lois, 23 août 1899, etc., ont mis d'abord 5 millions de marcs, ptiis un total de 44 millions de marcs à la disposition des sociétés formées entre ouvriers ou employés des chemins de fer et des mines appartenant à l'Etat. L'État dans ce cas agit comme nation. Grâce à ces fonds l'administration des chemins de fer de Hesse et de Prusse avait, en 1902, 4.563 logements ; ces logements sont loués sur le taux de 4 p. ""jo (3 p. <'/o d'intérêt, 1 p *»/o d'amortissement). Les maisons ne sont pas construites par le gouvernement, mais par des sociétés auxquelles il prête i'argiuit ; ces maisons doivent rester la propriété de la société. Cependant;, par une combinaison nouvelle, l'Etat s'est reconnu la nue-propriété.
L'Empire a fait comme la Prusse. La Saxr a affecté en 1892 un million et
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Scandinaves où cette disposition des esprits se manifeste aussi (1). Des Congrès internationaux ont propagé l'idée et discuté les moyens (2).
(lonii do marcs pour la construction de maisons destinées à loger des employés de chemins de fer. La Havière a voté pour Ir même objet 5 millions de marcs: le Wurthembourg aussi.
Des villes, en petit nombre (Strasbourg, Dusseldorf, etc.), ont construit des maisons ; en plus grand nombre, elles ont démoli des logements insalubres, particulièrement Hambourg. La ville de Manheim a la première, en 1898, cédé des terrains à litre gratuit ou en partie gratuit à des entrepreneurs pour construire des petits logements dans des conditions déterminées; Strasbourg, Sarrebruck, Constance, Hambourg, Lubeck, etc., ont suivi Texemple. D'autres villes, Bonn, Kaiserlautern, Barmeri, etc., ont prêté de l'argent sur hypothèque pour des constructions de ce genre; ti'autres ont fait des remises d'impôts; nombre d'autres ont sotiserit des actions dans des sociétés coopératives de construction ou cautionné des emprtuits. Des règlements sur 1;< coust nietion ont ('t(' promulgués, des inspections ont été organisées.
Les caisses d'épargne et les caisses d'assurance ont été autorisées à faire des avances aux sociétés de construction. 11 n'y a guère que les caisses régionales d'assurance contre Tinvalidité qui aient usé jusqu'ici de l'autorisation ; elles ont prêté près de 100 millions de marcs. Des particuliers (Aders à Dusseldorf, Liagre et Meyer à Leipzig, etc.) ont fait des dons pour des constructions; des sociétés se sont formées : « Gentralstelle fiir Arbeiter-Wohlfarts Einrichtungen », « Kheinsch(Mi Verein zur Fordernng di'v Arbeiterwohnungswesen », l'une à Dusseldorf, l'autre à Francfort.
Au 1®*" janvier 1901 il y avait en Allemagne 279 sociétés coopératives de construction et à peu près autant de sociétés non en coopération. Heaucoup d'établissem<»nts industriels ont construit des maisons pour leur personnel. Voir UhohitntioH ouvrière et les pouiwirs publics en AUenuigne, pitr Ed. Fuster (dans le liecueil des documents sur la prévoyance sociale^ liX)3).
Pour l'Autriche, voir les lois du 9 février 1892 et juin 1902.
(1) En 1899, la ville de Stockholm, où une inspection faite en 1895 avait révélé l'encombrement dans les petits logements, a ffiit construire 2 maisons pour loger les ouvriers au service de la ville : c'était le commencement d'un vaste plan. La municipalité avait décidé, dès 1847, de construire des habitations ouvrières; elle a construit en effet 12 maisons qu'habitaient 249 personnes. En 1878 elle les a cédées à l'institution Robert Dickson, à laquelle elle a cédé atissi des terrains à prix réduit; cette institution possédait, en 1890, 44 maisons otivriêres et 3.39 logements (logements à 1 ou 2 chambres). La municipalité de Gothembourg a cédé aussi à tm prix trè^- modéré des terrains à la Société dite Arbetaveboslads- Aristiebolaget. — En Norvège, le Shorthing a mis à la disposition des communes plusieurs millions de couronnes pour faciliter aux moins forttmés l'acquisition d'une maison.
(2) Congrès tenus à Pans en 1889, à Anvers en 1894, à Bordeaux en 1895, à Brtixelles en 1897, à Paris en 1900 ; d'atitres à Londres, à Vienne, à Budapest, à Madrid, à Dusseldorf oii s'est tenu en 1902 tm congrès international des habitations à bon marché et oii a été institué un Comité permanent pour organiser des congrès futurs.
De Tesquisse générale que j'ai présentée vous concluerez non seulement que la question est par elle-tneme importante, mais qu'elle s'est posée, comme lanT d'autres (jueslions sociales, en concordance avec révolution des fails : la conceniration de l'industrie et l'accroissement des ag2;lomérations urbaines ont attiré l'attention sur des misères qui existaient antérieurement mais (]ue ces deux fails onl aggravées , d'une part, le sentiment croissant du bien-être rendait ces misères plus aiguës pendant que, d'autre part, le progrès général de la richesse fournissait plus l'acilement le remède. Je n'exagère pas en vous disant que la question s'impose plus que jamais aujourd'hui parce que les mêmes causes agissent avec une intensité croissante. A l'œuvre doue, Messieurs et Mesdames^ le problème est à l'élude et il appelle l'action : action qui doit être non l'eirort d'un jour, mais une lactique continue et persévérante; car, outre le mal existant qui est à extirper, le mouvement de la population vers les centres industriels produira sans cesse des cas nouveaux et le problème ne sera pas complètement résolu de longtemps.
Les cinq corps d'armée qui font le siège des bouges et qui se proposent d'élever sur ses ruines le a Home » du peuple ne marchent pas de concert ; parfois même ils se suspectent les uns les autres et se dénigrent.
Les chefs du parti ouvrier et surtout le socialisme collectiviste mettent leurs amis en défiance contre le patronat ; ils Taccusent de faire montre d'une philanthropie qui ne serait qu'un calcul égoïste d'intérêt et de forger des chaînes emmiellées. L'imputation est calomnieuse : je vous ai fait remarquer que la considération d'intérêt n'excluait pas le sentiment philanthropique et que le résultat était incontestablement avantageux à la classe ouvrière. Lui rend-on service en cherchant à discréditer des œuvres dont elle a le profit?
Les philanthropes et les patrons appréhendent, en France particulièremeiU. l'intervention de Tautoiité publique parce qu'elle
risque de décourn^er Tinitialive privée (1 . Et pourtant, s'il est des manières d intervention qui aident à atteindre le but sans préjudice pour les finances publiques, faut-il priver la classe ouvrière de ce concours?
Les ouvriers sont facilement séduits par le mot coopération. F.a coopération est en ellet excellente quand on sait l'organiser et, depuis un an ou deux en France ce type semble être préféré, en apparence au moins, i\u type de l'anonymat. Mais, dans la pratique, la coopérative est hérissée de difficultés qui arrêtent les petits salaires. La classe ouvrière devrait donc se féliciter que la philanthropie vienne lui tendre la main pour l'aider à les surmonter, et même que la spéculalion entre en jeu sous la forme de Tanonymat.
L'opportunité de chaque combinaison — et je suis loin de les avoir indiquées toutes — dépend des circonstances. L'expérience fera connaître la mesure d'utilité de chacune. Sur ce point, je ne saurais trop recommander une doctrine large et une politique hospitalière. Il faul des forces diverses, beaucoup de forces et, autant que possible, des ellorts combinés, ou tout au moins qui ne cherchent pas à se neutraliser, pour triompher du mal.
(Test la santé et le bien-être d'une partie considérable de la classe ouvrière et, par conséquent, de la nation française qui est enjeu. Ce sont, puis-jedire en parlant devant une société industrielle, les forces productives qui sont intéressées dans cette question ; c'est, puis-je dire à tous mes auditeurs sans distinction, la dignité morale des classes les moins fortunées de la société contemporaine.
Vous connaissez l'axiome latin :
Mens sana in corpore sano « Une âme saine dans un corps sain » ;
(i) Dans la conclusion d'une étude faite en Allemagne par M. Fuster, on lit : « lui fait il apparaît bien que l'initiative des constructeurs privés n'a été arrêtée ni même gènt'e peu sc^rieusement, mais qu'elle a été rectifiée, améliorée par 1(^ concours que les villes ont prêté ,aux sociétés de constructions ouvrières ». JS haOïtation ouvrière et les pouvoirs publics en Allemagne (dans le Recueil dt ilocinnenfs s^rr la jjréco^/mwc sociale^ 1903).
deux précieuses qualités. Si nous sommes (ous d'accord pour reconnaître avec Tevidence des Faits que cette santé du corps est liée à l'hygiène du corps et de Thabitation : si nous sommes convaincus (ju'un foyer- de Camille oij la famille se plaise et vive hors des dangers de la promiscuité et des écœurements de la malpropreté, que ce foyer est partant une sauvegarde de la moralité et de la dignité humaine, nous pouvons, en transformani quelque peu le vers latin, adopter la devise suivante :
Mores sanœ sub tegmine satio.
Cette devise résume ma conférence. Je la termine en vous conjurant tous, patrons, ouvriers, employés, philanthropes, capitalistes qu'inspire la religion, la solidarité ou l'intérêt personnel, associations, municipalités, a travailler de concert, chacun dans sa voie et avec ses moyens propres, sans jalousie ni dénigi-ement, à procurer à la classe laborieuse des salariés ce toit salutaire, tefjinen snnffùiy abri du bien-être et de la moralité dont la seconde moitié du XIX^ siècle a posé les fondements et dont je souhaite au XX^ siècle de parfaire l'édilice.