MONSIEUR LÉ PRÉFET
& J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien accorder une attenüon bienveillante à l'exposé qui va suivre des besoins urgents de notre malheureux quartier de Porchefontaine.
« Situé au creux d’un vallon, couronné de toutes parts d’une superbe futaie, Porchefontaine, avec ses jardins pleins d'arbres fruitiers, de rosiers et de fleurs vivaces, pourrait être un asile délicieux. Sa population, qui sans cesse augmente, comporte aujourd’hui plus de 2.000 âmes. Elle est, j'ose le dire, intéressante entre toutes, car elle est exclusivement composée d’ouvriers, de petits fonctionnaires, courageux, sobres, économes, ayant mis de côté sur leurs salaires de quoi acheter un petit terrain sur lequel ils ont édifié, souvent de leurs mains, une modeste maison.
« Malheureusement, les lotissements ont été vendus sans que la voirie ni les canalisations diverses aient été faites, et les maisons ont été contruites pour la plupart sans aucun contrôle des services d’hygiène. Le résultat de cette imprévoyance est celui-ci :
« La plupart des maisons n’ont pas de fosse étanche, et, par conséquent, la nappe d’eau qui, en certains endroits, est presque à fleur de sol se trouve complètement contaminée. Or, la grande majorité des habitants s’alimentent en eau par des puits, très peu profonds d’ailleurs. :
« On frémit en pensant à ce qui arrivera fatalement le jour où la fièvre typhoïde, endormie depuis la guerre, reprendra sa virulence normale. Ce jour-là, comme à chaque réveil d’épidémie longtemps interrompue, des hécatombes sont à prévoir. Il faut d’ailleurs noter
que Porchefontaine est un centre d'élevage, et que si la « Poupon-
se
nière », établissement modèle, est pourvue d’eau potable, il n'en est pas de même des nombreuses nourrices qui, chez elles, élèvent un, deux, et jusqu'à quatre bébés!
« Il est inutile que j’insiste sur la gravité du danger.
« Les rues, qui n'ont jamais été empierrées, sont devenues de véritables bourbiers. En maints endroits, on peut y voir des ornières assez larges et profondes pour qu'un enfant s’y noie. Récemment, un fourgon chargé d’ordures y resta trois jours enlisé. Le sauvetage nécessita l'intervention d’un pwssant tracteur à chaine.
« Les eaux ménagères, faute d'écoulement, sont recueillies dans des puisards, et contribuent à infecter la nappe d’alimentation, ou encore elles stagnent devant les maisons, formant une boue immonde où pullulent à l’envi les larves de mouches et moustiques, et répan-
dant une odeur infecte.
« Au beau milieu du quartier, au carrefour le plus fréquenté, un de ces cloaques est entreténu par une cité ouvrière. Cette cité ouvrière est une ancienne étable à vaches, vaguement, très vaguement convertie en habitation humaine. Quand la cité n’était qu’une étable, le liquide de ce cloaque s'appelait du purin.
« Les ordures ménagères ne pouvant être enlevées par le service municipal, sont souvent jetées au milieu de la rue, ou, quand elles ne sont pas incinérées par l'habitant, s'accumulent on ne sait où, et forment un redoutable milieu de culture pour les mouches, les moustiques et les rats.
« Les rues ne sont pas éclairées. Les enfants qui reviennent de l'école le soir, la majorité des habitants qui rentrent à la nuit close du bureau ou de l'atelier, piétinent et glissent dans ce bourbier semé de ferrailles, de tas de briques, de vaisselle et de verre cassés. Les accidents sont très fréquents.
« Les plus pauvres, ceux qui n’ont pas de puits, doivent aller à