A ER
la crise des logements dans les grosses agglomérations industrielles résultant d’un surcroît de population urbaine (désertion des campagnes et afflux d’émigrés qui ne retournèrent pas dans les régions dévastées), il y aurait lieu, à notre avis, d'ajouter plus particulièrement deux causes, citées peut-être par certains auteurs, mais considérées par eux comme secondaires, et qui, au contraire, dans la région parisienne notamment nous paraissent avoir été primordiales,
A. — C'est, tout d’abord, la création de vastes usines nées des besoins de la guerre et de l'après-guerre : Gennevilliers, La Courneuve, Colombes, Billancourt, etc.
B. — En second lieu les achats de terrain effectués à titre de placements par de petits capitalistes épargnants, depuis la fin de la guerre
jusqu’à la stabilisation du franc.
A. — Nombreuses furent en effet, les agglomérations qui se constituèrent aux alentours des usines nouvellement créées
Ces dernières, établies en des endroits où le prix du terrain n'était pas trop élevé en raison de la surface qui leur était nécessaire, procurèrent bientôt du travail à un nombre considérable d'ouvriers qui cherchèrent peu à peu à rapprocher leur domicile du lieu de leur emploi.
Les premiers terrains vendus le furent dans d'assez bonnes conditions pour l’acquéreur, mais par la suite, la spéculation s’en mêlant, les sociétés de lotissements « flairant une affaire » accaparèrent les terrains restant et les revendirent à des prix très élevés.
Ces terrains ne répondaient certes pas, pour la plupart, aux conditions requises pour y établir un centre d’habitation moderne.
L'usine, cause initiale de l’afflux de population ne s'était établie à
2 ree
cet endroit que parce que le terrain y était moins cher, pour une raison ou pour une autre. :
Il s'agissait en général de terrains incultes, parce que trop humides, mal drainés, où mal desservis, et dans ces conditions tout à fait aptes à constituer pour leurs acquéreurs, des terrains à « lotissement défectueux ».
Terrains achetés très chers, en raison d’une spéculation regrettable, et impropres, à moins d'y faire des travaux importants, à toute construction destinée à l’habitation. Telles ont été les caractéristiques des lotissements qui se créèrent aux alentours des grosses usines de la
banlieue parisienne. Ils ne furent malheureusement que trop nombreux. & k*k
B. — En second lieu, et la moindre enquête dans les lotissements créés postérieurement à la guerre le prouve amplement, de nombreux achats de terrain ont été effectués par des gens de condition très modeste, durant la période d’instabilité financière qui suivit la fin des hostilités. Ils constituaient en effet une forme d’épargne qui semblait non seulement à l'abri de toute fluctuation, mais au contraire susceptible d’une plus-value presque assurée.
L'exemple et l'entrainement y aidaient pour beaucoup.
Chacun citait à l’envi le coin de banlieue où le terrain acquis à très bon compte était revendu quelques années après par son heureux propriétaire à un prix beaucoup plus élevé.
D'un autre côté, les placements en obligations (foncières, communales, Ville de Paris) qui, avant la guerre, constituaient une des formes principales de l'épargne populaire, s’avéraient de plus en plus comme pleins d’aléas et d’incertitude. La baisse continue du franc, la hausse du ioyer de l’argent, incitaient la plupart des épargnants à rechercher une formule de placement différente.
Ce furent les lotissements.
Les sociétés spécialisées dans ce genre d'opérations surent d’ailleurs parfaitement tirer parti, à ce point de vue, de la crédulité des épargnants qui s’offraient à elles.
Les affiches alléchantes où l’on faisait ressortir le mérite des placements immobiliers — « valeur or » — comparativement aux autres, entrainèrent de nombreux épargnants à utiliser leurs économies en faisant l'acquisition de quelques centaines de mètres carrés dans un coin de banlieue quelconque.
Le terrain acheté, la tentation était trop forte et l’on se décidait à y faire construire (poussé d’ailleurs par la crise du logement sévissant en ville) sans se soucier de savoir si l'emplacement était ou non habitable (1).
Ce deux facteurs complétant ceux que nous avons rappelés précédemment ont été certanement pour beaucoup dans l'extension des
foyers de Îotissements parisiens.