‹ La question du blé dans les pays danubiensChapitre 22 sur 46 · TES · texte numérisé non relu

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40 %. Les charges résultant de ces dettes sont devenues de plus en plus lourdes au fur et à mesure que leurs revenus diminuaient. Mais ce n’est qu'avec l’effondrement des cours des céréales, en 1930, que le service des intérêts et des annuïités est devenu écrasant pour eux. En même temps, par suite de cette chute, ils ont été obligés de combler leur déficit d'exploitation avec de nouveaux emprunts. Avec l’aggravation de la crise dans tous ces pays, les gouvernements ont été obligés de décréter des moratoires temporaires pour les dettes agricoles et d’interdire toute exécution forcée contre les paysans. On procède maintenant dans ces pays à une réglementation définitive des dettes agricoles, qui finira probablement par une annulation pure et simple d’une partie de leur montant, étant donné que les paysans sont dans l’impossibilité de les acquitter, par suite de la diminution énorme de leurs revenus.

En Bulgarie, à la fin de 1930, la somme totale des dettes pour 750.000 exploitations agricoles s'élevait à 5.745 millions de leva (4 leva : 0,18 frs), ce qui correspond à une moyenne de 7.629 leva par propriété rurale ou à peu près 1.511 leva par hectare cultivé. Ce sont surtout les dettes contractées par les agriculteurs bulgares auprès des usuriers et des particuliers qui sont les plus lourdes pour eux. Au contraire, le taux des intérêts réclamés par la Banque Agricole, le plus important fournisseur de crédit à l’agriculture, qui était de 12 % en 1929, a été progressivement réduif à 9 %. Avec l’aggravation de la situation économique, l'endettement de l’agriculture en Bulgarie n’a pas cessé d'augmenter et, au commencement de 1933, on

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évaluait le montant total de la dette agricole bulgare à un chiffre d'environ 12 milliards de leva (1).

Parmi ces pays, c’est l’agriculture hongroise qui est Île plus lourdement chargée de dettes. La dette totale, hypo-. thécaire et non hypothécaire (non compris les prêts accordés par la coopérative pour le règlement financier de la réforme agraire), s’élevait pour celle-ci, au milieu de l’année 1933, à un chiffre de 1.902 millions de pengoes (2) (1 pengoe : 3,20 frsê. L’enseuble des terres grevées de dettes s’élevait à 5,27 millions de harpants cadastraux, soit une charge moyenne de 361 pengoes par harpant. Le fait qui caractérise l’endettement de l’agriculture hongroise, consiste en ceci que les charges de la petite propriété dépassent de beaucoup celles de la moyenne et de la grande propriété.

En effet, tandis que l’endettement moyen, par harpant, dans la petite propriété (de 0-5 harpants) s'élevait à 740,2 pengoes, par contre celui des propriétés entre 500- 1.000 harpants n’était que de 303,1 pengoes par harpant. Que les dettes agricoles soient devenues exagérées, surtout pour les petites exploitations, cela résulte du fait que la charge moyenne d’un harpant cadastral des propriétés au-dessous de 5 harpants dépasse de 54,8 fois le revenu cadastral annuel net.

Il est intéressant de comparer l’évolution des charges d'intérêts de l’agriculture hongroise à la baisse des prix du blé, sur le marché national. En 1928, la charge résultant du service d’intérêt a été de 94,8 millions de pengoes ;

(1) Op. cit., p. 67. k | | | (2) Revue Hongroiïse de Statistique, N° 10, 1933, p. 758.

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si on considère le prix du blé en 1928, cette somme aurait pu être acquittée au moyen d’une quantité de 3,8 millions de quintaux de blé. En 1930, cette charge d'intérêt s’est élevée à 155,5 millions de pengoes, ce qui correspondaiït, d’après le niveau des cours du blé cette même année, à 11,4 millions de quintaux. Par conséquent, tandis que le montant des intérêts de 1928 à 1930 n’augmentait que de 60 , par contre, pendant la même période, la quantité de blé qui aurait été nécessaire pour les acquitter augmentait de 300 % (1).

En Roumanie, d’après les données officielles, la dette

de l’agriculture roumaine s’élevait en 1932 à 52,3 milliards de leu. En Roumanie aussi c’est la petite propriété qui est la plus lourdement chargée. Les 9,2 millions d'hectares appartenant aux exploitations de moïns de 10 hectares sont grevées de 37,3 milliards de leu (1 leu : 0,15 frs), soit en moyenne 4.040 leu par hectare. Au contraire, les 5,2 millions d’hectares des propriétés de plus de 10 hectares ne sont endettés que de 2.870 leu par hectare environ.

L'agriculture yougoslave était chargée, à la date du 1% octobre 1932, d’une dette de 6 milliards de dinars (1 dinar : 0,3% frs). Ce chiffre ne tient compte d’ailleurs que des données de 87,1 % du nombre des communes, de sorte que le total de l’endettement agricole en Yougoslavie a été évalué à peu près à 7 milliards de dinars. Et la charge moyenne par hectare y était environ 1.400 dinars (2).

(4) Hawros E. : L'intégrité économique de la Hongrie, Budapest 1932 (en hongrois), p. 105. É (2) Revue Hongroise de Statistique, 1933, N° 3, p. 167.

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La situation particulière des pays danubiens dans la crise agricole est en partie aussi aggravée par suite de profondes transformations politiques. La eréation des nouvelles unités économiques, la multiplication des frontières douanières, dont l’importance est accentuée par un nationalisme économique exagéré, donnent un caractère particulier à la crise danubienne. Les échanges commerciaux dans ces pays se font plutôt suivant les affinités politiques que d’après les besoins économiques. L’industrialisation forcée et en partie artificielle de ces pays ‘agricoles a également aggravé la situation de l’agriculture ; en effet, par suite d’une politique de protection industrielle, il est arrivé que le décalage entre les prix des produits industriels et ceux des produits agricoles, ou ce que lon appelle les « ciseaux agraires », est extrêmement accentué dans ces Etats.

C’est ainsi qu’en Hongrie par exemple, l'indice des prix (base 1925-27) des produits agricoles est tombé à 46,6 en 1933. Par contre, à la même date, celui des produïts industriels n’est pas descendu au-dessous de 79,2.

En Roumanie, la baisse des produits agricoles a également dépassé de beaucoup celle des produits industriels. En 1933, les prix des produits agricoles sur le marché y étaient de 61 % inférieurs à ceux de 1929. Au contraire, les prix des produits fabriqués n'étaient que de 44 % audessous des cours de 1929.

D’autre part, depuis la chute des prix des céréales, la situation des pays danubiens est particulièrement défavorable sur le marché international du blé, par rapport à celle des pays d'outre-mer, En.effet, les premiers produi-

sent le blé à plus hauts prix que leurs concurrents américains, et ils en exportent des qualités inférieures.

Parmi les pays exportateurs, ce sont les pays danubiens qui représentent en quelque sorte les producteurs marginaux, subissant des pertes les plus lourdes sur les quantités de blé exportées. Dans les pays d’outre-mer, la production du blé se fait sur une grande échelle dans de vastes fermes avec l’utilisation de machines, ce qui leur permet de diminuer considérablement les prix de revient. La culture du blé est particulièrement adaptée à la mécanisation, étant donné que la machine peut être utilisée dans toutes les phases de sa production. |

Dans tous les pays danubiens, au contraire, où les exploitations agricoles sont extrêmement morcelées, l’application du machinisme moderne est impossible à pratiquer à une échelle comparable.

L’unique moyen de surmonter cette infériorité de lagriculture danubienne, consisterait à encourager le développement des coopératives de production, ce qui permettrait l’application intégrale de la technique agricole moderne.

D'autre part, que les pays danubiens exportent leur blé à des prix extrêmement bas, ce n’est pas uniquement la conséquence de l'offre excessive des pays d'outre-mer. Leur blé se vend sensiblement au-dessous des cours du marché international parce qu’il est d’une qualité assez médiocre par rapport au blé américain standardisé.

Avant la guerre, le blé danubien, provenant principalement des grandes propriétés de Hongrie et de Roumanie, représentait un type bien défini, d’une qualité uniforme qui

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