CONCLUSION
Ce caicul ne peut être fait que par des ingénieurs compétents et désintéressés, après des explorations sciencifiques des deux rives.
A la requisition de M. Lanthier,—car il nous informe luimême que “ la législature ayant à s’occuper, durant ce par- ‘ lement de l'amélioration de la navigation sur le St. Laurent, ji] a saisi cette occasion pour engager l'Exécutif et la légis- Jature à réparer l'erreur de 1842,”—le gouvernement de la Puissance ordonna l'automne dernier une nouvelle exploration ; celle du lac St. François fut confiée à M. Mrawford, ct celle de la rive nord à M. Baillargé, assisté de M. Farigénea.
M. Harwood nous dit que le rapport de M. Baillargé sera honnéte ct désintéressé. M. Lanthier considère que je lai soupçonné d’être acheté. Ni l’une ni l’autre de ces assertions rest fondée. Que M. Baillargé soit honnête homme, c’est ce que personne ne niera ; qu’il soit acheté, personne ne le croira non plus ; mais qu’il soit désintéressé, je le nie. J'ai avancé que M. Baillargé était intéressé, comme domicilié aux Cèdres, y ayant des intérêts de propriété et de iamille, et l’accusation n'a été démentie par personne. Le désintéressement de M. Baillargé est tel que M. Harwood est même en position d'annoncer d'avance, comme il le fit dans sa lettre publiée dans la Minerve du 27 Mars, que son rapport ‘ sera ‘* soumis sous peu à la Chambre, et là nous verrons qu'il s’'ac- ‘ corde avec celui de MM. Mills et Casey.” Le pays, pas plus que le comté de Beauharnois, ne peut accepter la décision d’une cause aussi importante par un tel juge. Chez toutes les na tions civilisées, on permel de récuser un expert pour cause d'intérêt ; les juges des plus hautes cours ne peuvent juger les matières qui les intéressent, eux, leurs femmes, leurs enfants, ou même leurs parents au degré de cousin-germain ; et l’on ne nous permettra pas de récuser un expert public pour raison d'intérêt personnel, sans parler de celui de tous ses cousins et de ses cousines ? Une telle prétention est trop monstrueuse, trop dangereuse dans ses conséquences pour recevoir l’approbation du public intelligent et impartial.
C'est surtout lorsqu'il s’agit de dépenser les deniers du peuple et d'améliorations publiques aussi considérables que celles de l'élargissement d’un grand canal en bon état de fonctionnement ou de la construction d’un nouveau canal à sa place, qu'il faut que le moindre soupçon de servir des intérêts privés ne puisse pas même exister. Si donc le creusage de la Baïe de Valleyfield présente des difficultés plus
graves que celle de la construction du canal des Cèdres, il
faut que ce point soit établi par des ingénieurs parfaitement étrangers aux influences de localité. Le pays a trop confiance dans le patriotisme des membres du gouvernement actuel et dans l'intelligence de son Parlement, pour supposer un instant que le rapport de M. Baillargé sera adopté par l’un ou l’autre.
Que lon confie l'exploration des lieux à des mains étrangères, le résultat sera, je ne crains pas de le dire, ce qu’il a toujours été, que la rive sud est la meilleure, tant au point de vue de l’économie que de la navigation et du commerce. Comme le disait M. Killaly, devant le Comité Spécial en 1842, et avec connaissance de cause : “ Je suis convaincu ‘ que quand bien même on ferait faire deux fois plus d’explo- ‘ rations, on ne pourraitarriver à aucune autre conclusion ‘“ que la ligne du canal sur le côte sud est de beaucoup supé- “ rieure et plus efficace qu'aucure autre sur le côté nord. ”
Avant qu'il puisse être sérieusement question de faire le canal des Cèdres, il faut attendre que le trafic exige une double rangée de canaux le long du St. Laurent, besoin qui se fera sentir avant longtemps. Encoré, alors, il ne sera pas sans intérêt d'examiner si un canal par la route Bairdou la rivière St. Louis, d'Hungray Bay à la ville de Beauharnois, ne serait pas plus avantageux qu’un canal sur la rive nord.