‹ La question du divorceChapitre 13 sur 14 · CANON XII · texte numérisé non relu

CANON XII

Si quelqu'un dit que les causes qui concernent le mariage vl appartiennent pas aux juges ecclésiastiques : qu'il soit anathème.

Yoilà qui est clair ; et, quand on a lu ces canons, comment ne pas comprendre la résistance commune et individuelle, sourde et aveugle de tous les juges ecclésiastiques contre toute modification que tenterait d'y apporter la loi civile.

M. de Girardin aura beau répondre au père Didon, le p'^re Didon aura beau répondre à

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M. de Giraidin, il aura beau même discuter dans les sacrislies avec M. Naquet, j'aurai beau lépondre à M. Yidieu, comme je le fais en ce moment, rien n'y fera ; le prêtre catholique n'écoulera pas un seul argument, si ce n'est par politesse, parce qu'il ne peut sortir ni de son idéal ni de sa discipline, ni de sa politique, dont nous nous occuperons tout à l'heure.

L'Église a placé le célibat et la virginité audessus du mariage; donc les prêtres catholiques célibataires et vierges sont au-dessus des époux ; cette supériorité, ils croient la payer assez cher pour n'en rien céder. « Choisissez, disent-ils, ou notre austérité ou notre autorité! — Avec ou dessous. »

L'Église a établi des cas de nullité; elle prétend, par conséquent, avoir prévu tout ce qu'il y avait à prévoir dans l'union conjugale; elle n'a donc plus à accepter nos cas de divorce.

Enfin elle a décrété que les causes qui concernent le mariage appartiendraient aux seuls juges ecclésiastiques, c'est-à-dire que notre loi civile réglant le mariage n'existe pas; c'était à la France à maintenir le mariage à l'état de sacrement, la

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France aurait encore aiijoiud'liui à sa disposition les moyens d'en sortir dont profitent les époux des pays restés, quant au mariage, sous la direction de l'Église. La France révolutionnaire a voulu faire du mariage un contrat; l'Église a trouvé moyen, indirectement^ de rendre ce contrat indissoluble, tant pis pour la France. Par conséquent, les termes sont absolument opposés, et toute discussion serait oiseuse. Nous y perdrons notre français et l'Église y gardera son latin.

Mais, à ces raisons d'idéal et à ces raisons de discipline, l'Église ajoute encore, nous l'avons dit, des raisons de politique. Yoyons-les.

L'Église catholique, ayant toujours eu en vue le gouvernement des âmes et conséquemment la domination des hommes, — car les corps vont où leurs âmes les mènent, et, si les âmes ne devaient aller qu'où les mènerait l'Église, l'Église serait naturellement maîtresse du monde, — l'Église catholique, disons-nous, voulant le gouvernement des âmes et la domination des hommes, étant arrivée jadis à posséder l'un et l'autre, a promulgué certaines lois absolues, immuables, pour les laïques, du degré

d'extensibilité desquelles elles se réservait seule de connaître et dont le maniement secret ne regardait personne, ni les rois ni les peuples. Du texte même de ces lois votées par les Pères, qui, du moment qu'ils sont réunis trois, ont l'Esprit saint avec eux, il ne lui est pas permis de modifier ostensiblement et officiellement un seul mot. C'est à nous d'accepter publiquement l'autorité de Rome; et ensuite, dans le mystère du temple, dans le secret du confessionnal, d'elle à nous, elle nous fera, par faveur spéciale et que mérite tout fidèle en échange de sa soumission, elle nous fera les concessions et nous accordera les indulgences dont nous aurons besoin, le tout sans éclat. Cela ne sortira pas de la famille. Malheureusement pour elle, le grand scandale de la Réforme s'est produit et les hommes n'ont plus voulu rester sous celte domination théocratique. Ils ont demandé à l'ÉgUse de faire à ses lois des modifications qu'elle ne pouvait accorder, puisqu'elle s'était déclarée d'institution divine et, par conséquent, fixe et éternelle, et c'est elle qui s'est trouvée prisonnière dans ces textes où elle comptait enserrer

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toute riuimanilé. On lui avait enfoncé ses prisons, on lui avait éteint ses bûchers; et, contre les infidèles, les licréliques, les alliées, les philosophes de toute espèce, que, pour couper court à toute controverse, elle incarcérait ou incinérait jadis tout vivants de si gaillarde façon, elle n'a plus eu qu'une excommunie ition sans importance et un analhème sans portée. A mesure qu'elle a vu des sociétés entières se détacher d'elle en masse, elle s'est demande comment elle pourrait bien ressaisir les âmes qui se dérobaient ainsi à sa domination. Elle a compris tout de suite qu'elle ne le pouvait que par des reprises individuelles. C'est plus long, mais c'est presque aussi sûr. L'ordre des jésuites s'est ainsi constitué, et des hommes d'énergie, de persévérance, d'ambition, de brouillard et d'interstices, pour ainsi dire, ont mis au service à la fois de l'Kglise et de ceux qui voudraient rester dans son giron cette morale célèbre que l'œil perçant de Pascal a trouée, que son génie a dévoilée et qui les a fait chasser peu à peu et tour à tour de tons les pays où ils l'avaient répandue, mais sans pouvoir jamais

la détruire, parce qu'elle avait, comme ccrioins insectes, laissé des œufs partout. C'est cette politique nouvelle qu'on retrouve dans l'ombre de la conspiration des Poudres, dans les nuits de la Saint-Barthélémy; c'est elle qui arme le bras de Jacques Clément et peut-être celui de Ravaillac ; qui se glisse, entre les cuvettes et les bénitiers, dans les alcôves des reines et des favorites, des Catherine de Médicis, des Catherine II, des Mainlenon et des duCayla; qui nous donne les exiases de sainte Thérèse, les hallucinations de Marie Alacoque, les convulsions de Marie Sonnet, les stigmates de Louise Lateau, les visions de Bernadette, et qui, vaincue, en apparence, par l'Encyclopédie, la Révolution, la science, n'ayant plus de prise, chez nous, sur la monarchie faute de monarque, sans action directe sur 1 homme moderne, s'empare de la femme, laquelle, mère, épouse, fdle, sœur, fiancée, mailres>e, — servante — approche et peut envelopper ou influencer, l'humme à tous les âges et à toutes les phases de sa vie. Avoir les femmes équivaut ainsi à avoir l'homme, qui, pour courir plus facilement à ses plaisirs

OU à ses allaires, livre à l'Eglise sa femme et ses enfants, d'abord pour s'en débarrasser un peu, et, du même coup, leur faire une religion dont il déclare n'avoir pas besoin pour lui, tout en la déclarant nécessaire pour eux.

Vous avez donc raison, monsieur l'abbé, quand vous faites appel à cet être que vous appelez la créature merveilleuse qui portera tous les noms capables d' émouvoir r humanité : vierge, sœur, épouse, mère ; il est vrai que, personnellement, vous dédaignez cette créature merveilleuse à ces diiTérents titres, puisqu'il serait anathème celui qui dirait que l'état du mariage doit être préféré à celui de la virginité ; mais vous la reprenez bien vite en sous-œuvre comme fidèle, comme pénitente, comme victime, comme auxiliaire. En efîet, le mariage indissoluble est un des derniers refuges de votre politique ; voilà bien pourquoi le père Didon veut que la femme de vingt ans, trahie, abandonnée, malheureuse, se couvre de vêtements de deuil, et n'aille pas légalement à de nouvelles noces. Il est bon pour vous que la femme souffre, parce que, alors, elle croit avoir besoin de

SiPI LA OUESTION DU DlYOUCE.

VOUS ; mais la vérité est que vous avez besoin d'ollo. Désespérée, vêUie de noir, mais enchaînée dans le mariage indissoluble, c'est au prêtre qu'elle vient, c'est à lui qu'elle amène ses enfants. En admettant même qu'elle passe par l'amant, et elle trouvera pour cela dans l'Eglise des indulgences secrètes, elle n'en leviendra que plus sûrement à vous, car l'amant l'abandonnera tôt ou tard; et, l'âge étant arrivé, il n'y aura plus d'autre ressource, d'autre espérance que la dévotion et tout ce que l'Église en peut tirer. Le divorce rétabli, la femme qui l'obtient porte sa personne et ses enfants au second mari, ou se constitue père et mère dans toute son unité. Elle peut mettre au monde d'autres enfants civilement légitimes ; elle peut aimer publiquement un autre homme que le misérable qu'elle a été forcée de chasser de sa vie, et elle n'a plus besoin des consL.Hations ni des complicités du confessionnal. Il s'agit donc de convaincre la femme que le divorce serait à son préjudice, et c'est ce dont vous vous acquittez aussi bien que possible, quand vous dites : Et le tyiari, quelle légèreté ne mettra-t-il

LA oui::sTiON ne divouck. 3^9

pas à contracter le iMaiuage qu'il sera possible DE ROMPUE SELON SON CAPRICE ? Chaque soir, vous voyez des époux, des jières, abandonnant les joies pures de la famille^ chercher ailleurs des satisfactions illégitimes. Espérez- vous que le divorce les rendrait plus fidèles? Qui l'oserait soutenir ? Ces lionimes qui fuient le devoir et cherchent le plaisir, facilement se lasse?it des jouissances, toujours ils croient trouver ailleurs plus d'attraits, plus de charmes, et changent à chaque instant l'objet de leurs passioiis : le

DIVORCE LÉGITIMERA LEURS VICES, LEUR HAINE DU DEVOIR ; ILS FERONT PLUS DE MALHEUREUSES ET n'eN SERONT PAS MOINS MALHEUREUX. »

Et plus loin :

Toutefois, ce n'est pas le mariage indissoluble qui est une injustice et un esclavage,

MAIS BIEN PLLTÔT LE DIVORCE, QUI CONSTITUERAIT, A l'égard DE LA FEMME^ UNE INIQUITÉ RÉVOLTANTE ; la

faiblesse a souvent été opprimée par la force, et la femme asservie par l homme. Brisez le contrat sacré qui les engage l'un envers l'autre : la femme, ô homme! te rend la liberté : lui rendras -tu la sienne? Hélas! non, il faudrait pour cela lui

rendre ses charmes et sa jeunesse. C'est quand

ELLE t'aura tout DONNÉ, LACHE ET PERFIDE, QUE TU l'abandonneras POUR CHERCHER d'aUTRES AMOURS, d'autres voluptés; tandis qu'elle, flétrie PAU

TOI, délaissée après s'être sacrifiée, demeurera seule, peut-être même séparée de ses fils, n'ayant

POUR LA consoler NI LEUR AFFECTION, NI LEURS CA- RESSES, éprouvant LES PLUS MORTELLES INQUIÉTUDES DE LA TENDRESSE MATERNELLE SANS GOUTER LE BON- HEUR DE VOIR AUTOUR DE SOI GRANDIR SA JEUNE famille ET DE SE DÉVOUER POUR ELLE.

Yoilà, monsieur l'abbé, ce que vous dites sérieusement aux femmes. Si vous imprimez ces choses-là sans hésiter pour le public , qu'est-ce que ça doit être quand vous avez en face de vous la seule créduUté féminine? Ainsi, pour vous, si le divorce est rétabli, le mari pourra rompre selon son caprice le mariage contracté ; quand la femme aura donné sa jeunesse et sa beauté à son époux, il divorcera et en prendra une autre ; les enfants qu'il aura eus d'elle, il les lui reprendra et elle n'aura plus qu'une vieillesse dépossédée, solitaire et lamentable.

Ou vous savez, monsieur l'abbé, — et je

recule devant celte liypollièse^ ne fût-ce que par politesse, — ou vous savez qu'il n'y a pas jin mot de vrai dans ce que vous avancez là, et alors, comment Tavancez-vous? ou vous croyez dire la vérité, et alors, comment êtesvous si mal renseigné? Non seulement, le divorce rétabli, le mari ne pourra pas plus que la femme divorcer selon son caprice, mais, dans tous les pays où le divorce existe, il est hérissé de telles difficultés, que, sauf les cas de peines infamantes et de mort civile, on ne l'accorde qu'après les preuves les plus accablantes, les investigations les plus minutieuses et les épreuves les plus longues. S'il ne vous était pas interdit d'être convaincu, si vous appeliez sérieusement la discussion au lieu de faire simplement œuvre de propagande catholique, vous n'auriez qu'à étudier la législation qui régit la séparation de corps chez nous, et vous verriez qu'elle est rebutante et presque inabordable à force de sage prévoyance, de précautions et de sollicitude pour les droits de cliacun. Que serait-ce donc s'il s'agissait du divorce? Les procès qui font le plus de tapage chez nous

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sont ceux où l'iiumine trompé demande la séparation ; mais les plus nombreuses séparations prononcées, pour ainsi dire à huis clos, le sont chez nous, comme le divorce dans les autres pays, en faveur de la femme.

Je profile de ce que je suis en ce moment dans un pays où le divorce existe pour étudier ses effets, et j'ai sous les yeux la statistique des divorces prononcés dans le canton de Yaud depuis vingt ans. Prenons l'année dernière pour aller plus vite. J'y trouve vingt-deux divorces prononcés sur la demande du mari, cinquantedeux sur la demande de la femme, dont quarante jjour cause d excès, sévices ou injures graves. Nos séparations de corps, en Fiance, sont, quant aux demandes des femmes, dans une proportion égale. C'est donc la femme qui souffre le plus dans le mariage ; l'homme n'en souffre jamais autant qu'elle, puisque, en dehors des compensations qu'il peut se donner si le mariage l'ennuie et qu'elle ne peut se donner, elle, qu'au détriment de son honneur et aux risques du scandale, il a encore à son service, grâce à l'indissolubilité, le meurtre, touj-urs

acquitté. Quand il n'use pas de ce moyen capital et qu'il réclame la séparation, c'est que la femme est notoirement adultère, et l'homme ne demande presque jamais la ruplure du lien conjugal que dans ces cas-là. La femme a mille autres chances, dans le mariage, de souffrir par l'homme, et ce qu'elle invoque le moins pour être séparée, c'est l'infidélité de son mari, qu'elle a toujours tant de peine à constater et qu'elle lui pardonne presque toujours, même sans revanches. C'est donc la femme qui gagnerait le plus au divorce, vous le savez bien, monsieur l'Abbé, comme vous savez tout ce que l'Église y perdrait. Ce que l'Église catholique, ébranlée de toutes parts, redoute le plus aujourd'hui, c'est que la femme n'acquière, ou à peu près, par la loi civile, des droits équivalents à ceux de l'homme. Une fois reconnue l'égale de l'homme, — et c'est inévitable dans un avenir prochain, — elle vous échappera comme l'homme vous échappe. La femme a peut-être encore plus que nous soif de liberté, parce qu'elle a toujours été plus opprimée que nous, et, quand elle se subordonne volontairement à une

autorité^ c'est pour échapper à une autre. Le changement de servitude lui fait croire à un peu d'indépendance, comme un malade, quand il parvient à se retourner dans son lit de douleur, croit un moment qu'il soulTre moins parce qu'il ne pèse plus de tout son poids sur le même côté. Il faut que la femme reste faible, ignorante, opprimée, coupable, pour qu'elle vous reste. Le mariage, tel qu'il existe chez nous, voilà votre empire, voilà 011 vous régnez sans conteste, parce que l'alliance, non seulement permise, mais consacrée et honorée qu'elle fait avec vous, au nom de son idéal, de son esclavage et de son ignorance, soustrait la femme à son oppresseur^, et elle y apprend à le dominer à son tour. Par celte alliance, vous prenez la place du maladroit qui ne sait pas se servir de tout ce qu'il y avait pour lui dans l'âme qui lui a été confiée, et c'est là que vous devenez, dans l'ordre spirituel, bien entendu (je laisse de côté, je n'en ai pas besoin pour ma thèse, les exactions charnelles de quelques-uns d'entre vous), c'est là que vous vous constituez les véritables époux de ces femmes incomprises ou délais-ées qui vous livrent les se-

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crels de leur cœur, de leur esprit, de leurs sens et qui deviennent les plus zélés agents et les plus persévérants en même temps que les plus inconscients apôtres de votre politique d'asservissement. On est elTrayé, quand on cause avec une femme dévote et même pieuse^ de l'étroilesse, de l'immobililé et de l'intolérance des idées que l'Église a substituées aux aspirations naturelles de la femme dont l'époux, selon la chair, devait opérer le développement.

Cette grande morale évangélique que personne ne nie, dont vous vous proclamez les détenteurs seuls autorisés, n'est donc pas seule eu cause dans le combat que vous livrez à la raison par l'intermédiaire de la femme. Certaines gens considèrent, comme une vie d'abnégation et de sacrifices, la vie que vous avez embrassée; ceux-là ont une bien pauvre connaissance des plus aiguillonnantes ambitions de l'esprit humain. Oui, vous faites les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ; oui, ces trois vœux nous semblent rudes^ à nous bomaies libres; mais, en même temps qu'ils annulent pour -.ous les contrats que nous avons avec

la patrie et la famille, contrats que le père Didon déclarait à tort de droit naturel, puisque vous ne les exécutez pas, en même temps qu'ils suppriment pour vous ce qu'on appelle les joies du cœur et les plaisirs de la chair, ils vous dispensent des charges et des chagrins qui leur succèdent ou les accompagnent presque toujours, et ils vous offrent des compensations bien supérieures quand vous savez les goûter et les mettre à profit.

N'est-ce donc rien de servir une grande cause à laquelle on croit, à laquelle on doit faire croire que le salut des sociétés est attaché ? N'£st-ce donc rien que d'être, de l'acquiescement d'un grand peuple, sous le plus modeste costume ecclésiastique, le représentant offlciel de Dieu sur la terre ? N'est-ce donc rien que d'être respecté à première vue, quoi que l'on pense dans son for intérieur et quoi que l'on fasse dans l'ombre, et de pénétrer de plain-pied par le seul titre de prêtre dans l'intérieur des familles et dans le secret des consciences?

Ce petit paysan destiné par la société et peutêtre par la nature à garder les vaches ou à cul-

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tiverun maigre champ, ce petit paysan, dont le séminaire fait un prêtre , par vocation spéciale, comme vous dites, et qui peut devenir évoque, cardinal et même pape, n'a-t-il pas là, ne fùt- C(3 que dans ses rêves, des compensations bien préférables à la vie monotone et stupide qu'il eût menée? Quelle autre carrière lui eût donné des espérances, des ambitions, des réalités équivalentes? S'il n'arrive pas aux grandes dignités ecclésiastiques, n'est-ce rien pour ce petit roturier, qui ne devait jamais connaître des châteaux voisins que les vestibules et Toflîce, d'occuper la première place à la table du châtelain et de voir la châtelaine lui livrer en toute confiance son âme et celle de ses filles? Pour des esprits déUcats, élevés, perspicaces, subtils , curieux , rusés , dominateurs , politiques, comme l'éducation particulière de l'Église peut en produire et en développer tant, n'y a-t-il pas là des jouissances bien au-dessus des jouissances grossières qu'ils se sont chargés de combattre, des devoirs qu'ils se sont réservé d'imposer aux autres, des droits apparents qu'ils ont abdiqués? N'est-ce donc pas une volupté à

nulle autre pareille que de pénétrer dans une âme, de s'y promener librement, sans contrôle, sans réserve, sans témoins, sans responsabilité individuelle, de la rassurer et de l'épouvanter à son gré, de lui faire dire ce qu'elle voudrait se cacher à elle-même, ce qu elle croyait ignorer, de lui fermer, de lui rouvrir, de lui entre-bàiller à sa fantaisie les portes de ce ciel auquel elle aspire, sans quoi elle ne serait pas là; de faire livrer à cette jeune et belle croyante tous les secrets de son cœur, de son âme, de son imagination, de sa pensée, de son sommeil, de son esprit et de son corps? Si j'en juge par les droits que vous vous êtes canoniquement arrogés sur cette âme, dans les manuels de théologie qui portent cette épigraphe : Ars artium regimen animarum {Tart des arts est le gouvernement des âmes), si j'en jugé par les détails dans lesquels vous entrez, — souvent trop en véritables artistes — , il y a là un plaisir que le Dieu, non pas le Dieu de la Bible et de l'Évangile, mais le Dieu de la fable qui croyait avoir pris toutes les formes pour avoir toutes les jouissances n'a pas eu

l'esprit de connaître et qu'il préférerait maintenant à tout ce qu'il a eu.

Voilà ce que le protestantisme vous enlève et pourquoi vous le haïssez tant ; voilà ce que vous enlèverait en partie le divorce, puisqu'il vous est défendu de bénir les secondes noces du vivant du premier époux et que la femme remariée vous échapperait, elle et ses nouveaux enfants ; voilà ce que vous donne dans toute sa plénitude le mariage chrétien et indissoluble, et voilà une des raisons que ne dit pas l'Eghse et pour lesquelles elle fait aujourd'hui celte grande croisade du livre et de la prédication contre le projet de la loi civile.

Mais, dites-moi, monsieurl'Abbé, et vous, révérend père Didon, — qui êtes prêt, assurez- vous, à répondre à toutes les questions, — si l'on vous demandait tout à coup, en pleine église, ou en pleine tribune, ou en plein livre, et on vous le demandera ainsi un jour, de qui vous tenez ce droit étrange, formidable, de pénétrer ainsi dans l'âme de nos femmes et de nos filles, en les entretenant de choses qui ne nous regardent pas selon vous et dont nous n'oserions quelque-

fois pas toucher le premier mot avec elles, que pourriez-vous bien répondre ? Comment nous expliqueriez-vous le droit de la confession qui nous laisse là, nous époux et pères, à la fois ignorants et responsables des fautes commises par celles dont nous avons charge effective? Voyez un peu, monsieur l'Abbé, quelle contradiction, quel antagonisme redoutable entre vos lois religieuses et nos lois sociales, et comme il est inévitable qu'elles rompent un jour ensemble ! Je suppose une jeune fille, élevée dans votre foi, à qui ses parents ont appris ou laissé apprendre que les affaires de son âme ne les regardent pas et qu'elle n'est justiciable que du prêtre catholique, seul représentant de Dieu sur la terre. Je suppose cette jeune fille à la fois pieuse et faible, désirant le bien et faisant le mal, tout comme saint Paul et la Médée d'Ovide. Elle commet une faute, secrètement et, ni le père ni la mère n'en ont le soupçon, ni aucun de ceux de leur entourage. La faute est complète et de la nature de celles qui rendent encore, pour nous laïques à courte vue, le mariage d'une fille bien née impossible avec tout autre que le

complice de celte faute. Je suppose le complice marié d'autre part et dans l'impossibilité de rendre à cette fille ce qu'on appelle l'honneur. Elle se repent de ce qu'elle a fait, et, toute remplie d'épouvante et de remords, elle va vous trouver, vous le prêtre, vous le juge consacré, et elle se prosterne au confessionnal. La voilà dans ce sentiment du repentir qui réjouit tant le ciel et place le pécheur au-dessus de cent justes qui n'ont jamais péché. Quelle belle et imprudente parole, monsieur l'Abbé ! Pendant que le père est à son travail, à ses affaires, pendant qu'il gagne péniblement mais courageusement une dot pour que sa fille ne soit pas à la charge de l'honnête homme qu'il rêve pour elle, elle vous fait l'entier aveu de sa faute, elle pleure, elle se frappe la poitrine et vous reconnaissez en elle tous les signes d'une âme vraiment désabusée, d'une contrition aussi parfaite que possible. Que faites-vous? Vous ne mettez pas les parents au courant de ce qui s'est passé, puisque vous ne devez pas révéler la confession ; vous vous faites raconter le drame dans ses plus minutieux détails, c'est votre droit et

voire devoir de confesseur, et, quand vous avez assisté, en imagination, à toutes ces scènes mystérieuses que vous ne pouvez bien juger que \ si vous pouvez bien les connaître, vous faites comprendre à la coupable de quel abominable péché elle a chargé sa conscience. Vous lui ordonnez de rompre tout lien, tout rapport avec son complice, de ne plus le voir, de ne [)lus le regarder, si elle le rencontre par hasard ; de le chasser non seulement de son cœur, mais de sa pensée et de son souvenir. Vous la soumettez à l'épreuve, vous lui infligez des pénitences et vous l'écartez jusqu'à nouvel ordre de la sainte table. Quand viendra l'époque où son père et sa mère avaient tant de plaisir à la voir communier, elle trouvera un prétexte pour expliquer pourquoi elle s'en abstient ou vous lui donnerez une dispense qui les satisfera et leur fermera les yeux, ou même vous passerez outre, comme vous y autorise votre droit canonique, pour ne pas exposer votre pénitente au soupçon. Tout reste ainsi entre elle et vous. Enfin le repentir de la malheureuse enfant est sincère, complet, édifiant, votre âme en est réjouie, une seconde

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faille est devenue impossible, à vos yeux, et, après un temps plus ou moins long, vous donnez l'absolution à celte coupable, qui peut de nouveau recevoir son Dieu. Quelle allégresse !

Là- dessus un honnête garçon, voyant une jeune fille si pieuse, si assidue aux offices,, vient demander sa main. Il lui plaît. Une femme oublie d'un homme qu'elle n'aime plus jusqu'aux faveurs qu'il a reçues d'elle, et — aurait pu ajouter le moraliste qui a écrit cette phrase si vraie — elle ne perd pas pour cela le besoin d'en aimer un autre, La jeune fille, consultée, consent au mariage ; Dieu l'a rachetée par votre bouche ; le mariage se fait. Vous-même le consacrez devant Dieu, il n'est même valable, selon vous, qu'à partir de ce moment, et vous bénissez les époux, avec onction, avec confiance, avec bonheur.

Le lendemain, le mari, qui a trouvé les traces matérielles, ineffaçables de la faute, traces qu'aucune absolution ne peut effacer, à moins qu'une supercherie scientifique ne soit venue en aide au pardon, — mais je n'admets pas ici qu'on ait eu recours à cette supercherie; —

le lendemain, le mari, qui a passé sa nuit de noces à interroger sa femme, qui l'a menacée et qui a obtenu enfin d'elle la révélation de la vérité, le mari ^ie^t trouver le père et la mère et leur rend leur fille en disant tout ce que peut dire un homme trompé, irrité, désespéré, dont toute la vie est brisée parce qu'il a commis une action loyale^ parce qu'il a voulu aimer honnêtement, légalement, éternellement. Quant à elle, elle est en droit de déclarer qu'elle ne comprend rien à cette colère, puisque le ministre de Dieu l'a déclarée absoute.

Voilà ce mari veuf, sans avoir été marié et sans pouvoir contracter un autre mariage, bien que la première condition du mariage, la virginité de l'épouse ait manqué aux premières noces.

Il interroge la loi civile, qui lui répond : « Cela ne me regarde pas ; tu es indissolublement marié, M. de Banald ayant fait supprimer le divorce en 18i6, en vertu de cet axiome que la loi civile doit céder à la loi religieuse, qui proclame l'indissolubiUté. Le cathohcisme était alors redevenu religion d'État, il ne l'est plus, mais cela ne change rien ; nous avons maintenu

la loi de M. de Bonald, qui, comme tu vois, a du bon, et surtout delà logique. Tu n'avais qu'à faire comme a fait l'amant de ta femme, tu l'aurais eue le premier, tu serais reslé libre et je ne pourrais rien contre toi. La mort seule de ton épouse te rendra maintenant la liberté. Cependant, voici ce que tu peux faire, et c'est même la seule chance que tu aies de rentrer en possession de toi-même : ne dis rien, vis avec ta femme comme s'il ne s'était rien passé ; n'aie pas de rapports avec elle ; une personne qui a débuté de cette façon ne s'arrête pas en route ; elle a eu un amant avant le mariage, elle en aura un après, c'est à peu près certain : tu la surveilleras et tu la tueras; je t'acquitterai, et tu te remarieras. Tâche, cette fois-là,, de mieux choisir. En attendant, je t'avertis que, si tu persévères dans la séparation, les enfants quêta femme aura en dehors de loi, à moins que tu ne la surveilles bien, et que tu ne fasses les désaveux de paternité à temps, porteront ton nom, tandis que, ce nom, tu ne pourras jamais le donner aux enfants que tu auras en dehors d'elle. Yoilà tout ce que je peux pour toi. Adieu. »

Ce malheureux époux vient alors vous trouver, monsieur l'Abbé, vous ou le prêtre qui a donné l'absolution et béni le mariage; il vous demande pourquoi, connaissant la faute, vous avez béni de pareilles noces ? Yous lui répondez que la jeune fille était baptisée, qu'elle avait fait sa première communion, qu'il était tout naturel que, ayant besoin de conseils et de secours spirituels, elle s'adressât à un ministre de Dieu ; que vous avez fait votre devoir de prêtre, que vous parlez, sur la terre, au nom de celui qui est descendu du ciel pour dire à vos prédécesseurs : « Allez et remettez les péchés ; les péchés que vous remettrez seront remis ; » que, lorsque vous êtes sûr d'un repentir sincère, vous donnez l'absolution de la faute ; que Jésus a dit : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre ; » que saint Augustin a dit que, l'Église recevant la femme adultère qui se repent, son mari peut bien la recevoir ; que le concile de Trente a définilivemenl déclaré le mariage indissoluble, relevant des seuls juges ecclésiastiques, et qu'il doit rester aiiisi^ puisqu'il est d'institution divine ; que Dieu a tiré Eve d'une côte d'Adam ; que

le mari et la femme sont deux cliairs en une, que nul n'a plus le droit de séparer. Yous dites encore au mari en question que, comme il est catholique et qu'il s'est marié à l'Église, il doit savoir que sa religion ordonne le pardon des offenses et l'immolation de soi-même. Vous ajoutez que, après tout, c'est sa faute, qu'il n'avait qu'à regarder le mariage comme un contrat, et non comme un sacrement, que, s'il s'était marié simplement devant Dieu, à l'Église, dnns un pays obéissant à Rome, au lieu de se marier devant un maire sans mandat divin, l'Église pourrait aujourd'hui annuler ce mariage non consommé ; mais la loi civile, produit de l'infâme révolution française, ayant tout bouleversé et vicié dans les lois divines, vous n'y pouvez plus rien. Si le malheureux époux insiste, vous lui dites que, du reste, en prenant un amant, la jeune fdle n'a fait qu'user de son droit, que le sceau de la virginité des filles n'est, comme le disent vos docteurs, d'un prix inestimable qu'aux yeux du monde. Quanti hœc carnis integritas apud omnes sestimetiu^ nemo nescit. Yous pourrez même aj ou ter, si vous croyez devoir,

par pure condescendance, lui donner les explications Ihéologiques qu'il demande par pure curiosité, car elles ne peuvent lui servir de rien dans le cas où il se trouve, vous pourrez ajouter que les saints Pères desquels vous relevez établissent que le fait de la virginité, chez l'homme se livrant volontairement au péché, n'ajoute pas une malice mortelle à la simple fornication, et qu'on ne voit pas qu'il y ait une si grande différence entre la perle volontaire de la virginité de l'homme et la perle volontaire de la virginité de la femme, que l'un ne soit pas péché mortel et que l'autre le soit. Les corps n'existent pas pour l'Église, elle ne voit que des âmes. Ame repentante, corps purifié. Amen.

Yoilà tout ce que vous répondrez, tout ce que vous pourrez répondre à cet époux malheureux. H aura beau souffrir et se plaindre, vous compatirez peut-être, mais vous vous en laverez les mains ni plus ni moins que Pilate ; après quoi, vous le saluerez avec quelques bonnes paroles d'exhortation et d'encouragement, vous irez confesser une autre jeune fille, et tout sera dit.

Si je vous ai soumis ce cas, que vous ne man-

querez pas d'éliicitler, monsieur l'Abbé, puisque vous m'avez annoncé une réfutation, c'est que je voulais vous montrer, en même temps qu'à mes autres lecteurs, non seulement la contradiction, mais l'antagonisme qui existe, sur cette question du mariage comme sur beaucoup d'autres, entre la loi liumaine et la loi divine, entre les lois civiles et les lois religieuses, entre le monde tel qu'il fonctionne et l'Église telle qu'elle prétend à être, entre la morale de la famille et la morale de la religion, entre le père en chair et en os et le père spirituel, entre l'époux selon le Code et l'époux selon l'Évangile. Ce cas prouve encore que pour vous seul, prêtre, l'état de virginité est important, parce qu'il vous confère, selon vos dogmes, un don par lequel vous vous trouvez au-dessus du père et de l'époux, et qui substitue vos lois et vos droits, non seulement aux lois et aux droits dont ceux-ci se croyaient munis à l'égard de leurs femmes et de leurs enfants, mais aux devoirs que ces enfants, d'après les commandements, devraient avoir vis-à-vis d'eux. Le point important, pour vous, l'état sacré, c'est la virginité de Marie, resiée vierge malgré la

naissance de Notre-Seigneur, parce qu'il y a là une exception, un miracle, d'où découle la divinité de Jésus et, par conséquent, de l'Église; mais la virginité de nos filles, cette virginité à laquelle le monde attache un si grand prix, elle vous importe peu. Si elle a été détruite par le péché, vous la refaites avec le repentir. La confession de cette faute dont le père peut mourir, dont l'époux peut souffrir éternellement, ce n'est ni à l'époux ni au père qu'elle doit être faite par la jeune fille, c'est à vous, et votre décision sera sans appel. Nos sentiments et nos mœurs n'ont rien à voir là dedans, et la jeune fille coupable et repentante, une fois mariée avec un autre homme que celui à qui elle a appartenu, les deux époux recevront du sacrement des grâces qui répareront tout, comme nous venons de le voir dans le cas supposé.

Youlons-nous passer aux droits que vous vous attribuez sur le mariage catholique, quand il a eu lieu sans catastrophes préventives? Nous allons trouver la même contradiclion, le même antagonisme entre la loi civile et la loi religieuse, entre le mari et le prêtre. Parlez-vous à haute

voix en public, votre respect pour la sainteté du lien conjugal s'exprime en ternies irréprochables ; parlez-vous tout bas, dans l'ombre du confessionnal, il en peut être tout autrement. Écoutons, et nous vous retrouverons faisant le même cas de la fidélité des épouses que de la virginité des. filles, de la confiance de l'époux que de la confiance du père. Voyons d'abord ce que vous dites publiquement. Je copie dans votre livre cette citation du livre de Balmès : Du protestantisme comparé au catholicisme^ citation où est résumée, pour vous, toute la supériorité de votre doctrine sur celle du ministre protestant : Malheureux ! si votre esprit renfermait quelques hautes pejisées; si votre cœur sentait vibrer ces cordes harmonieuses qui révèlent avec tant de délicatesse et d'exactitude les passions de l'homme et inspirent les moyens les plus propres à les bien diriger, vous verriez, vous sentiriez que placer le mariage sous le manteau de la religion et le soustraire autant que possible à rintervention profane, c'était le purifier, l embellir, l'environner de la beauté la plus enchanteresse ; car c'était déposer sous une hiviolable

sauvegarde ce trésor précieux qu'un seul regard ternit et qui est flétri par le plus léger souffle. Quoi! n' aimez-vous point un voile épais tiré à rentrée du lit nuptial^ et la religion en gardant les approches avec un maintien sévère ?

Voilà le rideau lire par le prêtre catholique sur le lit nuptial; reste à savoir maintenant de quel côté du rideau se trouve le prêtre?

Hélas ! le prêtre est du côté du lit.

Écoutons-le parler tout bas à la femme derrière ce rideau tiré à la fois sur l'alcôve et sur le confessionnal. Voyons comment il respecte cette pudeur, cette fidélité, ce trésor précieux, et s'il a vraiment le droit d'anathématiser comme il le fait le ministre protestant,, incapable de donner jamais à une femme les conseils que nous allons entendre, parce qu'il ne voudrait pas qu'on les donnât, parce qu'il ne reconnaîtrait à personne le droit de les donner à la sienne. Voyons l'opinion de vos docteurs sur l'adultère et les suites qu'il devrait avoir dans la loi civile, dans les mœurs, dans le droit commun, dans la véritable morale.

LA QUESTION DU DIYOlîGf:. 373

Ce n'est plus dans le livre des indulgences de 1479, traité de pamphlet par les défenseurs de l'Église ; ce n'est pas dans le De matrimonio du jésuite Sanchez que je puise ma citation, c'est dans le Manuel du Confesseur de monseigneur Bouvier, évêque du Mans, manuel qui est d'instruction doctrinale pour les jeunes prêtres :

On demande ce que doit faire une femme qui sait positivement que son mari est stérile, et qui a eu un enfant des œuvres d\m autre homme, lorsque son mari, qui se croit le père de cet enfant, veut user de ses droits conjugaux?

Réponse : Dans cette fâcheuse hypothèse, elle doit s'y prendre de son mieux pour persuader à son mari qu'il doit dorénavant vivre dans la continence, sous prétexte, par exemple, qu'il est vieux ou qu'un seul enfant suffit à leur bonheur, qu'elle-même a horreur de la vie conjugale, etc. Et si, unjom\ le mari vient à partager cette manière de voh\ elle pourra lui parler en ces termes: « Afn dette pas céder à la tentation et de ne pas être détournés de notre résolution, faisons ensemble, je f en prie ^ vœu de continence

•perpétuelle. » Ce vœu une fois fait, la femme pourra se considérer comme étant en sitreté; elle pourra toujours repousser son mari lorsque celui-ci voudra user des licences conjugales, et sans donner lieu à aucun soupçon de sa part, en prétextant ce double vœu. La femme ne doit pas oublier qu'elle est tenue de réparer le préjudice qu'elle a causé à son mari ou à ses héritiers en introduisant un bâtard dans sa famille.

Quel respect du lit nuptial, du sacrement du mariage, du droit des héritiers, de la vérité et du vœu de chasteté, et que nous voilà loin des belles prescriptions de Moïse et des divins préceptes de Jésus ! Je comprends maintenant pourquoi certaines femmes catholiques tiennent tant à l'indissolubilité du mariage, où le prêtre permet et couvre de pareils faits pour lesquels la loi du divorce expulserait honteusement ces femmes de la famille. Je comprends aussi que ces mêmes femmes adhèrent fortement à une Église catholique, apostolique et romaine qui a réuni des conciles où il a été décidé que :

Non peccat graviter, imo jiixta communiorem et probabiliorem sententiam . nec leviter, uxor

qu3e se ipsam tactibus excitât ad seminationem statim post copulam in qiiâ vir soins seminavit; 1° quia seminatio midieris pertinct ad complendum conjiigalem actum^ ut proprie conjuges sint una caro. Et sicut uxor potest se pr^epa-

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