‹ La Question du grec et la réforme de l'enseignement moyen, quelques pièces du procès, recueillies et mises en ordreChapitre 9 sur 9 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous croyons donc que la première des mesures à prendre c’est de prolonger la durée des études dans tes deux sections de nos athénées. Une partie du temps gagné serait affectée aux exercices physiques et à l’enseignement des connaissances usuelles dans la section des humanités classiques; et le reste aux lettres et aux sciences. Nous préférons voir supprimer l’enseignement du grec, que d’en voir réduire la durée. A une condition toutefois, c’est que l’on puisse, dans deux ou trois de nos athénées, organiser des humanités grecques. Il n’est pas nécessaire que dans une société tout le monde sache le grec et lise Homère et DémosthèHe, pas plus qu’il n’est nécessaire que tout le monde sache le latin, et lise Cicéron et Virgile. Mats il est nécessaire que les lettres grecques et latines soient cultivées, et elles ne sauraient l’ètre, si elles ne sont enseignées d’une manière satisfaisante et complète.

Lettres sur l’étude des langues anciennes.

Monsieur le rédacteur,

Tandis que les manifestations des cimetières agitent la France et que l’ombre de Baudin rient troubler les nuits de l’Empereur, la Belgique est livrée à des débats de nature fort différente, et qui ne laissent pas d’exciter un vif intérêt, quoiqu’il s’agisse ici de toute autre chose que du couronnement de l’édifice.

Déjà nous entendons les adversaires du grec s’écrier en se frottant les mains : » Le grec se meurt! le grec est mort! « Et dire que c’est un ministre, jusqu’alors regardé comme le plus pacifique des hommes, qui a provoqué cet orage 1 Fiez-vous maintenant aux apparences! Ah ! monsieur Pirmez, que vous avait donc fait le grec! Lorsque vous avez écrit la lettre fatale qui a réveillé en Belgique l’hydre de ta discorde, vous doutiez-vous de la tempête qui allait suivre vos paroles?

On n’attendait que ce signal. La lutte s’est engagée immédiatement. M. de Laveleye, armé de pied en cap, s’est levé tout à coup et a fait au grec de terribles blessures. En face de ce spirituel adversaire s’est précipité dans la lice un défenseur également habile, M. Hennebert, qui a rendu à l’agresseur coup pour coup. Les étendards sont déployés; de chaque côté s’avance une phalange serrée, prête à défendr^ ou à attaquer le grec envers et contre tous.

Eh bien , franchement, nous sommes heureux de voir cette lutte s’engager. Il est bon que la lumière se fasse sur l’enseignement comme sur les autres choses qui intéressent le pays. Notez que, dans la question actuelle, il ne s’agit pas seulement du présent, mais de l’avenir. 11 faut voir si nous aurons en Belgique des générations intelligentes qui marcheront en avant dans la voie du progrès, ou si la jeunesse étiolée, appesantie, abâtardie par l’atmosphère épaisse de

l’école, sera par elle-même incapable de pensée sérieuse, de toute initiative hardie.

Et tout d’abord, voyez l’utilité de ce regard inquisiteur jeté sur renseignement) A peine a-t-on fixé attentivement les yeux sur la jeunesse, des écoles qu’on découvre, et cela saus microscope ni besicles, qu’en Belgique on ne sait pas le grec.

Oui ! c’est vrai, tout le monde s’accorde à le reconnaître : au sortir de la rhétorique, il est peu de jeunes gens, s’il en est, qui soient en état de lire à première vue les Memoraiilia de Xénophon ou les Histoires d’Hérodote. De son temps, Paul Louis comptait en Europe trois ou quatre personnes tout au plus, lui compris, qui sussent le grec parfaitement. Le nombre en serait-il encore diminué? On le dirait, à en juger d'après les tristes résultats qu’obtiennent les études humanitaires. On parle cependant des grands progrès qu’ont accomplis, depuis trente ans, nos voisins d’Outre- Rhin dans la philologie, La Belgique serait donc en arrière?

Tandis que la science marche à pas de géant et qu’elle vise à tout envahir, cette stagnation des études littéraires en Belgique a de quoi surprendre. Du côté de la science, nous constatons des progrès immenses, des modifications incessantes; la vérité d'aujourd’hui est l’erreur de demain ; Dieu sait où cela s’arrêtera ! * Le positif avant tout ! s’écrie-t-on ; scrutons la nature, étudions, pénétrons tous ses phénomènes. • Et cette étude chez une nation comme la Belgique, qui aime par dessus toute chose le réel, s’étend, gagne du terrain et menace de supprimer toutes les autres études.

Que devient, à côté de la science, l’enseignement littéraire , nous entendons par là l’enseignement des humanités? Malgré les efforts de beaucoup d’hommes intelligents qui cherchent à le régénérer, nous le voyons tomber dans une espèce de torpeur et d’immobilisme, dont tous les amis de la littérature s’affligent avec raison. Les professeurs sont pleins de zèle pour le progrès de leur enseignement; les élèves font en général tout leur possible; les inspecteurs parcourent la Belgique en tous sens pour veiller au développement de l’instruction. Tout le monde fait son devoir, et, chose incroyable 1 à part quelques brillantes exceptions, l’enseignement est stérile. Malgré tout ce mou-

rement, l’instruction ne fait pas un pas. On tombe dea nues k la rue de pareils résultats, et l’on serait vraiment tenté de rire, s'il ne s’agissait de choses d’une telle importance.

Cette stérilité doit provenir d’une cause cachée, qui tient à la méthode d’enseignement usitée en Belgique. Il ne se peut pas que tant d’efforts de tant d'hommes intelligents soient ainsi fatalement condamnés à rester inutiles. Cet immobilisme ne doit pas durer,

M. Pirmes l’a très bien compris. De sa position élevée, qui lui permettait de voir au loin et au large, il a avisé dans son coin ce bonhomme enseignement qui dormait plus que de raison. Il a pris le dormeur et l’a secoué, vivement par les oreilles.

Nous félicitons M. Pirmezde cette initiative intelligente.

Dans une prochaine lettre, nous examinerons de près, si vous le permettez, le système actuel.

Agréci, etc.

Liège, le 6 décembre 1868.

Pourquoi étudie-t-on le latin et le grec? Cette question paraît tellement simple que tout le monde répondra aussitôt : • Évidemment, pour en arriver à lire facilement les auteurs latins et grecs. »

Il est clair, par conséquent, que toutes les méthodes d’enseignement doivent tendre à ce but : mettre l’élève à même de comprendre sans peine les auteurs anciens. 11 faut, de plus, que ce résultat s’obtienne par les méthodes les plus expéditives; car le terrain de l’art et de la science est aujourd’hui tellement vaste qu’il faut bien, non pas précisément courir la poste, mais presser le pas, si l’on veut être au niveau de l’époque. Il est entendu que la rapidité dans les méthodes ne doit pas nuire à la solidité des connaissances acquises, et

que, pour être plus hâtées, les études u’en doivent pas être moins consciencieuses. Il faut que tout se fasse vite et bien.

Nous établissons d’abord ce premier point, sur lequel nous reviendrons, du reste, plus tard, lorsque nous examinerons en détail les résultats que l'on est en droit d’attendre d’an enseignement bien organisé. Nous montrerons alors que jusqu’ici personne, selon nous, ne s’est placé au vrai point de vue sous lequel on doit envisager ces résultats pratiques. Qu’il nous suffise pour le moment de rappeler une chose qui n’est contestée par personne : On apprend le latin et le grec pour parvenir à comprendre les grands écrivains latins et grecs.

C’est là une vérité qui frappe tous les yotfl. Eh bien , si de ce qui doit être on passe à ce qui est; si, en d’autres termes, nous examinons les résultats obtenus par le système actuel, nous parvenons à une conclusion, qui semble fort étrange, mais qui n’en est pas moins un fait réel et positif :

Dans le système actuel, on étudie pendant six ans le latin et le grec pour en arriver à savoir très peu le latin et pas du tout le grec.

Six ans pour apprendre deux langues, c’est beaucoup. Mais ce qui est très fort, c’est qu’après ces six ans on ne sache pas même ces deux langues. Six années de la jeunesse, les plus belles de la vie, pour ne rien savoir ou à peu près!

Vous vous dites assurément qu’il y a exagération dans ce que j’affirme ici ; il est, en effet, difficile de croire à un pareil fait. Pour moi, qui ai examiné de près le système actuel et qui ai tous les joure sous les yeux les résultats de cet enseignement, la chose me parait fort simple et fort naturelle, et je m’étonnerais, au contraire, qu’il en fût autrement.

Nous examinerons plus tard le système en lui-même; voyona-en d’abord les résultats. Prenons, si vous le voule* bien, un élève récemment sorti de l’athénée, un rhétorioien modèle, sur l'esprit duquel le système d’instruction a pu exercer toute son influence. 11 est entendu ici que nous ne voulons attaquer personne : la jeunesse belge est très intelligente, et l’on vante partout le mérite des professeurs de notre pays; c’est au système seulement que nous nous adressons.

Je choisis donc un rhétoricien très fort, et j'examine ce que renferme cette tite, que je suppose intelligente, où pendant six ans on doit avoir entassé des mots latins et grecs. Des mots I il doit y en avoir, il y en a certainement, quoique le nombre en soit assez restreint. Si vous doutes de ce dernier point, ouvrez, je voub prie, non pas un Thucydide ni un Tacite, mais un Xénophon, un Démosthène ou un Cicéron, et priez mon jeune lauréat de vous traduire la première page venue. Soyez certain que vous l’embarrasserez fort.

Mais alors, à quoi, je vous prie, ont abouti ces études assidues, consciencieuses, de six années? Que sait ce jeune homme en fait de langues anciennes? Fort peu de chose : il a traduit quelques biographies de Cornélius Népos, un livre ou deux des Commentaires de César, deux chants de Virgile et d’Homère, quelques fables de Phèdre et d’Ésope, un peu de Xénophon ou d’Hérodote, un discours de Démosthène, quelques bribes détachées ça et là d'auteurs latins et grecs. A-t-il au moins retenu ce qu’il a traduit? J’en doute; car, comme il a peu lu de latin et de grec, il n’est guère familiarisé avec les mots qu’il a rencontrés une fois peut-être, et qu’il n’a retrouvé nulle part ailleurs.

Autre conséquence fâcheuse : comme il n’a vu que des fragments d’autears, il n’a pas compris l’admirable harmonie qui existe entre les parties d’une grande oeuvre littéraire. Les détails seuls ont appelé son attention : ce qui se comprend d’autant mieux que, n'ayant pas assez lu, il est embarrassé à chaque instant par les mots, et ccs épines, continuellement semées sur sa route, font qu’il ne saisit pas les beautés de son auteur.

Mais, encore une fois, à quoi donc a-t-il consacré son temps, car enfin, six ans, c’est bien long, et l’on peut en six ans beaucoup voir et beaucoup retenir.

Le jeune homme a étudié sa grammaire, surchargée de règles, d’exceptions, et d’exceptions à ces exceptions. La sait- il encore? Assez peu ; il ne se retrouve guère dans ee labyrinthe, et il n’a retenu que les règles principales. Que vous vous avisiez, par exemple, de lni demander quels sont les verbes qui se construisent avec l’infinitif ou avec ut et le subjonctif, les verbes construits exclusivement avec

ut et ne, ceux qui peuvent se construire avec le subjonctif seul, je parie tout ce que vous voudrez qu’il n’en sortira pas.

Ce qu’il connaît mieux, c’est la composition latine, si toutefois l’on peut donner ce nom à nn procédé banal qui consiste à détacher de Cicéron et d’autres auteurs latins des bribes que l’on s’efforce ensuite d’encadrer avec avantage dans un discours ou dans une narration. Nous ne discutons pas encore le système : nous nous réservons de montrer plus tard les conséquences déplorables qu’entraîne le discours latin. Nous ne poserons qu’une question à l’élève : » A quoi peut vous servir désormais de savoir écrire en latin (de la manière que nous avons exposée plus haut), alorB que vous êtes absolument incapable de traduire à vue le premier auteur latin venu? »

Bref, on sait peu de mots latins et grecs ; la grammaire est oubliée en partie; les discours letins sont inutiles dès qu’on est sorti de rhétorique.

Des mots passons aux idéesl... Mais ceci est un point excessivement curieux et qui mérite une attention toute particulière. Nous le traiterons à part dans notre prochaine lettre.

Tout à vous!

Liège, 7 décembre 1868.

L’influence que peut exercer sur l’esprit moderne l’étude de la grande littérature hellénique est immense. Aucun écrivain sérieux n’oserait le nier. Ces livres si vieux ne sont pas une lettre morte ; le peuple a disparu ; sa littérature est un foyer permanent de civilisation.

Ce qui doit résulter avant tout de cette étude, si elle est bien faite, c'est l'habitude de la pensée. Tout est là. L’expression artistique qui lui est étroitement unie est très importante, sans doute, mais surtout comme moyen de saisir parfaitement l’idée. Oui, la pensée d’abord 1 et, quand nous parlons du progrès par la pensée, nous en-

tendon» le développement de l’idée morale par un sentiment pins élevé de la dignité humaine, de la faculté esthétique par la content* plation du beau, de la raison par l’étude de la vérité.

Dans les discours de distribution de prix, on appelle cela : » Former le cœnr et l’esprit de la jeunesse. ■ Soitl adoptons, je le veux bien, cette vieille formule, usée maintenant jusqu’à la corde. Reste à voir ai, dans l’état actuel de l’enseignement, l’expression n’est pas un peu hyperbolique.

Ce qui est vrai, c’est qu’il y a dans ce» études littéraires un principe si fécond et si salutaire que, même mal faites, elles éveillent, jnsqu’à un certain point, la pensée et la réflexion. Pour en revenir à notre jeune rhétoricien, que nous avons laissé sur la sellette, nous avouerons sans peine qu’il a retiré de ses études des anciens certaines idées larges et élevées que n’ont pas ceux qui sont restés complètement étrangers à l’antiquité classique. Son esprit a profité à cette école. On ne s’approche pas impunément d'Homère et de Virgile. L’idéal s'impose en dépit de toutes les mauvaises méthodes.

Mais, bon Dieu 1 que les résultats obtenus sont faibles en comparaison de ce qu’ils pourraient et devraient être! Que l’élève, à sa sortie du collège, a peu contracté l’habitude de la pensée sérieuse 1 Doù vient que nous noue moquons tous, et avec raison, des amplifications que nous faisions en rhétorique P D’où viennent , par exemple, ces regards de mépris que lord Byron, arrivé sur le sol classique de l’Italie, jette en arrière sur les études de sa jeunesse (voir son C-hilde Harold )P Pourquoi tant de plaisanteries amères que nous

trouvons à ce sujet dans une foule d’écrivains contemporaine? S’il est

cependant une chose au monde qui mérite l’estime et le respect de tous, c’est assurément une éducation qui a pour objet de faire de l’enfant un homme vraiment digne de ce nom.

Ces symptômes sont très graves, et un tel état de choses réclame impérieusement l’attention de quiconque s’intéresse à l’avenir de l’humanité.

Différentes causes ont produit cette situation. L’une des principales réside dans le système qui contraint les élèves à passer leur temps à une foule d’occupations inutiles ou à peu près. Quelle in-

fluence «aine et fortifiante pour l’esprit peut se dégager de ces exercices puérils, que l’on nomme thèmes latins et grecs, discours latins, versification latine ? En quoi ces règles multiplées de la grammaire forment-elles l’esprit ou le cœur? Exercices de mémoire 1 dites-vous. Eh ! de grâce, la mémoire la plus humble des facultés de l’âme, mais cependant faculté précieuse et digne de culture, ne pourrait-elle se nourrir d’aliments plus succulents et surtout moins indigestes? Car, enfin, nous avons montré déjà et nous montrerons mieux encore dans la suite que cette multitude de règles grammaticales n’apprend ni le latin ni le grec et ne sert qu’à encombrer l’esprit. Que d’heures perdues à rédiger du latin détestable! Quand on pense que ce temps, si misérablement gaspillé, eût pu être consacré à des études sérieuses et de nature à étendre l’horizon des idées, on s’étonne moins de voir les résultats répondre si peu à ce qu’on attend de l’enseignement humanitaire sous le rapport de la pensée comme sous le rapport de la connaissance des langues classiques.

Si encore il n’y avait que du temps perdu, on s’en consolerait peut-être, bien qu'il soit fort triste de voir ainsi dépenser les années précieuses de la jeunesse. Mais il y a plus : tout le monde a pu constater dans quel style emphatique et maniéré s’expriment la plupart des élèves sortant de l’Athénée. On attribue cela à leur jeunesse, et leur jeunesse y est pour quelque chose, je dois le confesser ; mais ce qui me semble y être ponr beaucoup, c’est l’habitude des discours latins, où tout est faux, Btylo et idée. C’est là que notre rhétoricien prend ce ton oratoire et ce style boursoufllé, parfaitement ridicules dèB qu’on entre dans la vie pratique; c’est là qu'il contracte l’habitude de parler sans idées. Il y a des exceptions, je le sais : mais elles viennent précisément à l’appui de ce que nous disons, car c’est en réagissant contre l'influence du système que certains élèves échappent à ces défauts; les trois quarts y tombent.

On conçoit, après cela, que tant d’esprits ingénieux et distingués, tant d’écrivains de premier ordre ne puissent se rappeler sans un sonrire d’ironie ces heures de la jeunesse consacrées à des futilités, à des riens, ces heures de somnolence pour la pensée et d’ennui pour l'esprit. Car, vraiment, j’allais l'oublier, c’est encore là un des beaux

résultats du système : ou s’ennuie terriblement, et pourquoi? Tout simplement parce que l’esprit, qui a besoin d’activité et de pensée, se fatigue à la longue de ces exercices, où les mots sont presque tout et l'idée presque rien. De là cet ennui devenu traditionnel ; de là aussi cette définition donnée par un spirituel écrivain, par Alphonse Karr et digne de trouver place dans le dictionnaire du Figaro : • Le professeur est un homme qui vend à la génération qui le suit les ennuis de la génération qui l’a précédé. • Nous sommes loin de partager les opinions d’Alphonse Karr sur la question actuelle; mais nous devons avouer que, toute exagération mise de côté, il y a du vrai dans cette boutade. Ce n’est pas la faute des immortels génies de l’antiquité ni même du professeur, c’est la faute du système aujourd’hui en usage.

Lorsque plus tard, avec l’expérience que donnent les années, on vient à réfléchir sur ces premières études, qu’arrive-t-il? Forons en fait d’abord que la plupart ont oublié, deux ou trois ans après les études, le peu de grec qu’ils n’ont jamais su. On leur a dit et redit, en classe et ailleurs, que ces auteurs grecs et latins sont admirables. Les nns le répètent de bonne foi, et cherchent à se faire illusion à eux-mêmes, sans s’avouer qu’ils n'ont jamais eu en quoi consistait précisément cette perfection tant vantée. D’autres, pour un motif quelconque, reviennent à ces écrivains, qu’ils lisent eu traduction, et s’étonnent de trouver qu’après tout, ces œuvres, même traduites, sont réellement pleines d’originalité et de puissance; ceux-là regrettent amèrement de ne pouvoir, grâce à leur ignorance de la langue, lier plus intime connaissance avec ces beaux génies, et ils déplorent la faiblesse et l’impuissance de l’enseignement actuel.

D’autres encore — et ce sont les plus courageux, car il en faut, du courage, pour surmonter l’ennui mortel que font éprouver alors les noms seuls de latin et de grec; — d’autres recommencent entièrement leurs études, désolés d’avoir perdu un temps précieux pour ne rien savoir.

Mais il en est qui, après avoir cru quelque temps et fait croire aux autres qu’ils trouvaient fort beaux les génies d’Athènes et de Itome, •e mettent un beau jour à y réfléchir sérieusement et se disent la

main sur la conscience : » Voyons! franchement, avons-nous jamais retiré de ces études autre chose que de l'en nui P Soyons donc sincères une bonne fois, et avouons que jusqu'ici nous n’avons été que les amants platoniques de ces beautés que vantent sans cesse les professeurs. Laissons-les s’extasier tout à leur aise devant ces merveilles; qu'ils les admirent souvent sur la foi d’autrui, comme nous le faisions nous-mêmes et comme nous ne le ferons plus : nous savons désormais à quoi nous en tenir. • Dès lors, la rupture est complète, et l'on rit dans sa barbe des bonnes gens qui parlent de la perfection des grands écrivains de l’antiquité.

On débite à ce propos certains apophtegmes profonds du genre de celui : • Beaux, mais ennuyeux ! • Apophthegmes qui, lancés à propos et dans un milieu convenable, font bon effet. A l'occasion mime, on n'hésite pas à se déclarer ouvertement adversaire du grec. Inutile de dire qu’on s’est défait depuis longtemps du style peu naturel dont on a contracté l'habitude au collège, et que l’on croit dû à l'étude des anciens. Erreur profonde, préjugé absurde, s'il en fut ! Car la littérature grecque en particulier est la plus simple et la plus naturelle de toutes les littératures.

Vous voyez jusqu’où s’étendent les suites de cette éducation imparfaite. M. Pirmcz a signalé la faiblesse des études grecques : ce n'eBt là qu’un détail. On ne sait pas le grec, c’cst vrai. Sait-on le latin? Un peu mieux, je dois le reconnaître; mais pensez que l’on consacre au latin deux fois plus de temps qu’au grec, voyez ensuite les résultats obtenus, et vous conviendrez avec moi que, si le grec est mal étudié, le latin ne l’est pas mieux. Et puis on ne parle que de la connaissance de la langue : pourquoi ne pas parler un peu de ce que gagnela pensée à ces études dans l’état actuel de l’enseignement P Ce dernier point me semble au moins aussi important que le premier.

C'est assez dire que, selon moi, le système doit être examiné sérieusement dans son ensemble, et qu’une réforme radicale est indispensable.

Agréez, etc. V. G.

Liège, II décembre 1868.

Monsieur le rédacteur,

Il importe, avant tout, de s'entendre sur le but réel de l'étude des langues anciennes. Une fois ce point déterminé, le choix des moyens sera, par là même , plus facile, et comme nous avons signalé précédemment le vice de l’organisation actuelle, on verra sans peine de quelle nature doivent être les réformes désirées.

Voici en deux mots, selon nous, le but de cet enseignement : Par C élude consciencieuse des chefs-d'œuvre des deux grandes littératures antiques, former la jeunesse à la pensée et à Part. S’il est un but noble et élevé, c’est celui-là ; s’il existe un enseignement qui soit par son essence destiné à tous les esprits et qui réponde à un besoin général, c’est celui qui poursuit un tel but. Sans vouloir rien préjuger des exigences sociales de l’avenir et des nécessités de l’éducation future, nous sommes intimement convaincus que, dans la société actuelle, l’étude de ces deux admirables littératures est encore appelée à rendre d’importants services à la civilisation. Certes, nous sommes admirateur, et admirateur enthousiaste, de la Bible, de Dante et de Shakespeare ; mais nous pensons que ces œuvres, belles d’une beauté immortelle, ont trop d’escarpements et de précipices, sont trop complexes et souvent trop informes à force de grandeur , pour former jamais en Belgique la matière d’une éducation première, destinée à initier les jeunes intelligences à l’art et à la pensée. C’est aux deux littératures organiques de Borne et d’Athènes, qui ont le mieux résolu ce beau problème artistique : la grandeur dans la mesure, qu’il appartient surtout de guider les premiers pas du jeune homme dans cette voie, et de hâter le triple développement de la faculté esthétique, du sentiment moral et de l'intelligence. Far ce caractère de grandeur et de simplicité qui les distingue, elles sont mieux à la portée de tous les esprits et peuvent devenir la nourriture , non pas des forts seulement , mais des intelligences ordinaires. Après cette

étude, le jeune homme peut regarder en face et pénétrer la Bible, Shakespeare et Dante, oeuvres non moins admirables, mais moins accessibles à tous ; qu’il étudie alors ces livres immortels, c’est notre plus ardent désir. Ces raisons et d’autres que les limites étroites où nous sommes enfermé ne nous permettent pas de dédnire, nous empêchent d’adopter l’avis de ceux qui voudraient faire de l'enseignement du grec un cours facultatif comme celui d’hébrej et de langues orientales. Nous croyons que , dans l'état de choses actuel , l’enseignement du grec et du latin doit faire partie de l’éducation commune, parce qu’il répond à un besoin général des intelligences , la pensée et l'art étant presque aussi nécessaires à l’homme que le pain dont il se nourrit.

Pour que l’étude des langues classiques donne tout ce qu’elle peut donner et fasse de l’enfant un homme, il est évident, comme nous avons dit, qu’elle doit être consriencieme. Mais ici il importe de préciser. Jusqu’à quel point sommes-nous en droit d’exiger que l’élève, au sortir de rhétorique, possède son latin et son grecf Voulez-vous faire des philologues qui connaissent les moindres particularités de la langue? Alors multipliez les grammaires, les discours latins, les thèmes latins et grecs, et vous arriverez, ut fil, à dégoûter vos élèves de ces études et à leur remplir la tête de billevesées; car ce n’est pas six ans, mais vingt ou trente , qu’il faut pour connaître à fond le génie et les moindres détails d’une langue ancienne. La philologie, science d’une importance capitale, est la base des profondes études historiques et des discussions religieuses de notre époque. L’avenir du catholicisme dépend peut-être, qui sait? de la solution donnée par la philologie aux grandes questions soulevées actuellement en Allemagne. C'est en partie grâce à la philologie que nous envisageons aujourd'hui l’antiquité sous son vrai jour et mieux qu’on ne le faisait il y a deux siècles. Nous parlons , bien entendu, de la grande philologie, qui ne s’occupe pas seulement des mots, mais qui en use gour scruter l'idée et étudier l’art. Mais , remarquez-le bien , c'est là une science spéciale, qui exige des aptitudes et une sorte de vocation bien décidée. On ne peut donc pas vouloir que tous les élèves soient des philologues. Ils n'ont, du reste, pas le

temps ; les uns seront avocats , d'autres médecins , d’autres étudieront les sciences; le professeur seul doit connaître suffisamment la philologie pour en faire servir les résultats à l'explication des auteurs traduits en classe.

On a dit, à tort et en exagérant, selon moi, que l’élève, sans être un philologue consommé, devrait du moins être en état de comprendre à première vue tous les auteurs latins et grecs. C’est trop exiger, je le répète. Il y a, je n’en doute pas, des professeurs en Belgique qui savent lire ainsi les auteurs, mais il y en a peu, et cela s’explique ; car, quoique ces deux grandes littératures, grâce à leur admirable simplicité, soient accessibles à tous les esprits, il y a dans les œuvres anciennes, outre les difficultés de langue, des allusions à des mœurs, des usages qui nous sont aujourd’hui étrangers et qui, pour être connus, demandent une étude approfondie du monde antique. N’exigez pas de l’élève des connaissances qu’il ne peut avoir.

Ce qu’on peut raisonnablement demander, c’est que le jeune homme , au sortir de l’Athénée, connaisse assez les langues et les littératures de Rome et d’Athènes pour en avoir senti profondément les beautés et compris l’admirable harmonie, et, pour en arriver là, il faut lui rendre cette étude attrayante et ne pas la lui présenter, comme on fait, hérissée de difficultés et de travaux insipides et rebutants. Que l’élève comprenne le génie d’un Homère et d’un Virgile; qu’à travers les mots il ait entrevu l’adorable figure de cette belle antiquité; une fois ces beautés saisies dans toute leur splendeur, une fois cet art exquis pénétré et étudié à fond, soyez certains que le résultat désiré est obtenu, et que l’élève devenu homme fait, n’oubliera plus, même dans le tumulte des affaires, ces amis de jeunesse, et reprendra toujours avec joie son Virgile et son Homère.

Four qu’il comprenne tous les chefs-d’œuvre (ils ne sont pas si nombreux) et qu’il en saisisse toutes les beautés, deux conditions sont requises. D’abord, il faut traduire cent fois plus qu’on ne le fait, et traduire des ouvrages complets, non plus seulement des fragments. Si on ne sait pas aujourd’hui le grec et si cette étude n’a pas sur les esprits toute l’influence qu’elle devrait avoir, cela vient de ce qu’on ne lit pas assez et de ce qu’on ne se familiarise pas suffisam-

ment avec les mots de la laague, qui restent là comme autant d’obstacles.

En second lieu, on doit, comme nous avons dit, rendre cette étude intéressante en donnant un enseignement plus littéraire, moins attaché à la lettre morte, et en profitant des grands résultats de la critique contemporaine pour faire revivre ces œuvres du passé et les replacer dans leur vrai milieu. Four que cela soit possible, il faut une transformation radicale de l'enseignement actuel ; il faut supprimer, dans cet enseignement, tous les exercices qui absorbent inutilement le temps du professeur et des élèves, et, loin d’initier la jeunesse à l’art et à la pensée, font qu’il est impossible aujourd’hui de te livrer à une étude sérieuse et de nature à développer les facultés de l’âme.

Voici en trois mots ce qu’on doit faire : multiplier les versions latines et grecques , introduire de plus en plus dans l'enseignement l’élément esthétique et littéraire, baunir le formalisme et la routine, supprimer tout ce qui ne sert ni à l’art, ni à la pensée. C’est là toute la réforme, et elle est considérable. Nous exposerons dans notre prochaine lettre les applications de ces principes fondamentaux.

Agréez, etc. V. G.

Liège, 12 janvier 18GU.

Monsieur le rédacteur,

En voyant la faiblesse des résultats obtenus par l’enseignement actuel, des hommes compétents ont proposé d'augmenter d'uu au la durée des études humanitaires. Nous ne sommes pas de cet avi9, et nous pensons que cette durée est assez lougue pour qu’on puisse étudier suffisamment deux langues et retirer de cette étude tous us fruits désirables. Ce n’est pas, selon nous, une question de temps, mars de méthode.

Pour résumer les points que nous avons développés et pour conclure, nous dirons à ceux que la chose intéresse :

Il n’y a pas lieu de supprimer le grec ni le latin, parce que l’étude de ces deux admirables littératures est aussi nécessaire que jamais pour le développement des facultés du jeune homme, et que, dans la société actuelle, aucune autre élude ne peut la remplacer. Supprimer le grec, ce serait enlever à l’esprit moderne un élément puissant de civilisation, et d’ailleurs ces deux littératures anciennes se complètent l’une l’autre et expliquent, en outre, la littérature française, qu’il est impossible de bien comprendre sans elles. Ceux qui voudraient faire disparaître le grec en conservant le latin doivent réfléchir sur l’importance de cette mesure, et penser que si aujourd’hui vous supprimez le grec, les adversaires des humanités profiteront de ce précédent pour demander plus tard, à cor et cris, la suppression du latin, et ils vous y contraindront par la force de la logique, soyez-en sûrs. L’abolition de l’enseignement humanitaire est renfermée en principe dans la suppression du grec; si vous admettez la seconde de ces mesures, la première est irrévocablement décidée. Personne ne nie que l’influence de ces études, si elles sont bien faites, ne soit féconde et salutaire pour l’esprit de la jeunesse. Il faut donc, si elles se font d’après des méthodes défectueuses, supprimer, non les études, mais reformer les méthodes.

Or, il a été constaté par M. Pirmez et par tous ceux qui examinent sans préjugés les résultats de cet enseignement, que les élèves connaissent peu le latin et encore moins le grec au sortir de rhétorique : ce qui fait qu’ils ne savent absolument plus rien, en fait de grec, quelques années après les humanités, et ne peuvent, par conséquent, ni consulter ni relire des auteurs qu’ils sont censés avoir étudiés durant cinq ou six ans.

D'où cela vient-il P De ce qu’on ne lit pas assez les auteurs au collège. Et pourquoi ne lit-on pas aesezP Parce qu’au lieu de s’attacher à ne donner que les explications grammaticales et autres, nécessaires pour l’intelligence des auteurs, oa traduit souvent avec une lenteur désespérante ; non que nous soyons ennemis de la philologie, au contraire ; mais nous désirons qu’on s’en tienne au simple

nécessaire, ce qui permettre’' t de lire beaucoup plus qu’on r.e le fait. D’un autre côté, on a conservé les exercices qui ont pour but d’a; prendre à parler et à écrire les langues antiques, alors qu’aujourd’hui, à la différence des siècles précédents, il s’agit uniquement de comprendre les auteurs. Ces exercices apprennent peu de latin et de grec ; ils ne sont pas, comme on a dit, une gymnastique, intellectuelle; la meilleure gymnastique c’est d’étudier à fond l’art et la pensée des auteurs. Four la rédaction, chose très importante, on a ’ , exercices français, dont on peut augmenter le nombre; et il est sûr, quoique certaines personnes affectent de regarder comme peu considérable le temps absorbé par les dissertations latines, il est sûr que ccs travaux prennent un très grand nombre d’heures. Nous le savons par expérience, et l’importance qu’on y attache dans les

examens de gradué et les concours généraux prouve qu’on De les regarde nullement comme accessoires à l’Athénée.

Nous demandons : 1° qu’on ne fasse plus, dans les cours de langues anciennes à l’athénée, que des versions latines et grecques, et qu’on traduise, si possible, non plus un chant d'Homère ou de Virgile, un livre de César ou d’Hérodote, mais tout Homère et tout Virgile, tout César ou tout Hérodote. Qu’on s’attache plus qu’on ne le fait à l’appréciation des beautés d’ensemble, à l’élément esthi tique et littéraire, sans négliger l’élément grammatical, qui est la base de tout. Pour obtenir de plus grands résultats encore, on pourrait, je crois, conseiller le système des lectures à domicile, système qui produit en Allemagne d’excellents résultats. Les examens, qui sont la sanction des études, pourraient être renforcés dans ce sens.

2° En fait de grammaire grecque, qu’on se borne à la lexigraphie pure et simple, telle à peu près que nous la trouvons dans Dübner, en y supprimant certaines remarques générales sur des faits communs à toutes les langues et que l’élève a dû voir dans sa grammaire française ; en ajoutant à cela quelques règles syntaxiques d’une application quotidienne, on a tout ce qu’il faut. Le professeur fera le reste. De même pour la grammaire latine : qu’on fasse table rase de ces innombrables exceptions dont elle est surchargée, et qu’on se conente d’étudier les règles générales de lalexigraphie et de la syntaxe.

Les thèmes latins et grecs pourront être conservés en sixième et cinquième, tout au plus en quatrième, afin de familiariser les élèves avec les formes et les éléments de la langue; mais une fois ces formes connues, et cela doit être en quatrième, qu’on fasse disparaître ces exercices.

Les discours latins sont : 1° inutiles en pratique, puisqu’on n’écrit jamais de latin après la rhétorique; 2" nuisibles pour l’étude de la langue, parce que les élèves, ne connaissant pas assez l’idiome ancien, sont amenés à n’écrire que du français habillé en latin ou à ne faire que détacher des auteurs des bribes latines pour les encadrer, et le plus souvent fort mal, dans leurs prétendues compositions; 3° nuisibles pour la pensée et le style, parce que la préoccupation exclusive des mots a pour conséquence nécessaire d'habituer les élèves à des amplifications vides et creuses, à des manières de parler vagues et indécises qui, en définitive, ne disent rien du tout. M. Gantrelle ne voit pas d’inconvénients à ce qu’ils soient abolis.

• On pense en Allemagne, dit-il, qu’ils ne conduisent le plus souvent qu’à faire des phrases vides de sens. • C’est aussi notre opinion : qu’on supprime donc les discours latins.

La chose est vraie, à plus forte raison, de la versification latine, travail mécanique, s’il en fut, qui consiste à cheviller, à manipuler des épithètes, à calculer des syllabes, et finalement à écourter, à amplifier, à martyriser nne pensée, si pensée il y a, dans une langue imparfaitement connue. Qu’on bannisse les vers latins.

Par ces suppressions, on aura économisé un temps précieux que l’on pourra employer à des études plus substantielles et plus sérieuses. Il ne sera nullement nécessaire d’augmenter le nombre d’heures consacrées au latin et au grec, et l’on sera beaucoup plus versé dans la connaissance des deux littératures antiques. On aura, de plus, fait disparaître des travaux insipides qui dégoûtent souvent les elèves les mieux disposés à étudier. Les jeunes gens seront mis, de cette manière, en communication directe avec ces beaux génies qu'on ne déprécie en certains lieux que parce qu’on ne les a jamais vus qu’à travers une espèce de prisme chargé de la poussière des grammaires volumineuses, des dictionnaires et des Gradus. Les

première! difficultés surmontées, les mots connus en partie , on marchera avec plaisir, car l’intérêt qu’inspirera la lecture du livre fera trouver moins dure la nécessité de chercher çà et là des mots dont on ignorera le sens. D’ailleurs, comme on traduira davautage, on connaîtra plus de mots, et les constructions rares et difficiles s’apprendront par la pratique.

Noua désirons virement qu’on veuille bien prendre en considération les quelques idées que nous venons d’émettre. Elles sont, du reste, partagées par beaucoup d’hommes qui s’intéressent à l'enseignement, et nous constatons avec plaisir que, dans plusieurs des principaux journaux du pays* elles ont été défendues par des professeurs et d’autres correspondants habiles qui ont à cœur le développement de l’instruction.

Agrée», etc. V. G.

Liège, le 10 janvier 18(19.

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