‹ La question du jour, resterons-nous français [microforme]Chapitre 18 sur 34 · TES · texte numérisé non relu

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Allons plus loin.

Dans un voyage fait à Lahore, dans les Indes, en 1831, le voyageur anglais, Alexandre Burns, constate ce fuit dans un journal :

—Je fus invité à assister à une grande revue de cinq régiments d'infanterie régulière, que Rendizet-Sing, me pria d’inspecter. Les soldats étaient vêtus de blanc avec des beaudriers noirs. Ils étaient commandés par le général Allard. Tous les commadements. se faisaient en français.

Maintenant revenons en Amérique, et lisons ce qui suit dans le Gaulois de Los. Angelos, Californie :

—“ Si jamais vous abordeg la question des ‘ langues” avec un Américain, disons plutôt une jolie miss américaine, elle vous assure, avec une conviction sincère, que dans quelques années l'anglais sera la langue, la seule et unique langue du monde entier.

‘ N'’avons-nous pas vu tout récemment miss Bly, une jeune new-yorkaise de 19 printemps, exécuter le tour du monde en 27 jours, uniquement pour montrer au public qu'une personne qui parle anglais peut faire un tour de force semblable ? On a beau à faire remarquer qu’un paquet de laïne bien ficelé et bien adressé eût exécuté exactement le même trajet.

“ En parlant de langues, on se rappelle de faits assez curieux :

‘“ Quand le grand Alexandre se mit un jour en marche avec ses cohortes, il dit à ses sujets

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grecs : ‘J'irai partout porter nos armes et notre langue.”

‘ Quand César conquit les Gaules, il écrivit au sénat : ‘“ Les chefs des barbares passeront sous les Fourches Caudines, mais leurs filles parleront notre langue.”

‘ Quand Cromwell eut l'Irlande à ses genoux, il fit entendre par sa première proclamation ceci: ‘Vous êtes maintenant les sujets de l'Angleterre ; vous parlerez sa langue.”

‘ Quand l'Allemagne arracha l'Alsace et la Lorraine à la France, elle alla plus loin avec ses nouveaux sujets conquis, elle osa dire : “ Vous ne parlerez plus votre langue.”

‘“ L’Angleterre ferait-elle dire en ce moment par une de ses succursales : ‘ Canadiens-françals, vous ne parlerez plus votre langue ?”

‘ Quand la Russie a voulu une fois incorporer dans son grand empire toutes les provinces baltiques, un tant soit peu teutonnes, elle fit quoi ? Table rase de la langue allemande.

—“* Désormais on parlera ‘‘ russe ” chez nous ”, dit le Ozar.

“ L’Anglais et l'Américain vont plus loin, eux ; ils disent : non seulement on parlera l'anglais chez nous, maïs dans quelques années on ne parlera que l’anglais dans l'univers entier.

‘ Or ils oublient que c’est. arracher le cœur d'un peuple que de supprimer sa langue. Et arracher le cœur à une nation--quand elle mérite ce titre—est une chose totalement impossible ! ”

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Qi | HU dé 11h À re 4 — 0 ke ss { Il | ml! ‘ , F | Mais tous ne pensent pas ainsi. Le Home ‘ f : . 2 à ui 4 « pl: Library, un journal américain, disait dernière- (l je ment :

fl. ‘ Il est d'une importance vitale pour tout le 1 monde d'étudier et de connaître la langue ia française.

pi ‘“ Sans parler des richesses de la littérature

fraiçaise et du plaisir que fournit à l'esprit une lecture intelligente des ouvrages des auteurs qui l’ont créée, les avantages pratiques

qui que donne la connaissance de la ‘ langue de la ll diplomatie” sont une raison plus que suffisante qér. pour engager toute personne instruite à se la |. rendre familière.

‘* I] est impossible de connaître à fond la

langue anglaise à moins d’avoir acquis une certaine notion de l’idiome français duquel

LL nous avons reçu nos expressions les plus énerfn giques.

LE ‘ De plus, il est impossible de voyager à ( v Len

ta travers l'Europe avec agrément sans savoir le

| français. Sur tous les point du continent euro-

péen, la langue française est le moyen de

| mettre en communication facile, les uns avec

| D les autres, les voyageurs de toutes nations,

nl parce qu'elle est universellement parlée par la

que classe instruite dans tous les pays du vieux monde.”

| Voilà ce que les Américains pensent et pi publient au sujet de cette belle langue qui est | da nôtre, à nous Canadiens-Français.

du ER sait

Au dernier banquet de l'Alliance française pour la propagation de la langue française à l'étranger, le ministre des affaires étrangères de France, M. Ribot, parluit ce fier langage :

“ Comme une grande maison qui n’a pas toujours tenu ses comptes avec assez de vigilance, la France a été étonnée de retrouver là où elle ne s'y attendait pas des clients fidèles et dévoués. C’est que partout où elle a passé, notre race a marqué fortement son empreinte, par ses pionniers dont l’espèce n’est pas éteinte, qui ont porté dans tous les coins du monde, avec leur humeur gaie et facile, notre belle langue française. On se demande souvent, d'où vient ce grand succès de notre langue ; est-ce seulement de sa solidité, de sa clarté, de sa limpidité ? Je ne le crois pas à imaginer un volapuk aussi clair, aussi limpide que vous le voudrez, cela ne suffira pas. Il faut à une langue une âme qui est le génie même du peuple qui la parle ; l’âme de notre langue française, c’est l'âme de la France.

‘“ Je me rappelle encore avec quelle émotion, j'ai découvert au milieu de cette vallée du Mississipi que nos pères ont les premiers colonisée, des tlots de langue française restés intacts au milieu du flot toujours croissant de la langue anglaise. Et j'ai éprouvé certainement l’une des plus douces émotions de ma vie le jour où, au sortir de cette immense et merveilleuse civilisation des Etats-Unis, j'ai vu dans le premier village canadien des petites maisons blanches

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comme celles de nos paysans, et que j'ai entendu au sortir de l’école les fillettes jaser dans notre léger babil français.

“ C’est alors qu'on se sent bien vraiment de la même famille. C’est pour réunir tous ces fils de la France dispersés sur la surface du globe qu vous avez engagé la lutte, et aussi pour

isputer aux autres nations, qui ont, elles aussi, leurs légitimes ambitions, tous ces peuples qui forment la vieille clientèle intellectuelle Frs la France.

Vos efforts tendent à entretenir et à fortifier notre influence traditionnelle dans les pays où depuis la Grèce et l'empire romain, le nom Français s’est élevé si haut. Grâce à vous, notre langue sera de plus er plus répandue et parlé en Egypte, en Syrie, et dans cette Tunisie où la prépondérance de la France est aujourd’hui à jamais établie.”

B'en avant ce banquet de l'Alliance française, en 186%, un de nos grands hommes politiques, sir Georges Etienne Cartier, parlait ainsi, à son tour, des. aspirations canadiennes-françaises. C'était le jour de la célébration de la Saint-Jean Baptiste, fête nationale du Canada-français: ce

discours était prononcé à Ottawa :

“ [1 n’est plus possible, disait Cartier, de fermer les yeux sur l'importance et les destinées de la nationalité que vous êtes si fiers d'affirmer publiquement aujourd’hui. C’est comme représentant de cette nationalité, que j'ai été remar-

me ns

qué par l'Angleterre, après les grands labeurs de l’établisssement de la confédération.

‘“ Notre passé est noble, notre présent est

plein d’encouragements, notre avenir sera pros- -|

père, si la Providence continue à nous montrer la bonne voie et à nous y guider.

‘‘ Ilne fout pas que les plaintes des alarmistes vous jettent dans l’effroi Il est malheureusement vrai que benuconp trop de Canadiensfrançais émigrent ; mais malgré cela, est-ce que l'accroissement de notre race n'égale pas, s’il ne dépasse point, le développement de n’importe quelle autre nation au monde? Les statistiques le prouvent, et contre les chiffres les déclarations farouches, et les articles tout en pleurs ne peuvent rien. Comme de raison il est regrettable que ce mouvement d'émigration ait lieu. Tout le monde désire, tout le monde souhaite qu'on l’enraye au plus tôt, et ceux qui sont chargés de la direction et du contrôle des affaires de l'Etat ont compris que leur devoir était de travailler à retenir ici tous les enfants du sol, et ils y travaillent de toutes leurs forces.

Mais ce phénomène d’émigration n’est point particulier à notrerace. Il suffit d'étudier l’histoire de toutes les nations, et d'observer ce qui se passe aujourd'hui dns to" les pays, pour savoir que chez tous les peuples il y a un flot de population flottante que les courants politiques et sociaux entraînent tantôt dans un sens et tantôt dans un autre.

‘* Une chose qui ne eut que nous réjouir, c’est qu'on retrouve chez nos voisins plusieurs groupes de ces frères émigrés, assez fiers de

QD se

Jeur origine, assez orgueilleux de notre passé,

assez heureux d’appartenir à la famille francocanadienne pour avoir fondé là-bas des journaux français, des'institutions toutes françaises, où la religion donne la main au patriotisme, comme ici.

On dit qu'il n’y a que le français qui ne

puisse s’américaniser dans cette grande répu-

blique où tant d'Européens, d'origines diverses, soht venus mêler leurs noms, leurs travaux et leurs énergies. Dieu merci, on ne peut nous

-accuser d'avoir dégénéré, sous ce rapport, car

beaucoup des nôtres aussi restent bons Canadiens-français sur le sol étranger où ils ont planté leurs tentes.

# Il est consolant de se dire que les mêmes aspirations, les mêmes joies, les mêmes pensées que les nôtres font battre aujourd'hui des milliers de cœurs au sein de la république voisine.

‘“ Le Canadien-français aime sa fête patriotique; il la célèbre non-seulement sous le rap-

port national, mais aussi sous le rapport re:t-

“ieux avec bonheur, avec enthousiasme, avec

transport. Le culte de la patrie le frappe vive-

ment. Il a du respect pour ce qui le constitue

ce qu'il est—car la fête Saint-Jean-Baptiste ne

revient jamais sans l’'émouvoir et l’exalter. Je suis sûr qu ‘aujourd’ hui, il ny a pas un seul Canadien, soit à Rome, soit à l’aris, soit ailleurs, qui n'ait senti son cœur tressaillir en songeant que c'est la fête du Saint choisi par un grand

patriote pour être le patron de cette jeune et

noble famille, grandie dans les meilleures tra-

ditions de ses ancêtres, sur cette terre d'Amérique, déjà si féconde-en grandes actions, en grands progrès, et en grandes espérances.”

Que puis-je ajouter après tous ces témoignages ?

Rien.

Nous sommes, nous resteions.

En donnant sa réponse à l'adresse d’adieu que lui présentaient les Chambres d'Ottawa, au printemps de 1878, lord Dufferin nous léguait ce véritable testament politique :

— Vous n'êtes plus maintenant, disait-il, une réunion de provinces disjointes. Vous n'êtes plus des provinciaires, des colonists ; vous êtes Les possesseurs, les défenseurs, les gardiens, les répondants d'une moitié du continent, d’un pays dont les capacités sont illimitées et à qui le plus haut renom peut être prédit dans l'avenir. Souvenez-vous que la vie contient peu de choses valant la peine de vivre, si elle n’a pas en vous quelques-unes de ces choses valant la peine de mourir pour elles; vous en possédez une de celle-là: une patrie dont on peut être fiers. Quelque soit sa position sociale, ou son origin, ou son entourage, ou les hasards de son existence, nul Canadien, qu’il soit Français, Anglais, Ecossais, Irlandais ou Indien, qu'il soit protestant ou catholique, ne doit oublier jamais que dans ce vaste Dominion du Canada, il a une patrie pour laquelle il vaut largement la peine de vivre et de mourir.”

Cette patrie nous l'avons nous aussi. Nous l'habitons à côté de ceux qui chôment la St- George, la St-André, la St:Patrice. Comme eux, nous avons le droit de nous rappeler nos traditions. Or la plus sacrée est notre langue, la plus belle, la plus pure de l’univers, celle qui enseigne encore plus énergiquement que les autres à vivre et à mourir pour la patrie.

Vous venez de contribuer à une bonne œuvre ; vous êtes venu aider à l’externat des élèves des Dames de la Congrégation de St-Roch de Québec. Vous avez pris noblement place ce soir parmi tous ceux qui ont du cœur ici, et ils sont légion.

Merci au nom de l'enfance que vous allez aider à instruire et à bien élever. Ce rôle de la charité vous a été confié mesdames, depuis le commencement du monde. N'est-ce pas lui qui vous valait un jour ces grandes paroles de Joseph de Muistre ?

—‘‘ Les femmes n’ontfait ni l’{/iade,ni l Enéide, ni la Jérusalem délivrée, ni le Misantrophe, ni le Panthéon, ni la Vénus de Milon, ni l’Apollon, ni le Persée, ni la Basilique de Saint-Pierre. Elles n'ont inventée n1 l'algèbre, ni les télescopes, ni les métiers à bas; mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela: c’est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde :

—‘ Un honnête homme et une honnête femme.”

Ce soir vous êtes venu encourager les Sœurs de la Congrégation de Saint Roch de Québec dans leur œuvre toute patriotique et toute française.

Merci de nouveau, et avant de nous séparer permettez-moi d'exprimer ce vœu :

—Un jour, ces élèves instruites par votre charité deviendront à leur tour mères de familles, ou bien encore elles se dévoueront à la vie religieuse et à l'instruction publique. Puissent elles alors continuer à suivre la consigne donnée par les aïeux :

—ŸW'aimer les uns les autres et ne jamais oublier la prière dernière des ancêtres canadiens-français: notre langue, nos institutions, nos lois.

Avant tout rotre langue; nos descendants se chargeront du reste.

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