‹ La question du Latin. -- (volume 2)Chapitre 40 sur 55 · INAUGURATION DK LA STATUE DE HENRI MARTIN · texte numérisé non relu

INAUGURATION DK LA STATUE DE HENRI MARTIN

iriine àme si forte, citoyen excellent, républicain de sentiment et de raison, enthousiaste et sage autant que modéré et ferme, fidèle à ses amis comme à sa cause, toujours prêt pour le service public et dont, vers la tin de ses jours, l'existence entière appartenait non plus à lui, mais à autrui. Pour moi, messieurs, dans Henri Martin, je ne voudrais voir et mettre en lumière que le patriote admirable, fils pieux et dévoué de la France, son serviteur ardent et docile dans la bonne, mais surtout dans la mauvaise fortune, et qui a eu l'insigne honneur de laisser de cette France si tendrement, si religieusement aimée, un portrait d'elle-même dans lequel elle n'a pas refusé de se reconnaître et de retrouver, avec sa vivante image, sa pensée, son action et son génie.

Le patriotisme de Henri Martin est l'àme même de son Histoire de France. Quand ce livre fut présenté à l'Académie française, pour la récompense magnifique qui devait permettre à l'auteur de l'achever, un juge des plus autorisés, Yillemain, dit que c'était une œuvre de grand courage et de grande force. L'illustre secrétaire perpétuel voulait sans doute faire allusion à la force de volonté qu'il fallait posséder pour accorder un travail d'une telle étendue à l'opiniâtre courage nécessaire pour le mener à bonne fin. Villemain n'avait pas pénétré l'àme exaltée et profonde de Henri Martin; il n'avait pas deviné son secret. Toute cette force, tout ce courage s'expliquent d'un mot : Henri Martin ne mettait rien au-dessus de la France. Elle était pour lui comme l'objet d'une religion supérieure. Ce bénédictin laïque, comme on Ta si souvent nommé, travaillait pour la plus grande gloire, non pas de son nom personnel, mais de son pays qu'il proposait à l'admiration du reste de l'univers. H avait les deux vertus qui font l'apotre, la foi et l'amour : il croyait à la France et il l'adorait.

Comme tous les esprits religieux, Henri Martin, dans son ardente curiosité, avait voulu remonter jusqu'aux origines les plus lointaines et les plus obscures du peuple français, pour en pénétrer le mystère. Tout le monde sait avec quelle passion vraiment filiale il s'était attaché aux Gaulois, nos ancêtres. A travers toutes les transformations et sous leur variété incessante, il avait retrouvé le fond persistant, la caractéristique de notre nationalité : la France, même celle de nos jours, n'était pour lui que la Gaule antique, la Gaule bien moins asservie que civilisée par le génie romain, la Gaule avec ses vertus et ses défauts, avec la qualité dominante de sa race, la sociabilité. Qu'entendait-il par là? 11 faut le lui demander à lui-même. « La sociabilité, disait-il, c'est le besoin de mêler son existence avec celle d'autrui, d'échanger ses idées, ses sentiments, ses sensations, de donner et de recevoir tour à tour l'exemple, d'admirer et d'être admiré ou, tout au moins, d'être approuvé; c'est la préférence accordée aux jouissances qui se partagent sur celles qui se goûtent dans la soHtude. »

C'est cette sociabilité qui, malgré bien des défauts et des travers, rend le Français l'homme le plus propre à vivre avec les hommes de toutes les autres races, et qui, bien plus encore que le climat auquel elle se relie d'ailleurs par des liens mystérieux, fait de la France le pays où il est le meilleur de vivre pour l'étranger. La France est comme la seconde patrie de tous les hommes, le pays que chacun, préfère après sa terre natale!

Ce n'est pas Henri Martin qui a porté le premier sur notre pays ce jugement dont nous avons le droit d'être si fiers et qui nous a peut-être enivrés; c'est, je crois, l'Américain Thomas Jefferson, un des témoins de la Révolution française, propagateur de ses principes dans le gouvernement de l'Union, véritable initiateur de la démocratie dans le Nouveau-Monde. C'était d'ail-

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