‹ La question du LibanChapitre 114 sur 124 · ARMÉE · texte numérisé non relu

ARMÉE

d'engagements volontaires et composé à raison de sept hommes par 1.000 habitants. » C'est, en effet, un corps de police, bien plus qu'une armée, qui peut être employé dans une guerre en dehors du Liban ; son effectif est plus faible qu'il ne devrait être si on appliquait le règlement avec rigueur. II ne dépasse pas, en effet, 1.200 hommes, alors qu'à raison de 7 hommes par mille habitants, il serait de près de 3.500 hommes.

Les contribuables y gagnent d'éviter les nouvelles taxes qu'entraînerait l'augmentation de l'effectif. Telle qu'elle est, d'ailleurs, la gendarmerie libanaise suffit largement à sa mission, d'autant plus que l'article 15 du règlement a donné au gouverneur la faculté de faire appel, dans les cas graves, et sous certaines conditions, garantissant l'autonomie de la Montagne, au secours de l'armée turque ; « en cas extraordinaire et de nécessité absolue, dit cet article, après avoir pris l'avis du Médjlis administratif central, le gouverneur pourra requérir, auprès des autorités militaires de la Syrie, l'assistance des troupes régulières. L'officier qui commandera ces troupes en personne devra se concerter, pour les mesures à prendre, avec le gouvernement de la Montagne, et, tout en conservant son droit d'initiative et d'appréciation pour toutes les questions purement militaires, telles que lesquestions de stratégie et de discipline, il sera subordonné au gouverneur de la Montagne durant le temps de son séjour dans le Liban et agira sous la responsabilité de ce dernier. Les troupes se relèveront de la Montagne aussitôt que le gouverneur aura officiellement déclaré à leur commandant que le but pour lequel elles ont été appelées est atteint ».

Un détachement d'un régiment de dragons turcs, en garnison à Beyrouth, est stationné à Beit-ed-Din, résidence d'été du gouverneur général. C'est une occupation plus symbolique que réelle, destinée à marquer la suzeraineté du Sultan sur la Montagne, et à rappeler sans cesse aux Libanais que s'ils ont une large autonomie administrative, ils ne sont pas moins soumis à la haute autorité de la Porte.

Bien que les chrétiens forment l'immense majorité de la population libanaise, les Druses s'engagent dans la milice en proportion beaucoup plus grande. On attribue souvent à la grande misère des Druses ce goût pour le métier militaire, mais il est probable que la véritable cause de ces nombreux

engagements est purement géographique. En effet. les enrôlements se font à Beit-ed-Din, chef lieu du Caza du Chouf, où résident plus de 40.000 Druses sur les 50.000 que contient le Liban.

Le « corps de police » libanais, selon l'expression diplomatique, se compose de deux bataillons d'infanterie, dont l'effectif total dépasse 1.000 hommes, et d'un corps de cavalerie de 80 hommes. L'un des bataillons d'infanterie est disséminé sur les routes, le long des frontières et des côtes ; il forme la gendarmerie proprement dite. L'autre est cantonné à l'intérieur.

Les engagements sont de trois ans. La solde des cavaliers est sensiblement supérieure à celle des fantassins, mais ils doivent fournir le cheval ; seul l'habillement est à la charge du gouvernement. Les hommes doivent subvenir à leur nourriture sur leur solde ; l'uniforme est pratique et gracieux ; il tient de celui des troupes françaises d'Afrique, des zouaves, pour les fantassins ; l'armement est moderne et bon.

L'instruction militaire, très soignée, est donnée à Beit-ed- Din ; les premiers instructeurs furent jusqu'à 1870 des officiers français dont l'influence se ressent encore actuellement. Le commandant des troupes doit toujours être chrétien ; il a le grade de colonel. Les autres officiers peuvent appartenir &ux autres confessions de la Montagne. Il y a deux chefs de bataillons ou binbâché, un officier d'intendance, 6 adjudantsmajors, une dizaine de capitaines, et une trentaine de lieutenants et sous-lieutenants.

Ainsi organisée, la milice libanaise remplit à peu près exactement le rôle que la diplomatie européenne lui assignait en 1861. Elle maintient l'ordre partout, empêche les brigands et les bédouins de pénétrer dans la Montagne, assure la sécurité des routes, protège les propriétés, les villages et les bourgs, contre les attaques et les actes de banditisme des malfaiteurs. Le brigandage a certainement diminué dans la Montagne, depuis 1864, bien que les grottes et les cavernes offrent encore de très nombreux abris aux repris de justice, et aux bandits et vagabonds des provinces environnantes. Grâce à ces vaillants soldats et à ces chefs dévoués, habiles et vigilants, le Liban peut se développer en paix, sans que les troupes turques de Beyrouth ou de Damas aient seulement un prétexte de franchir les frontières.

§ 2. — m. la justice 537

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