XII INTRODUCTION
la faune, que par sa population, sa civilisation et son histoire. Elle a été tour à tour le lien entre les grands centres de civilisation formés autour du Nil et des fleuves jumeaux de l'Euphrate et du Tigre, autour des villes helléniques et sur le plateau de l'Iran, le point de rencontre des mondes byzantin, latin, occidental xTun côlé, arabe et turc de l'autre.
Cette zone de transition a un caractère montagneux. La Syrie-Palestine est un plateau très morcelé, très déchiqueté, formé de terrains calcaires crétacés, bordé à l'ouest d'une bande de terrains tertiaires et flanqué le long de la mer de plaines côtières étroites, séparées les unes des autres par des éperons montagneux. Ce plateau, d'une altitude moyenne de 900 métrés, est profondément disloqué par des ruptures de Fécorce terrestre, par des failles longitudinales et transversales, le long desquelles se trouvent de nombreux terrains volcaniques, des roches basaltiques, du soufre et des sources sulfureuses. La plus importante de ces cassures est la grande fosse longitudinale qui traverse la Syrie- Palestine du nord au sud et la partage nettement en deux ailes. Elle comprend la mer Morte, située à 394 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, la vallée du Jourdain, le Ghôr, et, au nord, la Békaà ou Cœlésyrie, « la Syrie creuse ».
C'est cette fosse qui, au nord, sépare les deux chaînes parallèles du Liban et del'Anti-Liban. Autrefois, il n'y avait là qu'un seul massif immense, surplombant le plateau supérieur. À un fige géologique déjà ancien, ce massif a été disloqué; la voûte centrale s'est effondrée et seules sont restées debout, à droite le Liban et à gauche l'Anti-Liban. Au milieu, dans la cassure s'étend la plaine de la Cœlésyrie ou « Syrie creuse », là Békaà des Arabes. Ce sont les parties les plus élevées de la Syrie-Palestine, ses grandes citadelles naturelles, le refuge des populations devant l'invasion ennemie.
Le Liban s'étend, dans la direction S. S. W# — N. N. E. de la vallée du Litani au sud, jusqu'au 34*75' latitude nord, au nord, sur une longueur de 150 kilomètres environ, avec une largeur moyenne de 30 kilomètres. Son nom est dérivé de l'hébreu .Lebanon » (montagne blanche ou montagne du lait),qu'il tient ou bien des neiges qui recouvrent ses sommets, ou bien de la blancheur de ses roches calcaires. C'est le Djebel Libnan ou Djebel el-Gharbë (« montagne de l'ouest ») des Arabes. Le Liban s'élève doucement à partir de la côte méditerranéenne
TAIiLEAU GÉOGRAPHIQUE DE LA SYRIE ET DU LIBAN XIII
en terrasses successives, jusqu'à la crête dont l'altitude moyenne est de 1930 mètres. Il n'est séparé de la mer que par une étroite bande côlière, l'ancien littoral phénicien. Vue de la mer, la chaîne a l'aspect d'une montagne qui se dressa à pic comme un mur en face de la Méditerranée. Sa masse imposante, ses cimes le plus souvent blanches de neige, ses roches calcaires sont d'un effet magique dans* l'azur pur et clair de l'atmosphère et l'éclat du soleil levantin. Le dessin très net et puissant de la crête apparaît dans des effets de lumière d'une richesse et d'une variété de tons admirables (1).
Cet aspect féerique cependant change sitôt que l'on a franchi les premières terrasses de la pente occidentale. Le Liban apparaît alors dans sa véritable physionomie. Le caractère de chaîne montagneuse disparaît, et devant le regard du spectateur s'étend un plateau horizontal et presque rectiligne, parsemé de pierres,d'une monotonie désolante. Il est formé d'une série de croupes jaunâtres et tristes, complètement nues, séparées les unes des autres par des vallées profondément encaissées, de véritables canyons. Sur ce socle déchiqueté et presque désert s'élèvent quelques sommets arides et nus, battus par les vents. Leur altitude moyenne est de 2.120 mètres. Le point culminant est le sommet du Djebel-Tama~ rotin, avec 3.215 mètres ; viennent ensuite le Dahr-el-Kadib avec 3.067 mètres, le Djebel- el-Makhmal avec 3.047 mètres, et le légendaire Djebel-Sanntn avec 2.608 mètres. Les cols sont très élevés, la crête n'est traversée que par des passages peu profonds et peu nombreux (2).
L'ensemble du massif est profondément raviné, déchiqueté, creusé. Des vallées encaissées et monotones, des couloirs abrupts, des grottes profondes, des cirques d'érosion, des cavernes, des trous innombrables ; puis des rocs arides se dressant à pic jettent dans le centre du Liban une tristesse désolante.
Le Liban s'abaisse en pente brusque à l'ouest vers la Cœlésyrie (Syrie creuse), la Békaà des Arabes ou « Val des Mu*
• (1) Voir El. Reclus, L'homme et /a terre, 11, p. 47 : « La plage semée de coquillages tremble sous le choc des longues vagues, sur lesquelles pèse souvent une brume argentée. C'est bien le rivage heureux où fut divinisée la volupté. »
' (2) La route de Beyrouth à Damas, qui passe près du Djebel-el-Tarâarounr monte jusqu'à 1.542 mètres d'altitude.