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La question du Prekmurje, de la Styrie et de la Carinthie. La Styrie

La province de Styrie est formée de trois régions géographiquement très distinctes : la Haute-Styrie, la Styrie Centrale et la Rasse- Styrie.

La Styrie Centrale est séparée de la Rasse-Styrie, du côté de la frontière de la Carinthie, par la ligne de partage des eaux de la Mur et de la Drave, passant le long des sommets du massif de Radelj, puis par le massif de Remsnik, s'allongeant parallèlement à la Drave et enfin, sur un petit parcours, par la Mur.

La Rasse-Styrie constitue une unité géographique, ethnographique et historique. Elle est composée des districts administratifs suivants : Rrezice (Rann), Celje (Cilli), Ljutomer (Luttenberg), Maribor (Marbourg), Ptuj (Pettau) Slov. Gradée (Windischgràtz), ainsi que de la partie des districts administratifs de Leibnitz et de Radgona (Radkersbourg) située à leur périphérie méridionale. Toute cette région est habitée par une population Slovène compacte. Il n'existe pas, en Rasse-Styrie, de territoire allemand ayant une population autochtone allemande. Les Allemands, indiqués par le recensement officiel, ne forment que des îlots artificiels dans les vilLes et dans quelques localités industrielles, ainsi que sur la périphérie germanisée des districts de Leibnitz et de Radgona (Radkersbourg) .

La Rasse-Styrie possède d'extraordinaires beautés naturelles et un riche sous-sol. La Mur arrose dans le district de Ljutomer (Luttenberg) une plaine très fertile. Cette région est célèbre par son élevage de chevaux. A l'ouest, des collines appelées « Collines Slovènes » (Slovenske Gorice, Windischbuheln) et les collines de Lju-

tomer (Luttenberg) ferment cette plaine. Ces collines s'étendent jusqu'à la Drave et jusque dans le Medjumurje croate ; ensuite, au delà du Cakovec (Csakatornya), elles se perdent dans la plaine de Hongrie. Les Collines Slovènes et celles de Ljutomer sont connues pour leur excellent vin. Sur la rive droite de la Drave s'étend la vaste plaine de la Drave (Dravsko polje) qui est un peu moins fertile que celle de la Mur. Les massifs de Pohorje (Bachergebirge) et de Boc ferment cette plaine à l'ouest et au sud-ouest. Ces massifs, coupés par d'étroites et fertiles vallées, s'étendent presque jusqu'à la Save el sont très riches en bois. La Basse-Styrie possède en outre d'importantes sources minérales. Les principales se trouvent à Rogaska Slathia (Bohitsch Saiierbrunn), et à Badinska Slatina (Badein) sur la Mur. Des bains ferrugineux chauds existent à Doberna (Neiihaus) près de Celje (Cilli), à Lasko (Tiiffer) et à Bimske Toplice (Bo.nerbad).

La houille abonde dans la Basse-Styrie qui, de ce fait, possède les conditions nécessaires à son développement industriel.

H. APEBCU HISTOBIQUE

Comme aux points de vue géographique et ethnographique, la Basse-Styrie constitue aussi au point de vue historique une unité séparée du reste de la Styrie et rattachée aux pays yougosl :ves. Aux époques préhistorique et romaine, la frontière entre le INoricum et la Pannonie se trouvait près de Maribor d'aujourd'hui. La ville de Ptuj (Pettovium) fut, pendant quelque temps, le siège des autorités civiles et militaires romaines. A l'époque des Carolingiens, la frontière entre la Caranthanie et la Pannonie était de nouveau près de Maribor. L'Etat du prince slovène Kocel et l'autorité ecclésiastique de S. Méthode s'étendaient jusqu'à la Drave ; Ptuj était leur point extrême.

La civilisation romaine, qui jadis llorissait dans ces régions, disparut à l'époque des invasions, et les Magyars \ détruisirent

l'œuvre des SS. Cyrille et Méthode. Après le refoulement des Magyars, presque toute la Basse-Styrie d'aujourd'hui fut réunie dans une zupanija, ou dans une marche (comitatus), de la Savinja (Sann) et de la Drave. La frontière nord de cette marche coïncidait exactement avec la ligne de partage des eaux de la Mur et de la Drave.

Au xne siècle, après l'extinction de la famille de Sponheim, de Maribor, les vastes territoires qu'elle détenait échurent, par voie d'héritage, aux Seigneurs de Traven (Traungau), qui réunirent la Basse-Styrie à la Sty rie Centrale et à la Haute-Styrie. Cependant même à l'époque des Babenbergs et des Habsbourgs, une grande partie de la Basse-Styrie se trouvait réunie dans la zupa-(Officium, Amt) de Maribor. La Basse-Styrie actuelle ne fut donc incorporée à la Styrie que grâce à une circonstance fortuite créée par le régime féodal.

Lorsqu'aux xtv6 et xv6 siècles, les comtes de Celje (Cilli) établirent leur pouvoir, ils réunirent entre leurs mains toute la Basse-Styrie actuelle, sauf de petites enclaves. Etant donné que les comtes de Celje possédaient également de très grands biens en Croatie, et que des liens de famille les rattachaient aux souverains serbes, leur puissance fut le précurseur de l'union yougoslave actuelle. Après leur disparition (M56), la Basse-Styrie tomba tout entière sous la domination des Habsbourgs. Depuis le xva et jusqu'au xvne siècle elle eut beaucoup à souffrir des luttes entre l'empereur Frédéric III et le roi hongrois Math i as Corvin, ainsi que des invasions turques et des soulèvements de paysans. La tentative faite en vue de libérer la Basse- Styrie, en même temps que la Croatie, de la domination allemande lors de la conspiration de Zrinjski et de Frankopan (1670-1671) échoua, et les chefs du complot durent payer de leur tête cette tentative. Au xvi" siècle un grand nombre de Serbo-Croates fuyant devant les Turcs s'installèrent en Styrie, surtout dans les plaines ào la Mur et de la Drave. Ils prirent la place de la population indigène décimée par la peste et par les guerres.

Lorsqu'au xixe siècle, la conscience nationale se réveilla, le mou-

vement national trouva un écho puissant chez les Slovènes de la Basse-Styrie. L'illyrisrne au milieu du xixe siècle y recruta beaucoup d'adeptes. La Basse-Styrie est la patrie de l'un des meilleurs poètes de l'époque illyrienne, du propagateur de 1 idée de l'union yougoslave, Stanko Vraz.

Cependant, la pression allemande devint de plus en plus violente à partir de Marie-Thérèse et de Joseph II. A l'époque constitutionnelle, cette pression ne cessa pas ; au contraire, le mouvement pangermaniste obtint de nouveaux renforts, notamment l'aide de toute la puissante organisation que constituait alors l'administration de l'Etat autrichien, surtout depuis l'alliance austro-allemande. Les Slovènes de Styrie luttèrent désespérément contre cette terrible force et continrent la poussée pangermanique. Malgré tous les efforts de la propagande pangermanique, au cours de ces cinquante dernières années, la frontière ethnographique ne s'est pas sensiblement déplacée. Pendant la guerre mondiale, le mouvement yougoslave a jeté de profondes racines dans la Basse-Styrie, surtout du côté de la frontière nord et aux environs de Maribor, ainsi que cela est prouvé par des centaines de milliers de signatures en faveur de l'union yougoslave, qui constituent un témoignage incontestable du fait que le sentiment de la conscience nationale est toujours très vivace dans cette région.

Sur la base du principe des nationalités, l'Etat des Serbes, Croates et Slovènes revendique, en ce qui concerne l'ancien duché de Styrie, les sept districts administratifs cités plus haut ainsi que la partie méridionale des districts administratifs de Leibnitz et de Badgona (Radkersbourg) où la population autochtone est encore Slovène. La Styrie Centrale et la Haute-Styrie ont été germanisées à une époque antérieure.

D'une façon générale, la frontière proposée suit la frontière ethnographique, elle ne la dépasse que là où les conditions géographiques et économiques l'exigent absolument, ou bien là où le système de germanisation n'a arraché aux Slovènes quelques localités que pendant ces dernières dizaines d'années. Ces exceptions sont d'ail-

leurs tout à fait insignifiantes. (Pour le détail de la frontière voir le croquis ci-joint.)

a) District administratif de Slovenji Gradée (Windischgraetz).

Depuis la frontière séparant la Styrie et la Carinthie, la nouvelle frontière d'Etat part de la cote Dreieckkogel 1622 le long de la frontière actuelle des districts administratifs de Deutsch-Landsberg (Autriche allemande) et Slov. Gradée (Etat des Serbes, Croates et Slovènes). Elle coïncide avec la ligne de partage des eaux de la Drave

et de la Mur. D'après le recensement de iyi<>, il y avait <lans le district-judiciaire de Marenberg (appartenant au district administratif de Slov. Gradée), dont la plus grande partie se trouve sur la rive gauche de la Drave et longe la frontière linguistique, io.348 Slovènes et /j.72/1 Allemands.

6) District, politique! de Leibnitz.

Dans le district politique de Leibnitz, l'Etat des Serbes, Croates et Slovènes revendique neuf communes, trois villages de la commune d'Oberhaag et la partie méridionale de la commune d'Eichberg, c'est-à-dire la localité de Kranje (Kranach).

Voici les raisons sur lesquelles on se fonde pour réclamer ces localités :

Le recensement ofliciel de 1910, extrêmement défavorable aux Slovènes, accuse dans le district administratif de Leibnitz, 3.5j5 Slovènes dont 3.^69 dans les communes et localités que nous réclamons. D'après ce recensement, ils forment même la majorité dans trois communes : Klanjec (Glantz) 952 Slovènes, 7^9 Allemands ; Kapla (Rappel) 1.196 Slovènes, 23 Allemands ; Gradisce (Schlossberg) 1.198 Slovènes, 1.188 Allemands. La loi électorale autrichienne de 1907, peu favorable aux Slovènes, a étendu la circonscription électorale slovène de Maribor au delà de la frontière de son district politique et lui a rattaché la partie méridionale du district judiciaire d'Arvez (Arnfels), appartenant au district administratif de Leibnitz. Une décision qui ne reconnaîtrait pas à l'Etat des Serbes, Croates et Slovènes le droit d'englober dans son territoire les communes et localités sus-mentionnées, serait donc moins juste que le fameux régime autrichien lui-même.

La carte ethnographique de Kozler parue en 186/i montre encore la frontière linguistique partant du massif de Remsnik vers le nordest, courant entre Arvez (Arnfels) et Lucane (Leutschach) jusqu'à la rivière Gomilica, puis entre Ernoz (Ehrenhausen) et Spilie (Spielfeld) jusqu'à la Mur. Les bourgades d'Arvez et de Lucane sont des centres économiques de la partie sud, c'est-à-dire slovène, du district

judiciaire d'Arvez (Arnfels), et ne peuvent être séparées de leurs environs. Arvez ne comptait en 1910 que 558 Allemands, dont une partie importante constituée par des fonctionnaires et leurs familles, cette localité étant le siège d'un tribunal et d'un bureau de contributions.

Le diarium des Jésuites de Graz publié par l'historien allemand Krones (dans le 24e volume des Beitrâge) dit qu'en 1752, à l'occasion d'une mission, les Jésuites prêchèrent à Arvez (Arnfels) en slovène et en allemand, et à Lucane exclusivement en slovène. Gela prouve qu'à cette époque, la paroisse de Lucane était encore entièrement slovène, celle d'Arvez à moitié (dans sa partie méridionale) . En 1827 le patron de la paroisse d'Arvez, le comte de Schônborn, présenta comme curé d'Arvez un Allemand, mais le consistoire allemand de Graz lui retourna le même jour sa présentation comme nulle, le curé d'Arvez étant tenu de savoir le slovène. Jusqu'au début de la guerre mondiale des prêtres slovènes pouvaient, de temps en temps, prêcher dans leur langue à la population slovène dans l'église d'Arvez. Depuis lors, le curé actuel (allemand) a suspendu les sermons Slovènes sous prétexte de la serbophilie des prêtres slovènes.

La revendication de la partie méridionale du district judiciaire d'Arvez (Arnfels) est donc justifiée aux points de vue ethnographique, historique, géographique et économique.

La bourgade de Lucane compte encore aujourd'hui beaucoup de Slovènes parmi sa population. En réalité, les ouvriers et les domestiques sont tous Slovènes, tandis que les bourgeois, bien que d'origine slovène comme le prouvent leurs noms, se réclament en majorité de la nationalité allemande. Les commerçants et artisans de Lucane, vivant principalement de leurs relations avec les environs slovènes (du sud et de l'est), parlent tous le slovène. En i855, dans l'église de Lucane, les sermons se faisaient encore alternativement en langue slovène et en langue allemande ; plus tard les sermons Slovènes furent limités à chaque deuxième dimanche, aux lundis de Pâques et de la Pentecôte, ainsi qu'à la fête de Saint-Nicolas. Sur la carte de Kozler (i864) Lucane appartient encore au territoire slovène

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