IO
compact. Depuis Lucane jusqu'à la Mur, la nouvelle frontière d'Etat ira le long de la crête s'élevant au nord de la Gomilica.
La paroisse et la commune de Gomilica furent, jusqu'au milieu du xixe siècle en majorité Slovènes. D'après les annuaires diocésains, le curé et le vicaire y étaient slovènes jusqu'à 1890. En i855 encore, lc^ villages de la région de la Gomilica comptaient parmi leur population la moitié ou même les deux tiers de Slovènes. Sous la pression de Graz, la paroisse de Gomilica est devenue allemande, tandis qu'au point de vue ethnographique elle est restée slovène. Même à Ernoz (Ehrenhausen) , les sermons se faisaient encore dans la première moitié du xixe siècle en slovène chaque deuxième dimanche, el aux environs de i865, la moitié des habitants des localités appartenant à la commune d'Ernoz était slovène.
c) District politique de Radgona.
Dans le district politique de Radgona (Radkersbourg) l'Etal des Serbes, Croates et Slovènes revendique toute la région située sur la rive droite de la Mur et quelques communes sur la rive gauche y compris la bourgade Mureck et la ville de Radgona (Radkersbourg).
En voici les raisons :
D'après le recensement de 1910, il y avait dans le district de Radgona 3.288 Slovènes vivant en masse compacte principalement sur la rive droite de la Mur et autour de Radgona sur la rive gauche du même fleuve. Hlubek (vers i85o) reconnaît explicitement que toute la rive droite de la Mur jusqu'à Cmurek (Mureck) est entièrement slovène. Les Allemands que la statistique officielle note dans celte région n'y sont donc que par suite de la propagande et de la violence allemandes.
Géographiquement, la région en question gravite vers le Sud où les agriculteurs possèdent leurs vignobles. La paroisse dWpace ( \bstall) appartenait jusqu'à i852, au point de vue de l'administration ecclésiastique au decanat slovène de Sv. Lenart dans les Slovenske Gorice. Les localités actuellement allemandes entre Çmurek et \pace étaient encore en 1880, et cela d'après le recensement officiel lui-
même, en partie habitées par les Slovènes. En attribuant donc toute la paroisse d'Apace à l'Etat yougoslave on ne ferait que lui restituer ce qui a été arraché an v Slovènes par la force au cours du dernier demi-siècle.
Des raisons importantes de nature ethnographique, historique et économique exigent aussi que la nouvelle frontière d'Etat passe sur la rive gauche de la Mur. De ce côté, on n'incorporera à l'Etat yougoslave qu'un lambeau étroit de territoire, large de 6 à 7 kilomètres, pour englober dans cet Etat H voie ferrée de Ljutomer-Radgona- Spilje (Luttenberg-Radkersburg-Spielfeld). S'il en était autrement, cette ligne serait deux fois coupée par la frontière d'Etat et les habitants de la plaine de la Mur devraient passer à travers un Etat étranger pour se rendre à Marihor, siège des autorités civiles, militaires et ecclésiastiques. Mais des raisons ethnographiques parlent aussi en faveur de l'incorporation de la ville de Radgona et de ses environs immédiats à l'Etat yougoslave.
D'après son origine, Radgona est une localité slovène. Au ix* siècle, elle était le centre de la tribu slovène « Dudlebi ». Le nom de Radgona dérive de celui du notable slovène Radigoy. Plus lard, à l'époque des invasions magyares et turques, Radgona était, en même temps qu'une importante forteresse stratégique, le centre économique et intellectuel de toute la plaine slovène de la Mur jusqu'au Ljutomer. Radgona était le siège de la zupa (officium, Amt) de Muropolje et d'une paroisse très ancienne à laquelle appartenaient toutes les paroisses du district administratif actuel de Ljutomer.
L'histoire du protestantisme de Radgona vers la fin du xvie siècle nous fournit des indications importantes sur les conditions ethnographiques de l'ancienne Radgona. En i5g8, le seigneur de la province envoya à Radgona une commission spéciale pour y examiner les conditions religieuses. On suspendit le juge luthérien de la ville et on mit à sa place un catholique, tous les deux de nom slovène. Le capitaine ducal Paar, qui commandait les forces militaires accompagnant la commission, appelle dédaigneusement les habitants de Radgona « vvindische Khuopf » (des boutons Slovènes).
A l'est et au sud, des villages Slovènes entourent encore aujourd'hui Radgona. La germanisation ne s'y est développée que dans ces derniers temps. A Potrna (Laafeld) tout près de Radgona, à Zetinci (Sicheldorf) , à Dedonjci (Dedenitz), à Gorica (Goritz) et à Zenkovci (Zelting), la statistique autrichienne de 1880 a compté 774 Slovènes et seulement 92 Allemands.
Ces villages dépendent des écoles de Radgona ; aussi les enfants sont forcés de fréquenter des écoles entièrement allemandes. De cette façon, les jeunes gens succombent très vite à la germanisation. Au nord et à l'ouest de Radgona, les villages sont germanisés, mais il y existe encore des restes de la population slovène ainsi que des Slovènes hongrois immigrés et installés définitivement. Ils disparaîtront dans la marée allemande sous l'influence des écoles et de l'administration publique, si l'on ne réussit pas à les sauver. A Radgona, le service religieux se fait encore aujourd'hui chaque dimanche en slovène. Jusqu'aux temps les plus récents, l'instruction religieuse dans l'école de Radgona pouvait se faire également en slovène.
Si l'Etat yougoslave a donc le droit incontestable de revendiquer Radgona et ses environs aux points de vue historique et ethnographique, la situation géographique, ainsi que les voies de communication qui desservent cette ville tendent à la même solution. Radgona serait économiquement ruinée si elle était englobée dans un autre Etat.
Les commerçants et les artisans de Radgona vivent principalement des environs Slovènes. Il n'y a pas d'autre commerce en gros que celui du vin qui est exclusivement un produit des régions Slovènes avoisinantes. En outre la plaine de la Mur, aussi bien la partie située en Styrie que celle située en Hongrie, gravite vers Radgona. Si l'on traçait la frontière exactement d'après la statistique officielle autrichienne, Radgona serait économiquement ruinée ; en outre on approuverait ainsi et consacrerait l'oeuvre demi-séculaire du système de germanisation.