Projets divers. Rhône valaisan. Tessin. — La
Suisse a compris de quelle importance pouvait être, pour son développement) la création de grandes artères navigables.
Mentionnons d'abord le projet de M. G. Autran, qui prévoit la réfection et l'aménagement du canal Stoekalper, du Bouveret à Monthey, sur 16 k. 707 mètres, avec 8 écluses, pour chalands de 200 tonnes, avec halage électrique. Les chalands seraient construits de manière à pouvoir naviguer sur le lac Léman, et descendre le Rhône jusqu'à la mer. Le devis estimatif est, avant la guerre, de 4.500.000 francs; le trafic initial, basé sur le trafic actuel (1918) serait de 45.940 tonnes à la montée, 37.578 à la descente, soit un total de 53.518 tonnes. Il est évident que ce canaU si intéressant qu'il soit, est d'une importance limitée, -pnisqu'il sera loin de desservir tout le Valais, et ne se prolonge même pas jusqu'à Saint-Maurice, Martigny et Sion.
Mentionnons encore le projet de canal, sans lien avec le Rhône ni avec le Rhin, proposé par T Association tessinoise pour le régime des eaux. Ce canal, partant de Bodio, aboutirait au lae Majeur en passant par Bellinzona. Le comité demande que, par entente avec l'Italie, soit décidée la construction d'un canal reliant le lac Majeur au port de Milan, qui doit lui-même être relié au Pô. La voie navigable lac Majeur-Milan intéresse les lignes ferrées 3u Gothard, du Loetschberg, et du Simplon.
76 l'aménagement du rhone
65. Projet de canal du lac Léman au Rhin. Embranchements. — Comprenant l'importance des voies navigables, les Suisses ont fondé plusieurs associations et syndicats, en liaison avec le Gouvernement fédéral, pour préparer et discuter les projets. Le plus important de ces projets, et même le seul qui ait une importance européenne, est celui de l'aménagement de la voie navigable du Rhône au Rhin, par le lac de Neuchâtel, avec quelques embranchements sur l'intérieur de la Suisse. Nous verrons que ce projet tend à mettre la Suisse sous la dépendance économique de T Allemagne*, s'il n'est pas neutralisé par la création d'une voie d'accès comparable au Rhin du côté de la France.
Avant d'examiner avec quelques détails le projet de jonction du Rhône au Rhin par Neuchâtel, nous dirons qu'il est question de compléter cette œuvre par quelques voies navigables de pénétration. Evidemment, l'orographie de la Suisse s'opposera toujours à ce que ce pays crée un véritable réseau de voies navigables, spécialement au sud-est; mais quelques voies utiles peuvent réunir certains centres et certaines régions à la grande voie internationale du Rhône au Rhin. D'abord, le projet comporte un embranchement sur Berne. Ensuite, à Turgi, où la Reuss et le Limmat se joignent à TAar, commenceraient deux voies navigables. La première remonterait la Reuss, deviendrait canal latéral à Bremgarten, puis, au confluent de la Lorze, se bifurquerait. Une branche suivrait la Lbrze jusqu'au nord du lac de Zug, près de cette ville; l'autre, longeant la Reuss aboutirait au lac de Lueerne, au fond de la baie deHorw. Un canal avec écluse joindrait les lacs de Luceme (437 m.) et de Zug (417 m.), entre Kûssnacht et Immensee. La dernière voie navigable remonterait la Limmat, deviendrait canal latéral à Schlieren, et aboutirait au lac de Zurich, un peu au sud de cette ville. En{re le lac de Zurich et celui de Wallenstadt existe déjà le canal de la Linth.
66. Historique et détail du projet Léman-Rhin. — Arrivons au projet de canal du lac Léman au Rhin. Le 8 mai 1915, les trois grandes associations suisses pour la navigation ont constitué, à Bâle, une « Commission centrale de Navigation ». L'association romande pour la navigation intérieure a constitué, le 15 avril 1909, mie commission technique, nommée « Syndicat suisse pour l'étude de la voie navigable du Rhône au Rhin », et présidée par M. Autran, ingénieur. Au 31 décembre 1915, le syndicat avait dépensé 154.000 francs, et
4. Sous toutes réserves, bien entendu, au sujet de l'avenir éCQnomique 46 TAlIemagne.
LE RHONE VOIED ACCÈS A LA SUISSE ET A l'eUROPE CENTRALE 77
avait procédé à des études techniques et économiques très complètes.
Lldée d'établir un canal entre le lac Léman et celui de Neuchâtel, remonte au milieu du xvii® siècle. Une société hollandaise s'était formée dans ce but, et s'était adjoint des personnages de Berne et de Genève. Elle avait à sa tête Elie Gouret, seigneur du Plessis, originaire delà Basse-Bretagne. Commencée en 1640, l'œuvre fut menée à bonne fin et rendit de grands services, surtout pour le transport des vins de la Côte. En i837, le canal fut vendu aux riverains.
En 1852, la concession du chemin de fer Morges- Yverdon lui porta un coup mortel. Le lit du canal est aujourd'hui à peine visible dans la partie supérieure, tandis que la partie inférieure contribue encore au dessèchement des marais. Il avait 18 pieds de largeur en haut, 10 pieds au fond, 8 pieds de profondeur. Il portait des bateaux plats, jaugeant iO à 15 tonnes.
Le projet du nouveau canal d'Entreroches, du lac Léman au lac de Neuchâtel, comporte un bief de partage, de chaque côté duquel le canal descend vers chaque lac. Il est prévu pour des chalands de 600 tonnes, avec mouillage de 2 m. 50 et tirant d'air de 5 m. 50; il sera alimenté par la Venoge, le Nozon et rOrbe. Le plan d'eau du bief de partage est au-dessus du niveau de la mer à 443 m. 75; 5 écluses rachèteront la différence du côté Léman (niveau : 371 m. 71 à 372 m. 31) et deux écluses la rachèteront du côté du lac de Neuchâtel (niveau 427,85 à 430 m. 75, différence à réduire à 1 m. 50 par une régularisation du lac de Neuchâtel entre 428 m. 75 et 430 m. 25). La largeur des écluses serait de 9 m. ; la longueur du canal entre les deux lacs sera de 37 kilomètres.
Après avoir rejoint le lac de Bienne, la voie navigable empruntera l'Aar, de Bienne à Soleure, avec une écluse à Bienne. De Soleure à Olten, il y aura 7 écluses^ et 4 écluses d'Olten k Aarau, enfin 9 écluses d'Aarau à Koblenz, sur le Rhin, entre Bâle et Schaffhouse. La longueur de la '\'oie navigable du lac Léman au Rhin sera de 218 kilomètres.
67. Prévisions économiques pour le canal Léman- Rhin. — L'Association suisse pour la navigation du Rhône au Rhin a publié, en 1904, les résultats de son enquête économique, en recherchant, avec des estimations très prudentes et très modérées quel serait le trafic sur cette voie navigable. Nous extrayons de cette enquête le tableau suivant, qui montre quel aurait été le trafic probable de la voie navigable, si elle avait existé en d914, et, faut-il ajouter, si la guerre n'avait pas éclaté. Il est relatif aux commerces intérieur et extérieur réunis.
l'aménagement du RHONE