‹ La Question du Rhône: Projet d'aménagement du fleuve, navigation, énergieChapitre 86 sur 124 · PÉRIODES · texte numérisé non relu

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Le canal de prise d'eau, partant du barrage, serait creusé dans le rocher, et évacuerait jusqu'à 1250 mètres cubes à la seconde, avec un déversoir de 150 mètres de développement.

L'usine génératrice serait installée en aval du barrage, sur une banquette parallèle au fleuve, rive droite, et pourrait donner une puissance maxima instantanée de 240.000 kilowatts,

1. M. Martel indique comme noyés une partie du village de Coupy, une partie de celui d'Arlod, le village dEssertoux, et, — il insiste sur ce point en regrettant la disparition d'un site pittoresque, — la gorge du Rhône.

190 ÉTUDE TECHNIQUE DBS PROJETS d'aMÉNAGEMENT DU RHONE

OU 324*000 chevaux. Le voltage prévu sei-ait de 120.000 volts.

Le projet prévoit, mais seulement pour réserver remplacement nécessaire, soit un ascenseur à bateaux, du type Aehlhafen-Loehhe, soit un plan incliné à bateaux, avec double sas^chariot, du système déjà décrit, ce qui est approuvé par M. le commandant Le Vallois. Le double bief inférieur du plan incliné à bateaux serait en tunnel sur une longueur de 250 mètres environ. L'article 3 du cahier de charges rédigé par Tadministration n'impose, du reste, pas auti'e chose au concessionnaire que de ménager la possibilité d'établir ultérieurement des ascenseurs à bateaux ou des écluses.

M. Mâhl, pour répondre à une objection relative à la solidité du barrage, a introduit quelques variantes dans le projet. 11 prévoit un barrage cellulaire, dont nous verrons les avantages, ainsi qu'une double écluse-ascenseur à bateaux, encastrée dans le barrage, et dont nous avons déjà parlé.

Tel est. dans ses grandes lignes, ce projet, qui a reçu l'éloge et le blâme; il a été traité de conception grandiose et d'utopie. Nous examinerons ces éloges et ces blâmes, sans avoir à prendre parti. 11 est certain que, s'il est réalisable et s'il se réalise, ce projet fournira une belle solution au triple problème. Source d'énergie colossale, il est de nature, si cette énergie est bien employée, là où il convient de l'employer, à contribuer dans une mesure inappréciable à la prospérité économique de la France. Le problème de la navigation est résolu avec hardiesse. Enfin, pour ce qui est du problème de l'irrigation, ce problème ne se pose guère en une région où l'irrigation est facile à obtenir autrement; cependant, comme nous l'avons indiqué, l'Etat, dans le projet de cahier des charges, a fait à ce sujet des réservée précises et utiles.

139. Projets de barrages distincts à Grésin, Bellegarde et Malpertuis. — Ces projets se présentent avec un caractère moins sensationnel que le projet du grand barrage de Génissiat. C'est, sans doute, une raison pour qu'ils paraissent, à première vue, plus pratiques, parce qu'ils semblent plus facilement réalisables. Nous verrons cependant qu'ils soulèvent de graves objections, notamment au point de vue de la navigation.

La Société française des Forces hydrauliques du Rhône possède, à Bellegarde, une usine qui est autorisée à prélever 60 mètres cubes à la seconde sur le débit du Rhône, et pourrait ainsi utiliser iO.OOO chevaux. Dans le projet de barrage de Génissiat, cette usine serait noyée, et devrait, en conséquence, être expropriée. La Société de Bellegarde a préféré demander^ en 1910, à étendre sa prise d'eau au débit entier du Rhône.

PROJETS d'aMKNAGRMENT DU RIIO.NE. DE GEiSÈVE A LYON 191

D'autre part, te Syndicat français des Forces hydrauliques du Pont de Grésin et de la Boucle du Rhône a demandé à établir au pont de Grésin, à 3 kilomètres en amont de Belle* garde, un barrage formant une chute de 20 mètres de hauteur, donnant 20.000 chevaux aux basses eaux.

Enfin, la Société des Forces hydrauliques de Malperluis, a, elle aussi, demandé à créer à Màlpertuis en aval de Bellegarde, et un peu en amont de Génissiat, une chute de 21 mètres devant donner également 20.000 chevaux.

Une enquête officielle faite au sujet de ces deux derniers projets a été suivie, le 5 mars 1906, d'un avis favorable de la Commission du Ministère des travaux publics.

Ces trois projets sont distincts, et leur réalisation auraitdonné lieu à trois aménagements séparés de chutes, à trois installations fragmentaires propres à recueillir Ténergie hydraulique, ma.is sans intérêt pour la solution du problème de la navigation du Haut-Rhône.

140. Fusionnement des projets de barrages distincts. Projet des deux paliers, Bellegarde et Màlpertuis. — Mais la question s'est simplifiée, et un projet d'ensemble a été présenté. C'est le système des deux paliers, résultant de la fusion des deux demandes en concession présentée. Tun par la Société française des Forces hydrauliques du Rhône, l'autre par la Société des Forces hydrauliques de Màlpertuis.

Il s'agit, comme dans le projet Harlé-Blondel-Mâhl, d'obtenir l'utilisation totale, sauf en temps de crues, de l énergie du Rhône; l'aménagement prévu est complet et bien étudié. Les travaux prévus peuvent être ainsi décrits sommairement : En amont de la Perte du Rhône, un premier barrage relèverait le plan d'eau à la cote 332, soit à la hauteur prévue par le projet Harlé; un lac de 16 kilomètres de longueur s'étendrait jusqu'à la frontière suisse, et la chute obtenue serait de 42 à 47 mètres ^ Une dérivation, prévue pour 400 mètres cubes par seconde, serait utilisée, à Essertoux, par une usine génératrice à élever sur la rive gauche, pouvant produire 142.000 chevaux électriques. Sur la rive droite, près du barrage, une autre usine. alimentée par un second canal de dérivation pouvant débiter 420 mètres cubes, utiliserait une chute de 30 mètres et rendrait l'eau à l'usine actuelle de la Société française des Forcfs

1. Le barrage, selon M. Martel, serait de 37 m. 50 seulement, fondation? comprises. Le barrage de Màlpertuis serait, d'après le même, de 26 mètres. Les divergences proviennent probablement de variantes, que nous ne connaissons pas, dans les projets.

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hydrauliques du Rhône, dont la capacité de production serait approximativement doublée. La puissance de produclioii de ces deux usines, marchant à 420 mètres cubes, serait de 46.000 chevaux électriques, soit, avec celles d'Essertoux 193.000 chevaux électriques. Un deuxième barrage serait établi au Pas de Malpertuis, ou en amont du rétrécissement de Malpertuis, créant une retenue d'eau suffisante pour alimenter une station génératrice équipée pour 77.000 chevaux- électriques. La puissance totale des installations serait donc de 270.000 chevaux, ou 200.000 kilowatts en chiffres ronds. Le débit du Rhône étant évidemment le même que dans le projet Harlé, et les deux chutes étant, au total, sensiblement égales à celle du Génissiat, les deux projets pouvaient, théoriquement, donner des puissances très voisines; la différence provient de Taniénagement des dérivations et de Téquipement des usines.

Le projet, ainsi précisé et simplifié, était très intéressant pour rindustrie, mais il avait un défaut, très grave, qui était, au début, de ne rien proposer d'assuré et de précis pour la navigation.

Aussi, M. Herriot, ministre des travau^t publics en 1917, décida qu'il était impossible de donner un avis favorable à la concession du barrage de Malpertuis à moins que le projet ne fût conçu de manière à assurer la navigation. 11 donna des ordres formels pour obtenir, le 20 mars, une étude précise à ce sujet. Le 20 mars, le projet lui fut apporté, alors qu'il cessait d'être ministre, a Je Tai laissé sur la table, je n'avais plus le droit de le décacheter », dit-il. Cet exemple montre, ceci entre parenthèses, combien il est difficile à un ministre de faire un travail sérieux, quand, d'une heure à l'autre, il peut être dans la nécessité de l'interrompre. Telle est la Constitution, ou plutôt, tel est le résultat de son interprétation parlementaire.

Cependant, quelques indications, relatives à la navigation, avaient été données, dans l'hypothèse de la construction du barrage de Malpertuis, dès 1911, par MM. Boissonas et Planche. Pensant que leurs projets ne pourraient avoir l'approbation des pouvoirs publics s'ils ne tenaient compt^de l'intérêt national de la navigation, ils avaient présenté, avant de conclure, un avant-projet succinct comportant notamment : pour contourner la Boucle du Rhône, un canal de 2 kilomètres, dont 500 mètres en souterrain ; et, pour éviter le Pas de Malpertuis^ un autre canal latéral, avec 300 mètres en souterrain. Pour franchir les dénivellations, ils prévoyaient trois ascenseurs à bateaux. Ce projet demanderait à faire l'objet d'une étude complète. 11 faut remarquer que ce projet, en contournant la Boucle du 7?Ad/i6 placerait le port de Bellegarde à une distance assez considérable de l'agglomération industrielle actuelle, et le placerait sur la rive

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PROJETS d'aménagement DU BHONE. DE GENÈVE A LYON 193

gauche, dans la zone franche douanière, ce qui 4emanderait un examen de cette question de la zone. En outre, telles qu'existeàt actuellement les voies ferrées, le raccordement serait difficile. 141. Projet Armand pour la navigation. — Dans une étude présentée le 12 avril 1917, M. l'Ingénieur en Chef Armand a cherché à résoudre le problème de la navigation avec les deux paliers de Bellegarde et Malpertuisr. Il propose d'établir deux dérivations. Tune sur la rive gauche, au droit du barrage de Bellegarde, Tautre sur la rive droite, au droit du barrage de Malpertuis. En tête de ces dérivations, établies dans le rocher, en partie en souterrain, sont prévues deux écluses, une pour chacune des dérivations. Les travaux prévoient le passage de bateaux de 75 mètres de longueur, 10 mètres de largeur, portant 1.000 tonnes utiles à 1 m. 80 d'enfoncement.

Au barrage de Bellegarde, la dérivation serait longue de 600 mètres environ, y compris un souterrain de 20 mètres, et un bassin de garage de 160 mètres de longueur de 25 à 40 mètres de largeur. Il y aurait un ascenseur de 30 mètres de hauteur, établi au moyen d*un puits de 80 mètres.

En aval, un coude du Rhône nécessite une dérivation en souterrain de 194 mètres de longueur, en courbure de 235 mètres de rayon, et d'une largeur de 25 mètres. La tranche d'eau varierait de 2 m. 50 à 6 m. 50 suivant l'appel fait à la réserve d'eau prévue dans le bief. Le tirant d'air serait de 5 mètres au moins^

Entre les deux barrages, le bief est sinueux et encaissé entre des falaises. M. Armand propose de recouper les falaises pour obtenir, au niveau minimum de la .retenue, une largeur de 30 mètres, une tranche d'eau de 3 mètres, et des courbes d'au moins 250 mètres de rayon.

Un canal de même section, long de 2 kilomètres, contournerait le barrage de Malpertuis, muni, lui aussi, d'une écluse en tête permettant de maintenir le niveau constant dans le canal. Les dimensions des ouvrages permettent le passage des bateaux du même type. Cette partie présente un souterrain de 1020 mètres. Le projet prévoit un second ascenseur de 33 mètres, analogue à l'autre. La dérivation comporte en outre un petit souterrain à voie unique de 20 mètres de longueur. En aval, des recoupements, analogues à ceux qui ont été décrits, sont également prévus.

En raison des sinuosités, et du courant qui sera de m. 60 à m. 80, en hautes eaux navigables, le remorquage est impossible, et sera remplacé par une traction électrique provenant des usines.

Avec le système de la chute unique de Génissiat, M. Armand a proposé, en juin 1919, un canal à écluses propre à remplacer l'ascenseur à bateaux proposé par MM. Blondel, Harlé et Mâhl.

Ce canal, de 13 mètres de largeur, à voie unique, avec garages, comporterait une écluse de 5 m., deux échelles de deax écluses chacune, soit quatre écluses de 16 mètres chacune, et une écluse variable d'un maximum de 3 mètres. Il s'amorcerait dans le canal de prise d'eau de l'usine de Génissiat et comporterait trois biefs de 1 .500 mètres, 1.100 mètres et 120 mètres. Le développement total serait de 3.450 mètres. Une estimation sommaire de l'auteur lui fait évaluer ce travail à 20 millions, prix de 1914, ce qui dépasse le coût de Tascenseur. Mais la majoration d'aprèsguerre augmentera le prix de Fascenseur plus que celui des écluses, et Tentretien serait plus économique.

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