Industriel Swoisien, 13 juillet
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crée pour celles-ci des situations très difficiles d*accès et les expose aux infiltrations d'amont.
« Au contraire, la création d'une usine par dérivation, c'està-dire par détournement du seul volume utile industriellement, conduit à des solutions qui satisfont à la fois toutes les conditions de sécurité et d'accès que doivent présenter les usines de distribution touchant à des intérêts aussi multiples et vitaux que ceux que comportent les grandes distributions d'énergie électrique. Une objection qu'on ne manquera pas de faire au système de la dérivation dans le cas du Rhône, c'est qu'il ne présente pas de réserve pour la surproduction d'énergie au moment des pointes de distribution. Nous répondrons que, très heureusement, le lac Léinan, par sa grande étendue et se» ouvrages régulateurs de débit, constitue le réservoir idéal; réservoir dont l'usage, pour partie, nous appartient de droit par la propriété qu'a la France d'une de ses rives.
« 11 nous suffira de dire que le débit moyen du Rhône accumulé toute une journée ne correspond qu'à un centimètre d'élévation au niveau du lac. On voit donc tout le parti que l'on peut tirer d'une entente avec la Suisse 'pour l'utilisation la plus rationnelle du fleuve. Le lac du Bourget pourrait utilement être utilisé comme réservoir compensateur des écruses journalières, tout en formant le point de départ d'une nouvelle chute qui rejoindrait le Rhône vers Yenne.
(c Enfin, un point très important dans Télude comparative des deux systèmes de réalisation des chutes est celui-ci :
« Avec le système en dérivation, on a la faculté de diviser l'entreprise en chantiers indépendants : *■
(c 1^ Barrage; 2^ Canal de dérivation; 3° Tunnel; 4° Conduite forcée ; 5** Usine. Chacune de ses parties peut ^tre commencée de suite.
(( Au contraire, avec l'usine au pied du barrage, comme elle est prévue dans le projet de Génissiat, tous les travaux sont solidaires les uns des autres et, par conséquent, beaucoup plus difficiles à mener de front sans compter les travaux de détournement provisoire du fleuve très coûteux, nécessaires pour l'exécution de l'énorme maçonnerie du barrage, alors que le barrage de la dérivation ne comporte qu'un seuil et des pilônes de maçonnerie ».
M. Maillet, de son côté, après avoir répété l'objection contre tout barrage tirée de l'insécurité des fondations, et de l'étanchéité douteuse des réservoirs artificiels, ajoute trois autres objections :
1® Il est probable que les réservoirs artificiels seront rapidement comblés par les apports très importants de TArve,
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émissaire torrentiel du massif du Mont-Blanc. Cette objection n'est pas insoluble; des dragages ou des chasses peuvent enlever les apports. Les apports de l'Arve sont, du reste, dilués dans le Rhône qui sort limpide du lac Léman.
2*' Les usines génératrices de Génissiat ou de Bellegarde- ]\Ialpertuis auront un fonctionnement très variable suivant lés heures de la journée, ce qui créera, dans toute la vallée du Rhône, en aval, un flot périodique intense, dangereux pour les riverains, les ouvrages et les usines inférieurs. Cette objection serait importante s'il était certain que les usines génératrices aient véritablement un fonctionnement très irrégulier, avec des a pointes » considérables. 11 est possible de l'éviter. D'autre part, pendant la majeure partie de Tannée, le réservoir de retenue formera plutôt un régulateur. Nous verrons, du reste, que le barrage de Dorches résout la question.
3° Insuffisance des deux projets au point de vue de la navigation et notamment de son accès au lac de Genève. L'accès au lac de Genève est une difficulté indépendante des divers projets. Quant à la navigation, il est certain que, malgré les travaux proposés par M. Armand, elle sera gênée avec le projet des deux barrages, qui la fera circuler au fond des gorges. Avec le barrage unique, au contraire, elle sera facile.
En somme, les vraies objections contre les barrages sont relatives à la solidité des fondations et des barrages mêmes et à l'étanchéité des parois. Seules, des recherches très minutieuses pourront faire savoir si ces objections sont fondées ou non.
Après avoir fait la critique des barrages, M. Maillet indique quels sont les avantages de son projet. Il compte obtenir une puissance électrique constante, ou à faible variation quotidienne, et régularisée durant la période des basses eaux par Futilisation méthodique de la réserve maxima du lac de Genève. 11 organise dans d'excellentes conditions la*navigation du Haut- Rhône et propose, par conséquent, une solution mixte tout-àfait satisfaisante, pour l'industrie comme pour la navigation.
Il supprime tout aléa quant à la solidité et à Tétanchéité des travaux, supprime tout risque d'engravement, ou, du moins, rend facile l'enlèvement des apports.
M. Maillet fait observer avec raison qu'il n'utilise que des procédés déjà connus et appliqués. Les dimensions du tunnel ne sont pas une objection. Un tunnel à large section est aussi facile, peutêtre plus facile à creuser qu'un tunnel étroit, et la force est là, à pied d'œuvre, pour actionner tes perforatrices électriques.
Nous avons exposé le débat, laissons aux ingénieurs et à l'Etat le soin de choisir; qu'ils s'entourent de renseignements précis, et qu'ensuite ils choisissent vite et définitivement !
Section III. — DE SEYSSEL à LYON
152. Etudes des Ponts-et-Chaussées. Projet de canal latéral. — Ici, nous quittons le Rhône torrentiel pour arriver au Rhône navigable ou, du moins, théoriquement navigable.
En avril 1916, la Chambre de commerce française de Genève a demandé qu'une étude technique fût faite à ce sujet. Le coût de cette étude était évalué à 25.000 francs.
Pour cette section du fleuve, nous ne trouvons plus ces graves difficultés techniques qui ont nécessité des eflbrts d'imagination grandioses pour l'aménagement entre le lac Léman et Seyssel, barrages sans exemple en Europe, tunnel comme personne n'en avait jamais vu, travaux que Ton n'eût osé imaginer il y a quelques années. Certaines parties de la section Seyssel-Jonage sont, au contraire, dès à présent, en état de navigabilité, et leur perfectionnement n'offre aucune difficulté.
L'administration des Ponts-et-Chaussées, en ce moment, étudie le projet d'aménagement de cette section du fleuve. Le projet doit comporter un certain nombre de dérivations et de biefs successifs, qui serviraient à la fois au captage de l'énergie et à la navigation. L'avantage est évident : la force hydraulique transformée en énergie électrique pourrait être partiellement vendue et le produit viendrait en déduction de la dépense. Une autre partie servirait à la traction des bateaux, et la redevance à payer fournirait un autre élément de recettes.
Nous avons vu que M. l'ingénieur Grolard estime que le canal latéral, dans toute cette section, est la seule solution pratique. M. le commandant Le Vallois est du même avis. Selon lui, un canal latéral bien compris, étant données les circonstances locales, permettrait des transports certainement plus économiques que la canalisation ou la régularisation du fleuve. M. Le Vallois, après examen attentif du terrain aux environs de Génissiat, estime que l'établissement du grand barrage Harlé- Blondel-Mâhl rend possible, sans difficulté sérieuse, la création, en aval de Génissiat, d'un canal latéral à très long bief, excellent pour la navigation. Ce canal latéral ne paraît pas avoir été jusqu'à présent étudié dans ses détails ; doit-il passer sur la rive droite, ou sur la gauche, ou en partie sur l'une et en partie sur l'autre ?
153. Projet Armand. Dérivations et utilisations partielles du fleuve. — M. Armand a prévu une série de dérivations analogues à celle de Jonage et servant à la fois à la navigation et au captage de la puissance hydraulique. A chaque dérivation sera établi un barrage du Rhône. Dans les sections
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séparant ces barrages, le fleuve lui-même serait utilisé pour la navigation. Les écluses auraient une longueur de 80 mètres, une largeur de i2 mètres et une profondeur de 2 m. 50. Elles pourraient donc recevoir des chalands de ^000 tonnes.
Dans la dernière forme du projet, publiée en juin 1919, les puissances obtenues seraient les suivantes, en eaux moyennes :
1° Dérivation d'Eilloux 16.000 chevaux
2° — Boursin, canal de Savière. 46.900 —
— Chanaz-Peyrieux, usine de
Brens 22.225 —
— Chanaz-Peyrieux, usine de
% Peyrieux 21.000 —
4° — Trémurs-Groslée 26.900 —
50 — Le Sault-Villette-d'Anthon. 38.325 —
Total 171 .350 chevaux
154. Projet Autran. — Régularisation du fleuve par dragage et colmatage. — M. Autran, en avril 1916, a proposé à la Chambre de commerce française de Genève de procéder à un travail beaucoup plus simple et qui pourrait suffire, au moins provisoirement, à assurer une navigation convenable. Ce travail consisterait simplement en une régularisation sommaire au moyen de dragages et de colmatages.
155. Projet Mahl. — Canalisation du fleuve avec barrages. — M. Mahl estime que la canalisation du fleuve luimême est possible, aussi bien entre Génissiat et Lyon qu'entre Lyon et la mer. Cette canalisation serait accompagnée de barrages permettant de capter la force, comme dans le projet Armand. Elle aurait cet avantage que les barrages immobiliseraient une partie importante des crues sur les vastes terrains avoisinant Culoz et Morestel, ce qui mettrait Lyon et les autres villes de Taval à l'abri des inondations. En outre, Texpropriation des terrains nécessaires aux digues serait bien moins coûteuse que celle de terrains où passerait un canal latéral.
Il a estimé que, sur beaucoup de points, les rives se'prêtent assez pratiquement, aux endroits voulus, à rétablissement de retenues de 3 à 5 mètres de hauteur, en s'aidant, au besoin, de faibles digues.
M. Mahl répond aux objections : les barrages et les digues latérales, tels qu'il les conçoit, ne diminuent pas sensiblement la section actuelle de Técoulcment, même en cas de débordement dans la vallée ; les vannes auront leurs seuils plus bas que le lit actuel, afin de compenser en hauteur la diminution de section en largeur.
PROJETS d'aménagement DU RHONE. DE GENÈVE A LYOJS 217
^ Les barrages, placés à Tamont de certains ponts suspendus, les remplaceront avantageusement, précisément en face des localités où le pont, l écluse et un port seraient utiles.
Des usines génératrices sont prévues, notamment à Corbonod, Charbonnières, Pivolet.et Vions.
Nous verrons divers autres détails et examinerons les avantages que M. Mâhl pense retirer de la réalisation de ce projet, en étudiant la section de Lyon à la mer, car il propose d'employei^ le même procédé pour les deux sections * .
En y comprenant le bief franco-suisse de Pougny-Chancy et le grand barrage de Génissiat, ainsi que le canal de Jonage et le bief de la Mulatière, M. Mâhl compte 14 biefs. Dans une variante de juin 1918, il réduit ce nombre à 8, dont voici les caractéristiques : (Voir tableau p. 218).
156. Barrage de Dorches. — Son utilité. — Le barrage de Dorches, à 7 kilomètres en aval de Génissiat, comprenant un pertuis de flottage de 8 mètres au moins de largeur, est imposé par le cahier des charges du barrage de Génissiat. Ce barrage de Dorches est destiné à former un bassin de retenue suffisant pour compenser, en ouvrant les vannes, la retenue qui serait effectuée à Génissiat pour les besoins de l'usine génératrice. L'article 17 du cahier des charges impose une manœuvre des vannes de Dorches propre à assurer, en aval, un débit égal à celui qui existerait si les deux barrages n'existaient pas. Ainsi se trouverait solutionnée l'objection du « flot périodique » signalée par M. Maillet. Cette précaution était indispensable, comme le dit M. Coignet, président de la Chambre de commerce de Lyon, dans son rapport du 13 octobre 1910 :
« La commission technique, nommée par la ville de Paris, et présidée par M. Maurice Lévy, constate que, si le concessionnaire utilise le réservoir constitué par le barrage de Génissiat, de façon à augmenter le débit au nioment de la plus forte consommation,, à ce qu'on appelle le moment des pointes, par exemple en réglant le débit à raison de 12 heures à 60 mètres cubes, 8 heures, à 120 mètres cubes, et 4 heures, à 300 mètres cubes, il se produirait chaque foi$, à Seyssel, un flot d'une amplitude de 1 m. 60. Ce flot aurait encore m. 88 à l'écluse de la Mulatière, et m. 60 au Pont-Saint-Esprit, moins une diminution due à l'étalement du flot et qu'on ne peut calculer d'avance.
« Une telle variation dans le niveau journalier du Rhône était inadmissible, et nous ne pouvons qu'approuver la construction de ce barrage compensateur ».