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Chiffres produits par M. Mâhl

2. Voici quelques exemples de ruptures de barrage, sans remonter à la catastrophe de Bouzey (Vosges) : à Huelva, en Espagne, rupture d'une digue le 43 janvier 1911, due, croit-on, à une source qui mina la base; 11 morts; à Hausertake, rupture d'une digue sur le Haut-Missouri, due à des affouillements imprévus, la partie centrale reposant sur des graviers; le 30 septembre 1911, chute du barrage d'Austin, en Pensylvanie, 150 à 300 morts, 30 millions de dégâts, causée par des infiltrations sous pression.

Ces exemples, cités par M. Martel, démontrent qu'il faut être attentif et prudent. ïls ne démontrent pas l'impossibilité de construire de grands barrages puisqu'il en existe un grand nombre qui résistent parfaitement.

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inondation très dangereuse et, d'autre part, si des fuites laissent échapper Feau sans remède possible, c'est un inunense sacrifice financier perdu, au moins en grande partie. Nous avons déjà vu, par anticipation, la réponse faite par la souscommission à cette objection. Voyons maintenant comment l'objection a été formulée. D'abord, M. Harlé a paru poser lui-même l'objection : pendant que M. Herriot était au ministère, la Société de Génissiat lui écrivit qu'elle acceptait de faire le barrage, à condition que l'Etat prendrait à sa charge et sous sa responsabilité les fondations. Une semblable proposition ne pouvait manquer d'être interprétée en ce sens que son auteur, effrayé, déclinait toute responsabilité. Mais M. Harlé n'a-t-il pas simplement voulu rassurer l'opinion par la garantie de l'Ëtat. Si tel était son but, il faut avouer qu'il a employé le meilleur moyen pour ne pas l'atteindre.

C'est M. Martel qui parait avoir, le premier, soulevé l'objection. Il estimait, qu'à Génissiat, le barrage ne pourrait être solidement établi, et que le lit du Rhône, en cet endroit, surtout après la surélévation due au barrage, devait présenter des cavités, des anfractuosités, des fentes et des fuites enlevant la plus grande part de son utilité à la retenue d'eau. La commission de cinq géologues mentionnée dans le rapport de la sous-commission cité plus haut, dans son rapport du 26 mars 19i7, tout en faisant des réserves au sujet des parois, a paru admettre Tétanchéité en présence des faits observés au barrage de la Bourne, établi, lui aussi, dans le calcaire urgonien. La méthode de la cimentation est, du reste, proposée comme garantie contre les fuites possibles. MM. Lugeon*, Killian et Zurcher, antérieurement, avaient admis l'étanchéité des terrains de Génissiat. M. Delafond, directeur de l'Ecole des Mines, a émis le même avis, quoiqu'en termes moins afi&rmatifs. M. Martel persiste énergiquement dans son opinion, et exige, non pas seulement des sondages, mais l'établissement d'un profil en travers continu, sans aucun intervalle. Pour la construction du barrage, et en tenant compte de ce que les sables ne s'agglomèrent pas pour former un poudingue, il exige que tous les sables soient retirés des moindres anfractuosités, et cela sous une épaisseur de matériaux de remplissage atteignant 27 m. 60, ce qui lui parait quasi-impossible.

Pour résoudre la question de la solidité, M. Mâhl a proposé, en 4918, de construire un barrage cellulaire, plaquant contre le

i. En mai i9H, M. Lugeon a fait forer deux puits riverains du Rhôue, ils ont prouvé selon lui « qu'on ne peut rêver roche meilleure pour l'assiette et les appuis d'un barrage ». En outre, douze sondages pratiqués pour le canal de fuite ont rencontré partout la roche en place.

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mur de barrage une série de voûtes et de planchers formant une série de piles solidarisées entre elles et avec les flancs de la gorge. 11 estime que les gages de sécurité sont plus que décuplés avec ce mode de barrage dans lequel, nous Tavons vu, il encastre ses écluses ou ascenseurs à bateaux. Les vastes locaux formés par les cellules ainsi obtenues pourraient recevoir des transformateurs ou diverses installations industrielles. La surveillance de Touvrage serait facilitée par laccès commode des cellules. Enfin, ce barrage, aflirme l'auteur, ne courrait jamais le risque d'un entraînement total.

Quant à la solution Bellegarde-Malpertuis, avec double barrage, à laquelle M. Herriot s'était rallié en juin 1917, elle présente l'avçintage d'être plus simple, parce que morcelée, d'une construction plus facile, probablement moins coûteuse, et permettant de capter autant de force qu'avec la solution du barrage unique de Génissiat.

En 1914, la Chambre de commerce de Bourg avait donné, pour cette solution, un avis favorable, en raison des assurances que donnaient des techniciens sur la âécufité qu'elle présentait, et en raison aussi des facilités qli'elle réservait à la navigation, lorsque Taménagement à l'aval réclamerait un raccordement avec l'amont et le lac Léman. N'oublions pas que M. Herriot, lui aussi, avait donné un avis favorable sous cette condition que la navigation serait assurée.

Nous avons vu que le projet Boissonnas et Planche et le projet Armand prévoient l'aménagement de la navigation avec les deux barrages de Bellegarde et de Malpertuis. Mais les objections subsistent. Le barrage de Malpertuis retiendra l'eau à la cote 289 m. 50, seulement donc à 42 m. 50 en contrebas de la retenue prévue par le grand barrage de Génissiat, de telle sorte que la navigation devra, à moins d'ouvrages coûteux, suivre les sinuosités au fond de la gorge.

En outre, les géologues discutent, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'il n'existe pas d'appareil permettant de voir l'intérieur de la terre. Des craintes ont été manifestées au sujet de la porosité des roches de Bellegarde, comme au sujet de celles de Génissiat.

Résumons encore très sommairement quelques arguments de M. Martel contre le barrage de Génissiat et en faveur du double barrage. D'abord, tout barrage et surtout le barrage projeté à Génissiat amènera, par un phénomène connu, un dépôt d'alluvions à l'origine du lac créé par le barrage. Ce dépôt tend peu à peu à reconstituer la pente primitive à un niveau plus élevé, et par suite à inonder les terrains environnants. Pour éviter ce résultat, il faudra des dragages coûteux avec transport difficile des matériaux dragués, ou des vannes de chasse de dimensions

très grandes. En outre, il a dû se produire à Génissiat un colmatage du lit du fleuve Tensevelissant sous une couche énorme de cailloux, ce qui exigerait des fondations trps profondes.

M. Martel craint aussi TefTet d'afTouillement provenant des sources dont il a constaté Texistence, et la corrosion chimique des roches qui encastreront les fondations du barrage, ce qui finirait par le déchausser. Cette corrosion peut provenir des eaux du Rhône ou de celles des sources. M. Lugeon considère cette opinion comme « une hérésie facile à combattre ».

Dans un autre ordre d'idées, M. Martel considère comme avantageuse la création de plusieurs usines au lieu d'une seule. La dépense, le placement de la force, peuvent être échelonnés sur une période plus ou moins longue, et pour les réparations, les modifications, les mille accidents qui affectent les usines, l'aménagement de plusieurs usines au lieu d'une seule facilite la solution.

M. Martel insiste beaucoup sur la perte irréparable de la gorge du Rhône qui serait entièrement noyée avec le barrage unique, tandis que le double barrage permettrait au contraire, la visite facile d'un canon très remarquable. Cet argument doit être pris en très sérieuse considération.

Disons enfin que M. Martel s'est livré à une importante et intéressante discussion, dans le détail de laquelle nous ne pouvons entrer, pour démontrer, contrairement à l'avis de M. Lugeon, que les barrages de Bellegarde et de Malpertuis (celui de Grésin est abandonné) sont exécutables et, qu'en plaçant les barrages en certains points déterminés, ils offriraient de grandes facilités de travail et toutes les garanties désirables.

150. Arbitrage Zurcher. Sondages.— Le «projet de double barrage paraissait l'emporter, quand, le 1«^ septembre 1917, M. Louis Dausset, ancien président du conseil municipal de Paris, a donné à entendre que la ville de Paris reprenait le projet du barrage de Génissiat.

La lutte des deux projets a, du reste, été courtoise ; elle est même terminée, sinon entre les deux projets, qui restent toujours en présence, chacun conservant ses partisans et ses adversaires, du moins entre les deux sociétés. En effet ces deux sociétés ont envisagé leurfusionnement, en laissant à l'administration le soin de décider quel est celui des deux plans qu'il conviendrait d'adopter.

L'avis de M. l'ingénieur^urcher a été demandé; nous n'avons pas le texte intégral de son rapport, mais M. Georges Lalou, président de la sous-commission de la ville de Paris, favorable, comme nous l'avons vu, au projet de Génissiat, en a cité les con-

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clusions à la réunion de la commission interdépartementale du 12 janvier 1918; le rapport se termine ainsi : C'est donc sur les bases.de Favant-projet de construction d'un barrage au site de Génissiat, qui nous a été soumis, que les études définitives devraient avoir lieu. »

Les conclusions du rapport, citées aussi par M. Lalou, sont celles-ci :

c( Ainsi qu'on le voit, aucun motif tiré des considérations géologiques ou des raisons de construction ne s'oppose à l'adoption de la solution du grand barrage de Génissiat, solution, d'autre part, nettement préférable au point de vue technique,

« L'établissement d'un grand barrage à Malpertuis créerait une retenue d'étanchéité douteuse, et si la construction de ce barrage ne soulève pas de difficulté, les dispositions techniques des projets sont défectueuses, notamment au point de vue à& l'emplacement de l'usine, des ouvrages d'écoulement des crues et des dispositions à réaliser en vue de la navigation. Un barrage de moindre hauteur soulèverait les mêmes objections, bien que, cependant, les canaux des sources de Malpertuis soient alors hors de cause puisqu'ils seraient à un niveau supérieur à celui de la retenue.

« Enfin, si l'on voulait construire un barrage au site de Bellegarde, il faudrait prendre des précautions spéciales à cause de la nature du terrain des parois, et procéder par parties sur des chantiers exposés à de grands dangers au cas d'une crue hors saison ou exceptionnelle du Rhône.

« Nous concluons donc que le projet de construction d'un barrage au site de Génissiat présente, dans la mesure permise par les prévisions humaines, au point de vue de l'étanchéité de la retenue, de la solidité des parois et des fondations, toutes les garanties désirables ; sa conception technique est, d'autre part, très heureuse à l'égard de l'u^tilisation de l'énergie du Haut-Rhône et de la mise en état de navigabilité de cette partie du grand fleuve. »

Malgré cet avis, et selon les termes du rapport de M. Bernier, président de la Chambre de commerce de Bourg, en date du 13 décembre 1916, l'administration et les intéressés en seraient venus à l'utilisation de la chute en deux paliers et auraient été amenés à concevoir, dans des délais assez rapprochés, le commencement de l'aménagement de la chute inférieure, et la construction du barrage de Malpertuis, puis, plus tard, la réalisation de la seconde partie du programme.

Le débat entre la chute unique et la double chute n'est

* pas clos. Le Ministre des Travaux publics a ordonné des

sondages à la fois à Malpertuis et à Génissiat. Les travaux

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doivent être faits aux Trais de TEtat. Les sondages sont en coars. D'éminents géologues et ingénieurs procèdent à ces travaux. En septembre 1918, Tinstallation des chantiers de sondage à Maipertuis était terminée et les travaux de perforation allaient commencer; à Génissiat, Tinstallation des chantiers était poussée avec activité. Les sondages ont pour but de vérifier la solidité du rocher sur lequel reposeraient les fondations des barrages et de rechercher les infiltrations d'eau.

15i. Objections contre tout barrage. Avantages allégués par les partisans du canal dérivé. — Maintenant que les projets de barrage ont fusionné, ils se trouvent en présence d*un adversaire commun qui n'admet aucun barrage ; c'est le projet Maillet ou tout autre projet de dérivation, en général.

Les objections à tout système de barrage sont formulées par M. l'ingénieur Crolard, député de la Haute-Savoie, en termes trop précis pour que nous ne les citions pas *. « Dans le projet Blondel, à barrage unique, on a fait valoir l'importance de la retenue de 22 kilomètres de longueur créée, au point de vue de réserve journalière. Mais encore faut-il tenir compte des apports considérables de gravier qui réduiront rapidement le cube disponible pour les aflfamements envisagés.

a Evidemment, la solution du barrage réservoir est très séduisante. Elle a donné lieu à des applications très avantageuses, mais, en l'espèce, il s'agit, pour le cas du Rhône, non plus de barrer un cours d'eau dans une vallée qu'on pourrait appeler morte comme pour le cas de la Sioule ou du Cher, mais, au contraire, d'arrêter un fleuve puissant comme le Rhône dans un pertuis éminemment actif dont on constate du reste le travail intérieur d'année en année, par des érosions en largeur et en profondeur.

« Le travail de l'eau inutilisée (et il y en aura obligatoirement un volume considérable) se portera sur des ouvrages artificiels, comme la série de gradins prévus à la suite des vannes de décharges de Génissiat ou sur la paroi même des barrages de Malprertuis et de Bellegarde. De là des corrosions certaines par suite des graviers apportés par les crues puissantes de TArve.

« De plus, on est, par le fait des retenues élevées créées, en présence de la difficulté si discutée des infiltrations souterraines et du danger de rupture en cas de crues exceptionnelles.

. a Enfin, l'emplacement obligé des usines près du barrage

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