I. Monnaie de zinc usitée dans le pays
du bâton. Cette mesure, honteuse pour l'humanité, violait l'article 17 du traité politique et l'article 24 du traité de commerce ; de plus, elle pouvait nous créer de graves difficultés avec les nations européennes. Notre chargé d'affaires déclara au premier ministre que nous nous opposerions à l'exécution du décret s'il tentait d'en faire l'application à un Européen, et que, s'il passait outre, nous bloquerions les ports du royaume, de manière à empêcher les arrivages de riz dont il ne peut se passer. À ce moment, le gouvernement français était parfaitement décidé à rappeler son représentant en cas de résistance ; il fallut envoyer un aviso, Y Antilope, dans les eaux de Hué pour obtenir satisfaction et faire rapporter le décret (27 juillet 1880). M. Rheinart écrivait alors : « Ce n'est point à la légère, par inadvertance, comme il lui convient de le dire, que le gouvernement annamite a violé les traités; il a agi en parfaite
connaissance de cause ; instruit par la presse des hésitations du Parlement, considérant notre patience comme une preuve de faiblesse, il a cru le moment venu de s'affranchir. » La présence de la mission espagnole, dont les membres s'étaient laissé entraîner à de fâcheuses intempérances de langage, l'avait encouragé dans cette voie et il espérait trouver dans l'Espagne un appui contre la France. Notre refus de recevoir une ambassade annamite à Paris et surtout l'ajournement indéfini du voyage des envoyés siamois, auxquels on avait préparé une magnifique réception, l'avaient vivement blessé : il perdit tout sang-froid et se découvrit trop tôt. Ce ne furent pas là nos seules difficultés avec l'Annàm, tant s'en faut. Ainsi, à la fin de 1876, M. de Kergaradec, alors consul à Hanoï, envoyé en mission au Yun-nan, fut insulté à Hung-Hoâ, sur le fleuve Rouge, un jour de fête, en présence des fonctionnaires annamites qui se rendirent complices
de ces menaces par leur inaction; ce méfait resta impuni.
A. la fin de 1880, le gouvernement refusa à un armateur d'Haï-phong l'autorisation d'embarquer à bord d'un de ses bateaux une certaine quantité de monnaies du pays; c'était encore une violation flagrante des traités : il ne s'exécuta que sur la menace de voir retrancher du produit des douanes la valeur de ces monnaies.
En juin 1881, huit villages chrétiens de la province de Thânh-Hoâ furent pillés et incendiés par des sauvages; les mandarins fermèrent les yeux.
Il y a environ un an et demi, un Annamite, le sieur Loi, sujet français, engagé dans des opérations financières à Quinhon, fut assailli par une bande d'individus obéissant, comme cela a été prouvé, aux suggestions des mandarins ; il fut incarcéré et on essaya de le faire disparaître, afin de supprimer tout prétexte de récla-
mation au sujet d'une somme importante qui lui avait été indûment confisquée. Il fallut menacer de nouveau les ministres pour obtenir la restitution de cette somme et l'allocation d'une indemnité à Loi*.
Tout récemment encore, un nouveau conflit s'est produit par suite de l'arrestation et de la séquestration arbitraire d'un employé de la légation. Enfin, en janvier 1882, notre consul de Haï-phong, M. de Champeaux, et M. Fuchs, ingénieur des mines, chargé d'une mission d'exploration scientifique au Tonkin, ont été arrêtés à Mong-Caï, par un chef de bandits chinois, Luu-Vinh-Phuoc, qui y était installé depuis un mois avec deux cents de ses hommes, faisant la loi, au mépris des autorités légitimes, et menaçant de mort tout Européen qui tenterait d'entrer dans le pays. Le préfet n'était plus le maître chez lui, et nos voyageurs, quoique munis de passeports, durent rebrousser chemin.
Nous avons porté auprès de la cour de
Hué une plainte qui est demeurée sans résultat.
Cet incident nous amène à fournir quelques explications sur les hordes de bandits, lie de la Chine et de l'Annam, qui, depuis de longues années, infestent les frontières et les provinces septentrionales du Tonkin, et que l'article 28 du traité de commerce nous oblige à détruire. Ces « pirates de terre » rivalisent d'atrocités, pillent, brûlent, assassinent et répandent partout l'épouvante; les populations, démoralisées, ne songent même pas à se défendre. Il y a bientôt trois ans, M. Edmond Plauchut a parlé de ces bandes dans la Revue des Deux-Mondes*. Il y en avait alors deux principales : les Drapeaux-Noirs et les Drapeaux -Jaunes2. Il est intéressant de connaître exactement les modifications survenues depuis lors