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LES ANNEXES AU RAPPORT

La commission d'enquête parlementaire avait adressé des questionnaires aux préfets, aux chambres de commerce, aux chambres consultatives d'arts et manufactures, aux conseils de prud'hommes et aux comices agricoles. Le rapport sur les réponses faites à ces questionnaires a été confié à un secrétaire, pris en dehors de la commission, M. Louis Favre, avocat.

D'après le dépouillement que ce secrétaire a fait des réponses, elles signaleraient, en grande majo^

rite, la situation satisfaisante des ouvriers. Cependant, si Ton descend dans les détails, on voit que pour trente départements cités, la progression des salaires n'a marché que parallèlement à celle du prix des objets nécessaires à la vie ; que dans huit la progression des salaires n'a pas égalé celle du prix des denrées, notamment en Tarn-et-Garonne (chambre consultative de Montauban); qu'enfin c'est dans six départements seulement que l'élévation des salaires a dépassé le renchérissement des vivres.

Malgré sa bonne envie, assez manifeste, de ne le pas céder en optimisme à l'honorable M. Ducarre, le sous-rapporteur M. L. Fabre, a dû consigner, cependant la remarque suivante, à titre de résumé général :

« En somme, on peut établir, d'après les répon- B6d EUS questions, que les rapportft entrt ouvrierB et patrons n'existent en aucun lieu, dans audune Industrie, è Vétat tfhë'-BaUêfaièanU

€ Dans les provinees ou les industries le« plus favorisées^ dans celles où l'harmonie parait i^égiuir, où jamais il n'y a eu ni grève ni lutte, ou ooufttitte cependant un sentiment de défiance, presque la* connu il y a trente ans, qui s'accentue chaque jour davantage, et dont on est fondé à dire quf ei les luttes^ les gîères sont le plue eouvent ioêol^g^

l'edpfit d'antagofiiiânle semble, en quelque sorte, passé daûs lés xnœurg.

< Oûmment remédiéif à e^t état de ehoses, qui pôUt deveûlr, à une heure prochaine, la cause d'une g¥ave j^ertupbation sociale?

c Gomment ari^ét^ cet esprit d'antagonisme?

Covainent concilier les intérêts des ouvriers et des patrons? >

11 n'y a pour delà qu'un moyen, c'est dé les ABSocifiB. Nous répétons toujours la même chose, car il n'y a pas quatre chemins pour aller au but } un seul y conduit.

Quoi qu'il en soit, remarquons bien le passage qui vient d'être cité ; il est le plus véridique, le plus sincère et le plus conforme à la réalité, de tout le contenu des rapports de là commission d'enquête parlementaire sur les conditions du travail en France :

€ Les rapports entre ouvriers et patrons n'existent en aucun lieu, dans aucune industrie, à l'état très-satisfaisant.

t L'esprit d'antagonisme semble passé dans les hiœurs. »

Et c'est en présence d'une pareille disposition ées esprits, constatée par la commissioil elle-même d'après Tensemble des réponses aux questionnaire!?, que son rapporteur, M. le député Du-

carre, a eu l'aplomb de conclure qu'il n'y avait absolument rien à faire et que le régime actuel de rindustrie ne laisse quoi que ce soit à désirer! •. — C'est sous rinflueùcé de ce régime cependant que s'est développé « le sentiment de défiance et l'antagonisme qui s'accentue chaque jour davantage . »

Comment ne pas voir que les mêmes causes qu i ont amené ce résultat continuant toujours d'agir, l'eflfet lui-même ne saurait manquer de persister çtmême d'aller s'accroissant, ainsi que cela s'observe depuis trente années, de l'aveu du sousrapporteur M. L. Fabre.

Où nous conduit inévitablement cette funeste division, cette scission déplorable entre les deux agents de la fonction industrielle ?

A l'appauvrissement dé tous deux, à une aggravation de misère pour les ouvriers, à la ruine de beaucoup de patrons, et ultérieurement peut-être, à une guerre sociale, la dernière des Ibalamités, le prélude et le signal certain dune rechute en barbarie.

Dans l'intérêt de tous et pour prévenir des maux incalculables, il est urgent, sans d'ailleurs porter atteinte à la liberté et à la responsabilité individuelles, de changer quelque chose à un régime de l'industrie qui met partout les salariés en hostilité avec les patrons et les capitalistes. Cela de-

TÎent urgent, surtout depuis que le suffrage universel ^ conféré aux masses le droit d'intervenir activement dans la politique.

Les ouvriers ne paraissent guère avoir été admis par la commission d'enquête à présenter leurs griefs. Toutefois, M. L. Fabre mentionne un mémoire envoyé par les ouvriers de la construction de la ville de Nantes. Ce mémoire, dit-il, renferme des idées peu applicables. Mais il en cite le pas^ sage suivant :

t Les patrons et les ouvriers sont mécontents les uns des autres, et ils en ont réellement lieu, car si d'un côté les patrons, exclusivement préoccupés des responsabilités qui pèsent sur eux, ne songent qu'à résister aux réclamations des ouvriers, ceux-ci à leur tour, découragés de leur position précaire, négligent de s'instruire et restent IndiflKrents au succès de l'entreprise. »

€ Ce mémoire, nous devons le dire, a été rédigé avec une conviction sincère, et il est impossible de méconnaître le désir qu'éprouvent les signataires de voir s'aplanir les désaccords, les malentendus entre ouvriers et patrons. » (P. 250 du Rapport de la commission.)

Ici du moins l'on rend justice au bon vouloir des ouvriers, à leurs dispositions conciliantes, à leurs sentiments d'équité.

Mais au bout de tout cela, que propose l'organe delà commission parlementaire! Bien à peu près, il faut bien le dire ; écoutez plutôt :

« Bll n'estpas en votre pouvoir, Messieurs, d'appliquer le remède sur la blessure, vous trouvez du moins dans votre enquête les moyens de bien définir le mal, de préconiser les mesures (juî peuvent lui apporter soulagement et peut-être ^érison.

« Une des plus efficaces, — les document? que vous possédez en témoignent, — consiste h rattacber le travailleur au sol. Partout, en effet, où le travail des champs peut s'ailler à l'Industrie, Touvricr y trouve un utile emploi de ses loisirs. Possesseur d'un petit toit, il devient écoûome pour joindre un enclos, un coin de terre à sa demeure. L'économie amène le bien-être, le bien-être la too* ralité; car l'immoralité, il faut bien le dire, est souvent fille delà misère. > (P. 258.) .

Si encore on indiquait quelque disposition per* mettant d*ubir un peu largement le travail agricole à celui de la fabrique? Mais point : il ne s'agît, dans la pensée du rapporteur, que de l'emploi des loisirs de Tatelier à quelques broutilles de culture ou plutôt d'horticulture.

Nous concevons, nous, une alliance mieux équilibrée, un partage moins îûégàl entre les deux

genrea de travaux, dont l'un, celui des champ», eôt plus hygiénique, est plus salutaire que Tauti^ à la santé du corps et de Tâme elle-même.

C*est aussi en faisant une meilleure part à l'a- ^culture, dans les entreprises industrielles, qu'on aura plus de chances d'échapper aux chômages. Or, « le chômage, dit le rapporteur, voilà. Messieurs, la principale causé du mal.

« Sur tel point où l'industrie est sujette aux chômages, grèves, antagonisme, conflits, imprévoyance, misère; — à vingt kilomètres plus loin, une autre industrie inscrit-elle : c Jamais de chômages, > on rencontre cette mention : « Ouvriers € économes, pas de grèves, bonne harmonie avec € les patrons, »

Mais le chômage, ce fléau de l'industrie civilisée, à qui faut-il l'imputer? Ce n^est point à coup sûr aux ouvriers, dont il vient dévorer le peu d'économies qu'ils ont pu faire, à qui il vient enlever leur pain du jour.

La raison des chômages, où se rencontre-t-elle? Dans cet état d*incohérence de Tindustrle que M. Ducarrenous vante comme le necplns ultra àe la perfection.

Oitons ejicore un témoignage qui figure au rapport :

Un manufacturier de Pîsèrè, M. Périg^aud, de

Bourgoin, dit : < Les habitudes de prévoyances existent toujours chez rhomme dont le travail est régulier et à l'abri du chômage. En intéressant Touvrier, j'ai obtenu les meilleurs résultats. Il faut relever l'ouvrier, non le traiter en machine. Il faut l'intéresser au succès de l'entreprise où il est occupé. >

En d'autres termes, il faut admettre l'ouvrier à participer aux bénéfices. C'est ce qu'a pratiqué avec succès, dans son établissement feu M. Le^ claire, à Paris, et ce qui est continué non moins heureusement par son successeur, M. Desfour-naux.

Il conviendrait d'encourager les patrons à suivre de plus en plus cet exemple. La participation, c'est le premier degré de l'association.

Mais, dit le Rapport, « existe-t-il une loi qui interdise les associations d'ouvriers? »

Ce n'est pas assez que cette absence de prohibition directe de la loi. Les ouvriers, privés de l'élément essentiel, le capital, ne peuvent rien, . tout seuls et abandonnés à eux-mêmes. Il faut que les patrons et les capitalistes prennent l'initiative des associations, il faut qu'ils y admettent les ouvriers comme participants et cosociétaires, en imposant, bien entendu, dans les premiers temps, certaines conditions d'admissibilité, afin de

n'être pas dupes eux-mêmes de l'évolution libératrice et conciliatrice qu'il s'agît d'accomplir et qui échouerait certainement, si les patrons et les capitalistes n'y trouvaient leur avantage comme les ouvriers. Ceux-ci seraient donc associés graduellement, suivant les preuves de capacité et de bonne conduite qu'ils auraient fournies.

Telle est la marche prudente qu'il y aurait à suivre et qui ferait tomber bientôt de part et d'autre les préventions, les défiances, l'antagonisme- Il dépend de la classe riche, et d'elle seule, de conjurer les orages qu'elle a sujet de redouter, tant que les choses de l'industrie restent sur le pied où elles sont. Qu'elle se garde bien de s'endormir dans la fausse quiétude que cherchent à lui inspirer les voix officielles, qui ne dénoncent le péril social que pour obtenir de nouveaux moyens de police à lui opposer, c'est-à-dire des moyens qui vont le plus souvent contre le but et qui ne sauraient avoir d'ailleurs qu'une efficacité temporaire.

CONOLUSION.

Parmi les plans d'organisation nouvelle qui se âônt produits jusqu'à ce jour, un seul se présente avec ce caractère de respecter tous les droits acquis, en même temps que de reconnaître et de satisfaire les droits jusqu'à présent niés ou omis, parce que l'état d'incohérence industrielle ne donnait pas la possibilité de leur faire place et justice. Ce même plan, pour sa mise en pratique, impose l'obligation de procéder par une épreuve Jocale, mode exempt de tout danger par conséquei^t pour la grande communauté nationale,. appelée seulement, d'après le résultat, à bénéficier de l'innovation en l'appliquant de proche en proche, ni elle réaUse les avantages entrevus, ou bien à la rejeter, si elle ne les réalise pas. Ai-je besoin de dire que

j*ai ici en vue la théorie sociétaire de Ch. Fourier? Elle seule, en effet, remplit toutes les conditions qui viennent d'être indiquées.

A vous, hommes de bon désir, comme il en est encore beaucoup danâ lejl claaaes riches et dirigeantes, à vous de vous enquérir sérieusement sur ce qui est à faire et de vous mettre ensuite à Tceuvre, si une étude approfondie et sans prévention du plan proposé vous donne la conviction qull n'est pas impraticable et qu'il n'entraîne^ en tout cas, aucun risque pour vos fortunes et pour les avantages réels dont vous avez la possession, possession aujourd'hui inquiète et troublée par des reveûdicationô menaçantes. Ne se rencontrera-t-il donc parmi vous, privilégiés de l'état actuel, ne se rencontrera-t-il pas des cœurs tQurmentés du besoin de l'harmonie sociale et des intelligences ouvertes à la notion des moyens de l'établir au sein de l'humanité terrestre, sur la double base de la justice et de la solidarité?

^ÊikdimuÊtimgjÊBA

Une discussion approfondie du Rapport de M; Ducarire, au double point de vue principalement de la législation et de réconomie politique elle-même, a été publiée dans le Bulletin du mouvement social et dans le Journal des économistes^ par M. Charles Limousin. Ce travail a pour titre : la Liberté individuelle et la liberté collective à "pro-^ pos de la condition iés ouvriers en France,

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