‹ La question du vase de sangChapitre 39 sur 101 · TEXTE INÉDIT D'ACTES DE MARTYRES · texte numérisé non relu

TEXTE INÉDIT D'ACTES DE MARTYRES

DU IIP SIÈCLE

Eusèbe, au chapitre xv du qualrième livre de son Hisloire ecclésiastique, après avoir raconté le martyre de Polycarpe à Smyrnc, et mentionné à la suite les martyres de Métrodore, prêtre de la secte de MarcioD^ et de Pionius dans la même ville et à la même époque, écrit: a On a encore aujourd'hui les Actes de plusieurs qui dans le même temps moururent pour la foi à Pergame, ville d'Asie, comme Carpos, Papylos et Agathonicé. »

Depuis longtemps la critique a distingué ces faits qu'Eusèbe, par une étrange confusion, rapportait à la même date.

La condamnation et l'exécution de Polycarpe, évoque de Smyrne, eurent lieu dans celte ville le 23 février de Tannée 155, sous le règne d'Ântonin le Pieux, Statius Quadratus étant proconsul de la province d'Asie (1).

La mort de Métrodore et celle de Pionius, par Teffet aussi d'une sentence proconsulaire, eurent lieu dans la même ville de Smyrne quatre-vijagt-quiazeansplustard^ au commencement de mars 2o0(2),

(1) WaddingtODjJtfémotre sur la chronologie de la vie du rhéteur Mlius Aristide, impr* împ., in-4*» 1867 ; cf. du même : Fastes des prop. asiat, de l'emp. rom,, pp. 2%9-22U

(2) Le martyrologe de Baronias, après Bède et les autres hagiographes latios^ place |'e«&ci}tion de Piooiua le l^'^ février. Oo oe comprend plus alors le passage de ses Acles où Ton dit qu'U fnt pris un «amedi^ le jour anniversaire du martyre de Polycarpe. Le 23 février 250 est justement up samedi. Les hagiograplies grecs mariluent la mort de Pionius le 11 mars.

4 UN TEXTE INÉDIT d'aCTES DE MARTYRES.

peu de temps après la publication en Asie des nouveaux édils de Fempereur Trajan Dèce (1).

Les martyres de Carpos, de Papylos et d'Agathonicé, attestés par Eusèbe, sont du môme temps que ceux de Métrodore et de Pionius, c'est-à-dire appartiennent au règne de Dèce (2), et furent vraisemblablement la suite de condamnations prononcées par le proconsul Optimus, successeur dans le gouvernement de la province d'Asie de Julius Proculus Quintilianus, lequel en mars 250 avait condamné Métrodore et Pionius au bûcher, et dont le pouvoir expirait au printemps de cette même année (3).

Les Actes de Pionius figurent en latin dans le recueil de Ruinail. C'est une pièce intéressante à plus d'un titre, mais qui ne saurait être considérée comme originale et dont Tauthenticité est seulement approximative, si l'on peut parler ainsi. Il est probable que les Actes de Pionius qu'Eusébe a connus étaient écrits en grec, c'est-à-dire dans la langue communément parlée à Smyrne et dans toute l'Asie proconsulaire. Us étaient en outre sous la forme épislolaire (4). De plus, il est bien invraisemblable que les deux longs discours prêtés à Pionius et qu'Eusébe paraît avoir lus, puisqu'il les résume, aient été en effet prononcés par lui sous les portiques de Smyrne et dans l'enceinte de la prison. Si amis que les Grecs d'Asie fussent de la parole publique, il est douteux que les agents de Tautorité chargés d'arrêter des prévenus les laissassent faire des harangues en pleine agora^ et, dans l'espèce, récriminer contre les institutions et les lois. Enfin, dans cette pièce, la préoccupation d'imiter les Actes de Polycarpe est flagrante (5). L'auteur anonyme des Actes de Pionius, sans négliger de recueillir quelques traditions locales et quelques traits qui semblent pris sur le vif (6), en plus d'un endroit a travaillé de tête et s'est visiblement inspiré de la lettre qui raconte la passion

(1) Acta Pionii, dans Ruinart; cf. ch. ii et ch. xxni.

(2) Le martyrologe de Baronius les met, sans autre raison apparente qu'âne fausse interprétation du passage d*Eu8èbe,B0Us Marc-Âurèle et Commode : « martjrio coronati sunt in persecutiono Marci Antonioi et Lucii ÂureUi Goounodi. »

(3) Waddington, Fast procons, de la prov. d'Asie, p. 260. (û) Eusèbe, Eist. ecci,, IV, 15.

(5) Une note suffirait à peine à marquer les points de ressemblance. Noos renvoyons donc ici le lecteur à une lecture approfondie et à une comparaison des deux textes.

(6) Entre autres, ce passage : « Gum Sabina lateri ejus (Pionii) cavens ineorsom populi, vincta properaret, ait quidam : sic tunicam ejus tenes, quasi lacté iUius carere formides. » Ruinart, Act, Pionii, X.

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