Pertz, Scrip^ore^, VI
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toutes ces anecdotes ne poitent pas avec elles leur charme ou leur instruction ; mais c'est la relation des incidents et des habitudes de tous les jours , ce sont les petites nouvelles qui circulent au douzième siècle, et cette lecture, qui nous reporte au milieu de ces temps éloignés , présente un véritable attrait. On croirait lire cette partie de nos journaux qu'on place sous la rubrique Faits divers ; mômes histoires, mêmes aventures, au dénoùment près : oiseaux envolés au grand désespoir de leur maîtresse * ^ duels ^, incendies', maladies et accidents de toute sorte ^, gens qui se noient , se blessent ou sont blessés , attaques de voleurs^ ruses de fripons, etc. ^. Ici les oiseaux rentrent au logis, les ma-^ lades se guérissent , les noyés reviennent à la santé, et les morts ressuscitent ; quant aux voleurs , ils sont toujours pris et souvent pendus.
Ce sont encore des histoires d'évasion , et le lecteur suit le prisonnier à travers le château, et compte les portes qui le sépa* rent de la liberté. Échapper à la captivité, c'était non-seulement échapper aux fers, mais encore aux travaux pénibles *, et souvent à la mort. Dans un cas, un prisonnier doit être pendu comme un larron, dans un autre il est livré aux vengeances de sonen-^ nemi particulier.
Il y a dans une grande partie de ces narrations un retentisse* ment des malheurs de cette époque de guerre et de dévastation. Un homme de l'hôpital d'Aùbrac, près de Rodez, vivait paisiblement de son travail et des produits de sa terre ; un jour des soldats entourent sa petite habitation , il lui faut la défendre, et, comme il le lait de son mieux , ses ennemis, allumant un grand feu de paille, se vengent de son courage par l'incendie '.
r. II, 14. Un étoarneau {sturnellus) auquel une noble dame de Pierrebiifière (aaj. dans la Haule-Vienne» arrond. de Limoges) a appris à parler, à chanter, voire même à danser, s*écliappe pendant un voyage ; la dame Tail vœu d'aller pieds nus et en habits de laine à Téglise de Roc-Amadour, et Toiseau se retrouve dans sa cage.
3. Incendie du château impérial de Stolberg, dans le diocèse de Wurtzbourg (Bavière) (I, 9). Le chapitre précédent mentionne l'ébonlement, par suite de vétusté, de Tabbaye de Bucilli-en-Laonnois (I, 8).
I, 4. Jusqu'au mal de mer (I, 40).
5. III, 4 G« publierai le texte de ce chapitre); cf. III, 6, 7, 8 et 22.
S. Du moins les prisonniers Taits par les pirates sarrasins étaient41s placés soosi a direction d*un magister operis qui surveillait leurs travaux (11, 34).
Les scènes de pillage étaient des accidents de tous les jours; des bandes d'aventuriers parcouraient les campagnes, et, quand elles étaient en force, elles attaquaient et assiégeaient les châteaux et les villes * . Ces pillards , désignés sous tant de noms dans les chroniques , notre auteur les appelle Brabantei et fia* cuiones ( Brabançons et Basques) ; il les représente comme des gens féroces, altérés de sang humain, vivant de rapine, pleins de courage et fo;*t habiles à combattre.
Les guerres qui désolaient les provinces méridionales, et surtout celles que se faisaient le comte de Toulouse et le roi d'Aragon, les avaient établis dans le pays. Tandis que des bandes aragonaises y entraient k la suite d'Alphonse II, Baimond prenait à sa solde des Brabançons, et ce n'était partout que pillage et brigandage. Aussi le concile de Latran, présidé en 1180 par Alexandre III , eut-il à s'occuper autant des désordres que commettaient ces routiers que de l'hérésie des Albigeois ; et peu de temps après s'organisait contre eux dans tout le Midi la vaste association connue sous le nom de secte des Capuchons.
Ce n^était pas tout que de se défendre contre ces hordes mercenaires : tel propriétaire attaquait à main armée le marchand qui traversait ses terres pour se rendre aux foires *, tel seigneur portait la dévastation dans tout son voisinage , et ne suspendait ses brigandages que lorsqu'une grave maladie l'amenait à faire sur l'autel le serment d'y mettre un terme '.
Sans la moindre formalité, un chevalier pend le voleur qu'il rencontre sur sa route * ; avec la même facilité un autre bat le pauvre homme qui refuse de lui vendre le chapeau qu'il a sur la tête*.
On rencontre parfois des scènes de froide et odieuse cruauté. Un seigneur gascon, irrité contre l'un de ses hommes par une accusation calomnieuse, le fait jeter dans une prison, et jure de
1. loGendie d*Alai8 (Gard) (III, 15). -^ Attaque de Mende (III, 4 ; je publierai ce passage). ^ Attaque du ehAteau de Guérie, près de RodeE (I, 51).