Voir la note C à la fin du volume
DEUXIÈME DISCOURS
mais le régime de germinal an X. Je sais que l'on a prétendu récemment qu'il était compatible avec l'autonomie de l'Eglise1. Essayez donc, dirons-nous à ceux qui tiennent ce langage, essayez donc de vous constituer demain sur la base doctrinale posée par votre synode et d'appliquer la discipline qui en est la seule sanction sérieuse. Il ne faut pas nous dire que les chrétiens indépendants de l'Etat sont logés à la même enseigne de dépendance parce qu'ils ont besoin de demander l'autorisation pourcélébrerleur culte ou tenir leur synode. S'il arrivait, en effet, qu'on leur refusât cette autorisation, ils s'en passeraient et ils délibéreraient à huis clos, et leurs résolutions n'en seraient pas moins appliquées sans délai, tandis que le synode officiel est tenu de faire approuver les siennes par le pouvoir civil, s'il ne veut pas qu'elles soient sans action pour conjurer les désordres qu'il déplore. Rien ne nous fera jamais croire que le régime de germinal an X soit compatible avec l'indépendance de l'Eglise. Son auteur ne fut-il pas l'un des plus grands adversaires de la libre conscience? A chaque article on retrouve la griffe du lion, l'empreinte du despotisme impérial ; ce qui faisait dire à Samuel Vincent que cette législation blessait la liberté religieuse sur tous les points. Adolphe Monod ajoutait qu'au synode offi-
\. Voir la lettre de M. Bersier sur la séparation de VEglise et de l'Etat, dans son discours sur l'Eglise, déjà cité.
cieux de 1848 il ne s'était trouvé personne pour la défendre. Non-seulement elle ne donnera jamais à l'Eglise la liberté suffisante, mais encore elle ne lui permettra pas d'exclure de son sein la minorité réfractaire aux décisions synodales qui a vécu dans la même organisation pendant de longues années. Il ne se trouvera pas de gouvernement pour la jeter à la rue, en quelque sorte, en la mettant hors des anciens cadres. Qu'on prenne garde que le sentiment de l'équité ne soit plus délicat dans les conseils de l'Etat que dans les conciliabules des autoritaires de l'Eglise. Nous nous rappellerons toujours le langage attristé et presque indigné que tenait, sur ce sujet, dans les derniers temps de sa vie, le grand citoyen que pleure la France, celui-là même qui avait donné le synode à l'Eglise. Il se préoccupait beaucoup de ses conséquences, et il ne comprenait pas l'usage qu'on en voulait faire pour éliminer, sans autre forme de procès, des cadres historiques et officiels la minorité opposante. Il faut donc écarter à tout prix la solution commode qui consiste à effacer tout un long passé et à déclarer que la fraction du protestantisme qui n'est pas disposée à accepter les résolutions du synode s'est placée par là même en dehors du protestantisme, qu'elle n'a plus aucun droit à faire valoir auprès de l'Etat et qu'elle n'a d'autre ressource que de demander une autorisation nouvelle, comme la première association venue. C'est en vain qu'on cherche à diminuer la portée
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d'une semblable prétenlion en ouvrant la porte de l'Eglise réorganisée à l'ancien rationalisme supranaturaliste ; ce qui aboutirait à une application trèsnouvelle et fort grave de l'ancien adage : In necessa'-iis imitas, puisque de ces choses nécessaires à la foi on retrancherait ce détail sans importance, je veux dire la divinité de Jésus-Christ et la rédemption au sens réel. Où ne conduit pas la politique ecclésiastique, même animée des plus excellentes intentions1 ? Il faut qu'on en prenne son parti, le protestantisme qui n'accepte pas les décisions du synode ne pourrait pas être rejeté par l'Etat sans une révoltante injustice. En notre âme et conscience, nous sommes convaincus que la politique à outrance a été plus fatale qu'on ne peut le dire à la cause évangélique. Nous n'étions pas seuls à le penser il y a quelques années, et nous nous souvenons des sollicitations qui nous étaient adressées, de la part d'éminents pasteurs évangéliques de soutenir avec eux les procédés de douceur et d'équité. Qu'ils nous permettent de les supplier à notre tour de rompre le silence auquel ils se sont condamnés depuis quelque temps et de faire entendre encore une fois leur protestation généreuse.
Après la politique ecclésiastique intransigeante, nous avons eu celle de la transaction, qui a exercé un moment un ascendant marqué, et qui a trouvé sa
i. Voir la note D à lu lin du volume.
formule précise et son éloquente apologie aux conférences évangéliques tenues à Rouen en novembre 1876. Encore ici, je ne m'exprimerai qu'avec le plus parfait respect des intentions. Certes, je comprends la lassitude d'une lutte jusqu'ici sans issue et le désir d'y mettre un terme sans léser aucun droit. Et cependant j'ai l'intime conviction que la transaction proposée ne peut sauver l'Eglise. Elle consiste à accepter le régime synodal, pourvu qu'il ne réclame de l'Etat aucune sanction. La profession de foi serait maintenue comme l'étendard de l'Eglise, mais à la condition de n'être point soumise à l'adhésion formelle des nouveaux pasteurs. En cas de désordre grave, le synode userait de son influence morale. Ce serait très-bien si cette influence lui permettait d'écarter l'enseignement décidément contraire à l'Evangile, comme dans les Eglises séparées de l'Etat. Celles-ci n'ont pas la force matérielle à leur service, mais leurs résolutions n'en sont pas moins exécutées ; leur discipline se maintient précisément parce qu'elles ne retiennent leurs adhérents que par le lien de la foi volontaire. Dire que dans une Eglise unie à l'Etat on se contente de la force morale, c'est dire que nul remède efficace ne pourra être apporté au désordre. Que si l'on nous répond que l'on veut ainsi maintenir la vaste organisation de la Réforme française et ne pas rompre avec ses traditions, je demanderai si ces traditions ne se rattachent pas bien plutôt à un principe qu'à un cadre extérieur.
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S'imagine-t-on que nos pères eussent reeonnu leur Eglise dans une société religieuse où l'anarchie doctrinale sérail possible ? Que si l'on nous répond que les choses n'iront pas à cet extrême, puisqu'il faudra respecter la foi générale de l'Eglise, je demanderai ce que c'est que cette foi générale qui n'est pas la foi des individus ? C'est un pavillon propre à couvrir toutes les marchandises, et surtout celles de contrebande. S'il suffit de ne pas heurter d'une façon scandaleuse la déclaration de foi, il sera facile de se mettre en règle tout en ébranlant les bases des croyances évangéliques. J'aime mieux, quant à moi, l'assaut que la sape, parce qu'au moins je suis averti. On en viendrait bientôt à établir le règne universel de l'équivoque, qui nous envelopperait de ses brumes malsaines. On ne saurait plus ce que parler veut dire. Ne voit-on pas, en outre, que le respect ainsi compris cache beaucoup de dédain? Le christianisme ainsi ménagé pourrait s'écrier comme le héros de Corneille :
O vieillesse ennemie!
Les luttes de la pensée ne doivent pas se poursuivre dans l'obscurité ou le demi-jour. Nous ne demandons, comme Ajax, que de combattre en pleine lumière, à la condition sans doute que l'.issiégeaol ne soit pas à la fois sur la brèche et dans la place. Pour tous ces motifs, nous ne pouvons admettre comme un remède suffisant aux maux de
l'Eglise les projets de conciliation qui contre l'intention respectable et généreuse de leurs auteurs disent : Paix, paix, là où il ri y a pas de paix !
De solution suffisante et décisive à la crise du protestantisme français, je n'en connais qu'une seule, celle-là même que le synode de 1872 indiquait sans détour dans le vœu si noble qu'il a formulé en faveur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat a comme garantie de l'autonomie de l'Eglise et comme le seul moyen suffisant de conserver l'unité de la foi en évitant la confusion entre la société civile et la société religieuse. « Ah! quel grand jour dans l'histoire de notre Réforme si l'Eglise protestante officielle , lasse de tant de retards et de tant de luttes ingrates, s'écriait : « Assez longtemps j'ai attendu le bon plaisir du pouvoir civil pour remplir ma sainte mission. Tout me conseille, dons ces jours de lutte, de racheter le temps précieux que j'ai consumé en démarches stériles. Je puis bien me résigner à être traînée dans le prétoire pour y confesser ma foi et attester l'immortelle royauté de la vérité, mais je ne suis pas faite pour être retenue dans les chancelleries jusqu'à ce qu'il plaise à l'autorité civile d'étendre ou de resserrer ma chaîne. Je me lèverai et je m'en irai vers mon Dieu et vers mon roi, et je lui dirai : Je ne veux dépendre que de toi seul. Je ne tolérerai plus désormais que la pierre de l'angle sur laquelle doit reposer tout l'édifice spirituel soit repoussée par ceux qui veu-
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lent bâtir avec moi. Gomme je ne veux: pins être qu'une libre association disant à tous: Qui manne me suive, — ou plutôt: Qui l'aime, lui, le grand pasteur des brebis, se range avec moi sous sa houlette, — je ne ferai tort à personne. On ne pourra plus invoquer contre moi des principes d'équité que j'aurais méconnus. Je ne puis payer assez cher la rançon de mon indépendance et de ma fidélité. Bien loin d'abandonner les brebis dispersées d'Israël qui m'avaient été confiées, j'éprouverai pour elles les tendres compassions de mon Christ et je pratiquerai le saint multitudinisme de ses immenses pitiés, ne leur laissant ni trêve ni repos jusqu'à ce que je les aie, à son exemple, rapportées sur mes épaules au saint bercail. »
Qui oserait dire que l'Église qui commettrait cette généreuse imprudence ne verrait pas son influence morale grandir et s'étendre dans un pays où la religion est si misérablement déshonorée par son alliance avec la politique? Prétendrait-on qu'en perdant une position officielle elle serait moins honorée et que son prestige serait affaibli? Par cet acte de foi, qui la libérerait de tout ce qui l'entrave, elle se placerait bien haut au-dessus du catholicisme, dans Festime des âmes généreuses. Elle conquerrait du coup une supériorité morale qui vaudrait cent fois tous les avantages qu'elle abandonnerait. Ou niez que la puissance des Églises est surtout morale, ou reconnaissez que celle qui sera
le mieux écoutée par les consciences droites sera l'Eglise qui aura montré le plus de foi courageuse! Quel beau et grand jour que celui où le protestantisme évangélique, vers lequel se tournent aujourd'hui tant d'esprits élevés qui comprennent que ce n'est pas par la simple et libre pensée qu'on triomphera de la superstition, se présenterait à la France, affranchi de tous les liens de l'Etat, et ne faisant appel qu'a la conscience de nos compatriotes.
Nous savous bien que le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat a perdu du terrain depuis quelques années et cela pour deux raisons : la première, c'est qu'il a été revendiqué par un radicalisme imprudent, qui s'imaginait pouvoir réaliser une réforme aussi vaste et aussi compliquée par une simple suppression du budget des cultes, sans admettre les transitions et les compensations nécessaires ; la seconde, c'est que la démocratie, exaspérée par les provocations ultramontaines, est tentée de leur opposer une politique autoritaire. Nous sommes persuadé que tout ce qui dépasserait la légitime défense de la société civile serait au plus grand détriment de celle-ci et déchaînerait les luttes les plus interminables et les plus dangereuses. Voilà pourquoi nous sommes toujours plus convaincus que, comme nous le disait un homme éminent, longtemps indifférent à cet ordre de questions, la séparation de l'Eglise et de l'Etat est indispensable au christianisme pour livrer le suprême combat qui
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remplira la fin do ce siècle. S'il se rend à Là bataille avec une armée divisée, il la perdra ;i coup sur. Or la liberté seule lui permet de ranger ses adhérents sous un étendard unique. Les Eglises qui, à la suite de quelques conflits avec le pouvoir civil, ont pris l'initiative de la séparation ne s'en sont [joint mal trouvées. Je n'en veux d'autre exemple que celui de la dernière en date, cette belle Eglise évangélique indépendante de Neuchàtel, qui a su à la fois conserver un cercle étendu d'influence sur son peuple, et suffire, par la générosité de ses membres, à l'entretien de son culte, de ses couvres missionnaires et de son enseignement théologique. Le meilleur vœu que nous puissions former pour l'Eglise évangélique de France , c'est qu'elle s'engage bientôt dans la voie frayée par les Yinet et les Godet. Voilà des dissidents qui ne font pas trop mauvaise figure dans l'histoire religieuse de notre temps.
J'éprouve, pour ma part, trop de respect pour la conscience de mes frères pour me permettre de juger et de blâmer ceux d'entre eux qui ne croient pas devoir rompre, dès maintenant, le lien qui les unit au régime concordataire. Rien ne serait plus injuste que de soulever ici une question de dévouement et de désintéressement. Il faudrait oublier, pour le faire, qu'il n'est point de position plus modeste, au point de vue temporel, que celle du pasteur protestant, dans toutes les fractions de notre
protestantisme. Quand on veut les avantages de la richesse, ou simplement la large aisance, on s'engage dans une autre carrière. Loin de nous, d'ailleurs, l'esprit étroit qui ne sait reconnaître la piété et le zèle en dehors de son petit milieu ! C'est avec joie que nous admirons, dans l'Eglise réformée de France, tant de ministères éprouvés, riches en œuvres saintes, en influence bénie, devant lesquels nous nous sentons salutairement humiliés ! Nous comptons dans cette Eglise quelques-uns de nos amis les plus chers, auxquels nous unissent des liens étroits, et c'est toujours pour nous un privilège et un honneur de leur apporter notre collaboration pour la grande œuvre qui nous est commune. Sans discuter les scrupules qui les retiennent auprès de troupeaux aimés qu'ils ne voudraient pas abandonner à eux-mêmes, mais sans rien retrancher néanmoins de nos propres convictions, nous nous permettrons de leur demander avec quelque instance de ne pas perdre de vue le but qu'il nous faut tous poursuivre, nous voulons dire la réorganisation de l'Eglise sur sa vraie base. Qu'ils ne se mettent pas en quête de théories plus ou moins ingénieuses pour justifier et perpétuer une situation dont ils avaient reconnu le caractère déplorable. Rien ne serait plus funeste à leur église, et c'est pourtant ce qu'on leur conseille en cherchant à les ramener aux vieilles notions d'un mullitudinisme suranné. Tout ce mouvement passionné qu'on cherche à provoquer
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contre l'individualisme, d'ailleurs travesti à plaisir, n'a pas d'autre portée. Qu'ils se disent que ce qui importe par-dessus tout, c'est de ne pas compromettre l'avenir, c'est d'y tendre constamment, c'est de préparer l'Eglise à son affranchissement et à sa constitution normale. Il y a là une tâche de la plus grande importance, dont l'abandon serait sévèrement châtié par une irrémédiable décadence. Nous avons le ferme espoir que la fraction vraiment libérale du protestantisme évangélique, qui a déjà donné tant de gages aux vrais principes ecclésiastiques et a puissamment contribué à leur assurer la prépondérance dans Topinion, résistera à la tendance rétrograde qui a repris soudain un fâcheux ascendant, et se débarrassera de cette politique ecclésiastique qui, avec ses airs d'importance et de profonde sagesse, a si fâcheusement compliqué notre crise intérieure l.
Ce qu'il y aurait de mieux à faire dans les circonstances actuelles, quand on n'est pas disposé à recourir aux résolutions décisives, ne serait-ce pas de chercher à constituer, par le moyen d'une libre fédération au sein même de l'établissement officiel, une Eglise véritable fondée sur la profession de foi et l'unité de l'enseignement dans les choses essentielles, sans demander à l'Etat aucune espèce d'intervention ? Sans doute il n'y aurait là qu'une or-
i. Voir la note E à la fin du volume.
ganisatioQ provisoire et encore très-défectueuse, puisqu'après tout ii n'est pas permis de décliner la solidarité de l'établissement ecclésiastique dont on dépend. Chose étrange! c'est l'individualisme évangélique, qu'on accuse si volontiers de briser la communauté, qui donne le plus d'importance à cette solidarité, en se refusant à accepter la responsabilité des désordres permanents de la société religieuse. La tendance évangélique dans les Eglises nationales ne se sauve aujourd'hui, la plupart du temps, que par un congrégationalisme à outrance ou par de simples associations bénévoles. Nous nous gardons bien de dédaigner celles-ci; elles peuvent être une sorte d'Eglise en formation qui mûrit et grandit pour le jour de l'affranchissement. Telle nous apparaît cette union nationale évangélique qui, en Suisse, réagit énergiquement contre l'Eglise démocratique et s'efforce de relier en faisceau les fragments épars de l'Eglise croyante et professante. On peut espérer qu'elle aura préparé sa constitution définitive pour le jour non éloigné où l'organisation actuelle se dissoudra dans une anarchie effrénée ou bien s'affaissera d'elle-même faute de vitalité religieuse !. En France, les grandes conférences du Nord et du Midi offrent un cadre tout formé pour une confédération semblable dont le plan a été esquissé avec beaucoup de sagesse dans
i. Voir la note F à la fin du volume.
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des publications remarquées1. La société centrale d'évangélisation, la nouvelle société fondée pour subvenir aux besoins religieux des minorités évangéiiques, pourraient jouer le rùle le plus utile pour raffermissement et le développement de confédérations semblables, contre lesquelles le protestantisme non synodal n'élève plus d'objections2. Ce ne serait sans doute admissible que pour une période de transition, mais enfin cela vaudrait infiniment mieux qu'une politique ecclésiastique aboutissant soit à l'injustice, soit à l'abandon des principes. Que si l'on nous objecte les difficultés de ces combinaisons non encore essayées, nous répondrons que rien n'est plus facile que les coups d'autorité ou que les défaillances, mais que c'est une facilité trompeuse qui sacrifie l'avenir. L'avenir, le but final, voilà ce qu'il faut toujours considérer. Adolphe Monod ne cessait d'appeler de ses vœux l'Eglise de l'avenir, et cette Eglise, pour lui, devait être fondée sur la profession de la foi et sur la liberté; car, avec sa noble franchise, il avouait que le multitudinisme an ar chique d'une Eglise sans foi commune, sans unité d'enseignement, était « un désordre organisé. »
i. Voir les deux excellentes brochures de MM. de Félice et Louis Mol i ne : 1° Accord et fidélité; 2° Encore une solution.
'2. L'organe le plus authentique de cette tendance, \a lienais- $ance, s'est déclaré rallié à ce nw lus Vivendi et a reconnu que chacune des deux fractions de notre protestantisme devrait ne rencontrer aucun obstacle pour pourvoir aux besoins religieux de ses adhérents, partout où ils seraient en minorité.
Il déclarait n'y rester que pour hâter le jour où ce désordre cesserait. « Si je ne puis, disait-il, suivre aujourd'hui les fondateurs de l'Eglise iihre, ce n'est pas que je ne tienne leur théorie ecclésiastique pour vraie en général et l'ordre qu'ils réclament pour préférable en soi à celui que l'histoire nous a légué. L'Eglise est l'assemblée des professants ; l'Eglise doit exiger une profession au moins implicite de ses membres laïques, et une profession explicite de ses conducteurs spirituels. Sans contredit, ajoutait-il, les Eglises réveillées me paraissent marcher partout vers la séparation de l'Eglise d'avec l'Etat, qui, avec la société telle qu'elle est, me semble devoir être un bienfait de Dieu, pourvu qu'elle vienne dans le temps de Dieu 1 . » On le voit, si le grand prédicateur demeurait dans l'établissement officiel, ce n'était pas pour le perpétuer, mais pour travailler à y former le peuple de franche volonté. On peut discuter sur sa résolution tout en la respectant, et pour notre part ses motifs ne nous eussent pas convaincu. Tl n'en demeure pas moins qu'il n'a cessé d'avoir le regard fixé vers les vrais principes et qu'il a toujours aspiré à l'Eglise de l'avenir ! Voilà ce que nous demandons à ceux qui continuent son œuvre dans son esprit. On vous sollicite, leur dirons-nous, d'être les hommes du passé. Ecoutez la grande voix qui vous presse d'être toujours les hommes de l'avenir,
i. Pourquoi je reste dans l'Eglise établie^ p. 80.
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et L'avenir c'est précisément eet individualisme véritable qui est apparu avec le christianisme et que la Réforme portait dans ses lianes. Rachetez le temps dans cette sphère ecclésiastique en vous souvenant que la manière la plus irrémédiable de le perdre est de rebrousser chemin, de compromettre les progrès acquis et de perdre de vue le but à atteindre.
Rachetons -le tous ensemble dans le haut domaine de la pensée religieuse. Nous n'en avons que trop perdu à nos querelles ecclésiastiques. La sérieuse préoccupation de la science chrétienne a diminué de la manière la plus fâcheuse depuis quelques années. La jeunesse elle-même s'en détourne •et se mêle prématurément à des débats qui ne peuvent qu'arrêter ses plus nobles aspirations. Le développement de notre théologie n'en est pas moins une des plus impérieuses nécessités de ces temps troublés, où le christianisme est l'objet d'attaques si nombreuses, si passionnées. Tout en maintenant aux facultés morales et intuitives la part principale dans la certitude religieuse, cette certitude peut, moins que jamais, se passer d'une science vaste et profonde qui l'appuie ou du moins qui Lui fraye les voies dans les esprits. Soyez-en sûrs, le déclin de l'intérêt pour La théologie est pour beaucoup dans la diminution des vocations au saint ministère, qui est l'objet de tant de plaintes légitimes. Nous n'avons jeté que les premières bases del edilice théologique que nous devons élever, comme tous nos devanciers, car le
devoir de chaque génération chrétienne est de chercher à serrer de plus près l'objet divin de la foi. Remettons-nous à l'œuvre sans tarder, et laissons plus souvent la petite polémique pour la grande, celle qui se poursuit contre l'antichristianisme.
Nous serons unanimes à reconnaître que ce qui importe encore le plus, pour toutes nos Eglises, c'est de racheter les temps dans la sphère de la piété. Confessons-le au nom de toute notre chrétienté évangélique, nous nous sommes traînés misérablement dans les ornières de la médiocrité. Notre génération a eu plus de peine qu'une autre à croire au surnaturel, parce que nous ne le lui avons pas fait voir en nous-mêmes et qu'il fallait le lui montrer avant de le démontrer. Il est temps que nous obtenions le réveil véritable qui n'est pas le réveil des congratulations, qui s'imagine qu'il suffit de croire à la sainteté pour l'obtenir, mais celui des cœurs brisés, le réveil à la fois pénitent et confiant qui redit avec le fils prodigue : « Je me lèverai et je m'en irai vers mon père, et je lui dirai : J'ai péché contre toi ! » Oui, lève-toi, Réforme française, lève-toi du sein de tes misères, imite ta glorieuse devancière du xvie siècle. Jette-toi dans les bras de ton Père et de ton Dieu, et après avoir confessé tes infidélités, dis-lui : Je ne veux plus que toi ! Toi, pour être mon roi, mon chef, sans partage humain ! Toi, pour être ma sagesse et ma lumière! Toi, pour être l'objet souverain de mon amour I Toi, toi seul et pour jamais I
NOTES EXPLICATIVES