‹ La Question européene improprement appelée polonaise: Réponse aux objectionChapitre 2 sur 26 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

A répoque du Congrès de Vienne, M. de Taileyrand écrivait au prince de Metternich : « La question la plus exclusivement européenne est celle qui concerne la Pologne. »

D'un autre côté, M. Pozzo di Borgo, dans un mémoire écrit à peu près à la même date, disait à l'empereur Alexandre : « La destruction de la Pologne comme nation forme l'histoire moderne de la Russie presque tout entière. »

Voilà les deux termes vrais de la question posés par deux éminents hommes d'Etat, ayant chacun de son point de vue l'exacte conscience des choses. La sécurité de l'Europe veut l'indépendance de la Pologne ; l'existence de l'empire russe commande l'oppression de la Pologne. En d'autres termes, la Pologne entre les mains des Moscovites est un démembrement de l'Europe j la Pologne

libre est l'anéantissement de la Russie diplomatique, de la Russie de Pierre P"", de Catherine et de Nicolas.

Il faut que la Moscovie rentre dans les traditions nationales qui lui donnent pour mission d'organiser les peuples demi-sauvages de TAsie centrale, aii lieu de.se porter en Occident, où elle ne rencontre aiicun rapportavec elle, où par conséquent sa présence viole la grande loi des sociétés, la loi par excellence qui est, selon la belle expression de Montesquieu, le rapport naturel des choses. Et ce retour à là tradition doit débuter par la sujppression du nom^même de Russie, que les tzars de Sairtt-Pétersbourg ont usurpé sans droit.

Il est utile de poser les deux extrêmes de la question, afin qu'on sache bien qu'entre eux il n'y a pas de milieu, pas de compromis, pas de transaction. C'est assez dire que toute diplomatie est, dans cette occasion, impuissante; car la diplomatie n'est que l'art des transactions, on pourrait dire des équivoques. Ici, l'équivoque est impossible. Faut -il sacrifier l'Europe ? Faut-il sacrifier l'empire russe ? Telle est la question.

La diplomatie, il est vrai, ne la voit pas dans toute sa clarté ; mais le peu qu'elle en sait lui donne assez d'épouvantes pour la faire hésiter.

Le peuple, au contraire, qui n'a pas de prétentions au savoir, mais dont la prescience équivaut à une science, n'hésite pas. Sur toute la surface de l'Occident, la voix populaire a prononcé la condamnation de l'empire russe.

Dans la délivrance de la Pologne, la diplomatie n'envisage que les difficultés ; le peuple ne s'occupe pas du difficile, il ne voit quQ l'impossible dans une plus longue durée de l'iniquité. Le sentiment de l'honnête le conduit au sentiment du vrai.

Et, dans cette voie, non-seulement le peuple est plus habile en politique que les émérites des chancelleries, mais encore il est plus d'accord avec la science que les savants des académies. Par cette intuition qui inspire les masses, et les place instantanément au cœur d'une question, il comprend qu'il n'y a pas de lien possible entre la Pologne et la Moscovie, et qu'il y a là un accouplement contre nature dont il faut faire justice.

Le présent écrit a pour objet de justifier la

révélation populaire par les démonstrations scientifiques. Jamais on ne saurait appliquer avec plus d'exactitude une formule dont il a ^té beaucoup abusé : Vox populi, vox Dei.

Et la vérité de cette formule est aujourd'hui tellement au-delà d'une vaine expression de rhétorique, que la voix populaire a mis en mouvement tous les organes de la diplomatie. Chaque contrée de l'Occident est allée déposer son avertissement dans le cabinet de Saint-Pétersbourg : jamais, à aucune époque de rhistoire, dans aucun fait politique, ne s'est manifestée en Europe une aussi imposante unité de sentiments.

Il faut que l'action suive les paroles.

Page 1