CONCLUSION
Ea insistant sur rafTranehisseinent de la Pologne jusqu'au bassin du Dnieper, nous sommes assuré d^ n'avoir pas fait de la politique de fantaisie. Nous nous sommes même soigneusement gardé de la politique de sentiment, trop facile à discuter au nom de l'utile.
La Pologne peut se dispenser d'invoquer les gloires du passé ou les douleurs du présent. L'hommage aux gloires pintes ne constitue pas un droit, et la pitié même la mieux méritée n'est pas un titre national.
Les droits de la Pologne sont inscrits dans l'intérêt général de l'Europe, dans les éléments du principe fédératif, dans les enseignements de la science, dans les caractères du sol, dans l'éducation historique des habitants ; enfin, dans toutes les lois de la nature qui la rattachent essentiellement à la fédération indo-européenne.
Il est essentiel que nos hommes d'Etat et nos militaires, renoncent aux traditions mensongères des -Moscovites. Car la fausse histoire fait une fausse politique et mémo de faux plans de campagne. SI Na-
polëon a pu douter du polonisnie de la LithuaDie et de la Russie-Blanche, c'est que iiiénie de grands historiens polonais rejetaient do Thistoire de la Pologne toute histoire de ces pays antérieure au quinzième siècle. C'est coninie si nos historiens rejetaient de rhistoire générale de la France les annales de la Bretagne, de la Provence ou de la Bourgogne.
L'instinct même des populations de ces contrées confirme les décrets de la science ; c'est jusqu'au bassin du Dnieper et de la Desna que se maintiennent toujours vives les sympathies pour la France ; c'est jusqu'à ces limites qu'est attendue avec impatience aujourd'hui l'apparition du drapeau français.
Au-delà counnence la haine contre la France et le nom français. Là commence la Moscovie.
Les frontières orientales de la Pologne se caractérisent même par cette opposition de sentiments à notre égard.
Nos hommes d'État et nos militaires doivent savoir encore que la Podolie, la Volhynie et l'Ukraine nous sont non moins sympathiques. Les habitants de ces contrées ont été au moyen-âge élevés à la même école germano-latine que nous. C'est dans ces pays que régnait le père de la reine de France, femme de Henri I**'. C'est à cette époque que remontent nos alliances avec eux. Aussi, les Polonais qui sont venus à Paris au seizième siècle offrir la couronne à Henri IlL obéissaient à leurs anciennes traditions d'alliance ; et parmi ces traditions, le souvenir de leur
— ?05 — princesse Anne n'était pas le moins puissant. Plusieurs membres de l'ambassade polonaise du seizième siècle étaient les descendants des nobles rutbènes du onzième siècle, qui combattaient alors avec Jaroslaw contre les Finnois païens de la Souzdalie.
La Petite-Russie elle-même n'est pas. étrangère à notre civilisation, ni aux sentiments qui attirent leurs compatriotes vers nous. Les Moscovites le savent si bien que, lors de la dernière guerre de Crimée, ils évitaient de placer nos prisonniers de guerre dan§ ce pays, mais les envoyaient à Koursk, qui est le premier gouvernement moscovite sur ces frontières. La vue de l'uniforme français rappellerait aussi aux Petits-Russiens le souvenir de leurs anciennes libertés anéanties par les Moscovites. Car le mot même de liberté est encore une indication géographique. En effet, le mot liberté, dans le sens politique, n'existe pas dans la langue moscovite, et cela s'explique : il ne représenterait aucune pensée
Mais en reprenant la voie de la vérité, nos hommes d'État et nos militaires ont le droit*d'exiger des historiens et des publicistes qu'ils ne s'égarent pas si facilement pour égarer les autres à leur suite. Longtemps, en effet, nos publicistes, et même nos professeurs d'histoire, ont accepté les falsifications du cabinet de Saint-Pétersbourg. Il leur appartient de réparer de trop faciles condescendances ; et leur mission est aujourd'hui d'autant plus importante, qu'en établissant le véritable état de choses dans le passé.
ils travaillent à consolider l'état de choses dans l'avenir.
Ils n'ont qu'à profiter des découvertes scientifiques nouvelles pour créer dans le monde intellectuel lu fédération des peuples indo-européens dont le ciadre est tout tracé dans le monde physique. Après l'application scientifique, viendra dès lors facilement l'application politique.
Que nos historiens ne supposent pas qu'ils ont à créei* quelque chose de nouveau. C'est l'ititroductioii des Moscovites dans le monde slavo-germaho-latiù qui a bouleversé toutes les notions. Dans le moyens fige , les Buthèhes , y compris les Nôwgorodiens et même tes Finnois de l'Esthonie et de la Finlande, feisaieût partie de la confédération européenne par leur éducation chrétienne, parlés éléments de là civilisation latine et par leurs institutions féodales. En Finlande, en Esthonie, dans les bassins du Dnieper et du Dniester, c'étaient les Scandinaves-Varègues convertis , les Suédois et les Allemands qui représentaient l'Europe latine et germaine. Vers le treizième siècte, quand la Moscovie actuelle était sous la domination mongole, il y avait, sur le Dnieper et le Dniester, au moins deux cent mille descendants des Vûrègues venus dans ces contrées aux onzième, douzième et treizième siècles, depuis l'époque de Rurik jusqu'à celle de JaroslaVv. Nous signalons à dessein l'histoire des Ruthènes» car les noms du roi de France rtenri P^ et du grand-duc des Rtrthènes, JaroslàW,
-: 207 rappellent nos antiques relatidis avec les habitante du Diiiéper.
Comme première base des réformes higtwiques et comme légitimation des éléments de la fédération (fâte nous indiquons, il faut accomplir le projet attribué aux Polonais par M. Pogodine, lorsqu'il s'écrie : « Lès Polonais veulent nous ravir nos traditions historiques. »
Ce que M. Pogodine croit injuste, nous le dièôns fondé en droit.
Nous prétendons qu'il faut ravir aux Moscovites les traditions historiques imaginées par eux.
Les traditions historique» des Ruthènes, même avant leur union avec leurs frères de là Vistule, loin d'appartenir à la Moscovie, doivent être incorporées dans l'histoire générale de la Pologne ou plutôt dans l'his^ toire générale dé l'Occident européen. Car l'histoire de la Pologne comprend tous les habitants du Dnieper et du Dniester, comme ceux de la Vistule et de la Duna.
S'il y a des nuances entre leâ paysans de l'Ukraine, de là Podolie, de la Gallicie et ceux de la Lithuanie, de la Vistule, de la Russie-Blaïiche, ce sont des nuances de provincialisme. Mais en comparant tous ces Slaves avec leurs voisins orientaux, les Moscovites, ce ne sont plus des nuances, mais des oppositions profondes qui signalent une diversité de races%
Si maintenant, pour conclure, nous jetons nos re*gards sur ce qui se passe aujourd'hui, ne trouvons*-
uuuâ pila tops les caractères d'un gouvemeiueat régulier européen dans cette Pologne insurgée qui dirige la guerre sans armée, les finances s£|ns budget, publie ses manifestes, transmet ses ordres sur toute la surface du pays et même à ses compatriotes en exil, et rencontre partout une aveugle obéissance et un dévouement inaltérable. On parle toujours de Tindiscipline des Polonais, de leur esprit anarchique et désor^ donné. Vit-on jamais plus mémorable exemple de discipline, tant à rintérieur qu a l'extérieur^ discipline aussi honorable pour le peuple qui s'y soumet, que pour le gouvernement qui l'obtient. N'est-ce pas là un gouvernement national, un gouvenien^nt politique? N'est-il pas, d'ailleurs, la continuation du gouvernement que représentait la Société agricxyle ? Les moyens diffèrent, mais le but est le même .
Et, chose remarquable, les Polonais, ayant tant de sacrifices à faire, trouvent encore moyen de songer à leurs besoins intellectuels, en récompensant publiquement un éminent compatriote qui combat à l'étranger avec les armes de la science, plus puissantes encore que le sabre. Le gouvernement national de Varsovie concevant, au milieu de luttes sanglantes, la pensée d'une récompense scientifique, s'élève, parce fait seul, à la hauteur d'une puissance politique.
Nous ne pouvons mieux terminer ces considérations qu'en nous appuyant de l'autorité d'un éminent historien qui vient confirmer de tous points la thèse que nous soutenons.
Voici ce que M. Henri Martin écrit dans le Siècle du 18 marc 1849:
« La guerre dure et durera.
» Mais quand même les prodiges accomplis dès les premiers jours par une poignée d'hommes sans organisation et presque sans armes ne garantiraient pas de nouveaux prodiges à mesure que s'accroît le nombre des insurgés et que s'étend le théâtre de Tinsurrexîtion; quand même les embarras intérieurs de la Russie ne viendraient pas en aide à la Pologne ; quand nul secours n'arriverait du dehors ; quand ce drapeau tricolore, que la France voit avec douleur flotter si loin d'elle dans une autre hémisphère, à cette heure où tous nos sentiments, tous nos intérêts, tous nos devoirs nationaux l'invitent à se déployer en Europe ; quand ce drapeau resterait, ce qu'à Dieu ne plaise ! sur ces plages du nouveau monde d'oii la voix de la patrie le rappelle et n'apparaîtrait pas là où elle l'attend ; quand l'ours du Nord, blessé, harassé, aurait encore la force de terrasser une fois de plus sa victime ;
» Le silence ne se fera plus jamais ; la lutte ne cessera plus jamais ; et deux victoires décisives, qui n'en font qu'une, ont été gagnées, dont rien désormais ne saurait plus enlever le fruit à l'indestructible cause polonaise.
» L'Europe a appris ce qu'est la Pologne ! — L'Europe a appris ce qu'est la Russie !
» II y avait naguère, même chez des esprits fort sympathiques à la cause, de l'incertitude sur la vraie Po-
- 2H) logne et sur la place qu'elle tient en Europe /gr&ee aux nuages habilement amassés par une science ot&eieuse aux gages de la politique, et, on doit le dure aussi, grâce à la malheureuse direction de la guerre en 4834, systématiquement enfermée dans le petit royaume de Varsovie par les conseils déplorables d'une impuissante diplomatie. La science russe s'efforçait, par d'adroites équivoques, de montrer dans Tancienne Pologne une agrégation factice qui s'était dissoute pour ne plus se reformer. Ces ombres se sont dissipées ; nous avons vu partout s'agiter d'un même frémissement les membres épars de l'ancienne, de la vraie Pologne. On ne peut plus demander où elle est ! -^ Ne disputons pas sur telle ou telle ville, sur tel ou tel district ! — Elle est partout où s'étend la civilisation polonaise, partout où règne l'esprit polonais. Il n'y a plus aujourd'hui un homme sérieux en France qui s'arrête aux traités de 4845 et prenne pour une solution le rétablissement du petit royaume de Varsovie. On discute sur ce qui doit ou sur ce qui peut se faire, sur ce qui doit se faire aujourd'hui ou sur ce qui doit se faire demain ; on ne discute plus entre 4845 et 4772. Il est des hommes qui ont le triste courage de prétendre qu'on ne doit rien faire ; il est une opinion publique qui demande que l'on fasse tout. 11 n'y a plus à tenir compte de ceux qui demandent qu'on ait l'air de faire quelque chose.
» La Russie, tout naturellement, ne commence qu'où finit la Pologne. Mais qu'est-ce que la Russie?
» D'un côté, nous voyons éclater chez les Polonais tous les signes des plus brillantes races européennes : le génie chevaleresque, l'activité, la spontanéité, la libre expansion, l'entente, l'action commune par l'unité des sentiments , par une sorte d'électricité sympathique et non par le mécanisme de masses impersonnelles ; les femmes enflammant le courage des hommes et ajoutant une poésie nouvelle à la poésie de l'héroïsme.
» De l'autre part, qui est-ce qui frappe nos yeux? A Pétersbourg, après Nicolas, dès que, au milieu des fluctuations du nouveau règne et d'une agitation publique soulevée par tant de causes diverses, on eut laissé pénétrer en Russie non phis seulement le mécanisme bureaucratique et militaire, mais l'esprit de l'Europe, tout a été confusion et vertige, comme si cet esprit eût apporté avec lui un principe dissolvant et inconciliable avec les conditions de la vie moscovite ; le désordre a remplacé l'étouffement qui comprimait tout sous la tyrannie ; puis la tyrannie, renforcée à Varsovie tandis qu'elle s'affaissait à Saint- Pétersbourg, ayant enfanté la guerre actuelle, on a vu tout à coup avec stupeur cette guerre prendre un caractère qui fait disparaître toutes les apparences d'une civilisation superficielle pour laisser émerger le vieux fond de la barbarie tel qu'il était aux jours d'Ivan le Terrible.
» Nous ne parlons point des cruautés ordonnées de sang-froid par le pouvoir : d'autres gouverne-
inents en Europe n'en ont que trop donné l'exemple. Nous parlons de la façon dont Tarmée russe pratique la guerre depuis qu'elle n'est plus contenue par la vieille discipline du temps d'Alexandre I*' ; nous faisons allusion à cet instinct de destruction, à cette passion, pareille à celle de certains animaux féroces, d'anéantir toute vie et tout mouvement, de faire le désert autour de soi, passion qui se réveille, avec le cri de guerre, chez un peuple assez doux à ses sillons et dans ses foyers. Les fureurs de l'armée russe en Pologne nous reportent à d'autres fureurs non moins étranges qui éclatent ou ont éclaté dans l'intérieur même de la Russie ; à ces vastes incendies qui ont plus d'une fois embrasé Moscou, et qui dévoraient, il y a quelques mois, les plus riches quartiers de Pétersbourg. En Europe, on manifeste son mécontentement par des meetings si l'on a les habitudes de liberté légale, par des émeutes, si on ne les a pas ; en Russie, on brûle la ville pour établir qu'on n'est pas satisfait du gouvernement ou de l'état social. On raconte que dernièrement , nous n'affirmons pas le fait, on aurait semé des poisons à tort et à travers dans Pétersbourg sans qu'il y eût là ni haine ni vengeances personnelles ; c'était une manifestation !
»' Quoi qu'il en soit de ce dernier fait, tout le reste n'est que trop certain, et il y a là tous les signes d'une race étrangère à l'Europe, d'une race qui n'est pas la nôtre, et qui puise ses traditions chez les fléaux
de Dieu y chez les compagnons d* Attila, de Gengis et de Tanierlan.
» La Russie, ou, pour l'appeler de son vrai noin, la Moscovie, n'est pas une puissance européenne. »
Après M, Henri Martin, citons une autre grande autorité.
M. Michelet n'a pas étudié spécialement la question ethnograpTiique ; mais il l'a comprise du premier coup. C'est le Vates devinant les secrets de la nature.
Voici ce qu'il écrit dans une publication récente (1) :
« L'Europe n'est point un assemblage fortuit, une sinjple juxta-position de peuples; c'est un grand instrument harmonique, une lyre, dont chaque nationalité est une corde et représente un ton. Il n'y arien là d'arbitraire ; chacune est nécessaire en elle-même, nécessaire par rapport aux autres. En ôter une seule, c'est altérer tout l'ensemble, rendre impossible, dissonante ou muette cette gamme des nations.
» Dans la crise actuelle, la Pologne déclare, avec une incomparable grandeur, non-seulement qu'elle revivra, mais revivra entière, en tousses meinbres, qu'elle ne veut b vie à aucune autre condition.
» C'est devoir de cœur envers les membres illus-
\) La Pologne martyr, Paris, 1863, chez Denlu.
très de la famille polonaise. — Comment céder la Pologne du Nord, renier Copernic ? — Céder la Lithuanie ! c'est Mickiewicz et Kosciusko. — Cracovie ? les sépulcres de tous les Jagellons, le tombeau de Sobieski !
» Le pis, aux temps d'illusion comme celui oii j'ai écrit ce livre, c'est qu'il se trouve à point des esprits faux pour théoriser la sottise. Celle d'alors était le panslavisme. On voulait faire de la Russie, de son Kremlin, byzantino-mongol, le saint des saints du monde slave. Plaisante idée de subordonner les tribus supérieures de cette grande race (Polonais, Serbes, Bohèmes, etc.), les pays poétiques qui ont rayonné dans l'Europe d'une telle gloire, de les subordonner à qui ? à la tribu finno-tatare ! . . . .
» La Russie gagnera à n'être plus un monstre, mais une belle grande nation de trente-cinq millions de Moscovites, qui, dès-lors, n'étant plus écrasés, prendront leur développement.
» La Pologne est le cœur du Nord, elle seule et non Vautre, qui est d'Asie, sauf quelques Parisiens de Pétersbourg, et d'illustres disciples d'Hegel qui ne changeront pas cette grosse masse où rien ne mcrd. »
La dernière feuille de notre écrit était déjà mise en pages, lorsqu'on nous a communiqué le numéro du Nord (du 28 juillet courant), où se trouvent des faits importants qui se rapportent à notre sujet, que nous savions, mais dont la constatation par le
Moniteur du cabinet de Saint-Pétersbourg relève Timportance. Le Nord publie un article du Journal russe de Saint-Pétersbourg qui rend compte d'une dissertation scientifique publiée par. la dernière livraison du Westminster Review, dans laquelle sont débattus les écrits publiés pour et contre le polonisme des provinces Lithuano-Ruthènes, pour et contre le slavisme moscovite. La revue anglaise est amenée à reconnaître les principes de MM. Viquesnel et Duchinski. Ce fait n'est pas pour nous étonnant, car nous sommes convaincu que tous les peuples du monde accepteront ces principes à mesure qu'ils les connaîtront. Sous ce point de vue, c'est-à-dire. sous le pomt de vue du principe de race, de nationalité, de civilisation ; enfin, sous le point do vue des droits historiques, l'empire russe est fini pour tous les hommes qui savent lire et n'ont pas perdu le sens moral. L'empire russe n'existe que par le droit du sabre, par les droits Mourawievv. La politique sera obligée de suivre les découvertes de la science : l'empire russe redeviendra le tzarat de Moscou, et c'est alors seulement que les Moscovites seront ce qu'ils doivent être, ce qu'ils sont, des Touraniens et non des Slaves. Mais ce qui nous a frappé dans une correspondance de Saint-Pétersbourg, publiée dans le même numéro du journal, et ce qui doit intéresser tous les amis de la Pologne, c'est que les investigations scientifiques sur les principes elhnographicohistorico-poli tiques que les émments érudit^, histo-
«.216riens et publicistes Trançais viennent de prendre sous leur protection, augmentent les souffrances deâ Polonais, car ces principes augmentent la rage des Moscovites. Le correspondant du Nord dit, en effet : « Ces inventions ridicules, qui feront rougir un jour » leurs auteurs, ces provocations incessantes, loin » de décourager les bons et vrais patriotes, les ont » poussés non-seulement à protester énergiquement » contre elles, mais encore à faire bien des sacrifi- )) ces pour le triomphe de la bonne cause. Entre )) autres choses, on fait tous les efforts pour soute- » nir l'orthodoxie menacée par les menées ultra- » montaines, dans les provinces de l'ouest. »
Mais devons-nous, pour cela, nous taire. Ne devrions-nous pas plutôt nous rallier pour* redoubler nos efforts et pouvoir mieux servir, chacun par les moyens qui lui sont propres, la cause de la Pologne ou plutôt la cause de l'Europe et de la civilisation. Jamais, répétons-le, la mission des historiens et des publicistes n'a été aussi puissante, aussi décisive.
La question devient même plus pressante qu'on ne le pense. Le même numéro du journal nous annonce en peu de mots un fait grave. Le voici :
« Une école pour l'enseignement du français et du russe a été ouverte à Pékin auprès du ministère des affaires étrangères. »
C'est un progrès immense pour les Chinois que rétablissement d'une école où l'on enseigne les langues européennes. Ne nous trompons pas, pourtant :
ce ne sont pas les Français, mais les Moscovites qui prévaudront en Chine ; car l'origine , les traditions historiques, les rapports de voisinage unissent les Chinois aux Moscovites, autant qu'ils les éloignent des Français. N'oublions pas que quinze millions de Moscovites parlent, outre le slave, les langues des peuples de l'Asie centrale, et que les Moscovites de Moscou ne sont que Chinois.