VIII. La question macédonienne devant la science
Carte de la Macédoine.
Carte ethnographique de la Macédoine.
Les frontières de la Macédoine,
Le berceau de l'ancien Etat macédonien se trouvait à l'ouest de Salonique, dans les vallées de la Bystritsa (Haliacmon) et du Kara-Azmak (Ludias) où s'élevèrent les capitales de là monarchie, Edesse (aujourd'hui Vodéna) et Pella, aujourd'hui en ruines près du village de Postol. Après une longue période légendaire, c'est au IVe siècle av. J.-C. que le nom de Macédoine entra dans le domaine de la réalité historique; c'est alors que le petit Etat de la tribu «macédonienne» développa sa puissance militaire et étendit ses limites. Il acquit une grande célébrité par les exploits de Philippe II et surtout par ceux de son fils Alexandre le Grand, dont les conquêtes le conduisirent en Egypte, en Perse et jusqu'à F Indus. En ce temps-là, la Macédoine, élargie par l'annexion de la Péonie, de l'Illyrie et d'une partie de la Thrace, comprenait les pays situés depuis l'Olympe jusqu'aux contreforts sud du Char (Scardus) et jusqu'au Ryla et le Rhodope. A l'est, sa frontière touchait la rivière de Nestos (aujourd'hui Mesta) tandis qu'à l'ouest elle s'arrêtait à la mer Adriatique. Mais, comme les régions annexées, telles la Péonie, l'Illyrie, les Agrianes, conservaient une certaine autonomie locale, tout en faisant partie intégrante de la monarchie macédonienne, elles étaient considérées parfois comme hors des frontières de la Macédoine proprement dite. De même, les tribus apparentées, celles des Péoniens, des Illyriens, des Mèdes, des Thraces, etc. reçurent à côté de leurs noms ethniques locaux, la dénomina-
tion politique de l'Etat macédonien, celle de tribus « macédoniennes ».
Les géographes de l'antiquité ne sont guère d'accord sur la fixation des frontières de la Macédoine. Strabon, le père de la géographie, estime que la Macédoine était limitée au nord par les montagnes de Bertiscus, Scardus, Orbelus, Rhodope et Haemus1). Quant à la frontière est, il la porte tantôt à Nestos, tantôt jusqu'à l'Hèbre (aujourd'hui Maritsa); pour lui, la frontière sud touche à l'Olympe et celle de l'ouest à la mer Adriatique. Un autre géographe célèbre de l'antiquité, Claudius Ptolémée, tout en assignant le Char comme frontière septentrionale de la Macédoine, place la ville de Scupi (aujourd'hui Scopié) qui est au sud de cette montagne dans la Mésie supérieure. Par contre, il fait entrer la Thessalie dans la Macédoine 2). Dans ces conditions, il nous semble que Tite- Live avait peut-être raison de dire que les Macédoniens eux-mêmes ignoraient les frontières exactes de leur pays. (Quanta Macedonia esset . . . Macedones quoque ignorabant)3).
A l'époque romaine et dans les premiers siècles de l'empire byzantin, la Macédoine faisait partie d'une nouvelle répartition administrative, mais en général elle continuait à conserver par intermittence son nom traditionnel.
Au moyen âge, après la grande migration des peuples et l'établissement des Slaves dans les Balkans, il se produisit de grands changements politiques et administratifs. Les traditions de l'antiquité furent interrompues et le nom de Macédoine, presqu'oublié, ne se conserva que dans la littérature.
C'est durant la longue domination des Turcs dans les Balkans que le nom de la Macédoine sort peu à peu de l'oubli médiéval pour reprendre enfin son sens réel de terme
*) Livre VII, fragm. 10.
») Geographia III, 9, 13.