‹ La question macédonienne au point de vue historique, ethnographique et statistiqueChapitre 7 sur 32 · Stanicheff, de Koukouch, etc · texte numérisé non relu

Stanicheff, de Koukouch, etc

Le nombre des étudiants macédo-bulgares inscrits dans la même université atteint le nombre de 517 dont 397 jeunes gens et 120 jeunes filles.

Territoire macédonien peuplé de Bulgares.

Nombre des bulgares.

La population bulgare de Macédoine, nonobstant ses nombreuses émigrations, a la prédominance numérique, eu égard aux autres groupes ethniques, tels que les Turcs, Grecs, etc. Elle comptait en 1912 environ 1,100,000 âmes.

Les Bulgares habitent en masses compactes et dépassent les autres nationalités surtout au centre de la Macédoine occidentale, notamment dans les régions de Kitchévo, Prilep, Tikvech, Okhrida, Monastir, Vodéna, Enidjé-Vardar. Ils forment à peu près la seule population dans le nord-est de la Macédoine et dans les régions d'Ossogovo et ses larges ramifications, de la Brégalnitsa supérieure, de la Strouma supérieure et moyenne, de la Mesta supérieure et moyenne. Dans certains parages sud -macédoniens, les Bulgares font presque totalement défaut, notamment dans la Bystritsa moyenne, dans la péninsule Chalcidique et dans la bande étroite du littoral égéen, depuis la Strouma jusqu'à la Mesta. Partout ailleurs, peu ou prou, l'élément bulgare s'étend comme une mer dont émergent ça et là des ilôts étrangers : turcs, albanais et koutso-valaques.

Du côté nord-est, la population bulgare de la Macédoine se confond avec ses congénères de la Bulgarie et de la Thrace, à Ossogovo, à Ryla et au Rhodope. L'ancien voisinage de l'élément serbe du nord-ouest fut échangé pendant la domination turque avec l'albanais, de sorte que les Bulgares macédoniens, à l'heure actuelle, n'ont presque nulle part un contact direct avec les Serbes. Dans ces parages, les Albanais ont non seulement déplacé les Serbes, mais ont aussi pénétré dans les localités antérieurement bulgares, notamment les contreforts orientaux du Char et de la Tcherna-Gora (Forêt-Noire) de Scopié. La ligne brisée, allant depuis le Char jusqu'au Gramos, constitue la frontière entre les deux races, bulgare et albanaise.

Toute la région de Gora située au nord-ouest de la crête du Char est occupée par l'élément bulgare mahométan, les ainsi dénommés « Torbeches de Gora », répartis dans une trentaine de villages. Par contre, les Albanais occupent les flancs sud-est du Char depuis Tétovo jusqu'à Gostivar où ils sont mêlés à des Bulgares. La ligne de démarcation entre les deux éléments tourne ensuite vers l'ouest jusqu'à Mavrovski Hanové (Auberges de Mavrovo), côte 1550, point de la ligne de partage des eaux du Vardar et du Drin. De là, la ligne se dirige vers l'ouest, vers le mont Korab (2050 m.), en laissant du côté bulgare la vallée de Réka. Du Korab, la ligne descend au sud, traverse le Drin un peu au nord de la ville de Dèbre pour atteindre la montagne Yablanitsa dont elle longe la crête et aboutit au promontoire de Line sur le lac d'Okhrida, en laissant toute la vallée du Drin depuis Dèbre jusqu'à Strouga, dans la zone bulgare. Puis, partant du couvent St-Naoum, sur la rive sud du lac d'Okhrida, la frontière se dirige vers le sud, passe par le défilé de Zvezda, au sud du lac de Prespa, suit le partage des eaux des cours supérieurs de Dévol et de Bystritsa, entre Castoria et Kortcha (Korytsa) et aboutit au Gramos (Pinde septentrional).

La frontière sud de la population bulgare suit les points d'appui suivants: du Gramos à l'est, le gué de Smiksi sur la Bystritsa, la montagne Snejnik (2068 m.), le lac d'Ostrovo, la montagne Dourla, le marais d'Enidjé- Vardar, Kara-Azmak, l'embouchure du Vardar, le golfe de Salonique, le lac de Lagadina jusqu'au commencement du lac deBechik-Gueul, le lac de Tachyno, la rivière Anghista, Drama, Bouk sur la Mesta. Au nord de cette ligne, le territoire est occupé par l'élément bulgare, au sud, parles Grecs et par quelques groupements turcs. Par ci par là, des villages isolés grecs et bulgares pénètrent dans la zone opposée.

Au point de vue linguistique, les Bulgares macédoniens appartiennent dans leur majorité au groupe occidental bulgare qui englobe les régions à l'ouest d'une ligne allant

de l'endroit où la rivière Vid se jette dans le Danube jusqu'à Salonique. Seule la population des confins sud-est parle le dialecte oriental, notamment dans les districts de Salonique (en partie), Lagadina, Démir-Hissar, Serrés, Nevrokop, Drama, Zikhna. Nous reviendrons sur la question du dialecte macédo-bulgare.

Suivant le groupement, le parler, le costume et les traditions, les Bulgares macédoniens ont des dénominations locales différentes. La population qui occupe le centre de la Macédoine occidentale, dans les régions de Vélès, Prilep, Monastir, Kitchévo, porte encore la dénomination historique de Brsiaks (Brsiatsi). Au moyen âge, les Brsiaks étaient une des tribus les plus grandes et les plus guerrières de la Macédoine slave. Aujourd'hui leur nom s'est conservé le mieux dans le district de Kitchévo. La population de la région Mala-Réka, dans la Macédoine occidentale, forme un groupement de 28 villages au surnom de Miaks. Sont encore Miaks les habitants du village Smilévo, près Monastir, ainsi qu'un quartier des habitants de Krouchévo, etc. A l'ouest des Miaks, dans la région de Dèbre, on distingue les groupements des Poliani dans la plaine de Dèbre, les Oulioufs, les Obialas. Dans la région de Castoria ce sont les Kékovtsi, les Esti ou Estéovtsi; dans la région du bas Vardar, près Salonique, les Kambarbatsi; les Marvatsi occupent la région du Pirin du sud, dans la Macédoine sud-est. La région de Morihovo, sur la Tcherna moyenne, est peuplée de Torlatsi (Chopes) et de Douiki. Dans la Macédoine du nord, notamment dans une partie des districts de Chtip, Kratovo, Palanka, Koumanovo, de Maléchévo x) la population est appelée Chopes. Le pays des Chopes ne s'arrête pas là; il embrasse aussi une partie du département de Kustendil, les départements de Sofia, de Vratsa et de Vidin en Bulgarie, ainsi que le département de Pirot et en partie celui de Vrania en Serbie. Les Chopes

x) La population d'Ograjden-Planina, entre la Strouma et son affluent Stroumitsa, est également appelée Chopes.

constituent la tribu la plus représentative du peuple bulgare. La Brégalnitsa supérieure est habitée par les Malêchévtsi, la Brégalnitsa moyenne par les Piantchani. Ces dénominations sont en rapport avec les noms des régions correspondantes, Maléchévo et Pianets, toutes deux connues déjà par les documents du moyen âge. Les Bulgares mahométans (Pomaks) de Dèbre, de Kitchévo et de Scopié sont connus sous le nom de Torbechs1).

Tous les témoignages des voyageurs étrangers, toute la littérature ethnographique, de même que les cartes ethnographiques des spécialistes compétents, sont unanimes à constater le caractère bulgare des régions que nous venons d'indiquer comme peuplées de Bulgares. Parmi les cartes nous signalerons les principales, telles que: la carte tchèque de Safarik (1842); la carte française de A. Boue (1847); la carte serbe de Davidovitch (1848); la carte serbe de Desjardins (1853); la carte française de Lejean (1861); la carte autrichienne de Hahn (1861); la carte des Anglaises Mackenzie et Irby (1867); la carte du Congrès slave de Moscou (1867); la carte tchèque du professeur Erben (1869); la carte du géographe français E. Reclus (1876); la carte de l'ethnographe allemand Kiepert (1876); la carte annexée aux procès-verbaux de la Conférence de Constantinople de 1876; la carte du professeur allemand Weigand (1895), celle de l'ethnographe tchèque Niederle (1909), celle du professeur russe Florinsky (1911); la carte roumaine de C. Noé (1913); la carte du géographe anglais miss Newbigin (1915); la carte de l'Institut géographique italien d'Agostini (1916); la carte de la Société de géographie de New- York (1917); la carte de l'ethnographe allemand Schâfer (1918); la carte de J. Gabrys, secrétaire général de l'Union des Nationalités (1918); la carte albanaise de N. Lako, présentée à la Conférence de la Paix de Paris (1919), etc. Nous faisons abstraction des cartes bulgares.

*) Voir p. 76.

Quant au nombre des Bulgares de Macédoine, les statistiques désintéressées se tiennent au chiffre d'un peu plus d'un million. Le Russe Youri Iv. Vénéline fut le premier à donner en 1838 le nombre des Bulgares en Macédoine; il les évaluait à plus de 1*000,000 1). Les troubles dans les Balkans pendant les années 1875 et 1876 et la guerre russo-turque de 1877 à 1878 ravivèrent l'intérêt pour la Turquie d'Europe et pour ses populations chrétiennes. Les Russes qui étaient en guerre avec la Turquie s'intéressèrent particulièrement à connaître, entre autres, le nombre et la répartition des nationalités de la péninsule balkanique. Dans les matériaux de 1877, recueillis à cet effet sous la direction du prince Tcherkasky, le nombre des Bulgares de Macédoine est évalué à 872,700 personnes2). — E. G. Ravenstein, dans le « Journal de la Société de Statistique », à Londres, de la même année, affirme que les Bulgares constituent la nationalité prépondérante dans les deux vilayets de Macédoine, Scopié et Monastir et les Grecs dans celui de Salonique, savoir: 364,000 Bulgares contre 159,000 Grecs3). — L'année suivante (1878) parut à Constantinople une statistique basée sur le recensement turc qui ne comptait que la population mâle (nofous). D'après cette statistique, il y avait dans la Macédoine méridionale (sandjaks de Salonique, de Monastir et de Serrés) 369,429 Bulgares (population mâle) contre 25,366 Grecs4). — N. Skriabine, vice-consul de Russie à Monastir, dans son rapport au gouvernement russe, évalue le nombre des Bulgares dans le vilayet de Monastir pour les années 1883 à 1884, à 285,000 personnes (dont 10,000

*) La renaissance de la littérature bulgare moderne. Moscou 1838, p. 6 à 7 (en russe).

2) Documents pour l'étude de la Bulgarie. Bucarest 1877. Partie II, 4° édition.

3) E. G. Ravenstein, The population of Russia and Turkey (Journal of the Statistical Society of London, 1877).

*) Ethnographie des vilayets d'Andrinople, de Monastir et de Salonique. Extraits du « Courrier d'Orient ». Constantinople 1878.

mahométans) contre 12,000 Grecs (dont 4000 mahométans)1). — Le Serbe S. Verkovitch, membre de la «Société savante serbe » (plus tard Académie des sciences serbe), a passé plusieurs années en Macédoine, publia en 1889 la statistique détaillée de la Macédoine d'après les données recueillies par l'auteur pendant les années 1860 à 1883. Il évalue le nombre des Bulgares chrétiens de Macédoine à 1,029,119 et des Bulgares mahométans (Pomaks) à 288,092, contre 212,994 Grecs chrétiens et 9746 Grecs mahométans2). — Le Russe V. Teploff qui travailla longtemps comme fonctionnaire à l'ambassade de Russie à Constantinople et connaissait bien les populations de la Turquie d'Europe, publia en 1889 à Pétrograde son important travail couronné par l'Académie des sciences russe : «La question religieuse gréco- bulgare d'après des sources inédites ». Parlant de la distribution des races en Macédoine, il constate que «les Grecs habitent seulement une étroite bande de territoire sur le littoral, tandis que tout le reste du pays est peuplé de Bulgares». Dans sa statistique, tout en mettant de côté les districts sud sur lesquels les Grecs émettent des prétentions plus ou moins fondées et ne considérant que la Macédoine centrale et septentrionale, il arrive au chiffre de 940,270 Bulgares chrétiens. — En 1900 parut l'ouvrage capital de V. Kantchoff3), un des connaisseurs les plus compétents de la Macédoine qu'il avait parcourue dans tous les sens. Dans sa statistique très détaillée des populations macédoniennes, il chiffre les Bulgares comme suit: vilayet de Salonique, 454,180 chrétiens et 97,620 mahométans; vilayet de Scopié, 244,197 chrétiens et 13,114 mahométans; vilayet de Monastir,

x) « Rapport sur le vilayet de Monastir au point de vue politique et économique ». Une copie de ce rapport daté de 1885, contenant 325 pages, a été trouvée à Monastir en 1915, lors de l'entrée des troupes bulgares dans cette ville.

2) Esquisse topographique et ethnographique de la Macédoine. Pétrograde 1889 (en russe).

3) La Macédoine. Ethnographie et statistique. Avec 11 cartes. Sofia 1900.

333,856 chrétiens et 36,069 mahométans, ou en Macédoine: 1,179,036 Bulgares en tout dont 1,032,233 chrétiens et 146,803 mahométans. — Le Français Gaston Routier, qui visita la Macédoine lors de la grande insurrection, évalue les Bulgares à 1,136,000 personnes1). — Deux ans plus tard, le gouverneur général des trois vilayets, Hilmi-Pacha, qui, à cette époque d'intervention européenne dans les affaires de Macédoine, avait tout intérêt à présenter le pays comme peuplé d'une majorité musulmane, communiqua à M. René Pinon une statistique qui est loin de répondre à la réalité. La population y est répartie d'après sa confession et non d'après sa nationalité; le nom de Bulgare n'y figure même pas. Dans cette statistique, les chrétiens exarchistes, c'est-à-dire ceux qui se trouvaient sous la dépendance spirituelle de l'Eglise bulgare, sont au nombre de 608,162, dont 184,912 dans le vilayet de Scopié, 178,527 dans le vilayet de Monastir et 244,723 dans le vilayet de Salonique; 8108 patriarchistes et exarchistes du district de Tétovo, 845 catholiques « bulgares » du vilayet de Salonique n'entrent pas dans le chiffre global ci-dessus2). — Les statistiques grecques ne font que suivre la méthode turque; la distribution des populations y est faite d'après leur confession: sont considérés comme Grecs tous les chrétiens soumis au clergé grec. De plus, les statistiques grecques se rapportent généralement à la Macédoine méridionale, celle des vilayets de Salonique et de Monastir. Fidèle à ce point de vue, le Mémoire des syllogues grecs, présenté au Congrès de Berlin (1878), comptait dans la Macédoine du sud 337,000 Bulgares; Nicolaïdès, en 1899, en portait le nombre à 427,644; Chalkiopoulos, en 1913, les évaluait à 313,270; le «Messager d'Athènes» de 1913 donnait le chiffre de 269,760; Colocotronis, en 1919, compte 253,505 Bulgares3). — En 1905 fut publié un des ouvrages les plus

J) La Macédoine et les puissances. Paris 1904, p. 268.

2) R. Pinon, L'Europe et l'Empire ottoman. Paris 1913, p. 143 à 144.

3) Pour ces auteurs, voir p. 37.

importants sur la Macédoine, celui de D. M. Brankoff (= D. Micheff), secrétaire de l'Exarchat bulgare1). Les listes statistiques détaillées qui y sont jointes, relatives aux Bulgares, sont empruntées aux registres des paroisses bulgares de 1899; pour les districts grecs l'auteur s'est servi des registres turcs publiés dans les « Salnamehs », almanachs officiels. D'après ces statistiques, les Bulgares chrétiens sont au nombre de 1,172,136, dont 897,160 exarchistes, 269,641 patriarchistes, 2432 orthodoxes unis et 2388 protestants. Par rapport aux autres groupes ethniques chrétiens (Grecs 190,047, Koutso-Valaques 63,895 et Albanais 12,000), les Bulgares constituent 81,5 % du total de la population chrétienne. — Const. Noé, secrétaire de la société Macédo- Roumaine de Bucarest, a publié en 1913 une statistique de la population des deux vilayets de la Macédoine, Salonique et Monastir. Il évalue les Bulgares de ces deux vilayets à 512,000 personnes, contre 193,000 Grecs2). — Le Tchèque Vladimir Sis qui a fait de fréquents voyages en Macédoine et étudié ses populations, compte 1,047,012 Bulgares dans ce pays dont 896,982 chrétiens et 150,032 mahométans pour l'année 1912, et 996,890 Bulgares pour l'année 1917, réduits en nombre par suite des guerres balkaniques3). Ci-dessous nous donnons la statistique de la population bulgare de Macédoine à la veille des guerres balkaniques de 1912, basée sur les registres paroissiaux bulgares et complétée d'après les statistiques électorales turques et les vérifications faites par nous lors de nos multiples voyages dans le pays. Elle comprend la Macédoine dans ses limites naturelles (p. 8 et suiv.), divisée en vilayets (gouvernements), sandjaks (départements) et cazas (districts). Les sièges des vilayets sont imprimés en majuscules et ceux

*) La Macédoine et sa population chrétienne. Avec deux cartes ethnographiques. Paris 1905.

2) Les Roumains koutso-valaques. Les populations macédoniennes et la crise balkanique. Avec une carte ethnographique en couleurs. Bucarest 1913, p. 44 à 46.

3) Mazedonien. Zurich 1918, p. 87 à 88.

des sandjaks en italiques. D'après cette statistique de 1912, on comptait en Macédoine: ) 1,103,111 Bulgares dont 945,486 chrétiens et 157,625 mahométans (Pomaks) répartis comme suit:

CAZAS (Districts)

Bulgares chrétiens

Bulgares

mahométans

(pomaks)

TOTAL

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