CHAPITRE III
LES RELATIONS ENTRE LA. FRANCE ET LE BIAROC APRÈS L'ACCORD FRANCO-ANGLAIS
§ t. — Béfiance injnstiliée dn iponTernemeiit cliériflen contre la France, après Taceord f raneo-an- ^lais. — Déelarattons de la Franee.
L'accord franco-anglais a provoqué à Fez des inquiétudes injustifiées. Les ennemis de notre influence se sont efforcés de dénaturer la portée et les termes mêmes de Taccord. Le gouvernement français a tenté alors de rectifier les faits et de dissiper la défiance du Makhzen, en renouvelant l'affirmation que la France n'entendait nullement porter atteinte à Tindépendance du Sultan ni à l'intégrité du Maroc, mais qu'au contraire, à raison de la contiguïté du Maroc et de ses possessions africaines, la France avait un intérêt fondamental à restaurer et à sauvegarder Tindépendance de l'Empire chérifien, et était seule en situation d'assumer ce rôle. La sincérité des déclarations françaises ressort de notre correspondance diplomatique.
Af. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 24 avril 1904 :
« M. de Saint-Aulaire,lorsde sa mission à Fez, devra entretenir les membres du Makhzen de notre récent accord avec l'Angleterre. Les adversaires locauxde notre influence s'efforcent d'exciter contre nous le gouvernement maro-
cain et les populations, en exagérant et dénaturant les conséquences prochaines de l'arrangement de Londres. Nous devons donc expliquer à Fez que l'accord franco-anglais relatif au Maroc est la simple reconnaissance d'un droit que nous tenons de la nature des choses que Votre Excellence elle-même a verbalement exposé à Ben Sliman, que le gouvernement de la République et le Makhzen ont commencé d'inscrire dans leurs propres accords et qu'enfin nous pratiquons depuis plusieurs années : celui de prêter au Makhzen, selon ses besoins et ses demandes, une assistance amicale, dont il éprouve en ce moment même, sur le terrain militaire, la discrétion et la loyauté, sur le terrain financier, la puissante efficacité.... »
Doc. 110 154, p. 130.
M. Delcassé à M. Saint-René Taillandier, 27 avril 1904 :
« Je vous autorise à faire exprimer à Fez, comme étant celles du gouvernement, les vues exposées dans votre télégramme du 24 de ce mois.
« M. de Saint-Aulaire et M. Gaillard ne devront pas se lasser de répéter que nous nous présentons au Maroc comme des amis, voulant sa prospérité parce que la nôtre en dépend. Loin de diminuer rautorité du Sultan, nous sommes au contraire très préoccupés de relever son prestige. C'est en son nom que les agents que nous pouvons être amenés à mettre à sa disposition exerceront leurs fonctions, s'appliquant soigneusement, conformément à notre volonté, à ménager les populations, àne pas froisser leurs sentiments, à respecler leurs croyances, leurs habitudes, leur organisation. En retour, nous comptons que, comprenant le but de nos efforts, le Makhzen voudra sincî»rement les seconder ; et par là une ère de paix et de prospérité ne tardera pas à s'ouvrir pour le Maroc. »
Doc. nM56, p. 131.
58 DBUXI6mJB partis. — CHAPITRB III
M. Saint-René Taillandier à M. Delcasséy 19 mai 1904 :
« Comme j'y avais été autorisé par Votre Excellence, j'ai adressé au ministre des affaires étrangères du Sultan une lettre dans laquelle je me suis attaché à faire ressortir la véritable signification de l'accord franco-anglais, en ce qui touche le Maroc... // était urgent (Téclairer sur nos intentions le Su/tan qu on s'efforce d'indisposer contre nous par des traductions d'articles de journaux français ou européens soigneusement choisis. »
Doc. n* 159, p. 133.
M. Saint-René Taillandier à Si Abdelkerrim ben Sliman, 18 mai 1904 :
« J'ai appris que l'accord récemment ^intervenu entre les gouvernements français et anglais, sôus la forme d'une déclaration concernant l'Egypte et le Maroc, était interprété par certaines personnes d'une manière qui pourrait inspirer des inquiétudes au gouvernement chérifien. Peutêtre même certaine traduction inexacte, dont j'ai eu connaissance, vous sera-t-elle parvenue.
Je ne veux pas tarder à prévenir à ce sujet un malentendu qui pourrait diminuer l'amitié nécessaire entre les deux pays voisins.
Vous connaisse/ la similitude de nos intérêts dans cette région frontière peuplée de tribus de même langue et de mêmes mœurs, et où nous avons, vous et nous, les mêmes ennemis. Je n'ai pas besoin non plus d'insisier sur l'intérêt fondamental qua la France, à l'indépendance et à la souveraineté de t Empire marocain qui est contigu à ses passessions africaines. Cette indépendance et cette souveraineté, seule notre nation est en mesure de veiller à ce que rien ne puisse les compromettre. Notre intérêt de voisins et notre devoir d'amis nous y portent également.
C'est pour ce motif que le gouvernement de la République a suivi d*un œil attentif les troubles survenus récemment dans l'Empire chérifien et que son aide, en cette circonstance, n'a pas fait défaut au
Makhzen. (Ddépendamment des obstacles que les désordres opposent au commerce, la diminution de sécurité qui en est le résultat pour les résidents européens pourrait entraîner pour TEmpire marocain les conséquences les plus graves. D'ailleurs les troubles et les agitations survenus dans les tribus marocaines ont leur répercussion sur les nôtres. Nous avons donc le devoir de nous en préoccuper.
Si notre amitié nous porte à désirer un Makhzen assez puissant pour maintenir chez lui Tordre qui doit régner dans tout Etat organisé, notre intérêt nous fait une obligation de lui en montrer les voies et de lui prêter Taide nécessaire. La déclaration franco-anglaise constate cet état de fait, et d'ailleurs elle débute par cette affirmation que le gouvernement français n'a pas r intention de changer l'état politique du Maroc,
Le gouvernement marocain n'a donc pas à s'en alarmer et, pour éviter toute interprétation erronée, je vous adresse une copie de cette déclaration, accompagnée d'une traduction authentique. Vous y verrez la souveraineté de l'Etat marocain garantie dans des conditions qui
lui assurent l'avenir Je suis persuadé, d'ailleurs, que Sa Majesté,
ainsi que son gouvernement, comprend la pressante nécessité de réformes progressives qui, en respectant les coutumes et en tenant compte des traditions, en un mot sans froisser en rien les sentiments des populations, augmentent l'autorité du gouvernement chérifîen dans toute rétendue de TEmpire et lui permettent de la consolider efGcacement
dans notre voisinage.... >»
Doc. no 159, Annexe, pp. 133-134.
Réponse de Si Abdelkerrim ben Sliman à M. Saint-René Taillandier, 10 juin 1904 :
«... J'ai porté votre lettre à la connaissance de Sa Majesté chérifienne. Dieu l'assiste ! qui s'en est pénétrée et a tiré profit de tout ce que vous avez exposé explicitement et implicitement. Elle m'a ordonné, Dieu la glorifie ! de vous répondre qu'elle ne mettait pas en doute vos sentiments favorables ni ceux du gouvernement ami, pas plus que l'humanité de ses procédés ni la sincérité de ses conseils. Le témoignage récent de vos bons offices confirme ce qui précède — l'impression en est encore vive dans nos esprits ; — votre lettre est un argument de plus en faveur du raCfermissement de cette conviction et un témoignage de vos bonnes intentions, conformes au désir des
deux pays. »
Doc. no 177, Annexe, p. 156,
§ 9. — li'emprant de IfMM.
Avant même la conclusion de Taccord franco-anglais, des négociations étaient engagées entre le Makhzen et un consortium de Banques françaises pour la conclusion d'un emprunt de 62 millions et demi. Le Makhzen et le Sultan personnellement avaient fait appel à la coopération du gouvernement français pour la solution de cette affaire (Voir plus haut, i*^ partie). Le contrat d*emprunt est signé à Fez le 12 juin 1904.
Texte in extenso du contrat et fîrman du Sultan autorisant Temprunt: Doc. n" 170, Annexes II et I, pp. 143 et 143.
On sait que les traits caractéristiques de cet accord financier étaient les suivants :
l** Affectation de la totalité du revenu des douanes de TEmpire à la garantie de lemprunt, — sauf retour au Sultan de Texcédent des revenus non employés au service de l'emprunt ;
2° Nomination par les Banques françaises d'un représentant des porteurs de titres ;
3<^ Installation dans chacun des ports de l'Empire d'agents chargés du service de l'emprunt ;
4<» Engagement pris par le Makhzen de faciliter l'installation des agents de l'emprunt et d'assurer leur sécurité ;
h^ Le représentant des porteurs de titres et ses délégués ou agents seront placés, en raison de leurs fonctions, sous la protection delà légation de France ;
6<» Préférence octroyée au consortium des Banques françaises, à conditions et prix égaux, en matière d'emprunts, de frappe de monnaies, d'achats ou de ventes d'or et d'argent.
Doc. no 170 et Annexes, pp. 141-152.
Juillet 1904, — Installation du nouveau service financier dans les ports marocains.
M. Regnault, consul général de France en mission, délégué des porteurs de litres de Temprunt marocain, procède à Torganisation du nouveau service financier. Le ministre des finances chérifien a adressé des instructions aux Oumanas et aux Gouverneurs, leur prescrivant de recon-
LES RELATIOKS FRAÎÎCO- MAROCAINES 61
naître dans chaque douane les agents des banques proposés au service de Temprunt. Les agents prennent possessions du service dans tous les ports.
M. Saint-René Taillandier ajoute à ce propos :
«... Je noterai ici les impressions que rapporte M. Regnault sur l'effet produit dans l'opinion indigène par ses visites et l'arrivée de ses agents. Un grand concours de population s'est pressé partout sur les pas de nos compatriotes, manifestant surtout de la curiosité. Des bruits inquiétants avaient été mis en circulation. On avait parlé de soldats qui devaient débarquer pour protéger et, au besoin, appuyer par la force les agents français chargés des perceptions. On fut surpris de constater qu'il n'en était rien et que ceux-ci étaient venus et circulaient sans escorte. Ainsi s'est accomplie très rapidement et de la manière la plus pacifique, conformément aux vues de Votre Excellence, Tinstallation du nouveau service financier dans les douanes marocaines. »
Doc. n" 181, p. 150.
Le ministre des finances chériGen écrit à M. Saint-René Taillandier pour remercier le gouvernement français du concours qu'il a prêté au Makhzen pour aplanir toutes les difficultés relatives à l'emprunt, et pour faire régler certaines questions (achats de change) dans un sens favorable aux vues du gouvernement chériÛen.
Doc. n* 184, p. 162.
§ 8. — liA question de la poUee de Tanger.
Avant l'ambassade de M. Saint-René Taillandier à Fez, l'anarchie et rinsécurité grandissant au Maroc et spécialement autour de Tanger (Voir !'• partie), la France avait entrepris de poursuivre avec le Makhzen la solution du problème de la police de Tanger et dans les ports marocains. Idée directrice : introduire des éléments algériens dans les corps de police marocains.
62 DEUXIÂMB PARTIB. — CHAPITRE lit
M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, iijum 1904 :
u La question qui s'impose d^urgence est celle de la sécurité publique dans Tanger et ses environs immédiats. C'est une simple question de police locale.
Ma conviction, fondée sur celle des hommes les plus familiarisés avec le pays, est que la meilleure solution de cette question consiste : 1^ à faire augmenter les pouvoirs et la responsabilité de Pacha; 2"" à faire introduire dans la police et la garnison de Tanger un certain nombre d'éléments algériens, choisis parmi les meilleurs.
Je viens d'écrire en ce sens au ministre des affaires étrangères du Sultan et j'ai chargé M. de Saint-Aulaire d'insister auprès du Makhzen sur la nécessité de remédier aune situation qui menace tous les intérêts étrangers. »
Doc. n° 168, p. 140.
AT. Saint-René Taillandier à M. Delcwtsé, 21 juin 1904 :
«... La question de la sécurité à Tanger s'impose plus que jamais à l'attention de tous.
Je viens de recevoir la réponse de Ben Sliman à ma lettre à ce sujet ; notre concours y est accepté en principe, pourvu qu'il s'exerce dans la mesure où le Makhzen le sollicitera et qui pourra croître progressivement. En même temps, Ben Sliman a déclaré au comte de Saint-Aulaire que le Sultan, pénétré de la sagesse de nos conseils, avait décidé de mettre la garnison de Tanger sur un meilleur pied, de la pourvoir de quelques pièces d'artillerie et de confier au lieutenant Sedira l'instruction des artilleurs.
Je vais adresser à Ben Sliman une lettre oîi, prenant acte de sa réponse et de la déclaration faite par lui au nom du Sultan, je lui représenterai lextrôme insuffisance des dispositions prises et l'urgence de faire avec notre aide un effort plus sérieux.... »
Doc. n» 175, p. 154.
« Demain appareillent pour Tanger le croiseur-cuirassé
Kléber et le croiseur de 3* classe Galilée, En demandant ces bateaux au conseil des ministres, j'ai dit qu'ils doivent, par leur présence, rassurer la population si inquiète et affirmer notre nouvelle situation. Rien n'est plus loin de notre pensée, de notre politique et de nos intérêts que de rechercher l'occasion d'un coup de force... w
{M, Delcûssé à M, Saint-René Taillandier, 2Q juillet 1904.)
Doc. n« 182, p. 160.
M, Saint' Hené Taillandier à M. Delcassé, 29 juillet 1901 :
« Muni de la lettre que j'ai adressée à Ben Sliman sur la nécessité de faire un sérieux effort pour remédier à l'insécurité de Tanger, M. de Saint-Aulaire s'est appliqué à convaincre le Makhzen. Sous la pression unanime de ses Vizirs, le Sultan a consenti aux dispositions suivantes : un officier français du grade de capitaine sera chargé de présider à la réorganisation de la garnison de Tanger, où le lieutenant algérien Sedira est déjà chargé de former une section d'artillerie. Trois sous-officiers algériens seront adjoints au capitaine français. Ben Sliman a déclaré que le chiffre réduit d'instructeurs n'a rien de définitif et que l'intention du Makhzen de s'avancer progressivement dans la voie que nous lui avons indiquée demeure entière...
Le gouverneur de Tanger sera invité, m'écrit M. de Saint- Aulaire, à échanger des vues avec le capitaine français sur l'organisation nouvelle de la garnison et de la police de Tanger. Il accueillera les suggestions de cet officier, quand il croira pouvoir le faire, sans en référer à Fez. Dans le cas contraire, il en saisira le Makhzen. De son côté le capitaine français devra me soumettre les solutions qu'il proposera. Si je les agrée, le Makhzen promet de tenir le plus grand compte de mes indications. »
Doc. a« 183, p. 160.
{Lettre de Ben Sliman, Annexe» p. 161.)
64 DEUXlÂMfl PARTIE. — CHAPITRE lit
§ 4. — Le proi;raiiuiie de réfornies de la Franee.
La France, à la suite des accords conclus avec TAngleterre et l'Espagne, entreprend au Maroc la réalisation d'un « programme de relèvement militaire, économique et financier » : non en vertu d'un « mandat européen » exprès, mais en sa qualité de puissance naturellement prépondérante au Maroc, « en situation de conseiller » et de « faciliter Tadoption #> d'un programme de réformes systématique.
Instructions de M. Delcassé à M, Saint-René Taillandier (avant son départ en ambassade pour Fez), 15 décembre 1904 :
« ...Il parait inutile de vous indiquer par avance l'ordre dans lequel vous aurez à aborder avec le Makhzen Texamen du programme de relèvement militaire^ économique et financier du Maroc, dont la France^ à la suite de ses accords avec f Angleterre et l Espagne^ est en situation aujourd'hui de conseiller et de faciliter l'adoption...
J'ai eu l'occasion d'indiquer devant la Chambre des députés, dans la séance du 10 novembre, et tout dernièrement encore devant le Sénat, les vues dont doit s'inspirer désormais notre politique à Tégard de TEmpire chérifien. Notre tâche, ai-je dit, consiste, a dans notre propre intérêt, k servir rintérêtdu Maroc ; pour notre propre tranquillité, à l'aider à établir chez lui la sécurité et le bon ordre ; pour notre propre prospérité, à lui fournir les moyens de tirer parti des ressources dont il abonde, de sorte que, continuant à vivre de sa propre vie, ayant gardé ses coutumes, ses lois, ses chefs sous le Sultan dont l'autorité se sera fortifiée et étendue, il ne connaisse notre puissance qu'aux bienfaits qui l'auront accompagnée. »
LBS RELATIONS FRANC O-MAROG AINES
Une des conditions essentielles du succès de cette politique toute pacifique doit être une étroite union entre les deux gouvernements j union basée sur la confiance d'un côté et, de l'autre, faite d'esprit de suite, de loyauté et de ménagements, sans excepter cependant la fermeté qui pourra être parfois nécessaire. En favorisant la conclusion d'un emprunt, qui a écarté pour un temps de cruels embarras financiers et a permis au Maroc de se libérer vis-àvis de ses créanciers étrangers ; en prêtant le concours de nos officiers pour la réorganisation des garnisons de Tanger et d'Oudjda ; en autorisant le sous-lieutenant Sediraà faire partie de la colonne envoyée contre le Prétendant ; ou bien encore en laissant passer à plusieurs reprises des contingents marocains sur notre territoire, nous avons depuis deux ans donné déjà au Sultan maintes occasions d'apprécier les heureux eflfets de notre amicale collaboration. »
Doc. n" 208, pp. 178-179.
Ayant formulé ainsi Tesprit de la politique française au Maroc, M. Delcassé passe en revue les articles du programme h réaliser :
Rétablir l'ordre dans l'Empire. Assurer sans retard la sécurité des biens et des personnes, « là surtout où, comme à Tanger, la population indigène se trouve immédiatement en contact avec l'élément européen », si bien que c'est « surtout à la périphérie que nous devrons, dans la plupart des cas, inaugurer au Maroc la constitution, sous la direction et le contrôle de nos officiers, de forces de police chérifiennes destinées à rassurer les résidents étrangers ». — Rétablir l'ordre dans la région frontière, où le Makhzen a dû lui-même faire appel à notre concours — concourir à la réorganisation des troupes chérifiennes, notamment en assurant la répartition régulière de la solde par les soins de nos instructeurs. Poursuivre l'exécution intégrale des accords de 1901-1902 (installation des marchés, des postes de perception de droits et des postes de garde permanents
le long de la frontière ; faire fonctionner le régime des taxes et la réforme des droits de place sur les marchés prévus par l'accord du 7 mai 1902, etc.).Etudier certains projets tels que : création d'une banque d'Etat; construction d'une route carrossable de Marnia à Oudjda,et plus tard installation d'un réseau télégraphique reliant Fez aux villes du littoral. Développer enfin au Maroc, avec l'aide des crédits déjà votés dans ce but par la Chambre (novembre 1904) des œuvres philanthropiques et humanitaires telles que création de dispensaires dans les villes de la côte, fondation de cliniques dans les marchés mixtes et les marchés marocains de la région frontièrCi etc.
Doc. Qo 208, pp. 179-183.
Ambassade de M. Saint-René Taillandier à Fez. M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 5 février 1905 :
« Dans les entretiens que j'ai eus jusquUci avec le Sultan, j'ai longuement appelé son attention sur la situation intérieure de son Empire. Je lui ai démontré la nécessité qui s'imposait h lui de sauvegarder à tout prix les intérêts français et européens si gravement compromis. J'ai indiqué notre préférence pour des méthodes qui assureraient, en même temps, avec le respect absolu des traditions religieuses, le relèvement du prestige et de l'autorité du Sultan . Mais j'ai conclu que certainement le gouvernement de la République ne se contenterait pas,dans les questions qui l'intéressent, de promesses dépourvues de garantie....»
Doc. n« 227, p. 198.
Retardées par les fêtes de TAïd-el-Kébir, les négociations officielles relatives au programme de réformes présenté par le représentant de la France commencent à Fez le 22 février 1905. M. Saint-René Taillandier est invité à parler devant une assemblée solennelle (Voir plus loin, § 5J.
Doc. no 228, p. 190.
LBS RBLATIONS FRANCO -MAROCAINES 67
M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 10 mars 1903 :
« J'ai eu des entretiens prolongés avec le Sultan le 4, le 5 et le 7. J'ai parlé, le 6 et le 9, devant le Conseil des Vizirs et les quinze délégués. Au cou^s de ces cinq séances, j ai poursuivi et terminé, d'abord devant le Sultan puis devant le Medjliss, sans entrer d'ailleurs dans des détails techniques, l'exposé général de nos conseils et de nos propositions. J'ai montré quelle était l'épreuve où la patience de l'Algérie était mise par le voisinage d'une région perpétuellement troublée. J ai étudié les différentes questions administratives, économiques, financières, dont la situation
présente imposait l'étude et la solution au Makhzen
J'ai recommandé instamment l'adoption d'un plan
d*ensemble tendant à améliorer dans tous les ports et suivant la mesure actuellement nécessaire les services de batellerie et de magasinage, sous l'autorité et au profit du Makhzen. J'ai expliqué la nécessité de relever et de stabiliser la valeur de la monnaie marocaine, par la création d'une banque d'Etat où le Makhzen trouverait en outre des avances lui permettant de pourvoir aux plus pressantes réformes, ce qui le mettrait à même d'éviter un nouvel emprunt et de garder la jouissance du 40 0/0 des recettes douanières. En matière administrative, j'ai indiqué que l'anarchie gouvernementale avait abouti à créer, dans les villes de la côte, un régime intolérable pour les Européens et qu'il était urgent d'y remédier par un meilleur choix des gouverneurs et par l'organisation d'un service de police indigène. »
Doc. no 229, p. 200.
M. Saint-René Taillandier s'est-il prévalu, au cours de son ambassade à Fez, d'un « mandat européen »? — Voir plus loin, 3® partie.
68 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lil
§ ft. ~ Résistances da Maklixeii à raction franfatse.
Malgré les explications données au Makhzen à propos de l'accord franco-anglais, malgré raffirniation réitérée que la France n'entendait porter aucune atteinte à Tindépendance du Sultan ni à Tiatégrité du Maroc, la politique française a provoqué à Fez des résistances et des mécontentements grandissants, en froissant les adversaires systématiques de la civilisation européenne et en inquiétant les personnages immédiatement intéressés au maintien des abus.
c Le nouveau commissaire marocain en résidence & Oudjda, Si Mohammed El Hadjoui malgré ses bonnes dispositions personnelles, se retranche derrière Tin suffisance de ses pouvoirs quand il s'agit de répondre à nos demandes, et, comme il n'a certainement pas entrepris [le voyage d'Alger] sans recevoir d*instructions du Makhzen, on est tenté d'en induire qu*il lui avait été recommandé
de ne céder sur aucun point »
(Rapport de M. Jonnart à M. Delcassé^ 10 novembre 1904.)
Doc. n» 205, p. 175.
Congédiement des instructeurs français.
Sous prétexte de réduire un certain nombre de dépenses à raison du mauvais état des finances chérifiennes, «... Sa Majesté chériflenne a décidé de congédier les instructeurs étrangers en fonctions à la cour chériflenne et à Rabat et de renoncer à leurs services en les autorisant à partir, pour réaliser l'économie de la somme affectée à leur solde et couper court aux préjugés qui ont cours actuellement parmi ses sujets.., »
{Lettre signée de Si Mohammed El Mohi rapportée par M. Saint-René
Tailtandier, 17 décembre 1904.) Doc. n» 209, p. 183.
LES RELATIONS FRAMGO*MAROGAINES 69
Après échange de télégrammes avec M. Delcassé, M. Saint- René Taillandier écrit à Ben Sliman :
((... Jai porté cette communication à la connaissance du gouvernement de la République. 11 en a été très sur* pris. Dans (1) la mesure indiquée par un acte international qui vous a été notifié, la France a assumé la tâche d'aider le Makbzen à améliorer au Maroc, par des réformes progressives, un état de choses funeste à tous les inté-* rets. La manière dont elle a commencé h prêter au Sultan, en maintes circonstances, son appui et son concours bienveillant, témoigne assez de ses intentions amicales et du souci qu'elle a d'accomplir son œuvre par les moyens les plus propres à propager aux yeux de tous le prestige et l'autorité du Souverain de ce pays.
Dans ces conditions, le gouvernement de la République se voit à regret forcé d'adopter des dispositions en conséquence. 11 m'invite à différer jusqu'à nouvel ordre l'accomplissement de la mission dont il m'avait chargé auprès du Chérif ;.... Il a décidé le rappel de notre Consul, des membres de notre Mission militaire et des Français résidant à Fez, qui devront partir dans un délai de dix jours.
11 me donne l'ordre de vous en aviser et d'ajouter que le Makhzen sera tenu de tout dommage qu'auraient à subir jusqu'au terme de leur voyage de retour, les Français qui se trouvent dans l'intérieur du pays. »
Doc. n« 213, p. 185.
Devant la ferme attitude du gouvernement français, le Sultan s'émeut, exprime des regrets et revient sur sa décision :
Ben Sliman a rendu compte au Sultan de la lettre de M. Saint-René Taillandier. « Le Sultan a mandé notre Consul. 11 a chargé avec beaucoup d'instance M. Gaillard de me dire « que Ton était prêt à Fez à accueillir tous nos
(1) Le texte du Livre Jaune porte « Sans ». U y a là sans doute une faute d*impression.
70 DEUXliMB PABTIB. — CHAPITRE IH
conseils et à accepter toutes les réformes, et que Ton retirerait toutes les démarches qui avaient pu nous froisser.. »
(H. SaifU'René Taillandier à M, Delcassé, 30 décembre 1904.)
Doc. n« 215, p. 187.
Réponse de Ben Sliman :
« ... Aussitôt que Sa Majesté [a eu pris connaissance de votre lettre], Elle s'en est beaucoup émue. Elle a manifesté un regret qu'on ne pourrait dépeindre, en raison de la façon inexacte dont ses instructions ont été transmises...
« ... Sa Majesté chérifienno s'apprête à recevoir cette ambassade avec toutes les marques de bon accueil et de considération...
« Sa Majesté a beaucoup insisté auprès de notre Consul pour Tempècher de partir, lui, la Mission militaire et les autres Français... »
Doc. no 216, pp. 189 190.
3 janvier 1905. — La Mahalla chérifienne, près d'Oudjda, refuse le
concours de la section frontière française.
Doc. no 217, p. 191.
Lors de Tambassade de M. Saint-René Taillandier à Fez, le Sultan, après un exposé présenté par notre ministre, répond que « la plus grande partie des réformes [proposées]... sont acceptables et réalisables dans un avenir très prochain » . Mais que c quelques-unes sont difficiles à accepter t. Le Sultan ajoute : c J*en réserve la discussion à
mon Makhzen ».
Doc. n» 227, p. 199.
Pour Texamen des propositions de M. Saint-René Taillandier, le Sultan a convoqué une assemblée extraordinaire, comprenant, avec tous les membres du Makhzen accompagnés de leurs secrétaires, quinze délégués spéciaux, choisis par le Sultan dans les principales viUes de TËmpire et dans Fez même, et réduits d'ailleurs au rôle d'auditeurs muets. M. Saint René Taillandier a élevé d'abord quelques objections à propos de ce cérémonial inusité, demandant à négocier directement avec le Sultan et ses ministres (demande renouvelée ultérieurement, voir Doc. n° 232, p. 204), mais le Sultan a protesté « que dans l'intérêt des réformes, il voyait plus d'avantages que d'inconvénients à ce que les délégués entendissent [le ministre de
France] », que € son choix n'avait porté que sur des hommes exempts
d'hostilité contre Tesprit de réformes ».
Doc. n» 228, pp. 199-200.
En fait, on peut supposer qu'en recourant à ces formes compliquées,
le Sultan avait Tarrière-pensée de retarder les négociations et de
provoquer l'obstruction aux réformes. M. Saint-René Taillandier
constate cependant qu au cours de la première séance il a été c écouté
par tous les membres du Makhzen et les délégués avec une attention
extrême » (Doc. n<^ 228, p. 200). Mais il constate bientôt Thostili té du
Makhzen aux réformes.
Doc. no 228, p. 200.
«... Si les délégués ont à émettre'une opinion, elle leur sera dictée parle Makhzen et c'est au sein même du Makhzen qiiil existe une coalition d'intérêts personnels contre toute limitation des abus... »
Doc. no 229, p. 201.
§ G. — La politique de la Franee aa Maroe et les Poissanees tierees.
Reconnaissance des droits spéciaux de la France. — Appel aux bons offices de la France et à Taction française.
Reconnaissance des droits spéciaux de la France au Maroc par les Puissances tierces.
Conversation de M. Delcassé et du Prince de Radolin, juin 1901. — Document no 18 (Voir 3" partie, chapitre i).
Communication de Lord Lansdowne relative à Tambassade marocaine à Londres et à Faris, Juillet 1901 (Dépêche de M. Cambon à M. Delcassé J^ juillet i90i).
Le représentant du Sultan a fait part à Lord Lansdowne des difficultés que rencontrait le Makhzen dans le règlement des questions de frontières.
€ Jjord Lansdowne lui aurait répondu qu*il dépendait du gouvernement marocain de se mettre à Tabri de nos réclamations en exerçant une police rigoureuse sur sa frontière et en arrêtant les incursions et
72 DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE lU
les déprédations des tribus voisines de nos possessions : « Il est tout naturel, lui a-t-il dit, que le gouvernement français veuille maintenir Tordre chez lai et qu'il châtie lui-même ceux de vos sujets qui le troublent, si vous ne vous chargez pas de ce soin. »
Doc. n« 19, p. 14.
«... Nous savons que le gouvernement italien, en invitant son représentant à Tanger à ne pas faire d'opposition au projet français de Lazaret, lui a recommandé, d'une manière générale, d'entretenir toujours les meilleures relations avec son collègue de France.... r.
{/nttrucdoru de M. Delcassé à M, Saini-Bené Taillandier,
27 j'uillei 1001.) Doc. n« 21, p. 21.
Mai 4908,^ Le gouvernement français a dû décider une expédition militaire de police à l'ouest de Béchar pour assurer la sécurité de nos territoires.
A ce propos, M. Saint-René Taillandier écrit à M. Delcassé, 29 mai 1903:
«...Quant aux Représentants des Puissances, le langage que la plupart d'entre eux m*ont tenu spontanément au sujet de Tagression dirigée contre nous semble me donner toutes facilités pour les empêcher de se méprendre sur le sens et la portée de nos actions. »
Affaire Perdicaris, — Appel aux bons offices de la France.
M, Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 19 mai 1904 :
«... Cet incident produit ici dans tous les milieux une vive émotion. Il apporte une justification de plus à la déclaration franco-anglaise. Les commentaires qu'il provoque dans la colonie européenne font sentir qu'une de nos premières préoccupations devra être de proposer au Makhzen, dès que cela sera possible, des mesures propres à assurer la sécurité autour de la ville et sur la côte. »
Doc. n« 160, p. 135.
M. Saint'René Taillandier à M. Delcassé, 30 mai 1904 :
« Le ministre d^Angleterre m'a exprimé le désir que M. de Saint Aulaire fût invité à appuyer les démarches que l'agent anglais à Fez doit faire auprès du Makhzen, en vue de la libération des deux prisonniers de Raissouli. J'ai donné suite à cette demande, en recommandant à M. de Saint-Aulaire de motiver ses instances par T amitié même que nous portons au gouvernement chérifien... »
Doc. n» 163, p. 137.
M. Delcassé à M, Saint-René Taillandier, 31 mai 1904 :
« J'approuve les instructions que vous avez données à M. de Saint-Aulaire.
L'ambassadeur des Etats-Unis est venu hier me demander nos bons offices dans l'affaire Raissouli. Je lui ai dit que nous avions, dès la première heure, fait appel à Tentremise des chérifs d'Ouezzan, que leurs efforts n'avaient pas abouti, mais que nous agissions en outre à Tanger et à Fez. »
M. Jusserand, ambassadeur de la République française à Washington f à M, Delcassé, 20 juin 1904 :
« M. Hay m'a prié d'exprimer à Votre Excellence ses sentiments pour tout ce que nous avons fait au Maroc à l'occasion de l'affaire Perdicaris ; la bonne amitié de la France pour les Etats-Unis s'est manifestée ainsi une fois de plus. Il m'a renouvelé l'assurance que si, par hasard, les événements subséquents venaient à rendre nécessaire d'envisager une action plus sérieuse au Maroc, ce ne serait pas sans un échange préalable de vues avec nous. »
Doc. no 171, p. 152.
Le général Horace Porter, Ambassadeur des Etats-Unis à Paris, à M. Delcassé, 21 juin 1904 :
€ Je reçois de l'honorable M. Hay, secrétaire d'Etat de mon gouvernement, Tordre d'exprimer à Votre Excellence les remerciements du
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Président des Etats-Unis pour le bienveillant concours que son gou • vernement a trouvé auprès de celui de la République dans Taffaire Perdicaris.
Il m*a été agréable de faire connaître à M. Hay que, dès Forigine, Votre Excellence 8*est activement employée à faire libérer cet Américain, et je suis heureux de constater que c*est en grande partie, grâce à vos efforts, que ce résultat a été obtenu. »
Doc. no 176, p. 1S5.
Appel à l'action française au Maroc.
M. Saint-René Taillandier à M Delcassé, 2 juillet 1904 :
(( .. Le Consul des Etats-Unis, en m'apportant ses remerciements pour nos bons offices dans TafFaire Perdicaris, a ajouté que son gouvernement, n'ayant pas ici de mission d'ordre général, avait considéré comme terminé le rôle de la marine américaine ; il m'a, en même temps, demandé ^t nous ne comptions pas prendre des dispositions pour le rétablissement de la sécurité. La plupart de mes collègues, y compris celui d'Allemagne, me posent à titre personnel des questions analogues, et je leur ai déjà dit que nous étudiions activement les moyens d'utiliser à cet effet, avec l'assentiment du Makhzen, les ressources spéciales que nous assure la possession de l'Algérie. Cette indication générale rencontre le meilleur accueil... »
Doc. D« 198, p. 157.