LES RELATIONS FRANCO-MAROCAINES AVANT L ACCORD FRANCO-ANOLAIS
De 1901 à 1904, la questioa de la police des régionsfrontières a dominé les relations franco-marocaines. La France et le Maroc ont tenté une politique de collaboration qui a échoué. La France a cependant persisté à suivre visà-vis du Maroc une politique de non intervention systématique.
§ I. — Police de la frontière.
Collaboration des gouvernements français et chéri fien.
30 Juillet 190L — Protocole entre la France et le Maroc a portant application et exécution du traité de 1845 » [Délimitation et police de la frontière algéro-marocaine].
Doc. n» 20, Annexe, p. 16.
(Voir le texte du Protocole à t Appendice,)
Le Protocole de 1901 prévoit et organise la collaboration des gouvernements français et marocain pour la pacification et la police des districts-frontières.
« L'heure est venue d'inaugurer une politique de relations cordiales, de franche eatente et d'appui réciproque entre le Maroc et TAIgérie, dans toute la région de l'Empire chérilien limitrophe de nos possessions.. . »
(M, Révoil à H. Delcassé, iS janvier 1902.) Doc. no 24, p. 28.
Déclarations faites par le commissaire marocain El Guebbas à M. Loubet^ au cours du voyage du Président de la République en Algérie [15 avril 1903) :
«... Augmenter la prospérité des deux pays voisins, développer et améliorer leurs relations, étendre leur commerce par une pénétration réciproque et établir définitivement la paix et la sécurité dans la région frontière, tel est le but que nous poursuivons et qui ne paraît pas impossible à atteindre entre deux contrées unies naturellement par leur position géographique et qui semblent faites pour s'entr'aider et s'accorder... »
Doc. no 60, p. 68.
Commission mixte franco-marocaine constituée pour l'exécution du protocole de 1901.
Nomination de Si Mohammed-el-Guebbas comme chef de la mission marocaine.
Doc. no 22, p. 22.
Travaux de la commission franco-marocaine.
Programme arrêté par M. Révoil.
Doc. n» 24 et Annexe, pp. 26-30.
Concours actif et sincère prêté par El Guebbas aux travaux de la commission.
Doc. n« 24, p. 27.
La commission mixte franco-marocaine exécute de janvier à avril 1902 les parties essentielles du programme tracé par M. Révoil. El Guebbas installe à Figuig Tamel nommé par le Makhzen. L'agitateur Bou Amama quitte Figuig sur l'injonction du gouvernement marocain.
Doc. no 27, p. 33.
Nouvel accord conoiw par les chefs des deux missions
constituant la commission mixte franco-marocaine, W
avril 1902.
Doc. no 27, Annexe, p. 64.
(Voir le texte h l'Appendice.)
Nouvel accord conclu entre le général Cauchemcz et El Guebbas, 7 mai 190i.
Doc. n* 28, Annexe I, p. 30.
Organisation des forces de police de la région frontière.
Le gouvernement français met à la disposition du Makhzcn des instructeurs pour les contingents marocains à établir à Piguig, Oudjda, Adjeroud.
Le Makhzen pourra d'ailleurs, le jour oîi il aura des instructeurs capables parmi ses propres sujets, renoncer aux services des instructeurs français.
Ces instructeurs (deux officiers et deux sous-officiers) formeront une section nouvelle et spéciale de la mission militaire française au Maroc.
(Lettre de M* Saint- René Taillandier à Si-Abdelkerrim ben Slimany
21 juillet 1902.) Doc. n» 29, Annexe, p. 45.
Le gouvernement chérifien accueille celte offre aux conditions indiquées.
[Lettre de Ben Sliman à M. Saint-JRené Taillandier, 30 juillet 1902.)
Doc. n» 30, Annexe, p. 46.
Entente des autorités algériennes avec El Guebbas au sujet de l'organisation des forces de police frontières et ilu rôle réservé aux instructeurs français.
(Rapport de M, Révoil, 12 février 1903.) Doc. no 45, p. 59.
Actes officiels du Sultan pour la pacification des districts frontières.
Lettre chérifienne aux gens des qçour de l'oasis de figuig (26 Ramadan 1319, janvier 1902).
tondam nation des attentats commis sur le territoire algérien. —
Ordre d'obéir au qaïd ou amel nommé pour gouverner Toasis, et au
commissaire marocain envoyé pour Vexéculion du protocole du 20 juil>
let 1901, Si Mohammed el Guebbas.
Doc. n« 23, Annexe, p. 23.
LES RELATIONS FRANCO-MAROCArNES 35
Lettre du Sultan aux Beni-Guil, aux Mehaia, aux Angady aux Béni- Isnasserij aux gens d' Ain-Chair, aux Ait-Alta, aux Aii-Khebhach et Ait-lzdeg (Mai 1902i.
Ordre d*en Ire tenir de bons rapports avec les voisins d Algérie, de n'avoir aucunes relations avec les Doui-Menia et les Oulad-Djerir qui suivent l'agitateur Bou Amama, de « rester dans leurs limites » et d'obéir aux ordres de Si Mohammed el Guebbas.
Doc. n« 28, Annexe IIJ, p. 42.
Lettre du Sultan à Bou Amama.
Interdiction de se fixer chez les tribus du Sahara et ordre de venir auprès du Sultan.
Doc. n° 28, Annexe IV, p. 43.
Lettre du Sultan à Moulay Hcchid, Khalifa au Taplelt.
Observer le protocole signé avec la France. — Veiller à ce que, dans les tribus Beraber ou Arabes, personne ne parle plus de réunir des contingents en vue de tentatives de désordre, et tenir la main à ce qu'aucune agression ne soit dirigée contre les Algériens.
Doc. n*> 28, Annexe V, p. 43.
§ 9. — Impuissance du Maklizen dans les réglons frontières. ~ Connivence expresse on tacite avec les an^ressenrs de nos territoires.
La politique de collaboration inaugurée parle Protocole de 1901 pour la pacification des régions fronlières exigeait que les deux gouvernements des territoires limitrophes coopérassent sincèrement et efficacement à l'œuvre commune, chacun dans sa sphère d'action propre. Les événements ont montré que d'une part le Makh zen restait impuissant à assurer la sécurité de ses territoires, tandis que le gouvernement français, par respect pour les engagements pris, et sans même exercer tous les droits qu'il tenait des traités, évitait de substituer son action à
celle du Makhzen en territoire marocaia, et s'interdisait ainsi d'assurer la sécurité de nos propres territoires. D'oii Tanarchie toujours croissante des confins algéro-marocains.
Il semble même que, tout en affirmant sa volonté de collaborer à la police des districts frontières et d'exécuter loyalement les protocoles de 1901-1902, — tout en sollicitant même la collaboration militaire de la France contre le Prétendant dans la région d'Oudjda et en nous adressant à cette occasion des protestations d'amitié et de reconnaissance (Voir plus loin, § 3) — le gouvernement chérifien ait favorisé ou toléré l'insubordination et les attaques des tribus indigènes dans les oasis sahariennes.
a) Connivence des autorités marocaines avec les agresseurs de nos territoires.
Attaque du poste de Timmimoun par les Beraber du Taâlelt.
« .... Nos troupes ont donc été, sur notre territoire, l'objet d'une agression de la part de pillards nomades qui avaient formé leur colonne en pays marocain et à qui la complaisance de certaines autorités locales paraît ne pas avoir manqué... »
(i Que la faute en soit imputable au gouvernement marocain ou à quelques-uns de ses agents, il est trop certain que, du côté du Maroc, on n'a pas observé une attitude propre à assurer la tranquillité dans ces territoires.... »
(M. Ùekassé à M. Révoil, 8 mars 1901.) Doc. ao 1, p. 1.
i 8 mars 1901 > — Le gouvernement français adresse au gouvernement marocain une note de protestation complé-
Z,ES BïirATlONS FJIANCO- MAROCAINES 37
tée par les remontrances les plus énergiques au sujet de l'attaque de Timmimoun.
Texte in extenso, Doc. n« 2, Annexe, p. 2.
« Il est impossible que de tels faits se produisent
sans engager directement la responsabilité du Makhzen, soit que certains de ses agents aient montré une complaisance coupable envers les fauteurs de troubles, soit qu'ils n'aient pas eu le pouvoir de se faire obéir, soit encore que leur langage n'ait pas fait suffisamment comprendre aux tribus que le Makhzen réprouvait ces actes comme s'ils étaient commis contre sa propre autorité.... »
Attaques de Taghit et d'El Moungar (17 août et 3 septembre 1905).
Rapport de M. Jonnart à M. Delcassé, !«' octobre 1903 : < Il est parfaitement établi que la petite armée qui a assiégé Taghit, du 17 au 20 août, comprenait, sur 4.000 combattants, 3.000 Beraber et autres habitants du Tafilelt. Or, on sait que cette oasis est Ip pays d'origine de la famille chérifîenne ; elle a actuellement pour gouverneur Moulay Rechid, oncle du Sultan, et le chef même de l'expédition, Mostafa el Hanafi, appartient également à la famille impériale. Les tribus du Tafilelt, à la différence des tribus des Doui Menia, des Oulad Djerir, des Béni Guill^ qui nous avoisinent, sont restées attachées par des liens assez étroits à la dynastie, sans pourtant payer tribut. Il y a un mois, dans le temps même où elles tentaient d'enlever nos postes, elles mettaient 1.500 à 1.800 fantassins à la disposition du Makhzen. Il est donc tout à fait invraisemblable que le gouvernement marocain ait ignoré ce qui se tramait contre nous, d'autant plus que nous mêmes en étions avisés plusieurs semaines avant l'affaire de Taghit. Si Guebbas, qui naguère s'était fort ému de l'incident de Zenaga et avait réclamé de nous le châtiment des coupables, n'a fait aucune mention des derniers événements de la frontière. Quant aux motifs de cette agression, on ne saurait plus les chercher dans la disette. La dernière récolte qui a presque totalement manqué dans notre voisinage immédiat, a été bonne dans le Tafilelt, et la harka de Mostafa et Hanafi était très bien approvisionnée. C'est donc uniquement la haine de l'étranger et du chrétien qui a guidé nos adversaires ; leur déroute devant Taghit, effacée d'ailleurs en partie par
la surprise d'El Moun^ar, n*a certaioeinent pas diminué leur fanatisme, et Ton m*annonce que de nouvelles harkas des mêmes tribus se préparent dans la région du Guir.
u II ne m'appartient pas d*examiner si le fait qu*une véritable guerre sainte est organisée contre nous, au su du Sultan, doit influer sur notre attitude à son égard, mais j*avais le devoir de vous signaler qu*à mon sens la responsabilité du gouvernement marocain est directement engagée dans les récents incidents. »
Doc. n- 125. p. 108.
\ouveau Rapport de M. Jonnart à M, Delcassé, 7 octobre 1903 :
< I^ part prépondérante prise par les tribus du TaGIelt h lattaque
de Taghit résulte de tous les rapports de nos postes du Sud-Oranais
La fidélité des gens du Taille] t à Tégard du Sultan n*a jamais été contestée, le gouverneur de cette oasis est depuis longtemps Moulay Hecbid, grand oncle d*Abd el Aziz. Quant au chef de la harka, Moulay Amar, étant des Cheurfa de Mdaghra, il fait partie de la famille chériOenne.
Un des rapports précités signalait Tenthousiasme soulevé dans le Tafileit par une prétendue victoire du Sultan, et Moulay Recbid envoyait au Makbzen^vers la fin daoût, un corps de 15 à 1.800 fantassins. Cependant je dois ajouter que naguère le même gouverneur du- Tafileit nous a plus d*une fois avisés des mouvements des harkas sur notre territoire.
Le Makhzen pourra, s'il est saisi d*une réclamation, discuter sur tel ou tel point de détail, mais rien ne saurait prévaloir contre deux faits incontestables : 1° la harka a été recrutée principalement au Tafileit, région qui est restée fidèle au Sultan ; 2^ le Makhzen ne nous a pas avisés du rassemblement de cette harka qui, depuis plus d'un mois, se préparait contre nous et qu'il ne pouvait ignorer, les nouvelles circulant au Maroc aussi rapidement qu'en Algérie et nous mêmes étant avisés de ces mouvements. C'est en cela que consiste la responsabilité du gouvernement marocain ; ainsi définie, elle me parait indubitable ».
Doc. no 126, p. 109.
Inaction voulue du Makhzen contre nos agresseurs.
u En ce qui concerne Bou Âmama, comme il est
établi en deçà de la zone frontière délimitée, nous ne pouvons rien contre lui. Le Makhzen^ de son côté, tout en îir'gocianl vi^aisemblablrment avec lui, se déclare in-'
capable d'agir efficacement contre le Marabout.,.. Et cependant le Marabout reste indemne à l'abri de la frontière marocaine puisque nous ne pouvons pénétrer dans cette zone sans protestation du Makhzen et que le même Makhzen y tolère^ sans qu'on ait aucun recours contre lui, la présence de notre ennemi invétéré et r organisation de telles agressions contre nous.... Bon Amama n'hésite pas à se dégarnir de la plus grande partie de son monde et de ses meilleurs guerriers, ce fait est la meilleure preuve qu'il se sait absolument en sécurité à l'abri de la frontière, et assuré que le Makhzen ne tentera rien contre lui... »
{Bapport Jonnart du {^janvier 1905.) Doc. n« 221, p. 194.
«... Dans rétat actuel, les malfaiteurs ont beau jeu,puisque d'une part, nous nous abstenons d'exercer le droit de suite au nord du Teniet Sassi, et que, de Tautre, le Makhzen ne fait rien pour disperser les bandes rassemblées autour du Prétendant et de Bou- Amama — »
{Rapport Jomiart du \i avril 1905.) Doc, n» 240, p. 209.
b) Impuissance du Makhzen sur les régions frontières.
En réponse à nos protestations, et pour sa défense, le Makhzen a plus d'une fois avoué son impuissance à exercer son autorité sur les tribus insoumises des confins algériens. L'impuissance du Makhzen à faire la police de ces frontières, qui ressort d'ailleurs des faits mêmes (Voir supràf 1" partie, § 1", 2* partie, chap. i, § 2) a dû être d'autre part fréquemment constatée par les autorités algériennes.
«... L'amel a reconnu Timpossibilité où se trouve son gouvernement de faire respecter son autorité dans les oasis de la frontière, particulièrement par les habitants de Zenaga.... »
[Rapport Jonnart du 31 mat 1903.)
Après l'attentat de Zenaga, l'amel exprime ses regrets au gouver-
neur général. M. Jonnart dit à ce propos : c ... Je crois lamel de bonne foi, mais j'ai constaté une fois de plus qu'il n a, à Figuig, aucune autorité, et ne dispose d'aucun mçyen d'assurer la sécurité, »
Doc. n« 80» p. 83.
Regrets exprimés par le gouvernement chérifien après l'attentat de Zenaga :
c ... S. M. cbérifienne] m'a ordonné, Dieu la glorifie ! de vous écrire pour vous exprimer ses regrets et son trouble, et vous dire que, si ce fait ne s'était pas produit dans un moment où son gouvernement chérifien est entièrement préoccupé de faire disparaître les vestiges de cet agitateur, comme vous le savez, il aurait pris pour ch&tier ces mauvais sujets et leurs pareils des mesures de répression qui auraient donné satisfaction. Mais le ch&timent ne cessera de les menacer jusqu'au jour où il sera possible, avec l'aide de Dieu.... »
(Lettre de Si Ben Stiman à M, Sainl-Bené Taillandier Juin 1903.)
Doc. n" 88, p. 87.
Affaires de Taghit et d'El Moungar, — Défenses du Makhzen :
Non seulement lautorité effective du gouvernement marocain « ne s'exerce pas sur les tribus au suddcFiguig, mais ces tribus n'ont aucune communication avec la région de Fez, et certains personnages du Tafilelt, qui ont pris part avec les Beraber à l'affaire d'Ël Moungar,constituent, le fait est notoire,un élément de désordre au Tafilelt même, où ils se posent en adversaires de Moulay Abd-el-Aziz ». « .... S'il était en son pouvoir de châtier les tribus qui se sont rendues coupables d'agression, [Sa Majesté] le ferait, mais vous savez que cela n'est pas possible... »
(Rapport du vice-consul de France à Fez, M. Gaillard^ relatant les paroles de Si Ahdelkerrim ben Sliman, 24 novembre 1903.) Doc' n<> 122, Annexe, p. 114.
Inaction et désertion de la garnison deFiguig (Voir plus haut, !'• partie, § 1, c).
Inexécution des accords de 1901 et 1902 par suite de P anarchie marocaine... « ... Ce fait n'est d'ailleurs pas contredit par le gouvernement marocain, et, dans des circonstances récentes, Ben Sliman a rappelé
les événements qui ont compromis Texécution des accords francomarocains... »
{Instructions de M. Delcassé à M, Saint-René Taillandier,
15 décembre i90i.) Doc. no 208, p. 180.
§ 3 — Appel du souTernoment ehértOen à rinterTention mllitatre de la France.
Menacé par les progrès de rinsurrection, le Makhzen sollicite la collaboration militaire de la France, et provoque ainsi incessamment notre intervention sur le territoire marocain.
M, Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 26 avril 1903 :
« ... J'apprends qu'après plusieurs jours de délibération le Makhzen, ne doutant pas de notre assentiment, a décidé d'envoyer immédiatement en Algérie une mission spéciale »... (Le chambellan Er Rekina,le gouverneur de Fez, Âbderrahman ben Abdessadoq et le qaïd El Habbassi).
(t Cette mission débarquerait à Nemours ou Oran, gagnerait aussitôt Marnia, s'y installerait pour étudier la situation...
« Les délégués doivent se présenter devant le ministre de France à Tanger, en a faisant appel à la bienveillance du gouvernement de la République et invoquant l'article l®"" de f accord du 20 avril 1902^ par lequel le gouvernement s'est engagé à prêter, en cas de besoin, son assistance au gouvernement chérifien pour l'aider à consolider son autorité dans les régions frontières... »
Doc. no 64, p. 70.
Accueil de la mission marocaine :
M. Delcassé à M, Saint René Taillandier, !«' mai 1903 : « Je vous autorise à faire savoir au gouvernement ché-
rifien que nous acceptons de Tassister dans son œuvre pacificatrice en accueillant la délégation qu'il se propose d'envoyer sur noire territoire. »
Doc. n« 65, p. 71.
Lettre de Ben Sliman à M, Saint-René laillandier, présentée par Si Ahmed Er Rekina, chef de la mission marocaine :
« ... Je sais que je puis entièrement compter sur votre concours, en raison des engagements anciens et récents conclus entre les deux gouvernements illustres pour la sauvegarde des droits de voisinage. J*espère même que vous étendrez encore le cercle de votre concours et de votre bienveillance en considération de Tévénement actuel qui ne laissera de tranquillité aux deux pays dans ces régions que lorsqu'il y aura été mis un terme. >
Collaboration demandée au gouvernement français :
Assister ces commissaires d*avîs utiles et de conseils fructueux
leur faciliter les moyens de transporter des armes nécessaires... leur
fournir le concours de personnes expérimentées — se prêter à recevoir
les renforts du Makhzen qui se réfugieraient, en cas de besoin, dans
un des postes français, etc.
Doc. n^ 72, Annexe, p. 78.
M, Saint' René Taillandier à M. Delcassé, en communiquant la lettre de Ben Sliman, 19 mai 1902 :
('... Je n'ai pas manqué de dire à Si Ahmed Er Rekina, comme j'y étais autorisé par votre télégramme du l®'de ce mois, que le gouvernement de la République, tout disposé à assister le gouvernement chérifien dans son œuvre pacificatrice, accueillerait avec bienveillance les délégués du Makhzen en Algérie....
« Il est intéressant que le Makhzen consacre ainsi, en les invoquant le premier, ces accords franco-marocains du printemps de 1902. »
Doc. n» 72, p. 77.
Juin i903. — Le chef de la mission marocaine, Er Rekina, et le représentant du Sultan à Tanger, sollicitent d'urgence l'intervention des Français, demandant l'occupation militaire d'Oudjda.
Télégramme de Rekina à Si Torrès : « Gens du Sultan sont très gênés. Occupez-vous d'obtenir intervention des Français. »
Insistances de Si Torrès auprès de M. Saint-René Taillandier pour obtenir une intervention immédiate, tandis que le ministre français réserve la décision de son gouvernement.
Doc. nos 85 et 95, pp. 85 et 91.
Les habitants d'Oudjda, menacés par les partisans du Prétendant, implorent eux-mêmes l'intervention des troupes françaises en proposant de se soumettre définitivement à notre protection. La mission Rekina appuie cette demande.
Doc. n»» 90 et 98, pp. 88 et 93.
Le Makhzen décide cependant qu'il n'y a pas lieu pour le moment de confirmer les demandes de Rekina et de Si Torrès tendant à l'occupation française d'Oudjda.
Doc. no 101, p. 95.
Juillet 1903. — Mais presque aussitôt le Makhzen émet le vœu que nous prêtions un concours discret aux troupes chérifiennes chargés d'occuper Oudjda.
Doc. n» 104, Annexe, pp. 96-97.
Août 1903, — Fourniture par la France du matériel et du personnel d'artillerie réclamés par le Makhzen. — Installation de la section
frontière à Oudjda.
Doc. no» 110, 111 et 116, pp. 100, 101, 104.
Septembre 1903. — Rekina demande au chef de la section frontière que deux bataillons et 500 cavaliers se tiennent à la frontière, prêts à intervenir à Oudjda sur une demande officielle.
Doc. n»s 120, 123, pp. 105, 107.
§ 4. — Politique française d'eiipeetative et de voninterTention.
Malgré l'échec de la politique de collaboration inaugurée entre la France et le Maroc par les accords de 1901-1902, malgré l'inexécution de ces accords par le Maroc, malgré la situation inégale oii nous nous placions en nous imposant de respecter nos propres engagements, en nous abstenant même d'exercer les droits que nous tenions des traités et protocoles, tandis que le gouvernement chérifien,impuissant ou volontairement inactif,laissait grandir l'anarchie sur les confins algéro-marocains, malgré Tinsécurité croissante de nos territoires, malgré les appels répétés que le Makhzen et les populations marocaines de la frontière faisaient à notre collaboration ou à notre intervention militaire, — nous avons suivi, même dans les régions frontières, une politique d'expectative et d'abstention systématique. Lors même qu*il a été contraint, pour réprimer des agressions caractérisées et pour assurer la sécurité des territoires du Sud, d'engager certaines opérations militaires sur les districts marocains de la frontière, le gouvernement français a tenu à maintenir à ces opérations le caractère d'actes de police, et à affirmer sa politique de non-intervention, et vis-à-vis du Maroc, et vis-à-vis des puissances tierces.
M, Delcassé à M. Révoil, 3 mars 1901, après l'attaque de Timmimoun:
«... Pour votre information personnelle, je continue
déjuger hautement désirable que la conduite du Maroc nous permette de rester fidèles à VaUiiude expectante que nous avons adoptée... »
Doc. n» 1, p. 2.
Note de protestation adressée par M. Revoit aux représentants du Sultan à Tanger et à Marrakech, après Tattaque de Timmimoun. 18 mars 1901 :
0... La volonté qu'a le gouvernement de la République de s'abstenir de tout empiétement sur les territoires reconnus au Maroc par ce traité [de 1845] et le désintéressement absolu de ses intentions se sont trop clairement manifestés pour qu il soit permis au gouvernement chérifien de suspecter la sincérité de ses déclarations.., »
Doc. n» 2, p. 4.
M. Révoil à M, Delcassé, au sujet des réclamations à régler avec le Makhzen (affaire Pouzet, attaque de Timmimoun, etc), 17 mai 1901 :
«.... A peu près seuls voisins du Maroc sur terre, en contact avec ses populations le long d'une frontière d'une étendue considérable, bénéficiaires, depuis 1845, d'un traité auquel les tribus marocaines et le Maroc lui-même ont porté de continuelles atteintes, non seulement nous n'avons jamais abusé de cette situation, mais encore nous avons systématiquement négligé les occasions les plus légitimes Aq prendre sur le gouvernement chérifien des revanches ou des avantages que d'autres peut-être se seraient moins facilement résignés à négliger.
« Une si constante loyauté, une modération si tenace placent la France, tant au regard du Maroc que vis-à-vis des puissances, dans une situation si forte et si franche, qu'elle est en mesure d'affirmer sa politique avec d'autant plus de netteté, le jour où le maintien de son prestige et la sauvegarde de ses droits viendraient à l'exiger. »
Doc. n"» 11, p. 9.
Février 1903. — Le gouverneur général de l'Algérie a
renouvelé aux officiers chargés du maintien de Tordre dans les régions sud-oranaise et saharienne les instructions ministérielles à observer en vue ef éviter toute action ou tout conflit en dehors des vues du gouvernement.
[M. Revoilà M. Delausé.Q févner 1903.) Doc. n« U, p. 58.
Inconvénients et dangers de la politiqw: de non-intervention systématique suivie par le gouvernement français sur les confins du Maroc et des territoires du Sud.
M. Révoil à M. Delcassé, 9 février 1903 :
<c... Le soin attentif que j'ai mis jusqu'à présent à me conformer à vos ordres et à les faire observer par tous me permet de vous rendre compte aujourd'hui, sans que cette affirmation puisse paraître excessive, que je crois dangereux pour la tranquillité de ces régions et pour notre politique d'amitié avec le Maroc, de fermer les yeux plus longtemps sur les multiples inconvénients et surtout les dangers d'une prolongation des errements actuels. »
Doc. n« 44, p. 58.
Situation contradictoire des officiers qui doivent h la fois maintenir Tordre, assurer la protection des indigènes, et s*ab8tenir de toute action sur le territoire marocain. La protection de la vallée de la Zousfana, long couloir exposé aux agressions dirigées du Djebel Béchar, reste pratiquement impossible tant que c nous nous interdirons d'aller voir ce qui se passe de Tautre côté de la muraille qui masque nos vues ». — Il serait au moins nécessaire d'accorder à nos makhzens indigènes une plus grande liberté de patrouiller sur le versant-ouest du Béchar.
L'inaction des autorités françaises tend à aggraver Tesprit dlnsou* mission des tribus. Un qald des Doui-Menia non soumis répondait à notre chef d'annexé : « Pourquoi nous soumettrions-nous, vous n'êtes pas venus chez nous ?» — L'attitude à notre égard des Doui-Menia ralliés semble moins franche . — Nous avons cependant à assurer la protection des Doui-Menia et Oulad Djerir, car désormais les autorités marocaines de Figuig se prévalent des protocoles de 1901 et de 1902 pour refuser d'accueillir les demandes et réclamations présentées par ces tribus.
«Je crois devoir me résumer en disant que la situation exige que nous fassions un légitime exercice des droits que nous ont conférés l'accord du 20 juillet 1901 et son application. »
{M, Bévoil à M, Delcassé, 9 février 1903.) Doc. n» 44, pp. 58-59.
Nouvel attentat sur les territoires du Sud. — «... Je ne puis qu'exprimer la crainte d'événements graves, si nous maintenons une attitude passive. Je vous demande d'exercer librement le droit de suite qui nous est reconnu... »
[M, Bévoil à M, Delcassé, 20 février 1903.)
Nouvel attentat contre un convoi d'indigènes Amour par une harka qui s'est réfugiée derrière le Béchar.
« Tant que nous nous intej'dirons votontairement l'accès de la vallée de l'oued Bou-Dib et rexercice des droits de police que le protocole du 20 juillet nous y confère, nous restons exposés à ces razzias qui sont aussi fâcheuses pour notre prestige que pour l'intérêt de nos sujets indigènes. »
(Af. Rèvoil à M, Delcassé, 22 février 1903.) Doc. n» 47, p. 61 .
«... Le chef de l'Annexe de Taghit... ajoute que, si cette situation se prolonge, il prévoit le moment où il ne pourra même plus répondre de la soumission des Doui-Menia ralliés, qui ne trouvent pas chez nous la protection et la sécurilé que nous devions leur assurer.. . »
(A/. Révoil à M. Dekassé, 3 mar$ 1903.) Doc. n° 48, p. 62.
La vallée de la Zousfana reste exposée aux incursions des gens de rOuest. Elle est dominée par un massif montagneux (Moumen-Antar) qui M constitue un véritable balcon, duquel les djichs surveillent tous nos mouvements et fondent sur leur objectif au moment opportun ; leur coup terminé, ils regagnent la montagne où nous nous sommes interdit de les poursuivre. Cette situation durera tant que nous ne contournerons pas ce massif et ne te couperons pas de ses communications avec rOuest. Les butins des derniers coups de main ayant tous été
dirigés sur Béchar et Ouakda, une police active et très mobile dans rOued Bou-Dib pourra seule faire cesser cet état de choses ».
(.V. névoil à M. Delcassé, 2 avril 1003.) Doc. n» 54, pp. 64-65.
Mars- Avril 190S. — Nombreux attentats sur nos confins du Sud-Ouest. <'... Ces coups de maîn répétés montrent que nos voisins de tOuesi prennent pour de la faiblesse nos sentiments de conciliation . QxkOJii^ nos administrés^ ils ne comprennent pas davantage notre mansué tilde... »
{Rapport de M, Jonnari à M. Delcassé, 13 mai 1903.) Doc. n'» 69, p. 75.
Le gouvernement français, contraint par les événements à entreprendre une opération militaire indispensable & Touest du Béchar^ maintient à cette opération le caractère d*une entreprise de police, et s*abstient d*engager à ce propos une c question marocaine i :
Télégramme du Gouverneur Général d'Algérie au Commandant du 19* corpsy autorisé par le Président du Conseil :
« Vous pouvez envoyer sans délai au général Cauchemez des instructions qui autorisent les postes qui seraient menacés par des incursions de tribus marocaines ou dissidentes, à repousser et à poursuivre ces incursions dans le rayon nécessaire à leur défense et à leur protection, c'est-àdire que le Béchar pourrait être contourné et le massif du Moumen fouillé et parcouru, à condition que ces opérations conservent un caractèi^e exclusif de police...
« Je ne saurais trop appeler votre attention sur l'intérêt majeur qu'il y a à conduire ces opérations avec le soin de ne pas provoquer une levée en masse des tribus du Bled- Siba, rendue plus à craindre par l'agitation marocaine ; Une faut à aucun prix^ surtout dans la situation actuelle, paraître engager une question marocaine par le Sud- Ouest. »
Doc. n» 57, p. 66.
Après nouvelles agressions dans le Sud-Ouest, le Conseil des Ministres de France décide qu'il faut réprimer vigoureusement ces actes.
LÉS BBLAtlOMS FRANCO -MAROC AlN£S 49
Il est question d'une exécution rapide, non suivie [d'occupation, contre le qçar de Zenaga.
{M. Deleassé à M. Saint-René Taillandier, \Z mai 1003.)
En adressant la même information aux ambassadeurs français à Londres et à Madrid le 15 mai 1903, M. Deleassé ajoute :
« ... Je crois devoir vous informer de ces projets afin de vous mettre en mesure d'en indiquer, en cas de besoin, le caractère purement défensif. »
Doc. no 71, p. 76.
Nouvelle dépèche de M. Deleassé à M. Saint-René Taillandier , 23 mai 1903 :
« Les mesures militaires mentionnées dans mon télégramme du 13 mai ont été décidées et seront promptement exécutées. Vous aurez à faire en sorte que l'on ne se méprenne pas au Maroc sur leur caractère et leur portée. »
Doc. n* 75, p. 80.
29 mat 1903. —M. Deleassé informe M. Saint- René Taillandier que Tadministration militaire organise des contre-harkas contre les pillards des confins algéro-marocains du Sud. Il ajoute :
« En informant le gouvernement chérifien des dispositions que nous avons adoptées, vous ne manquerez pas de lui donner toutes les assurances nécessaires en ce qui concerne notre ferme intention de respecter le traité de i845j dont les opérations qui se préparent ne sont qu'une application ; vous ajouterez que la seule protection de nos terri-toires nous oblige à exécuter dans ces régions des mesures de police que le gouvernement chérifien, dans les circonstances présentes, est lui-même incapable de prendre. »
Doc. n« 77, p. 81.
« ... Af. Jonnart est en complet accord avec les fonction^ naires marocains de la frontière pour exercer une action qu'ils sont hors d'état d'exercer eux-mêmes... »
(M. Deleassé aux ambassadeurs français à Londres et à Madrid^
2 juin 1903.) Doc. Qo- 83 et 84, p. 84.
C*est dans ces conditioas qu*a été opéré le bombardement de Zenaga , suivi de la capitulation des Qçouriens.
Doc. n«' 83 et 84, p. 8i.
En annonçant au Makhzen le bombardement de Zenaga, le secrétaire de la légation française chargé de cette mission c a fait ressortir le soin qu'avait pris notre gouvernement, tout en remplissant à Figuig une tâche qui eût incombé au Makhzen, de maintenir intact le principe de la souveraineté chérifienne. On s*est montré très satisfait de ces explications... »
Doc. n» 94, p. 90.
Juin 1903. — Sollicité par les représentants du gouvernement chérifien d^intervenir sur le territoire marocain contre le Prétendant et d'occuper militairement Oudjda, le gouvernement français évite d'accueillir immédiatement cette demande.
lo En réponse à la requête de Si Mohammed Torrès, M. Saint-René Taillandier réclame qu'il en soit référé au Makhzen et réserve la décision du gouvernement français.
Doc. n« 85, p 85.
M. Jonnart a fait une réponse analogue aux habitants d^Oudjda qui sollicitaient l'occupation française en offrant de se soumettre définitivement à notre protection .
Doc. n» 00, p. 88.
Cf. aussi Doc. n*> 08, p. 03.
2« M. Delcassé approuve l'attitude de M. Saint-René Taillandier :
« ...Vous avez été bien inspiré de dire à Si Mohammed Torrès que nous ne pouvions répondre à la demande du gouvernement marocain concernant l'occupation éventuelle d'Oudjda avant d'en être saisis par écrit. Il importe que si nous devons être amenés à occuper ce point de l'Empire chérifien, aucun doute ne puisse s'élever quant aux conditions dans lesquelles nous avons pris ce parti et que l'on se rende compte que c'est à la demande expresse du
Makhzen, »
Doc. n<» 87, p. 86.
Informant de ces faits nos ambassadeurs h Londres et à Madrid, M. Delcassé ajoute :
« ... En vous signalant ces pourparlers, je tiens à vous indiquer nettement le caractère de Faction que nous pourrions être éventuellement amenés à exercer. »
Doc. no 91, p. 89.
Le Makhzen décide qu*il n'y a pas lieu pour le moment de confirmer les demandes faites par Rekina et Si Torrès en vue d'une intervention de nos troupes à Oudjda. « Ben Sliman s'est déclaré très reconnaissant de l'attitude k la fois bienveillante et réservée que j'ai gardée en présence de la démarche de Si Torrès.... »
{M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 2i juin 19a3.)
Doc. n« 101, p. 95.
Septembre 4903, — Le général commandant la subdivision de Tlemcen ayant transmis à M. Jonnart la nouvelle demande de Ër Rekina tendant à l'occupation éventuelle d'Oudjda, M. Jonnart s'abstient de prendre une décision et en réfère au Ministre des affaires étrangères ; M. Delcassé répond :
«... Fidèles à notre ligne de conduite, nous ne pourrions examiner utilement une pareille demande que si elle nous était adressée formellement par le Ministre des affaires étrangères du Sultan. »
Doc. no" 120-123, pp. 105-107.
Assistance désintéressée prêtée par la France au Maroc. Concours financier et action civilisatrice.
Tout en s*abstenant de tout acte caractéristique d^intervention, la France a rendu de nombreux services au gouvernement chérifien, en collaborant discrètement à son action militaire, en autorisant le passage des contingents marocains sur le territoire algérien (Voir plus baut, chap. i), en fournissant des instructeurs et des armes aux troupes chériiiennes (Voir plus haut, chap. ii). Elle a prêté aussi au Makhzen son concours financier, et, dès Tépoque antérieure & Taccord franco-anglais, elle projetait d'étendre son action civilisatrice au Maroc, progressivement et lentement, en respectant les mœurs et les croyances des populations.
52 DEUXiAmB partie. — chapitre II
Concours financier prêté au gouvernement chéri fien par les établissentenii français et par le gouvernement français.
Octobre 1902. — Le représentant de la Société française des établis sements Gautsch conclut & Fez un emprunt 6 0/0 de 7 millions et demi.
Doc. n* 32, p. 48.
La Société Gautsch hésitant h poursuivre le placement de Temprunt marocain à raison de la situation critique du Sultan menacé par le Prétendant, le gouvernement français a pu cependant la décider à persévérer dans Texécution du contrat
c... Vous aurez à faire valoir auprès d'Abd-el-Aziz Tamitié sincère et agissante de la France, qui s'est affirmée dans une heure difficile. » (Af. Delcassé à M. Saint-Hené Taillandier, 5 janvier 1903.) Doc. D» 39, pp. 53-54.
Négociations engagées par le gouvernement chéri fien pour la conclusion d'un emprunt de 62 millions et demi. — Appel au concours du gouvernement français. — Voir 1»"« partie, et plus loin, chap. m.
Action civilisatrice de la France au Maroc, Création de services médicaux.
(Y ... Guebbas tient essentiellement à Torganisation, à côté de la mission d'instruction, d'un service médical qui serait dirigé par un médecin français, chargé de donner des soins, non seulement aux réguliers marocains, mais encore aux fonctionnaires chérifiens et aux populations de TAmalat ; une petite infirmerie serait ainsi créée h Oudjda et à Figuig. . .
« Je crois inutile d'insister sur les services considérables que peut rendre à notre influence dans ces régions un service médical bien organisé et largement approvisionné. »
(M. Revoit à M. Delcassé, 12 février 1903.) Doc. n<> 45, p. 60.
Réserve de la France dans son action civilisatrice.
« ... Nous avons acquis ces résultats en ménageant toutes les susceptibilités du gouvernement chéritien. Nous avons tenu notamment le plus grand compte de la haute situation religieuse dont le Chérif est investi et des obligations
morales qu'elles lui imposent envers les populations qui le reconnaissent...
«... Malgré le besoin d'expansion industrielle qui travaille les nations européennes, nous ne mettions pas, on le savait, un zèle indiscret à vaincre certaines répugnances et à hâter Theure où le Maroc s'ouvrirait à la civilisation moderne. Mais le jour oîi le Makhzen accepterait enfin l'idée d'entrer progressivement dans des voies nouvelles, nous n'en serions que plus fondés à compter qu'il s'adresserait de préférence à la grande puissance voisine et amie, toujours prête à lui fournir les ressources dont il aurait besoin... »
(Instructions de M. Delcassé à M, Saint- René Taillandier, 22 juillet 1901.)
Doc. n»21,p. 20.
Accueil fait par le gouvernement chériâen et par les autorités marocaines à la politique bienveillante et discrète de la France.
Obligés fréquemment de solliciter notre assistance militaire et financière, le gouvernement chérifien et les autorités marocaines ont fréquemment renouvelé leurs protestations d*amitié et de reconnaissance vis-à-vis de la France . Mais d'autre part, sans parler des faits qui nous ont permis de croire à Thostilité secrète du Makhzen (voir plus haut chap. Il), le Makhzen a souvent laissé voir sa défiance de l'influence française.
Si Abdelkerrim ben Sliman à M. Saint-René Taillandier, 5 avril 1902 :
« Nous restons fidèles au pacte de votre amitié, pleins de confiance en la noblesse de vos intentions, dans Tappui nautuel pour la consolidation et le raffermissement des liens de pure amitié existant entre les deux augustes gouvernements, et activement dévoués atout ce qui peut rendre inaltérable cette amitié et procurer les résultats intéressant ces deux puissances... »
Doc. n° 26, Annexe, p. 32.
54 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE n
Si ben SUman à M. Saint-René Taillandier, U^ juillet 1903 :
c... J'ai fait part de ce qui précède [autorisations accordées pour le passage des contingents marocains] & S. M. Ghérifienne qui m*a ordonné (Dieu la fortifie !) de vous écrire pour vous exprimer sa gratitude envers le gouvernement ami et pour vous remercier personnellement de votre amicale intervention et de votre appui en vue du maintien des droits de voisinage... t
Doc. n" 104f Annexe, p. 97.
Rapport de M, Jonnart à M. Delcassé, 24 septembre 1903 :
c ... J'ai rendu hier sa visite à l'envoyé du Makhzen [El Guebbas], qui a renouvelé ses protestations de reconnaissance et d'amitié pour notre pays, en insistant particulièrement sur l'obligation qu'il nous avait pour avoir écarté de la frontière les rebelles qui s'étaient réfugiés sur notre territoire... »
Rapport du lieutenant Mougin (commandant par intérim de la section frontière de nos instructeurs à Oudjda), après séjour au camp de la colonne cbérifienne de Taza :
c ... Si el Madani el Glaoui nous a reçus admirablement ; il n'a cessé d'exprimer sa reconnaissance pour le gouvernement français qui aidait moralement et matériellement le Makhzen, qui prenait part aux malheurs et aux joies du gouvernement marocain : f Nous ne saurons jamais trop de gré à votre gouvernement, vous êtes nos alliés, nous marchons ensemble et l'aide de vous tous ici nous le prouve . Si ben Sedira nous a sauvés h Taza ; ce qu'il a fait pour la Mahalla, votre gouvernement le fera en grand pour le Sultan... »
Doc. no 131, Annexe, p. 112.
(V.... Jusqu'à ce jour, notre situation résultant de notre contiguïté territoriale, loin d'être pour nous un avantage, n'a été qu'une source de difficultés et de détriments pour notre influence... » Nos réclamations de frontières ont permis à nos rivaux « d'entretenir à la cour cbérifienne des métiances et des craintes dont notre influence a toujours souffert... »
[Rapport de M. Revoit à Ai, Delcassé, 18 janvier 1902.) Doc. no 24, p. 28.
Le Makhzen demande des canons et des artilleurs expérimentés ,
LES RBLATIONS FRANGO-MAROGAINBS 55
mais c il serait désirable que ces artilleurs fussent des musulmans d* Algérie instruits dans Fart de Tartillerie et dont le costume ressemblât au genre de costume des soldats marocains. Toutefois, s*il est indispensable que certains d'entre eux soient des Français, je désirerais qu'ils portassent un costume du même genre et qu'ils parlassent l'arabe... »
{Si Ben Sliman à M, Saint-René Taillandier, i» juillet 1903.) Doc. no 104, Annexe, p. 97.
«... Nos relations avec Guebbas sont excellentes... mais, puisqu'il se réfère volontiers aux accords franco-marocains, il est permis de remarquer que jusqu'ici nous avons été les seuls k les appliquer. »
{Rapport de M. Jonnart du 24 septembre 1903.) Doc. no 124, p. 107.
c ... Le ministre chérifien des affaires étrangères s'est borné à me dire... qu'il ne voyait pas d'inconvénient à ce que l'on châtiât les Arabes, qu'il tenait seulement h ce que, conformément à notre déclaration, nous n'entrions pas dans les qçour et que, d'une façon générale, nous nous arrangions pour ne rien faire qui fût en contradiction avec les accords de 1901-1902. »
{Rapport du vice-consul de France M. Gaillard, 24 novembre 1903.) Doc. Qo 132, Annexe, p. 115.