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LES RELATIONS FRANCO-ALLEMANDES ET L'ATTITUDE DE L^ALLEMAQNE EN

§ i. — Attitude de la diplomatie française iris-à^iris de l^%.lleiiiai:ne au moment de la eonelosion de l'aeeord f raneo-an^^lais et au moment de la déela^ ration f raneo-espa^nole. — Portée de ees aeeords d'après le ffouirernement français : i^arantie du principe de la liberté du eonuneree international au Maroe.

Si le gouvernement français n'a pas adressé à l'Allemagne une notification officielle de Taccord franco -anglais, notification qui n a pas été faite davantage aux autres puissances non participantes à Taccord, il est incontestable aussi qu'il n'a pas systématiquement affecté d'ignorer r Allemagne au moment des négociations franco-anglaises, mais a donné aux diplomates allemands, avant et après la conclusion de l'accord, des explications courtoises, précises et loyales, qui paraissent avoir été alors accueillies comme telles.

De même, après la déclaration franco - espagnole, le gouvernement français a informé le gouvernement allemand de ce nouvel accord, en affirmant à cette occasion, d'une façon catégorique, que le principe de la liberté du commerce international demeurerait rigoureusement res-

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pecté au Maroc, que Taccord franco-espagnol, en corroborant i^accord franco-anglais» consacrait et garantissait encore ce principe, et qu'il devait ainsi donner toutes salisfactions aux intérêts économiques de rAllomagne.

a) Accord franco anglais.

Conversation de M. Delcassé avec le prince de Radolin, mars 1904.

M, Delcassé à M. Bihourd, ambassadeur de France à Berlin^ 27 mars i904 :

« Je crois utile de vous rendre comple d'une conversation que j'ai eue avec Tambassadeur d'Allemagne, à ma dernière réception diplomatique. Le Prince de Radolin a m demandé à me poser une question indiscrète ». Est-il vrai, a-t-il dit, qu'un accord ait été signé ou soit sur le point d'être signé entre la France et l'Angleterre? J'ai répondu : « Rien n'est signé ni sur le point de l'être. Mais nous causons depuis assez longtemps avec le Cabinet de Londres pour le règlement amiable des questions qui intéressent nos deux pays ; l'entente a été reconnue possible, et il est probable qu'elle finira par s'établir....

« On dit qu'il est question de Terre-Neuve ?» — « Nous en avons parlé en effet.» — « Et du Maroc ?» — < Aussi.Mais vous connaissez déjà notre point de vue à ce sujet, et j'ai eu l'occasion de vous répéter ce que j'avais dit précédemment à la tribune du Sénat et à celle de la Chambre. Nous voulons maintenir au Maroc Tétat politique et territorial actuel, mais cet état, pour durer, doit manifestement être soutenu et amélioré. Au seul cours de Tannée dernière, le Maroc nous a offert, par des agressions répétées, de fortes et légitimes raisons d'intervention. J'ai résisté, mais chaque fois avec plus de peine, aux naturelles exigences de ceux qui voulaient venger le sang versé et de ceux qui

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prétendaient aller chercher au Maroc même des garanties pour le respect de notre frontière algérienne et pour la tranquillité des populations qui Tavoisinent... Le Sultan a pu déjà se convaincre de l'efficacité de notre aide sur les points où il nous Ta demandée. Il s'agit de la lui continuer. Mais elle lui sera donnée de telle sorte que tout le monde en bénéficiera, notamment au point de vue des transactions commerciales que ne pourra que favoriser rétablissement de la sécurité, qui est un des premiers besoins du Maroc. Il est superflu d*ajouter que, sous quelque forme que nous soyons amenés à prêter assistance au Sultan, la liberté commerciale sera rigoureusement et entièrement respectée....» Le Prince de Radolin a trouvé mes déclarations très naturelles et parfaitement raisonnables et m'a remercié vivement de les lui avoir faites.

« Vous pourrez, dans vos conversations avec le Ministre des Affaires étrangères, vous inspirer de cet entretien. »

Doc. n« 142, p. 122.

Ck)ininunicatioD faite de ce télégramme aux ambassadeurs de France à Londres, Saint-Pétersbourg, Rome, Vienne et Madrid.

Doc. n« 143, p. 123.

Dépêche de M. Delcassé à M. Bihourd, 16 avril 1904 :

« Je vous prie de me faire connaître si vous avez eu Toccasion d'utiliser mon télégramme du 27 mars dernier. »

Doc. n» 147, p. 125.

Dépêche de M. Bihourd à M. Delcassé, 17 avril 1904 :

c< L'occasion ne m'a pas encore été off*erte d'utiliser avec le baron de Richthofen votre télégramme du 27 mars. Il n'y a pas eu de réception depuis plus de quinze jours. »

Doc. n* 149, p. 126.

Dépêche de M. Bihourd à M, Delcassé, 18 avril 1904 :

wSi Votre Excellente m'y autorisait, je croirais bonde profiter demain de la réception diplomatique pour entre-

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tenir M. de Richthofen, sans attendre ses questions, de la déclaration anglo-française et particulièrement de la liberté commerciale garantie par Tarticle 4 . »

Doc. n» 151, p. 128.

Dépêche de M, Delcassé à M. Bihourd, 18 avril 1904 :

Vous pouvez parfaitement répéter au secrétaire d'Etat, dans la forme qui vous paraîtra la plus convenable, les déclarations que j'ai faites il y a trois semaines au Prince de Radolin sur les arrangements anglo-français. Il ressort avec évidence de la lecture de ces arrangements que lord Lunsdowne et moi nous nous sommes exclusivement préoccupés de servir les intérêts de nos deux pays, sans porter atteinte aux intérêts existants d'aucune puissance.

Nous pouvons le déclarer sans ambage et d'ailleurs sans nous en excuser, parce que c'est la vérité et que notre dignité n'en saurait souffrir.

Doc. no 152, p. 120.

Dépêche de M, Bihourd à M. Delcassé, 27 avril 1904 :

a J'ai vu hier le baron de Richthofen ; je lui ai dit que j'avais apprécié le langage du Chancelier lorsqu'il a reconnu, devant le Reichstag, que Tentente franco-anglaise n'était dirigée contre aucune puissance et ne menaçait aucunement les intérêts commerciaux allemands. »

Doc. no 155, p. 131.

b) Déclaration franco -espagnole.

Dépêche circulaire de M. Delcassé aux Ambassadeurs de la République française à Saint- Peler sbour g ^ Berlin^ Vienne, Rome, Washington, 6 octobre 1904 : porte à la connaissance de nos représentants diplomatiques le texte de la nouvelle déclaration .

«... Cette déclaration devant être publiée demain soir, veuillez en donner au préalable connaissance au gouvernement près duquel vous êtes accrédité. »

Doc. nM87, p. 164.

LES RELATIONS FRANCO -ALLEMANDES 8l

Dépèche de M. Bihourd à M. Delcassé, 7 octobre 1904 :

« Conformément aux instructions contenues dans votre télégramme d*hier, je viens de faire connaître au baron de Richlhofen notre accord avec TEspagne au sujet du Maroc. Il m'a demandé si j'étais en mesure de prévoir la portée de cet accord au point de vue des intérêts commerciaux de l'Allemagne^ qui le préoccupent particulièrement. Je lui ai répondu que la déclaration franco-anglaise du 8 avril dernier offrait toutes garanties sur ce point, et que l'adhésion de FEspagne ne pouvait les modifier. »

Doc. n« 189, p. 165.

Dépêche de M. Delcassé à 3/. Bihourd, 8 octobre 1904 :

ft Vous avez eu parfaitement raison de dire que l'adhésion de l'Espagne à la déclaration franco-anglaise du 8 avril ne peut modifier les garanties que cette déclaration offre à la liberté commerciale. Ces garanties sont et demeureront intactes : vous pouvez l'affirmer, »

Doc. no 190, p. 166.

Dépêche de M. Delcassé à M, Bihourd, 12 octobre 1904 :

« Les déclarations que j'ai faites au Prince de Radolin en mars dernier et dont je vous ai donné connaissance, ont mis le gouvernement allemand au courant de nos intentions en ce qui concerne le Maroc. Il a eu dès ce moment l'assurance qu'an point de vue des transactions commerciales tout le monde bénéficierait du nouvel ordre de choses qui allait s'établir,et que la liberté du commerce serait rigoureusement et entièrement respectée. La publication de la déclaration du 8 avril n'a pu que le convaincre que ses intérêts commerciaux, loin d'être atteints par notre accord avec l'Angleterre, trouveraient au contraire dans cet arrangement de sérieuses garanties. Il s'en est d'ailleurs si bien rendu compte, qu'il a demandé à l'Angleterre de lui assurer en Egypte les avantages commerciaux

que nous avons stipulés pour nous et qui sont exactement les mêmes que ceux dont TAUemagne pourra bénéficier au Maroc.

« Notre accord avec l'Espagne est conçu dans le même esprit.

(( En obtenant l'adhésion du gouvernement espagnol au principe de la liberté commerciale inscrit dans la déclaration du 8 avril, tious avons encore augmenté les garanties dont jouira au Maroc le commerce international. C'est ce que vous pouvez déclarer à M. de Richthofen avec la plus grande netteté. »

Doc. no 191, p. 166.

Dépèche de M, Bihourd à M. Delcassé, 14 octobre id04 :

Suivant les instructions de Votre Excellence, j'ai porté à la connaissance du Baron de Richthofen le texte de la déclaration franco-espagnole relative au Maroc. Le secrétaire d'Etat m'a marqué l'intérêt exclusivement économique que TAUemagne attachait aux affaires marocaines. Je lui ai immédiatement répliqué que la déclaration franco anglaise du 8 avril dernier stipulait la liberté commerciale et que la déclaration franco-espagnole ne pouvait^ selon moif modifier les garanties déjà offertes au commerce intemationaL Votre Excellence ayant bien voulu approuver mon langage, je n'ai pas manqué lors de la réception diplomatique suivante, de renouveler mes assurances en les fortifiant de votre autorité.

Doc. no 192, p. 187.

Voir encore, sur la question de la liberté du commerce au Maroc, au paragraphe suivant, la dépêche de M. Bihourd, Doc. n^ 153.

§ 19. — Attitude et déclarations du ffouTeraeiueiit allemand au moment de la conclusion de l'accord franco-anglais .

Quelques jours après la publication de laccord francoanglais, le Comte de Bûlow, Chancelier de l'Empire, déclara à plusieurs reprises, dans l'enceinte du Reichstag, que cet accord ne devait ni compromettre la paix internationale, ni léser les intérêts allemands ; que, spécialement, la déclaration relative au Maroc ne portait aucune atteinte aux intérêts économiques que l'Allemagne avait en ce pays, qu'il ne pouvait êlre question de « mettre flam berge au vent » pour poursuivre au Maroc non seulement la juste protection des intérêts mercantiles de l'Allemagne, mais une politique d'acquisitions territoriales.

Les déclarations faites par le Chancelier de l'Empire au mois d'avril 1904 avaient paru si catégoriques et si sincères que l'on comprend l'étonnement que l'intervention allemande de 1905 a provoqué dans le public, en France notamment. Il faut noter cependant, pour être rigoureusement impartial, que dès 1904, nos diplomates ne s'arrêtaient pas à la lettre des déclarations du Comte de Bûlow, et qu'ils envisageaient l'éventualité de l'intervention de l'Empereur au Maroc.

Déolaratlons faites au Reichstag le 12 avril 1904, par M. le Comte de Bûlow, Chancelier deTEmpire.

• .. Nous n'avons aucune raison de supposer que cet accord soit dirigé contre une puissance quelconque. Ce qu'il paraît constituer, c'est une tentative de faire dispa-

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raitre une série de différends existants entre la France et l'Angleterre, au moyen d'une entente amiable. Nous rCavons au point de vue des intérêts allemands^ rien à y objecter. Nous ne saurions, en effet souhaiter nne situation tendue entre la France et l'Angleterre qui serait un danger pour la paix du monde, dont nous poursuivons sincèrement le maintien. En ce qui concerne spécialement le Maroc^ qui constitue le point essentiel de cet accord, not/5 sommes intéressés dans ce pays, comme (Tailleurs dans le reste de la Méditerranée^ principalement au point de vue économique. Nous avons /«, avant tout, des intérêts commerciaux ; aussi avons-nous un intérêt important à ce que le calme et l'ordre régnent au Maroc. Nous devons protéger nos intérêts mercantiles au Maroc, et nous les protégerons. Nous n'avons aucun sujet de redouter qu'ils puissent y être méconnus ou lésés par une puissance quelconque.

Déolaratlons faites au Reiohstag le 14 avril.

... « M. le député Bebel a aussi parlé d'un isolement de l'Allemagne. Il paraît redouter que nous ne marchions au devant d'une solitude complète. Je lui réponds que nous nous trouvons en de solides liens d'alliance avec deux grandes puissances, en relations amicales avec cinq autres, que nos rapports avec la France sont calmes et pacifiques, et, autant que cela dépend de nous, le demeureront... Le comte Reventlow a prétendu que l'accord anglofrançais, et spécialement la partie fondamentale de cet accord, celle qui se réfère au Maroc, avait été accueillie en Allemagne avec un sentiment de confusion et de découragement. Il estime que nous n'aurions pas dû souffrir que d'autres puissances s'assurent au Maroc une plus grande influence que nous. Gela ne peut signifier autre chose que ceci : nous devons nous-mêmes exiger une partie du Maroc. Je voudrais me permettre de poserau comte Reventlow une simple question. Le comte Reventlow

convient certainement avec moi que si un grand Empire, comme l'Empire d'Allemagne, formule une telle exigence, il doit nécessairement en poursuivre coûte que coûte la satisfaction. Qu'aurait maintenant à me conseiller M. le comte Reventlow si une exigence de ce genre se heurtait à une résistance ? Je ne dis pas qu'il est certain qu'elle se heurterait à une résistance, je ne dis pas que c'est vraisemblable, je dis seulement que dans des questions aussi graves, on ne doit pas perdre de vue aucune éventualité* M. le comte Reventlow me donnerait-il le conseil de mettre tlamberge au vent? »

Déclarations rapportées par M. Bihourd, d'après le compte rendu officiel des débats du Reichstag.

(M. Bihourd à M, Dekassé, 17 aorU 1904.) Doc. n» 150, pp. 127-128.

M, Bihourd à M. Delcassé, 21 avril 1904:

c ... Je ne pense point que Ton doive s'attacher trop strictement à ces déclarations [les déclarations du Comte de Bttlow au Reichstag], si l'on veut rechercher l'orientation de la politique allemande au Maroc.

« J'incline à penser que, dès son retour, l'Empereur imprimera à sa politique plus d'activité et de hardiesse. Il y sera poussé par son caractère, par le désir de montrer que l'Allemagne n'est ni isolée, ni désarmée. Il tentera donc, j'imagine, d'intervenir dans le règlement de la question marocaine, soit indirectement, en influençant les dispositions de l'Espagne, soit directement en demandant pour le commerce allemand le traitement accordé à celui de l'Angleterre.

« En ce qui concerne les garanties que pourrait réclamer l'Allemagne pour son commerce au Maroc, elles se résument toutes dans la liberté qu'assure l'article 4 de la déclaration du 8 avril. Et c'est pour soutenir cette thèse incontestable que j ai demandé à Votre Excellence l'autorisation d'aborder le sujet avec le Baron de Richthofen. Des journaux prétendent : 1° que les effets de la déclaration sont limités aux deux puissances signataires et que, pour s'en prévaloir, l'Allemagne devrait intervenir dans l'accord ; 2° qu'en tout cas la liberté commerciale n'est garantie que pour trente années et que pareille restriction crée au commerce allemand un préjudice dont il devrait d'ores et déjà réclamer la réparation pécuniaire. Je ne négligerai pas

de répondre à ces allégations, qu'il est bon de ne pas perdre de vue,

lorsque je pourrai le faire dans des conditions favorables.

« L engagement réciproque pris par la France et TAngleterre n'étant

h aucun degré privatif, Tégalité de traitement en matières douanière

et fiscale ne peut manquer en effet de s'étendre à toutes les puissances

en relations d'affaires avec le Maroc. »

Doc. n* 153, p. 129.

§ 3. — ManlfeiiitatloiiA d'opinion en Allemagne à propon de l'aeeord f raneo-aniplalff .

Tandis que le gouvernement allemand déclarait officiellement que raccord franco-anglais ne devait en rien léser les intérêts allemands, les Associations patriotiques ou coloniales d'Allemagne,en plusieurs résolutions et adresses, proclamaient la nécessité pour l'Allemagne de faire obstacle aux progrès de la puissance française au Maroc, et de réclamer au Maroc, le cas échéant, des territoires de peuplement et des stations navales. On peut dire par suite que, dans une certaine mesure; la politique inaugurée en 1905 par le gouvernement allemand a été provoquée par les manifestations de l'opinion allemande, mais aussi que les protagonistes de l'expansion germanique à outrance ont préconisé, au profit de l'Allemagne, une solution de la question marocaine plus brutale encore que la « Tunisification » soi-disant projetée par la France : le démembrement territorial de TEmpire chérificn.

RésolutioD votée à Esslingen par les Pangermanistes Wurtembergeois, le 20 mars 1904.

« Plaise au gouvernement impérial de mettre à profit la silnation actuelle pour développer les intérêts économi-

ques de rAlIemagne au Maroc, notamment par Tenvoi d'expéditions en vue de recherches et d'études économiques. Comme la plupart de nos colonies sont peu susceptibles d'extension, comme, au contraire, le Maroc peut devenir une colonie dépeuplement et d'agriculture, en même temps qu il serait un point d'appui des plus précieux pour notre flotte sur une route de navigation des plus importantes, il est désirable que le gouvernement impérial fasse le nécessaire^ au cas oii le statu quo ne pourrait être maintenu au Maroc, pour s'établir dans la région Ouest de ce pays^ où déjà le négoce allemand occupe une situation considérable, souvent même prépondérante, et pour que notamment Oualidia et Agadir soient occupés, comme précédemment Tsingtau en Chine, afin de démontrer et d'affirmer nettement la sphère d'intérêts allemands dans ce pays. ))

Commentaire de notre ambassadeur à Berlin :

Les discours qui ont précédé le vote de cet ordre du jour ont mis en lumière les avantages d'une colonisation au Maroc et ont énergiquement insisté sur le droit et le devoir de TAUemagne de prendre part au partage du Maroc, s'il venait à s'imposer et à s'accomplir.

Doc. n° 141, p. 121.

Adresse au Chancelier de l'Empire, votée le 27 mai 1904, à Stettin, par TAssemblée coloniale allemande.

« En présence de la situation inattendue que l'arrangement franco-anglais crée au Maroc, l'assemblée coloniale juge nécessaire que le gouvernement impérial entreprenne des démarches pour obtenir ce qui suit : 1° tant que durera au Maroc l'état de choses présent, la liberté commerciale sera garantie dans toute sa plénitude, et les droits politiques et économiques des sujels allemands y résidant devront être sauvegardés de façon expresse ; 2** au cas où le statu quo serait modifié en faveur de la France, TEmpîre allemand devrait recevoir des compensations 0.11 moins

égales à raccroissement de la puissance française, compensations correspondant à la fois à l'importance de ses intérêts économiques dans le pays, aux besoins qu'a sa ûolte de points d* appui maritimes et ^\xx besoins d'expansion de sa population. »

Commentaire de notre ambassadeur à Berlin :

u Le Comte Pfeil, qui s'était chargé de faire le rapport sur la question, a dit que TËinpire avait encore la possibilité de mettre la main sur une terre où l'Allemagne pouvait prospérer ^ qu'il fallait diriger vers le Maroc les 32.000 émigrants qui vont chercher fortune aux Etats- Unis tous les ans qu'enfin, au point de vue politique, le Maroc

était à Theure présente le seul point d appui dont pourrait se servir la marine allemande pour maintenir, en cas de complications internationales, le libre passage entre l'Atlantique et le canal du Suez. »

(J/. Bihourd à M. Delcassé, 30 mai 1904.) Doc. n» 162, p. 136.

Résolution votée à Tananimité par l'Union pangermanique à Lûbeck.

Rapport de notre ambassadeur à Berlin^ 3 juin 1904: < La manifestation de la Société Coloniale allemande au sujet du Maroc, dont ma lettre en date du 20 mai dernier a donné connaissance à Votre Excellence, a été bientôt suivie dune résolution encore plus catégorique, votée à l'unanimité par l'Union pangermanique, dont la réunion annuelle avait lieu ces jours-ci à Lubeck. D'après cette réso lution, dont le comte Pfeil s'est encore fait le promoteur, l'assemblée réclame au nom des intérêts politiques et économiques de l'Allemagne l'acquisition de la côte atlantique du Maroc ; elle se déclare blessée de l'humiliation subie par l'Empire, qui n'a pas été consulté au moment des négociations franco- anglaises ; elle somme le gouvernement de saisir l'occasion qui lui est offerte de faire prévaloir les prétentions allemandes et de prendre pied solidement dans i* Empire du Makhzen. »

Doc. n» 166, p. 138.

La presse allemande en 1904,

Extrait de la Gazette de l'Allemagne du Nord (Revue de la politique extérieure de la semaine], rapporté par M. Bihourd (Dépêche à M. Delcassé du 25 mars 1904) :

« Autant qu'on peut jusqu'à présent s'en rendre compte, les intérêts

allemands ne pourraient être touchés par les échanges de vues relatifs au Maroc. En raison de l'assurance réitérée et donnée ofûciellement du côté français que la France n'a en vue aucune conquête, aucune occupation, mais poursuit bien plutôt Touverture du Sultanat du Nord-Ouest africain à la civilisation européenne, il y a lieu de croire que les intérêts commerciaux de l'Allemagne au Maroc n'ont aucun péril à redouter. A propos de ce problème, il n'y a donc pas lieu, au point de vue allemand, d'envisager avec des yeux malveillants Fentente franco-anglaise actuellement en œuvre. »

Doc. n» 141, p. 121.

M, Bihourd à M, Delcassé, \2 avril 1904.

« On peut dire que la presse allemande se montre^ dans ses principaux organes^ favorable aux arrangements franco-anglais récemment conclus. L'entente entre les deux grands pays lui apparaît comme un nouvel et puissant élément de la paix générale, digne à ce titre du bon accueil de l'Allemagne....

« Au point de vue exclusivement allemand, la presse n'a jusqu'à présent arrêté son attention particulière que sur celui des arrangements qui concerne le Maroc. Elle l'envisage avec un calme dont la Gazette de V Allemagne du Nord adonné, à deux reprises l'exemple ; elle reconnaît que la France s'eng i jeant à maintenir, durant une assez longue période, la liberté commerciale et se chargeant de faire régner en ce pays l'ordre, la sécurité et la régularité financière, les intérêts commerciaux de l'Allemagne n'ont rien à redouterde la réalisationde nos visées. »

Doc. n° 145, pp. 123 et 124.

M. Bihourd à M. Delcassé, 3 juin 1904 :

« ... L' Export difôrmef d'après les correspondances qu'il se fait envoyer du Maroc, que les Marocains refusent les marchandises françaises et que le sentiment anti-français augmente chaque jour parmi eux. Les négociants allemands doivent tirer parti de cette situation, former une union et augmenter leurs relations avec le Maroc pendant

les trente années de liberté commerciale quMls ont devant eux. Le gouvernement impérial se trouvera ainsi oblige' (f intervenir en faveur des intérêts allemands.

« Tout en notant les diverses manifestations dont je viens de parler il importe de ne pas en exagérer la portée. La presse sérieuse a eu soin de rappeler la réalité des faits ; le Courrier de la Bourse, parlant de la résolution deTUnion pangermanique, déclare que c'est un devoir patriotique de signaler la légèreté et Tinsouciance de ces manières d'agir.

Quant à la déclaration beaucoup plus importante de la Société coloniale^elle a été discutée avec soin par la Gazette nationale^ qui donne un tableau du commerce respectif des puissances avec le Maroc et montre que les échanges de l'Angleterre, qui n'a réclamé ni territoires ni ports, sont sept fois plus considérables que ceux de rAUemagne. « Pour une importation de 2 à 3 millions de marks, même si elle devait se doubler ou se tripler, l'Allemagne ne peut pas entrer en conflit avec la France. » La même note est donnée par la Gazette de la Croix : les gouvernements devront veiller à ce que leurs droits soient respectés au Maroc, dit-elle en résumé ; quant à l'avenir, c'est-à-dire à ce qui se passera dans trente ans, il est un peu tôt pour y penser. »

Doc. n* 166, p. 139.

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