LA CRISE MAROCAINE
La « Question marocaine »'n'a pas été créée par l'initiative des puissances qui, par politique d'expansion commerciale ou territoriale, ou dans le but désintéressé de propager la civilisation européenne chez les musulmans de TArrique nord-occidentale, auraient tenté la pénétration pacifique ou violente du Maroc : elle est née de la crise interne de TEmpire chérifien. et du trouble apporté par Tanarchie croissante de TEmpire aux transactions entre l'Europe et le Maroc, à la sécurité des résidents européens et à la sécurité des colonies limitrophes.
Oise politique de l'Empire ebériflen.
a) L'insurrection de 1902 et la lutte avec le Prétendant.
Octobre 1902, — Mécontentement latent des populations. — Attaque du souk de Meknès par des cavaliers Beraber. — Agitation chez les tribus de la région de Taza. — Assassinat de M. Cooper, missionnaire anglais à Fez. — Le Makhzen s*apprète à quitter Fez.
{M. Saint-René Taillandier à M, Delcassé, 31 octobre 1902.)
Doc. n» 33, p. 48.
Décembre 1902. — Le mouvement insurrectionnel de Taza a un caractère religieux et politique. L'instigateur en est le chérif Bou- Hamara, qui s'est fait proclamer Sultan par la tribu des Riata sous le nom de Moulay Mohammed ben el Hassen, — le nom du propre frère de Moulay Abd el Aziz actuellement en surveillance à Meknès.
Doc. n- 34, p. 49.
Ëchecs successifs des troupes chériûennes contre les partisans du
prétendant Bou-Hamara.
Doc. n»' 35, 36, 37, pp. 51-52.
Janvier 1903. — Opérations de Bou Hamara aux abords de Fez. — Succès remporté par les troupes chérifiennes (29 janvier).
Doc. n»' 38 à 43, pp. 53-56.
Rapport du vice-consul français à Fez sur l'état de l'insurrection et sur le chef de ce mouvement, 12 janvier 1903 : Bou-Hamara n'est pas chérif comme il le prétend, mais il tâche de mettre à profit sa ressemblance avec le frère du Sultan, Moulay Mohammed, pour parvenir au pouvoir. 11 se présente aussi comme < celui qui fait la guerre sainte au nom de Dieu ». — Le mouvement aurait cependant un caractère politique plutôt que religieux.
Doc. D° 41, Annexe, pp. 55 et 56.
Mars 1903. — Succès des troupes chérifiennes.
Doc. n» 49, p. 62.
LA GRISE MAROGAINB Ô
^ Avril 1903, — Rêvera subis par les troupes chérifieanes qui se
réfugient à Melilla.
Doc. O*" 58 et 61, pp. 66 et 68.
L'insurrection progresse dans le Riff, et jusqu'aux abords mêmes de Tetouan et de Tanger.
Doc. n^ 61 et 62, p. 68 et 69.
Mai i903> — Progrès du Prétendant vers la frontière algérienne.
Doc. n* 69, p. 73.
Etat interne de r Empire chéri fien,
((.... Très fort pour agiter un pays où des favoris malavisés ont ruiné l'autorité du souverain, Bou-Hamara ne parait guère en situation de parvenir au sultanat. 11 semble en avoir le sentiment puisqu'il a jugé
bon de revêtir une personnalité d'emprunt Ce n'est donc pas à un
prochain changement de régime que parait devoir aboutir probablement la crise intérieure qui va toujours s'aggravant. C'est plutôt à un état prolongé et de plus en plus accentué, d'anarchie, d'agitation, de petites guerres intestines. . . »
{Rapport de M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 19 mai 1903.)
Doc. no 72, p. 77.
Juin 1903. — Le Prétendant menace Oudjda. Il y a nommé un amel et a invité les tribus à marcher sur la ville en razziant.
Doc. n» 98, p. 93.
Le Prétendant est allé camper sous les murs d'Oudjda (26 juin) . Toutes les tribus de l'Est seraient gagnées à sa cause.
Doc. no 100, p. 94.
22 août 1903, — Echec subi par la cavalerie de la mahalla de
Taza.
Doc. n»» 129 et 130, p. 111.
Octobre 1903. — Le Sultan abandonne la campagne <f à cause de la mauvaise saison » et se retire sur Fez : c'est l'abandon du pays entre Fez et la Moulouya.
Doc. n« 117, p. 104.
4 PRBMIERB PARTIE
Janvier 1905. — Défaite des troupes chérifiennes aux abords d^Oudjda.
Doc. n« 217, p. 191.
29 janvier 4905. — La mahaUa chérifienne repousse Bou-Hamara
et Bou-Amama.
Doc. no 222, p. 195.
Awil i905. — Une nouvelle attaque contre Oudjda est repoussée.
Doc, n«' 241 et 252, pp. 210 et 21S.
/•' juillet 1905. — Vive attaque du Rogui contre les contingents chérifiens, aux abords d'Oudjda. Succès des troupes chérifiennes.
Doc. n» 283, p. 248.
b) Les progrès du brigandage.
Le développement du brigandage est l'un des phénomènes les plus caractéristiques de l'anarchie politique d'un Etat. Parfois m^me les bandits en viennent à substituer leur action à celle des autorités locales pour la police des territoires qu'ils dominent. C'est ce qui s'est passé au Maroc, notamment dans la région de Tanger.
. Après l'enlèvement de l'Américain Perdicaris et de l'Anglais Varley, le brigand Raissouli, pour consentir la libération des prisonniers, a offert au Makhzen des conditions qui n'étaient pas « matériellement inexécutables », mais qui étaient « le renversement de l'ordre public » puisqu'elles tendaient « à faire punir des fonctionnaires fidèles de destitution, d'emprisonnement, de confiscation, Qt d'autre part, à récompenser une bande de brigands par l^attribution d'une sorte de petit fief »...
LA CRISE MAROGAINB D
f Finalement le Makhzen a dû accepter les conditions
suivantes :
\^ Révocation el remplacement du Pacha de Tanger ;
3** Retrait de la mahalla de Tanger ;
k^ Mise en liberté de certains prisonniers détenus à Tanger;
5** Nomination de Raissouli comme gouverneur des villages dont il a demandé l'autonomie ;
6** Promesse de relâcher certains rebelles emprisonnés ;
7** Promesse d'emprisonner ... les gens dont Raissouli demande l'arrestation.
Doc. no 167, p. 139.
c Par suite d'un effacement de plus en plus marqué des autorités locales, la situation empire progressivement dans les environs de Tanger Le Makhzen en est venu à y chercher un appui sur Raissouli, qui perd d ailleurs son influence et qui est tenu en échec par son ancien
lieutenant t
Doc. n» 210, p. 184.
«... Depuis quelques jours, le chérif Raissouli remplit ouvertement les fonctions de gouverneur de la province du Fahs : la juridiction du Pacha de Tanger se trouve, de ce fait, réduite aux limites de Tenceinte de la ville.
« Le frère du nouveau Qatd, qui est, paraitil, son Khalifa, tient ses assises et rend justice sur le grand marche , h quelques pas des murs de Tanger.
«.... Hier, Raissouli a fait donner Tordre aux soldats marocains qui gardent mon habitation d'avoir à se retirer, affirmant que lui seul prendrait dorénavant la responsabilité d'assurer Tordre et la sécurité.
« J'ai cru nécessaire de demander des explications au représentant du Sultan. Celui-ci m'a répondu qu'il attendait une lettre de Fez pour notifier officiellement aux Légations la nomination du Qaïd Raissouli ; mais que, d'ores
et déjà, nous pouvions considérer ce Ghérif comme le véritable gouverneur de la province du Fahs....
« On n'est pas d'accord sur les motifs qui ont pu engager le Makhzen à charger du rélablissement de V ordre celui qu'on nommait hier encore un illustre bandit.
« Quoi qu'il en soit,les mêmes hommes qui ont procédé. Tété dernier, à l'enlèvement de MM. Perdicaris et Varley sont aujourd'hui désignés pour maintenir Tordre dans la banlieue de Tanger et dans les quartiers où se trouvent la plupart des Légations et des habitations européennes... »
(M, de Chérisey à M, Delcassé, 17 avril 1905.) Doc. no 244, p. 213.
c) Désorganisation et incapacité des troupes chéri fiennes. — Efficacité du concours des officiers et sous-officiers étrangers.
Février 1904. — Les restes des Mahallas chérifiennes menacent de se dissoudre par suite de non-paiement de la solde.
Doc. no 140, p. 120.
Juillet 1904. — La garnison de Figuig, n'ayant pas reçu de solde depuis plus de deux mois, a abandonné Toasis et cherché asile & Béni Ounif. Le capitaine Berriau, chef de l'armée, est intervenu en conciliation entre Tamel et ses soldats et a décidé les déserteurs à rentrer à Figuig, sous condition d*étre payés d'ici quelques jours.
Doc. n* 180, p. 158.
La garnison marocaine de Hguig : « Composée d*un certain nombre de jeunes gens, dont quelques-uns n*ont pas plus de 14 ans, et de quelques vieillards, ce détachement n'aurait aucune aptitude guerrière. Les hommes qui en font partie passent leur temps dans le qçar d'Oudaghir, au café maure ou sur le banc de pierre le mieux
exposé au soleil. . . »
(M. Jonnari it M. Delcassé, 18 novembre 1904.) Doc. no 203, p. 174i