La question mexicaine et les intérêts français
. Depuis plusieurs mois, on parle beaucoup du Mexique en France. Les événements récents dont il a été le théâtre vont, pour la première fois peut-être, mettre officiellement en opposition les intérêts des Etats-Unis avec ceux des nations de la vieille Europe. La question mexicaine est devenue une question d’intérêt mondial ; elle fait l’objet déjà d’études nombreuses et de discussions multiples ; on parle, on cite des chiffres, on conte des anecdotes, on se livre aux conjectures ; on énonce, sur ce sujet, des vérités précises et l’on répand aussi de graves inexactitudes.
Le Mexique est mal connu en France. Pendant de longues années on lui a fait une confiance presque aveugle et aujourd’hui on serait à deux doigts de lui témoigner la plus injuste des méfiances.
Pour ma part, j’ai suivi de très près, et depuis longtemps déjà, son évolution constante. Les séjours que j’y ai faits chaque année depuis bientôt cinq ans m’ont profondément attaché à ce merveilleux pays et c’est précisément ce sentiment de sincère attachement ^ qui m’a amené à écrire la brochure que je présente aujourd’hui au lecteur.
Si je contribue par cette étude à éclaircir un peu, à ses yeux, une question capitale qu’il n’a pu qu’en- J trevoir au travers des câbles d’Amérique et des études t hâtives de nos journaux, mon ambition sera pleine- J ment satisfaite.
J’ai voulu, en premier heu, me débarrasser de toute
idée préconçue et me garder de toute partialité à l’égard des deux grands partis politiques qui divisent aujourd’hui le Mexique.
J’ai voulu n’être ni « Huertiste » ni « Constitutionnaliste », et pour atteindre ce but je me suis attaché à n’envisager les choses qu’au seul point de vue des intérêts de mon pays, au seul point de vue des intérêts français.
J’ai voulu qu’on sache à quel chiffre atteignaient précisément ces intérêts que j’envisage.
J’ai voulu qu’à la veille, sans doute, de graves débats parlementaires, chacun puisse réfléchir, devant la complexité et l’énormité des intérêts en cause, aux conséquences que peuvent avoir, soit une parole imprudente, soit une affirmation hasardée, soit encore une appréciation trop hâtive.
J’ai voulu qu’on se demandât si, parce que le Mexique traverse une crise politique très grave et très réelle, il faut semer l’inquiétude chez tous ceux qui lui ont fait crédit.
Alexis CAILLE.