‹ La question mexicaine et les intérêts françaisChapitre 2 sur 10 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Intérêts français au Mexique.

ourquoi la France doit se préoccuper de la question mexicaine.

La question mexicaine préoccupe un nombre considérable de Français. Après une très longue période de tranquillité parfaite que ce merveilleux pays a mis à profit pour arriver à un extraordinaire développement économique, le Mexique se trouve, depuis bientôt trois ans, livré, presque sans répit, aux luttes intestines les plus graves.

Après être arrivé à s’assurer dans le monde entier un crédit que lui enviaient sans doute, non seulement beaucoup d’autres républiques de l’Amérique latine, mais encore quelques gouvernements européens, le Mexique a donné de très réelles inquiétudes à tous ceux qui lui avaient fait la plus large confiance. Propriétaire d’un domaine foncier doté des richesses de tous ordres, ce pays avait vu affluer les capitaux nécessaires à la mise en valeur de ses ressources agricoles, minières ou industrielles. Il les avait d’ailleurs admirablement fait fructifier et la crise actuelle risque d'interrompre une vie économique intense où le prêteur comme l’emprunteur trouvaient toujours un bénéfice largement rémunérateur.

„es emprunts mexicains introduits en France dépassent

4 milliards.

Parmi les puissances de la vieille Europe qui ont ainsi servi de banquiers au Mexique, la France tient assurément le premier rang.

En effet, si on essaie, tout d’abord, d’établir le montant des valeurs mexicaines introduites en France, on arrive au tableau ci-dessous (1) :

Cote officielle.

Mexique 4 0/0 or 1904 Fr. 207.200.000

4 0/0 or 1910 280.275.000

Banque Centrale Mexicaine.. 67.500.000

Banque de Guanajuato 7.500.000

Banque de l’Etat de Mexico 7.500.000

Banque de Londres et Mexico 58.750.000

Banque Nationale du Mexique 79*. 438. 250

Crédit Foncier Mexicain, actions... 12’. 500. 000

— obligations 41.120.000

Foncière du Mexique, actions. 26!. 500: 000

— obligations.. 31.500. 000

Nationaux du Mexique, actions 625.000.000

— obi f gâtions. . 152. 810 . 000

Mexico Tramways 54 . 186 . 000

Boléo 12 . 000-. 000

El Büen Tono 9.750.000

Fr. 1.668,529.250

(1) Ce tableau a été établi en prenant pour chaque valeur le taux d’émission ou d’introduction et le nombre des- titres- inscrits à la cote française:

Il n’est pas douteux, que les: résultats d’un semblable relevé sont très approximatifs. Tous les titres qui y figurent ne sont pas demeurés en France et un grand nombre d’entre eux furent introduits au-dessous du pair.

Toutefois, un pareil travail conserve une complète valeur d’indication, car un bon nombre des titres qui y sont inscrits furent introduits avec prime, ce qui compense la: première objection. D’autre part, si un grand nombre de ces titres ne sont pas restés en France, le nombre: est plus grand encore des affaires mexicaines- qui ont fait appel -aux. capitaux français et dont les titres n’ont été cotés que passagèrement ou même ne furent jamais cotés.

Marché en banque ,

AguascalienteS' 5 0/0 1910 Durango 5 0/0 1907

•Mexique 5- 0/0 int

— 3 0/0 int

— 5 0/0 or 1399. . .

Industrielle d’Atlixco

Las Dos Estrellas

Mexican Eagle pref

— ord

Mexico Mines of El Oro . .

Fr. 3.380.000

Fr. 2.530.884.375

Rappel du total des valeurs inscrites À la cote officielle. . -Fr. 1.668.529.250 Au marché en banque 2.350.884.375

Fr. 4.019.413.625

Disons tout de suite que si ce chiffre supérieur à quatre milliards ne laisse pas que d?être impressionnant,. on doit reconnaître que l’épargne française n’a pas fait au Mexique un crédit excessif. Les événements en ont fourni une preuve éclatante puisque trois années de révolution n’ont pu que faire fléchir les cours sans amener, dans un groupe aussi considérable, les perturbations graves qu on pouvait craindre.

Si maintenant, à côté de ce chiffre d’intérêts purement financiers, on estime à cinq cents millions les capitaux français engagés dans les affaires industrielles et commerciales, on ne saurait encore être taxé d’aucune exagération.

Les intérêts commerciaux de la France sont également considérables.

On sait que tout le commerce de la nouveauté est entre les mains de la colonie française émigrée de Barcelonnette, notre petite ville des Alpes. Ce commerce de la nouveauté est détenu à Mexico par une

série de maisons énormes représentant chacune des millions et quelquefois des dizaines de millions de piastres. A Orizaba, la grande fabrique du Rio-Blanco appartient aux magasins en question. Si l’on songe maintenant aux autres affaires industrielles : brasseries, fonderies, chemins de fer secondaires, etc., etc., on se rend compte de la modestie de ce chiffre de cinq cents millions.

Enfin, il est presque impossible de fixer par un chiffre la valeur du débouché que le Mexique constitue pour un grand nombre de nos industries et en particulier pour nos industries de luxe.

Ce bref exposé suffira à démontrer à quel point la question mexicaine peut préoccuper tous les Français.

La France se doit à elle-même d’avoir, dans la question mexicaine, une politique personnelle.

Il montrera aussi pourquoi la France est dans la nécessité d’avoir une politique mexicaine toute personnelle et comment elle se doit à elle-même de ne laisser aucune puissance de l’Europe ou du Nouveau-Monde empiéter sur les droits que lui donne une semblable situation ni se substituer à elle pour l’accomplissement des devoirs qui en découlent.

Il est donc nécessaire que l’opinion publique en France se fasse une idée très nette des événements qui surviennent au Mexique et de toutes leurs conséquences possibles. Jusqu’ici, les éléments nécessaires à la simple compréhension des faits lui ont manqué et notre but sera précisément d’apporter un peu de lumière dans une question que plusieurs confrères ont appelé déjà, avec un peu d’exagération, « fimbroglio mexicain ».

Il convient d’accueillir avec réserve toutes les informations de source américaine.

Pour y parvenir, il faudra tout d’abord nous mettre en garde contre tout ce qui risquerait de fausser notre jugement.

Il nous faudra donc accueillir avec réserve la plupart des nouvelles qui nous arriveront du Mexique par la voie américaine, car nous démontrerons par la suite que les Etats-Unis ne peuvent pas être impartiaux dans leur appréciation des événements actuels. Ils ont trop d’intérêts en jeu pour conserver une parfaite liberté d’interprétation et, d’autre part, le seul fait qu’ils se trouvent en contact direct avec les éléments révolutionnaires répandus surtout dans le nord du Mexique, les entraîne à envisager la situation sous le même angle que celui qui, des deux partis en présence, est leur plus proche voisin.

Ceci posé, nous éviterons soigneusement d’aborder les questions de politique intérieure. Les affaires du Mexique nous intéressent, je le répète, dans la mesure seulement de nos intérêts particuliers. Nous n’avons pas à intervenir dans les querelles intestines en dehors de cette mesure. Les questions de politique intérieure mexicaine doivent se régler entre Mexicains.

Pour nous, le meilleur gouvernement est celui qui. saura ramener l’ordre et permettre la libre évolution économique d’un pays sur l’avenir duquel nous sommes en droit de compter en raison même du crédit considérable que nous lui avons consenti.

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