‹ La question Michel ServetChapitre 4 sur 5 · IV. — L'Apothéose de Servet s'imposait-elle · texte numérisé non relu

IV. — L'Apothéose de Servet s'imposait-elle

S'il ne s'était agi que de célébrer, chez Servet, une érudition très réelle, l'étonnante curiosité de son esprit, peut-être n'aurait-on pas songé à lui préparer une apothéose. On pourrait dire, en effet, qu'assez d'hommes illustres, écrivains, inventeurs, savants incontestés, nés en Suisse ou en France, y attendent encore un monument, et qu'il n'y a pas de raison de « statufier » d'abord un étranger. A quoi il serait non moins aisé de répondre que « la science n'a pas de frontière », qu'il est bon de l'honorer partout, et donc, que rien n'empêche d'ouvrir la série par l'Espagnol Michel Servet, sauf à faire ensuite ce qu'on pourra pour les gloires nationales ou locales...

Raisons j30Mr et contre sont tirées ici de points de vue, d'impressions, de circonstances particulières, et ne dispensent pas des considérations suivantes :

1. — Il serait bon de se demander si Servet n'est pas « un penseur critique, un investigateur empirique » (Harnack), un amateur universel, comme l'étaient beaucoup d'écrivains de la Renaissance, avant d'être un savant, au sens très spécial que l'on prête aujourd'hui à ce mot. Pour avoir donné une bonne édition de Ptolémée, pour l'avoir enrichie de notes et de tables, peut-il disputer à plusieurs de ses contemporains, Sébastien Munster, Œrtel, par exemple, l'honneur d'avoir été le plus fameux géographe de son temps ? Même Oronce Fine (1), malgré ses préjugés, osait déjà secouer l'autorité de Ptolémée, que la fin du siècle verra bien ébranlée. — Le mérite, en particulier, d'avoir créé

(1) Cf. L. Gallois, De Orontio Finœo gallico geographo Paris, 1890.

la géographie comparée ne demeure-t-il pas, du reste, au xix*' siècle, à Alexandre de Ilumboldt, surtout à Karl Ritter ?

Aussi bien, c'est sur un autre terrain, plus favorable assurément, que l'on cherche à glorifier le « savant ». 11 aurait entrevu — le premier — la petite circulation ou circulation pulmonaire : la ReaLencijclopedie de Hauck (1907) dit même : la double circulation !

Qu'y a-t-il de certain là-dessus ? Les doctes ne s'accordent pas absolument entre eux (1). Il y a du pour et du contre...

A. — Pour : — C'est un fait que la Christianismi 7?es/î7a^iO contient au premier traité, 1. V, sur le Saint- Esprit, trois pages où il est question de la formation et de la circulation du sang.

Dans ces pages qui excitaient l'admiration de Flourens (2), Servet expUque « que le sang sortant du ventricule droit passe dans les poumons par la veine artérieuse (artère pulmonaire), qu'il s'y mêle à l'air inspiré, qu'il s'y décharge des matières « fuligineuses », et qu'en se versant dans l'artère veineuse (veine pulmonaire), il est attiré dans le ventricule gauche pour former ce qu'il appelle « l'esprit vital » après Galien. Il sait donc que les deux ventricules ne communiquent pas et que le sang subit dans les poumons une élaboration importante (3).

(1) V. par ex. la discussion Chéreau-Dardier, op. cit. de Tollin

(2) journal des Saoantx, avril 1851.

(3) Voici, d'après le fac-similé de la Christ. Restit., seul à notre portée, les lignes importantes du texte latin : « ...Fit autem communicatio hœc non per parietem cordis médium, ut vulgo creditur, sed magno artiticio a dextro cordis ventricule, longo per pulraones ductu, agitatur sanguis subtilis, a pulmonibus praeparatur, llavus efficitur ; et a vena arteriosa in arteriam venosam transfunditur. Deinde in ipsa arteria venosa inspirato aeri miscetur, expiratione a luligine repurgatur... A pulmonibus ad cor non simplex aer sed mixtus sanguine mittitur per arteriam venosam : ergo in pulmonibus fit mixtio. Flavus iile color a pulmonibus datur sanguini spirituoso, non a corde. In sinistro cordis ventriculo non est locus capax tantae et tam copios;u mixtionis nec ad flavum elaboratio illa sufïîciens », pp. 170-171.

C'est un second fait que l'Italien Colombo n'a décrit ensuite plus exactement dans le De re anatomicn, le même phénom(^ne (|u'en 1559, six ans après la mort de Sepvet ; tjue Vesale ntî parle qu'en 1555 de Timperforation du cœur (1) quoiqu'il ait pu la découvrir avant.

B. — Contre : — C'est un fait aussi que Colombo ne cite pas Servet et qu'il croit apporter sur la marche du sang,des données que personne, dit-il, n'a « observées ni marquées par eeri^.» Cette inexactitude est-elle aussi un mensonge V Et ce mensonge couvre-t-il un plagiat ? Avant d'admettre une hypothèse si défavorable, il est naturel de réfléchir et d'hésiter. D'autant plus que si Colombo a pu, en toute rigueur, « plagier » la Christ. Restit. après 1553 (2), d'autres savants, des Italiens surtout, et au même titre que lui, auraient pu avoir ce livre, s'apercevoir des emprunts, protester enfin, sinon en faveur de Servet, puisqu'on veut invoquer ici la crainte de l'Inquisition, du moins contre l'attribution que Colombo se faisait ainsi de la découverte. Harvey, qui mourut en 1658 et passa la plus grande partie de sa vie en Angleterre, n'avait, semble-t-il, rien à y redouter de l'Inquisition !

Quant à la comparaison des textes de Colombo et de Servet, vraiment elle prouve peu : les tours et les mots employés dans les deux descriptions, loin qu'ils soient identiques, présentent une similitude assez lointaine, et qu'expliquerait suffisamment la nécessité de traduire les mêmes faits dans un langage technique, au moyen d'un vocabulaire réduit.

C'est un fait moins sur que la doctrine de Galien aurait conduit Servet à la découverte : toutefois notons, à titre au moins de curiosité, qu'on imprima, chez Gryphe, à Lyon, en 1538, une traduction du i)ena^Mra

(1) RiCHET, R. D. M., 1" juin, 1879.

(2) Mais, dit M. Tannery, professeur au Collège de France, « il est peu probable que les écrits théologiques de Servet, qui paraissaient clandestinement, aient été connus de Mateo Bealdo Colombo de Crémone ». Hist. gén. de Lavisse et Rambaud, t. IV, p. 321.

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hominis (1) de l'évêquc Némésius (v*^ siècle) qui s'inspire de Galieii. A cette date surtout, Servet put et dut le lire : or, dans ce livre, au milieu de vues très générales et qui n'atteignent pas la précision descriptive de Servet, il y a déjà des détails curieux et suggestifs sur les phénomènes connexes à celui de la circulation.

Peut-être la découverte était-elle dans l'air : l'apparition des écrits de Servet, Colombo, Vesalc, à quelques années de distance, suggère cette impression. Servet aurait alors simplement recueilli une doctrine d'école, en train de se faire jour, au moment où lui-même étudiait et avait encore la facilité de voir et d'expérimenter, avec ses maîtres (2).

Ce qu'il y a de plus grave, c'est l'examen intrinsèque des passages où Servet explique la circulation pulmonaire. Nulle part il ne donne cette explication comme une nouveauté ; s'il avait cru dire quelque chose de nouveau, lui, médecin, jadis en discussion avec la Faculté, ne l'eùt-il pas dit avec ampleur ? Or, c'est dans un livre de théologie, par manière de digression, qu'il aborde ce sujet. « J'ajouterai ici une divine philosophie », déclare-t-il, et cette philosophie porte d'abord sur la formation de l'âme et du sang, de l'âme insufflée de Dieu à Adam, « qui n'est pas principalement dans les parois du cœur, dans la masse même du cerveau et du foie, mais dans le sang, » ainsi qu'il l'aperçoitdans l'Ecriture. — « Vous la comprendrez aisément (cette philosophie), avait-il ajouté aussitôt, si vous avez quelque expérience de l'anatomie (3). »

(1) Nemesii Philosophi clariasimi de natura hominis liber utilissimus, Geogio Valla Placentino interprète, Lugduni apud Seb. Gryphiuin, 1538, surtout p. 113-123, etc. (Le texte original grec de la P. L. de Migne, t. XL, est plus précis.)

(2) Tout en demeurant favorable à Servet, M. Wickersheimer, dans un article récent de la France médicale {1h no\. 1907), parait se rallier à l'idée d'une découverte simultanée ou collective.

(3) « Divinam hic philosophiam adjungam quam facile intelliges si in anatome fueris exercitatus », p. 169.

Quand il [)arle plus loin de la perforation du cœur, c'est comme d'une croyance « vulgaire », ut vulgocreditur, — ce qui n'exclut donc pas, chez les doctes, une croyance opposée. Achevant sa description, il se préoccupe enfin, de rappeler qu'elle ne contredit pas Galien (1).

Conclusion : on ne peut actuellement décider si le doute qui subsiste sera dissipé dans le sens de la présomption en faveur de Servet. Question débattue, question à débattre encore, et dont la solution ne dépend pas seulement de la compétence du médecin, ou de la sagacité du critique, mais de la collaboration de leurs deux méthodes.

2. — Mais, dans l'idée d'un bon nombre d'organisateurs du mouvement en l'honneur de Servet, il s'agit aussi, et davantage, de fêter la « victime du fanatisme ». Sa statue doit s'élever en face des hommes appartenant aux diverses confessions religieusescomme un reproche, en face de tous comme une perpétuelle leçon de choses anticléricale. C'était ce que souhaitait Voltaire pour la jeunesse de Vienne : « Les jeunes gens de cette ville, écrivait-il de Ferney, auront fait un grand pas vers la sagesse, lorsqu'ils commenceront à rougir de ï atrocité de leurs ancêtres à l'égard du malheureux Servet (2). »

Certes, les libres penseurs ont quelque raison de chercher dans l'auteur de la Christianismi Restitutio un précurseur. C'est lui qui, suivant un mot de Harnack que nous avons déjà rappelé, voulut faire faire à la Réforme le pas décisif. Logique avec son système, Servet devait ou demeurer dans le catholicisme ou aller à la libre pensée, en franchissant l'étape du protestan-

(1) « Si quis hœc conférât cum iis quœ scribit Galenus, L. 6 et 7, de Usu partium, veritatem penitus intelliget ab ipso Galeno non animadversam », p. 171.

(^2) Du IG avril 1765 à l'abbé du Vernet.

tisme. « C'est se faire une idée très bornée et très spéculative (le Luther rjue de célébrer en lui l'honime des temps nouveaux, le héros d'une épique ascension, le créateur de l'esprit moderne. Si l'on veut voir de tels héros, il faut aller à Erasme et à ses amis, ou à des hommes comme Denck, Servet et Bruno. Dans la périphérie de son existence, Luther fut une figure de vieux catholique du moyen âge (1). »

Pourtant Servet ne fut pas un libre penseur bon teint. Plusieurs de ses admirateurs paraissent même l'avoir senti, trop de religion réelle se mêlait à ses divagations théologiques pour que sa mémoire s'accommode d'un hommage venu de l'anticléricalisme pur. Cet hérétique ne croyait plus à beaucoup de choses, il croyait cependant à l'Ecriture dont il ne voulait même connaître que le sens littéral, il croyait à Dieu, à Jésus-Christ, aux démons et aux anges. La liberté d'esprit qu'il montrait surd'autres points s'alliait à d'étranges superstitions que ni les hommes vraiment religieux ni les libres penseurs ne voudraient louer : par exemple il fondait sa mission de réformateur sur des rêves et des calculs millénaristes : « Vous avez lu l'Apocalypse de saint Jean, écrit-il à Poupin. Vous y trouverez qu'il est question des hommes qui dirigent la lutte, qui versent leur sang pour rendre témoignage au Seigneur. Je sais avec certitude que je dois mourir pour cette cause. »

Émouvante prévision, s^ns doute. Sur quoi se fondet-elle ? M. Schneider l'a noté dans sa conférence de Wiesbaden (2) : « Il lut (dans l'Apocalypse) que trois années et demie ou 1.260 jours, c'est-à-dire, d'après le style prophétique, 1.260 années de jours, le temps de la désolation devait durer, désolation dont le Christ avait déjà parlé d'après Daniel (3). Alors devait recommencer

(1) IIarnack, loc. cit., \). 692.

<2) Schneider, loc. cit.. p. 18.

(3) Servet acceptait l'Apocalypse comme canonique, à l'enconire de Zwingli et de Luther i|ui la déclaraient non biblique.

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la lutte lie saint Michel et de ses anges contre le dragon ( )r lui-même avait reçu au baptême le nom de MicheL{\). Depuis Constantin jusqu'à l'époque où il vivait, plus de 1.200 ans s'étaient écoulés. Donc le rétablissement du Christianisme j3ar Michel était proche. Partant de ces idées, il composa l'œuvre capitale de sa vie : Restitutio Christianismi. »

De là le ton prophétique de nombreuses parties de son livre. Son imagination exaltée, appuyée sur une érudition composite et indigeste, aperçoit le règne, la révélation de l'Antéchrist comme présente — revelatio ejus jam nune prœsens. L'Antéchrist, la Bête, Moloch — lisez toujours : le Pape — luttent contre les saints ; mais la lutte est engagée aussi contre l'Antéchrist, les temps sont révolus et la victoire est chose actuelle — de nostra cictoria. De tout cela, en achevant la Christianismi Restitutio, il dénombre jusqu'à soixante signes distincts.

Enfin la libre pensée ne saurait songer à inscrire au pied de la statue de Servet, ces graves réflexions tracées par lui sous la menace de la mort, et donc sincères, à moins qu'on ne veuille indûment suspecter sa bonne foi en un tel moment : « En toutes les autres hérésies et en tous les autres crimes, n'en a point si grand que de faire l'àme mortelle. Car à tous les autres, il y a espérance de salut, et non point à cestui-cy . Qui dit cela, ne croit point qu'il y a Dieu, ni justice, ni résurrection, ni Jésus-Christ, ni sainte Escripture, ni rien : sinon que tout è mort, et que homme et beste sont tout un. Si j'avais dict cela, non seulement dlct, mais escript publicament pour enfëcir le monde, je me condénarès moy mesme à mort (2). »

La mémoire de Servet s'accommoderait- elle d'un

(1) C'est dans cette pensée qu'il voulut faire commencer l'impression de la Christ. Restit. le jour de la Saint-Michel de l'année 1552.

(2) Cité par M. Herriot dans son discours de Vienne, d'après Saisset. — Ce texte se trouve déjà dans Allwœrden, Historia M. Servet, p. 91.

hommage venu des catholiques ? Assurément non. Pour eux, ils honorent volontiers dans Michel Servet l'érudit, le chercheur, surtout le savant, dans la mesure où il est démontré que ce titre, souvent prodigué, lui est acquis.

Même cette mesupe largement faite, à moins de naïveté ou de duperie, ils ne pourraient participer à la glorification d'un adversaire déclaré de leurs croyances, qui niait leurs dogmes essentiels sciemment, habilement, trop habilement même, car il profita du séjour qu'il faisait à Vienne, sous la protection et presque sous le toit de l'archevêque Palmier, pour composer, écrire, faire imprimer secrètement un livre contraire à la foi reçue dans l'Eglise, foi qui était celle de son hôte et de son ami.

Les catholiques n''en regrettent pas moins les rigueurs auxquelles les mœurs autant que la législation du siècle astreignirent les juges de Vienne. Ils se souviennent, du reste, que Matthieu Ory n'agit que sur une dénonciation extérieure et répétée, après une enquête minutieuse. lisse rappellent la conduite de l'archevêque Palmier qui, non content, semble-t-il, d'avoir pardonné les premières erreurs de Servet, voulut user de modération dans la procédure devenue nécessaire contre l'ami indélicat : — une première instruction déclarée insuffisante, l'arrestation tardive, la prison adoucie, l'évasion probablement facilitée...

Ce n'est pas qu'aujourd'hui plus qu'autrefois les catholiques refusent de croire et de dire qu'il y a de véritables crimes d'idées, dont les victimes sont plus à plaindre que les auteurs, fussent-ils sincères, — crimes qui ont pu être commis avec une conviction ardente quelquefois, mais contre lesquels il faut garder la société religieuse comme la société civile, loin qu'il faille accorder, au contraire, des réparations à celui qui les a commis (1).

(1) M. Doumergue, aux fêtes de Genève (1003), s'est demandé ce qui arriverait si l'Eglise érigeait un jour un monument expiatoire, en riionneur de la Saiat-Barthélemy, de l'Inquisition, etc. — Sur ces

Sensibles au malheur personnel du condamne, émus de pitié profonde devant ses larmes et ses cris, priant Dieu qu'il }as>e la lumiéi'c dans l'intelligence égarée, qu'elle bénéficie du moins auprès de la Miséricorde infinie de son effort vers la vérité, s'il fut loyal, — les catholiques s'inclinent néanmoins devant la triste nécessiti' du châtiment et devant la loi d'expiation : mystère profond que les justices humaines acceptent de fait dans nos sociétés laïques, sans que leurs philosophies parviennent à l'expliquer...

Seulement, alors même qu'ils rappellent ces choses, les catholiques se réjouissent que, de plus en plus, les fautes de l'esprit ne soient atteintes que par des peines spirituelles, que la douceur mieux sentie de l'Evangile ait peu à peu effacé de l'histoire les sévérités des légistes, et que le vieux principe : V Eglise a horreur du sang ne souffre pas de dommage dans nos sociétés contemporaines (1). Bossuet, que rappelle d'Artigny, écrivait un jour : « Le droit est certain, mais la modération est nécessaire. » Les catholiques, avec Bossuet, ne renient pas le droit ; et, pratiquement, ce qu'ils appellent aujourd'hui modération, équivaut, dans un monde où l'unité de foi a disparu, au non-usage du droit de contrainte matérielle.

Restent les protestants. — Libéraux, surtout conservateurs, ilscherchent à définir leur attitude dans la question Servet. Ne dissimulons pas combien le problème

questions, qae n'a pas pour objet la présente étude, on se bornera à renvoyer aux brochures de la collection Science et Religion (Bloud). Rappelons aussi parmi les travaux catholiques : Vlnijuisition de M. Vacandard ; l'art, sur la répression de l'hérésie, dans les Quest. d'hist. et d'archéol. de M. Guirvud. prof, à l'Université de Besançon ; l'art, de Gerin sur Innocent XI et la Réoocation de l'édit de Nantes, dans la Rev. de^ Quest. hist. ; la Saint-Barthélémy de H. de Ferrière, 1892, etc., etc. Quelques tracts populaires, très courts, ont été publiés par le Petit Démocrate de Limoges, par les Questions actuelles, etc.

(1) Cf. Mgr d'Hulst, Conférences de Notre-Dame, 1S95. pp. 3813-387 et Mgr Baudrillart. l'Eglise catholique, La Renaissance et le Protestantisme, p. 222 et sq.

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est embarrassant pour eux. Le double principe, à leurs yeux fondamental, du libre examen et de la tolérance, que la Réforme veut avoir introduit dans le monde, a été nettement violé par un de leurs fondateurs et de leurs chefs le 27 octobre 1558. Par lui, ils reprenaient, au moment même où elle allait commencer lentement de tomber en désuétude dans les gouvernements catholiques, la violente tradition du moyen âge. Calvin, il est vrai, en tenait pour le droit du glaive. N'importe : son rôle d'espion, de délateur déguisé, faisant appel lui, hérétique, à l'Inquisition, son rôle de procureur et de bourreau soulève le cœur. Nous comprenons que l'on reparle de monument expiatoire. Mais alors, et si l'on s'en tient à l'idée de « réparer », ce n'est pas à Saragosse, à Vienne ou à Paris qu'il devrait naturellement s'élever : c'est à Genève.

Quoi qu'il arrive, du reste, du second projet genevois, ons'efforce vainement de concevoir comment laquestion Servet pourrait devenir un bon terrain de propagande protestante.

Et il faut souhaiter, au surplus, que le culte de Servet n'aboutisse jamais, sous prétexte de tolérance, à une explosion nouvelle d'intolérance et de passions antireligieuses.

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