INTRODUCTION
Seize années déjà viennent de s’écouler depuis la conquête définitive française à Madagascar, et pour beaucoup se pose toujours la question de son utilité. On approuve les efforts vigoureux qui ont été faits pour assurer l’évolution économique de ce pays neuf, et, iout en les approuvant, on regrette les sommes énormes dépensées pour le résultat peu encourageant obtenu, dans l’ensemble, jusqu’à nos jours.
Le calme était à peine rétabli dans l’île, après les révoltes si nombreuses qui ont marqué la fin de notre protectorat, que les mesures les plus diverses étaient prises pour faire prospérer rapidement cette nou: velle colonie. Malheureusement on avait à lutter contre des causes multiples d'insuccès : climat peu salubre, main-d'œuvre faible et inexpérimentée, absence presque totale de moyens de transports. Aussi, à l'heure actuelle, malgré tout ce qui a été fait, nous trouvons-nous toujours en face des mêmes difficultés. Elles ne peuvent être vaincues qu’au
Trésoret I
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moyen de capitaux très abondants, après de longues années apportant à la situation d'aujourd'hui de constantes améliorations.
Un coup d'œil jeté sur le commerce général de l'ile de 1896 à nos jours nous permet de nous rendre compte des réels progrès obtenus, mais les chiffres sont encore bien faibles pour un pays dont la superficie dépasse celle de la France (1). Une seule branche de ce commerce pourrait surprendre par son prodigieux développement, l'exportation de Por. Rien n'est plus significatif, en effet, que la progression constante dans la production et l’exploitation de ce métal. On en connaissait l'existence bien avant la
TOTAL x e DES IMPORTATIONS ANNÉES IMPORTATIONS EXPORTATIONS ET
EXPORTATIONS 1806 13.987.031 3.605.051 17.693.882 1897 18.358.018 4.342.432 22.701.350 1898 21.627.817 4.974.548 26.602.365 1899 27.916.616 8.048./00 35.963.022 1900 40.450.213 10.623.869 51.094.692 1901 46.032.759 8.975.473 55 008.232 1902 42.289.036 13.144.440 55.453.476 1903 33.109.191 16.471.198 49° 578.29 1904 26.419.384 19.357.404 63.576 848 1900 31.198.410 22.553 994 53.952.404 1906 24.404.382 28.189.000 52.593.582 1907 37.440.000 27.270.000 64.716.000 1908 30.107 000 23.091 000 53.258.000 1909 34.140.000 33.378.000 67.518.000 1910 33.437.000 45.438.000 78.875.000
conquête (1). On savait vaguement de quelle manière se remplissait brusquement le trésor épuisé de la cour. N’entendait-on pas dire qu'aux moments difficiles le premier ministre ordonnait à son peuple la recherche de l’or dont il était seul maître sur toute l'étendue du territoire, et qu’il faisait extraire par des masses d'esclaves ?
Ces bruits suffisaient pour éveiller la convoitise des peuples colonisateurs et expliquent la conquête. Personne, cependant, ne mettait en doute les difficultés qu'offrirait à la colonisation un pays aussi peu favorisé; mais quelles ressources inépuisables n'élait pas susceptible de procurer à la métropole cette terre que l’on savait aurifère et qu’on supposait riche en métaux de toutes sortes.
Aussi, l'exploitation minière fut la première organisée. Nous n’avons qu’à nous louer de cette prompte mise en état du magnifique champ minier que nous avait procuré l’annexion de la grande ile. Rien ne
sert, en effet, de conquérir le plus magnifique domaine colonial, si tous les efforts de la métropole ne tendent pas à le mettre en valeur dans le plus bref délai. C’est à tel point que M. Giraud écrivait: «Il ne s’agit plus aujourd’hui d'agrandir nos colonies, mais
1. La production de l’époque d'exploitation hova échappe à toute statistique; elle se signalait seulement par une très grande irrégularité. Le seul stimulant de l’activité de cette exploitation était l’état des finances royales.
de les utiliser. On ne saurait trop le répéter : la question coloniale est devenue une question de travaux publics (1). » Madagascar nous offrait une richesse qui pouvait engendrer toutes les autres par le développement de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. Nous en avons un exemple dans la révolution économique de la Californie et de l'Australie causée par les ressources abondantes de leur sous-sol. Le même phénomène s’est accompli récemment pour les États du sud de l'Afrique, qui jusqu'ici, plus ou moins ignorés, sont devenus, tout à coup, le centre d’une vie économique intense.
La métropole ne pouvait que suivre avec le plus grand intérêt les prospecteurs et leurs découvertes, car l’avenir de sa colonie dépendait en grande partie de cette exploitation minière et surtout aurifère, dont elle espérait tirer un important mouvement d’affaires. Elle passait du reste par des alternatives d'espoir et de découragement, reflétant de la sorte les résultats heureux ou malheureux des petites sociétés ou des particuliers venus dans l'ile rechercher la fortune. Elle se fait d’abord leur protectrice en leur donnant une réglementation avantageuse après les premiers résultats ; puis, au fur et à mesure des progrès de l’industrie naissante, elle devient
plus sévère. Quand elle croit à l’existence filonienne