‹ La Question Monétaire en Indo-ChineChapitre 10 sur 80 · SE AUS · texte numérisé non relu

SE AUS

On connaît en outre trois pièces d’argent qui ne cadrent pas avec ce double système : la pièce de 3 ligatures de Tu-Duc pesant 3/5 d’once, la pièce de deux ligatures de Minh-Mang pesant 2/9 d’once, la pièce de 1 ligature de Tu-Duc, pesant un peu moins de 1/5 d’once : mais elles n’ont guère joué que le rôle de médailles de récompense.

Le titre des monnaies d’or et d'argent est assez variable, car il n'y a pas de titre légal. Le plus souvent celles d'argent sont au titre de 0,995 d’argent fin, et contiennent en outre 0,001 à 0,002 d'argent pur. On atrouvé des monnaies d’or qui contenaient seulement 0,805 à 0,808 d’or, avec 0,134 à 0,179 d’argent, soit 0,970 à 0,993 de fin. Du reste, les falsifications sont très fréquentes.

De même, le poids de ces monnaies est assez variable, elles pèsent en général 38 gr. 25 à 38 gr. 50 par luong. Au Cambodge, la barre d’argent de 10 onces, qui s'appelle « vienh », pèse 10 damlong, 2 chi;le damlong pesant comme le luong 37 gr. 55 et le chi r/10 de damlong, le vienh pèse en définitive 385 gr. 05, mais il ne contient pas plus de 10 onces de fin.

Ces monnaies ont, le plus souvent, la forme de lingots quadrangulaires ; cependant, les plus petites ont la forme ordinaire de disques plats. Leur nombre, et la variété de leur frappe rendent impossible ici la description numismatique de chaque

espèce. Mais les grandes analogies qui existent entre elles, permettent de les ramener à quelques types principaux dont la description devient aisée(r).

Les monnaies indigènes de l’Annam et de la Cochinchine peuvent se classer en deux catégories : Les unes portent des inscriptions : aimer ses parents ; respecter ceux qui sont au-dessus de soi; honorer les vieillards ; chérir les enfants. Les autres portent des figures symboliques : le soleil entre deux dragons affrontés ; un dragon de face volant dans le ciel ; dans le ciel parmi les nuages, à l’orient le soleil, à l'occident la lune, puis les cinq planètes posées 2 et3; deux poissons nageant, symbole de la prospérité du peuple et du temps où de sages princes font les peuples heureux. Quelques exemples pris dans ces deux catégories montreront le caractère extrêmement curieux de ces pièces.

Une pièce d’argent, dénommée les « 5 symboles précieux » porte en haut et de gauche à droite: la pièce musicale, l'éventail, la gourde, le cornet, les tablettes littéraires.

Une autre pièce d'argent, & les 8 symboles précieux », porte en haut, et de gauche à droite, la pièce musicale, le soleil flamboyant, le cornet, les deux anneaux circulaires couplés, la branche de corail

1. De Chaudoir. Recueil des Monnaies de la Chine, du Japon, de la Corée, de l'Annam et de Java.

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rouge, les deux banderolles, la gourde, les deux anneaux carrés.

Une pièce d’or porte : sur l’avers, au centre le soleil radié, à la périphérie un grènetis et un ornement composé d’une succession de doubles lignes courbes superposées : au revers, au centre le soleil radié, au pourtour le dragon, à la périphérie grènetis et ornements. Son poids est de 59 gr. 6 ; sa tranche est rayée obliquement.

Les pièces indigènes du Cambodge sont devenues des raretés numismatiques. Celles qui sont antérieures à 1860 portent sur une face un temple antique surmonté de tours, et sur l’autre l’oie sacrée « Hamsa » monture de Brahma. Une pièce d’argent du poids de 15 grammes, appartenant à ce premier type porte : sur l’avers, un temple antique à une porte et quatre baies, surmonté de trois tours, avec sur la porte l'inscription « Royaume de Cambodge »; au revers, l’oie sacrée tournée à droite et diverses inscriptions ; sa tranche est lisse.

Un second lype comprend les pièces qui furent frappées sous le règne de Norodom I‘: elles portent le millésime 1860, année de son élevation au trône. Sur l’avers, l'effigie du roi à droite, et en exergue Norodom Ie, roi de Cambodge, 1860. Le revers présente d’azur à des vases d’or, supportant un glaive antique, la poignée à dextre, entouré d’une couronne de feuilles ; sur l’écu, posée sur deux piques

passées en sautoir, la croix de l’ordre royal du Cambodge, surmontée de la tiare royale, sommée d’une étoile projetant des rayons. Ces monnaies s’appellent «monnaies à tiare et sacrée épée ». L'inscription y est variable selon la valeur de la pièce.

Les monnaies indigènes du Laos sont peu nombreuses. Deux sont fort rudimentaires : le « cauris » qui est formé de deux coquillages, et le « lat » composé de trois lingots de cuivre en forme de barque minuscule de poids et de valeur très variables, ne portant ni dessins niinscriptions. On connaît un autre lat plus travaillé ; la face est chargée de deux poinçons, dont l’un représente un éléphant blanc la tête à dextre : c’est le « Bodhisattva », qui devint le Bouddha ; l’autre, une roue à rochet, dont les dents courbes tournent de gauche à droite et qui symbolise la loi. |

Les Monnaies étrangères

Leur nombre est beaucoup plus restreint que celui des monnaies indigènes. Au moment de la conquête, circulaient déjà en Indo-Chine des piastres espagnoles et mexicaines, des dollars américains, des ducats hollandais.

La piastre mexicaine porte sur la face un aigle, enserrant et becquetant un serpent, posé sur un cactus sortant d’un tertre reposant sur une guir-

Hartenstein < 3

lande de chêne et de laurier ; en exergue «Republica Mexicana » ; au revers, le bonnet de la liberté posé sur un soleil rayonnant, et sur lequel est inscrit le mot & Libertad » ; au-dessous 8 R, une lettre monétaire, le millésime, les deux lettres initiales du nom des essayeurs, et letitre 10 Ds 20 Gs. La tranche est cordonnée. 18 R indique la valeur primitive, huit réaux, ancienne monnaie espagnole et 10 D 20 G, pour dix dineros vingt grains, le titre, l'argent fin étant à 12 dineros. Quant à la lettre monétaire, elle variait selon la station monétaire où la pièce avait été frappée ; on en comptait 12 (1):

As pour Alamis (Etat de Sonora).

C2 — Chihuahora.

C* — Culiacan (État de Sinaloa).

D: — Durango.

G2 — Guadalajara.

G° — Guañajuato.

G° = Guadalupe y Calvo (disparu depüis).

H — Hermosillo.

M° — Mexico.

O2 — Oaxaca.

Pi — Sans Luis Potosi.

Zs — Jacatecas.

Cette piastre était très anciennement connue en Indo-Chine. Maïs avant elle divers types de piastres

1. V.P. J. Bonneville. Traité des monnaies d’or et d'argent, plañches 7 et suiv.

espagnoles y circulaient déjà:la piastre de Philippe V (1700-1746) au type des deux globes, au titre de 0,906 pesant 26 gr. 982 ; la piastre de Ferdinand VI (1746-1759), dite carrée aux deux globes, du même poids que la précédente, mais au titre de 0,903; les deux piastres de Charles III (1959-1788), dont l’une est identique à celle de Philippe V, et l’autre au type des deux torchères, pèse 26 gr. 982, et est au titre de 0,896 ; enfin la piastre de Charles IV (1788-1808), dite aux deux colonnes, de même poids et de même titre que la précédente.

Les dollars américains, ou Qunits » avaient été frappés par les Etats-Unis en 1992 : il y en avait trois types. Une loi du 28 décembre 1834 en créa un quatrième, et une loi du 18 janvier 1837, un cinquième.

Les ducats hollandais, ou « rixdales » qui pénétrèrent surtout dans l’Annam, pesaient 28 gr. 098 ; leur titre était de 0,861. L’empreinte était la même pour chacune des sept provinces unies ; mais l’écussou et le nom différaient : Hollande, Zélande, Gueldre, Utrecht, Frise, Oyer-Yssel et Groningue.

Il faut remarquer que parmi ces pièces beaucoup étaient chargées de poinçons, car les négociants chinois avaient l'habitude de les marquer d’une marque spéciale lorsqu'elles passaient dans leurs mains, pour pouvoir reconnaître par la suite sans nouvel essai les pièces de bon aloi qui leur revenaient.

puis 40 Es Cette pratique ne disparut qu'après la conquête et difficilement. On nommait « chopped-dollars » les pièces ainsi marquées. Enfin, lors de la conquête on trouvait, en Indo-Chine, des fragments des pièces précédentes : un demi, un quart, un huitième de piastre. Ce système destiné à suppléer au manque de monnaies divisionnaires fut rapidement abandonné, car il rendait la fraude trop facile.

Après la conquête les pièces étrangères affluèrent. Nous décrirons d’abord les monnaies métalliques en suivant l’ordre chronologique de leur apparition, puis les monnaies de papier.

Un arrêté du 5 mars 1863 mit à la disposition de la colonie des pièces de 2 francs, de 1 franc, de o fr. 50 de o fr. 10 et de o fr. 05. On en émit si peu que le besoin de monnaie divisionnaire attira des zwanzigers allemands, pièces de 20 kreutzers, et des pièces suisses de 20 et de 10 rappes.

Un arrêté du 10 septembre 1863, autorisa le cours facultatif de toutes les monnaies françaises, et cela, surtout pour étendre à la pièce de 5 francs la mesure prise par l'arrêté du 5 mars 1863, pour les pièces divisionnaires. Mais la pièce ne s’acclimata pas.

En 1867, apparurent en Indo-Chine des dollars de Hong-Kong. Ils portent sur l’avers la figure de la reine couronnée, à droite ; en exergue € Victoria Queen » entre deux grecques continues ; à la péri-

= 4 = phérie un grènetis. Au revers le caractère Tho : en exergue & One dollar Hong-Kong 1867 » ; à l’extérieur un grènetis. La tranche est cannelée.

Dès 1871, les yens japonais s’introduisirent dans notre colonie. Ils s’y sont maintenus longtemps, et on en retrouve encore. Leur modèle principal est le suivant : sur l’avers un dragon volant à trois griftes, entouré d’un grènetis ; en exergue, huit caractères chinois voulant dire : Grand Japon Mei-ji dix-neuvième année (1886), et en anglais 416 one yen 900 ; à la périphérie une fine dentelure. Au revers deux caractères chinois « un yen », entouré d’une couronne de feuilles et de fleurs de kiriet de kiku (chrysanthème) ; en haut, fleurs de chrysanthème à seize pétales ; à la périphérie une fine dentelure. La tranche est cannelée.

Le 15 mars 1852, une nouvelle piastre mexicaine fut admise au cours forcé, c’est la piastre à balance. Elle avait été frappée de 1850 à 1872 dans tous les ateliers monétaires du Mexique. L’avers est identique à celui de l’ancienne piastre mexicaine, sauf qu’il porte sous l'aigle le millésime. Sur le revers un parchemin déroulé portant Pinscription : &« Ley », traversé par une épée, supportant une balance et une main de justice ; le tout est surmonté du bonnet de la liberté sur lequel est inscrit : « Libertad » ; autour, les mots : 1 peso, une leltre monétaire, et

902, 7, la tranche est cannelée,

Le 30 juin 1874, à la demande de l’Oriental Bank et de la Chambre de commerce de Saïgon un nouveau dollar américain fut admis au cours forcé. Sa frappe avait été autorisée aux Etats-Unis par la loi du 12 février 1873, en vue de créer une monnaie qui pût concurrencer les piastres mexicaines dans le commerce avec la Chine et le Japon; c’est le &« Trade Dollar ». 1] porte sur l’avers l'aigle américaine, posée le côté gauche sur une couronne de lauriers, le droit sur des flèches ; en exergue: « United States of America » ; au-dessusla devise : «E pluribus unum»; au-dessous de l’aigle : 420 grains, 900 fine, S (pour San-Francisco), et Trade Dollar. Sur le revers l’emblème de la république américaine représentée par une femme entourée d’un champ d'étoiles, assise sur des ballots, les pieds sur une plage, au bord de la mer, et offrant aux peuples une branche d'’olivier de la main droite ; à la base la devise : « /2n God we trust » appuyée sur une gerbe de blé ; à la main gauche une banderole avec « Liberty » et le millésime en dessous. Le 22 février 1878 la frappe de ce dollar fut suspendue : il en était entré, alors, 35.959.360 en Indo-Chine. Il fit prime de 1898 à 1879. Aujourd’hui il a disparu.

En 1878 on essaya d'introduire les pièces françaises de 1 centime après les avoir fait percer d’un trou rond dans les ateliers de Saïgon, en les réunissant en ligatures de 100. La tentative échoua.

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