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l'unique connaissance du milieu dans lequel elles ont pris naissance. L'influence du milieu, dont on a si fort exagéré l'importance pendant le xix° siècle, ne peut expliquer seule les évolutions au sein de ce milieu ; mais il n’en reste pas moins certain que cette influence existe, et qu’elle apparaît, dans toute question économique en particulier, à un triple point de vue.
Les caractères purement naturels d’un pays, ceux que l’action humaine ne peut modifier, le relief du sol, la composition physique et chimique du fonds et du tréfonds, le régime des eaux, le climat, sont un facteur considérable dans les possibilités économiques de ce pays : ils déterminent la fertilité agricole, la richesse minière, ou ia stérilité des diverses régions, et ainsi fixent les sources et la nature des produits.
La population, par ses caractères moraux et par sa densité, contribue aussi à déterminer la richesse relative d’un pays et de ses diverses parties. Elle est l'élément fondamental du travail et par cela même de la production. Il est du reste remarquable que cette seconde influence se rattache étroitement à celle des caractères naturels du pays. « Ce sont le sol et le climat qui façonnent les races. L'air et les aliments font le corps à la longue : le climat, son degré et ses contrastes produisent les sensations habituelles et à la fin la sensibilité définitive : c’est là tout l’homme,
= 9 — esprit et corps, en sorte que tout l’homme prend et garde l’empreinte du sol et du ciel. » (1).
Enfin la géographie doit être étudiée au point de vuc des relations possibles tant entre les diverses régions d’un pays, qu'entre ce pays et les pays environnants. Ce sont encore des caractères naturels qui influent ici: voies de communication fluviales, existence des agglomérations, situation du pays considéré sur le globe terrestre : mais la volonté de l’homme peut les modifier lentement en créant des routes et des canaux, en développant les relations maritimes, en bâtissant des villes qui attirent vers d’autres points les productions économiques. Ces caractères naturels plus ou moins modifiés par l’action humaine rendent possible tel ou tel commerce et obligent certains débouchés.
Nous chercherons donc ici, après avoir précisé le pays où se pose la question que nous voulons étudier, à montrer, dans un aperçu rapide, l'influence des caractères naturels, du facteur humain, et des possibilités de relation, sur les producteurs, les produits et les débouchés.
L'Indo-Chine Française fait partie, avec la Birmanie et le Siam, d’une vaste péninsule de plus de 2 millions de kilomètres carrés qui s'étend au sud de l’Empire chinois, à l’extrémilé de l'Asie Orien-
1. Taine. La Fontaine et ses fables, 16e édition, 1903, p. 8.
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tale, entre le golfe du Bengale et la mer de Chine, et allonge jusqu'à un degré et demi de l'équateur l’étroite presqu'île de Malacca. Des arrangements internationaux ont défini ses limites continentales : au nord et au nord-ouest elle est voisine de la Chine ; à l’ouest une frontière encore mal déterminée et deux zones neutres la séparent du royaume de Siam (1) ; au sud-ouest, au sud et à l’est, ses côtes s’allongent sur plus de 2.000 kilomètres, tantôt formées des alluvions basses et marécageuses des deltas, tantôt découpées en hautes falaises bordées d’archipels: elles sont baignées par la mer de Chine et le golfe du Tonkin. La forme de notre grande colonie asiatique esl assez irrégulière : très resserrée dans sa partie centrale qu’occupe l’Annam, elle s'élargit à ses deux extrémités pour former au nord le Tonkin et le Laos
. 1. Le traité franco-siamois du 7 octobre 1902 prévoyait la détermination plus précise de cette frontière. Les violentes critiques qui l’accueillirent en France et en Indo-Chine en amenèrent l’ajournement le 25 février 1903. Le traité du 13 février 1904 qui le remplaça, instituait une commission mixte de délimitation. Grâce à l'énergie du commandant Bernard, chef de la mission française, nous avons obtenu certains avantages dans le tracé de la frontière qui est aujourd’hui
- achevé dans deux régions différentes : du golfe du Siam au Grand Lac et à la chaîne montagneuse des Dang-Rek entre le Cambodge et les territoires neutres des provinces de Siem- Reap, d’Ankor et de Battambang ; et au sud-ouest du Laos entre le Siam et le royaume de Luang-Prabang. Ces avantages viennent de nous être ofliciellement reconnus par le traité signé le 23 mars 1907 à Bankok. |
qui s’étendent jusqu’au Yunuan chinois, au sud la Cochinchine et le Cambodge. On comprend encore sous le nom générique d'Indo-Chine Française : les territoires neutralisés des provinces de Siem- Reap, d’Ankor et de Bâttambang, une zone neutre large de 25 kilomètres située sur la rive droite du Mékong, et le territoire de Quang-Tchéou dans la presqu'île de Louei-Tchéou, au sud de la Chine, qui comprend plus de cinq cents villages avec un centre commercial, Tsé-Kam, et un centre militaire, Fort-Bayard. Mais nous ne nous occuperons ici que des Etats protégés du Laos, du Tonkin, de l’'Annam et du Cambodge et de la Cochinchine. Ces cinq régions occupent une surface de 665.500 kilomètres carrés, soit plus grande d’un quart que celle de la France ; elle est ainsi répartie :
Tonkin. MEME 2 LI0.-008/ Km; LAON TE me nat D 090 DO ser ATIDANL IE LE ee NO ME CT DTAO 000 11 Cochinchine 25277 07u7.-60.500 2 Cambodge: "Se Le MNI2O 000
Cette vaste étendue est différenciée par le relief du sol en deux régions fort différentes : les montagnes et les plaines basses.
Les montagnes s’enracinent dans les hauts plateaux du Thibet que l'Himalaya entoure de son abrupte ceinture, € Sur la bordure orientale de
«ces plateaux hauts de plus de 5.000 mètres, des plis- « sements serrés s’amassent, se pressent en faisceau, «puis divergent en éventail vers tous les points de « l'horizon du sud (1). » L'une de ces branches traverse l’Indo-Chine dans toute sa longueur de la frontière du Yunnan à la mer de Chine. Elle recouvre presque entièrement le Laos : au Tonkin, les montagncs très hautes dans toute la région qui avoisinent la frontière chinoise diminuent peu à peu à mesure qu’elles se rapprochent de la mer. Dans les provinces de Song-Tag et de Hung-Hoa elles ne sont plus que des mamelons et des collines qui se nivellent de plus en plus pour s’aplanir le long des côtes en de vastes plaines basses d’alluvions. Puis la chaîne traverse l’Annam : d’abord étalée sur toute sa largeur, elle se rapproche peu à peu dela mer, laissant s’élargir le long de la frontière du Siam la vallée du Mékong ; à Tourane elle à alteint les côtes qu’elle ne cesse alors de surplomber. Mais peu à peu les hauteurs diminuent : sur les limites de la Cochinchine ce ne sont plus que de hautes collines : à Saïgon ce n’est plus qu'une plaine qui vase perdre dans d'immenses rizières sillonnées d’arroyos.
Entre les divers plissements montagneux de cette vaste chaîne, les plaines de l’Indo-Chine s’allongent, suivant le cours des fleuves et des torrents qui les