CHAPITRE IV
Le Commerce extérieur de l’Indo-Chine
Dans son numéro du 2 janvier 1903, La Dépêche Coloniale annonçait à ses lecteurs la nomination d’une commission interministérielle, présidée par M. Pallain, gouverneur de la Banque de France, et qui devait étudier le régime monétaire de l’Indo- Chine et rechercher les modifications qu'il y aurait lieu d'y apporter. Des commentaires d'ordres divers accompagnaient cette nouvelle : nous n’avons pas à les reproduire ici. Ce qu’il nous faut retenir, c’est la conclusion de l’article : « La question, déclarait l’auteur, se résout à savoir quel est le commerce de l’Indo-Chine. Est-il plus important avec les pays à étalon d’or ou à étalon d'argent ? Tout est là. » C’est dans ces termes, en effet, que se pose le problème que nous avons à résoudre. Nous l’aborderons d’une manière toute objective, nous effaçant devant les faits et les laissant parler.
Et, d’abord, quel a été, de 1892 à 1905, le commerce extérieur global de l’Indo-Chine ?... Dans quelle mesure a-t-il progressé ? Notre enquête ne remontera pas au delà de 1892 : C’est, en effet, à dater de cette époque que l'essor économique de notre colonie à pu se dévélopper, la pacification étant, en somme, accomplie.
Dans la période quinquennale qui va de 1892 à 1896 le commerce extérieur de l’Indo-Chine, cabotage et transit compris, mais numéraire déduit,
s'éleva aux chiffres suivants :
1892 195.850.322 francs 1893 22/.570.811 »
D'où il suit que l’année moyenne fut de : 216 millions 019.115 francs, les variations d’une année à l’autre ayant été fort peu importantes. A partir de 1897 au contraire, la progression est rapide, comme en témoigne le tableau suivant qui embrasse la
période quinquennale 1895-1901
1897 257.123.310 francs 1898 208.518.837 »
L'année moyenne « monte » à 383.2/42.896 francs : en augmentation de 56 o/o environ sur l’année moyenne qui l'avait précédée. De tels résultats ont
: F Hartenstein 15
assez de signification de soi, pour qu'il soit inutile de les souligner.
Les chiffres que nous vencns de citer comprennent à la fois, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, les exportations, les importations, le cabotage et le transit : il faut indiquer quelle est la part relative de ces divers éléments; la voici :
Années Exportations Importations Cabotage Transit 1892 95.071.570 fr. 68.630.834 23.423.220 8.724.698 1893 03.874.501 4 68.088.000 53.854.421 8.753.829 1894 103.399.247 & 67.923.105 36.661.506 6.852.289 1899 95.222.301 © 89.018.496 36.661.292 8.586.537 1896 88.809.575 « 81.084.040 38.387.539 9.438.915 1897 115.702.596 & 88.182.991 40.457.801 11.259.500 1898 125.553.314 & 102.444.346 - 55.959.380 12.004.132 1899 137.937.288 & 115.424.494 87.834.657 16.331.275 1900 155.557.800 © 185.850.566 109.423.115 20.591.662 1901 159.799.000 € 202.29).000 138.548.000 30.693.000 Il résulte de ces statistiques que de l'année
moyenne 1892-1896 à l’année moyenne 1897-1901, l'augmentation a été environ de 55 o/o pour les exportations, de 90 o/o pour les importations, de 129 0/0 pour le cabotage et de 166 o/o pour le transit. Essor merveilleux qui a été suivi d'une période de recueillement. Voici, en effet, quel a été le commerce extérieur de l’Indo-Chine de 1902-1905, cabo
tage et transit compris, numéraire déduit, comme il a été dit ci-dessus :
Dans ces totaux, les exportations, les importaüons, lecabotage et le transit figurent respective ment pour les sommes suivantes :
Années Exportations Importations Cabotage Transit’
Il faut observer que de 1892 à 1900 exclusivement, les exportations de l’Indo-Chine avaient toujours été supérieures à ses importations. Par contre, de 1900 à 1905, les importations l'ont emporté sur les exportations. C’est que, dans ce laps de temps, a commencé l'exécution du plan Doumer de 1898, relatif aux grands travaux à faire dans la colonie, et notamment la construction de nombreux chemins de fer. Les matériaux ont été payés avec les fonds provenant de l'emprunt de 200 millions, lequel a été souscrit en France. Au fond, la France a avancé l’ar-
gent nécessaire, mais l’Indo-Chine devra le rétribuer et l’amortir par annuités : de telle façon que, en définitive, ce sera la colonie quisoldera la dépense et non pas la métropole, comme on l’a dit à tort. Par cela même que l'accroissement des importations tient à la cause que nous venons d'indiquer, il semble qu'il sera transitoire.
Nous avons, dans l'exposé qui précède, mesuré mathématiquement les progrès réalisés en Indo- Chine de 1892 à 1905, nous savons dans quel sens et dans quelles limites la colonie a évolué : mais nous ignorons toujours quels sont ses ressources réelles et quels sont aussi ses besoins vrais. Seul, l’examen détaillé des produits exportés et des produits importés peut nous renseigner à cet égard.
Qu'on veuille bien ici se rappeler les conclusions du chapitre I de cette étude. Nous y avons établi que, par suite des conditions du sol et du climat, le produit naturel et nécessaire de l’Indo-Chine était le riz. Il faut dès lors s'attendre à ce qu’il tienne une place absolument prépondérante dans les exportations : ce que démontrent d’ailleurs les statistiques. Le riz étant hors de pair, nous lui consacrerons une enquête approfondie, tandis que pour les autres produits, nous nous bornerons à des indications sommaires, mais, s’il est possible, significatives.
Sur le riz, M. de Lanessan donne des détails intéressants encore qu'ils remontent un peu loin en
arrière. Rappelons-les sans insister. Il observe d’abord que, en 1863, c’est-à-dire l’année de la conquête, l'exportation du riz indo-chinois n'existait pas. Puis, il la suit de 18797 à 1887: voici les chiffres qu'il fournit : En 1877, l’Indo-Chine vend à l'étranger pour 25.000.000 de franes de riz ;en 1881, pour 28.980.000 ; en 1883, pour 57.000.000 ; en 1884, pour 54.000.000 ; en 1885, pour 36.520.000 ; en 1886, pour 36.000.000 ; en 1887 enfin, pour 35.000.000. Une remarque s'impose, c'est que les sommes indiquées ci-dessus ne sont pas absolument en proporlion des quantités de riz exporlées. La valeur de la piastre ayant sans cesse baissé, il n’en reste pas moins que de 1884 à 1887, les exportations de riz tendirent plutôt à diminuer. Elles se relevèrent vivement de 1887 à 1895 : mais c’est, en somme, à partir de cette dernière année seulement que l’Indo-Chine a pris place parmi Ics grands pays exportateurs de cette denrée sous ses diverses formes : paddy ou riz non décortiqué, riz cargo ou mélange de riz blanc et de paddy, riz blanc, brisures et farines de riz. Voici quelques statistiques assez
éloquentes :
Exportation globale des riz de l'Indo-Chine
en tonnes et en francs
Années Tonnes Francs 1805 659.623 69.813.759 1896 569.298 62.097.747 1897 579.160 86.311.761 1898 812.049 97.554.931 1899 894.951 98.295.757 1900 PRE 915.635 1901 911.704 1902 1.115.608 1903 656.018 1904 976.410 108.168.772 1905 622.037 69.489.351
Exception faite pour l’année 1896 et surtout pour les années 1903 et 1905 dont la récolte de riz fut particulièrement mauvaise, les exportations n’ont pas cessé de s’accroître pendant la dernière période décennale : à tel point que, actuellement, l’Indo- Chine vient immédiatement après la Birmanie qui occupe le premier rang dans l'échelle des pays exportateurs.
Nous nous sommes borné à indiquer l’exportation globale des riz de l’Indo-Chine, nous ne l’a-
vons point décomposée d’après les divers pays de provenance : Cochinchine, Cambodge, Annam et Tonkin. Il nous a paru qu'il n’y aurait qu’un médiocre intérêt à le faire, étant donné le problème que nous avons à résoudre, mais il est cependant utile de remarquer que l'Annam et même le Tonkin ne participent que dans une faible mesure à ces exportations.
Et maintenant qu'on veuille bien rapprocher les deux tableaux dans lesquels nous avons relevé d’une part les exportations totales de l’Indo-Chine et de l’autre les exportations de riz, et l’on verra que les chiffres sont assez peu différents. Preuve que nous avions raison de dire que le riz tenait une place hors de pair dans les produits de la colo: nie.
Sur les autres produits que l’Indo-Chine vend à l'étranger, nous serons bref, parce que, relativement du moins, leur importance est modeste. Voici quelques chiffres : Dans la période quinquennale qui s'étend de 1892 à 1896, l’Indo-Chine a exporté en moyenne pour 2.955.000 francs de denrées coloniales (poivres, sucre, thé) et, dans celle qui a suivi — 1897-1901 — pour 7.362.000 francs ; c’est dire que l’augmentation a été de 150 0/0.
Depuis, la progression s’est maintenue : qu'on nous permette quelques détails. L’exportation des poivres de la Cochinchine et du Cambodge a été de :
1'H293M0tHeS Tente PETER NA 1897 2,325 PR EN ol . 1898 2.016 Se D et PP RE CR TE 1809 2 598 D TER M ET MS 1900 2.047 D LT AIR en 1901