‹ La Question Monétaire en Indo-ChineChapitre 72 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Situation monétaire des pays en relations commerciales avec l’Indo-Chine et très principalement des pays de l’Extrême- Orient.

Dans le chapitre qui précède nous avons indiqué avec quels pays l’Indo-Chine avait ses principales relations commerciales. Reste à dire quelle est la situation monétaire de ces pays. C’est, en effet, une loi économique — ainsi que nous l'avons établi — que le régime monétaire d’un peuple finit toujours par être déterminé par celui des peuples avec lesquels s’opèrent ses transactions les plus considérables.

Il n’y a pas lieu d’insister sur le système monétaire de la France et des autres pays d'Europe. Monométallistes or ou bimétallistes, ils sont tous à étalon d’or. Leurs transactions avec l’Indo-Chine se règlent : les exportations en francs, marks, livres. que notre colonie doit acheter à un change onéreux, les impor-

2 a5 5m tations en piastres qu’ils paient en or et d’après leur valeur en or.

Ce chapitre sera donc exclusivement consacré à l'exposé de la situation monétaire des pays d’'Extrême-Orient. Nous la décrirons telle qu’elle est actuellement, sans nous préoccuper des différentes phases par lesquelles elle a pu passer, phases que nousavons, d’ailleurs, pour la plupart, rappelées et appréciées : plus haut. Notre ènquête portera sur les pays suivants : Indes anglaises, Indes néerlandaises, Indes portugaises, les détroits, le Siam, Hong-Kong, les Philippines, le Japon, la Corée et la Chine. Ce sont en effet là, les peuples d’Extrême-Orient qui achètent et vendent à l’Indo-Chine et sur le commerce desquels les statistiques publiées par le Bulletin économique de l’Indo-Chine fournissent des renseignements quelquefois assez précis et détaillés.

10 Indes Anglaises

La baisse progressive de l’argent eut, aux Indes anglaises, de douloureuses répercussions : des maisons de banque importantes durent déposer leur bilan : le budget de l'Etat fut déséquilibré, par suite de la dette or du pays. Des mesures de sauvegarde et d'assainissement s’imposèrent. Nous avons déjà exposé les réformes de 1893 el 1899. Rappelons qu’actuellement l'Inde est bimétalliste, car

elle possède une circulation d’or et d'argent avec cours légal illimité pour les souverains et demi-souverains, pour les roupies et demi-roupies, ainsi que un taux fixe de change entre l’or et l'argent. En outre, depuis 1899, l'Inde est en théorie à étalon d’or : la frappe de l'or y est libre et illimitée, tandis que la frappe de l’argent est réservée au gouvernement.

Mais, en réalité, c’est toujours la roupie d'argent qui constitue la circulation presque intégrale, les Indiens la préférant de beaucoup aux monnaies d’or : si bien que, depuis la loi du 15 septembre 1899 quia introduit l’étalon d’or jusqu'à 1904, le gouvernement a frappé pour 508 millions de roupies.

Théoriquement donc, les Indes anglaises sont à l’étalon d’or : pratiquement, pour les pays autres que l’Angleterre, elles sont à l’étalon d'argent.

20 Indes Néerlandaises

Légalement, c’est le système monétaire métropolitain qui est en vigueur : donc, le monométallisme or. L'entrée des piasires mexicaines et du british dollar est proscrite depuis la fin de novembre 1904, sauf pour de très petites sommes, 10 piastres au maximum. Mais maintenant, la circulation des piastres mexicaines et du british dollar est encore supérieure à celle des florins d’or. Dans les Indes néer-

2 259 — landaises, comme dans les Indes anglaises, l'argent constitue presque tout le métal monnayé circulant.

3° Indes Portugaises

Ce pays est à l’étalon d'argent. Depuis le mois de septembre 1905, les seules monnaies d'argent qui aient cours sont les roupies portugaises.

4e Détroits

Jusqu'au 1* septembre 1904, les seules monnaies en usage dans les British Settlements étaient la piastre mexicaine et le dollar britannique frappé à Bombay. Depuis cette date, la piastre mexicaine et le dollar britannique n’ont plus cours légal : l’importation en est prohibée. Ils ont été remplacés par une monnaie locale, le straits dollar, dollar d’argent de même poids et de même titre que le dollar britannique, maïs dont la valeur varie avec celle de l’argent métal. Ici, comme tout à l'heure, dans les Indes portugaises, nous nous trouvons dans un pays à étalon d'argent. :

5° Siam

Nous avons indiqué qu’à la fin de 1902, le Siam fixa à 1 fr. 48 la valeur du tical argent ; 17 ticaux valent donc une livre sterling. Le Gouvernement se réserva en même temps la frappe du tical afin de

pouvoir plus aisément maintenir sa valeur au taux

fixé, en le raréfiant. Le Siam est donc toujours à étalon d'argent. Il n’est même pas certain qu'il ait réussi à maintenir le cours du tical au taux officiel choisi. Voici en effet, ce que nous lisons dans le Bulletin économique de l’Indo-Chine de juin 1906, sous la plume de M. Dauphinot, chef du service commercial de l’Indo-Chine: « Le Siam n’a pas stabilisé le tical ni établi l’élalon d’or. Il s’est contenté de renfermer le cours du tical dans d’étroites limites ». Des renseignements assez différents que nous avons recueillis sur le régime monétaire du Siam, il paraît résulter que le but du gouvernement n'était bien que la stabilisation du tical, mais qu’il a été impuissant à la maintenir effectivement. |

6° Hong-Kong

Les monnaies usitées à Hong-Kong sont la piastre mexicaine et le dollar britannique. Des discussions se sont ouvertes à la Chambre de commerce de cette ville sur la question de savoir s’iln’y avait pas lieu d'adopter l’étalon d’argent, mais il a été reconnu qu’une telle réforme ne serait possible que sila Chine prenait l’initiative d’une réforme du même genre, et l’on est resté dans le statu quo — encore que ses inconvénients soient plus sensibles à Hong-Kong — et aussi à Singapore — que partout ailleurs, parce

que la plupart des affaires qui s’y font se traitent

pour le compte de pays à étalon monétaire différent. Hong-Kong et Singapore sont surtout des villes de « courtiers ».

7° Les Philippines

Nous avons indiqué qu'après la conquête, les Américains s'étaient efforcés de doter les Philippines d’un système monétaire autonome. Ce système est caractérisé par une double circulation d’or et d’argent. Le dollar d’oret le peso d’argent ont cours légalillimité, avec un taux officiel de change. A dater du 1" octobre 1904, la circulation des piastres mexicaines et espagnoles a été interdite : mais cette prohibition n’a pas eu plein effet. En outre, la frappe de l'argent étant réservée au gouvernement, les Philippines sont, en théorie, à l’étalon d’or, mais la quantité d’or en circulation est très faible. Enfin, la quantité de monnaies d’argent frappées est assez considérable. Elle s'élevait en 1903 à 17.438.712 pesos pour les pesos et les sous-multiples, et à 14.155.017 pesos pour les pesos seuls. Si bien que les Philippines ont en théorie l’étalon d’or, mais que la circulation presque entière est formée par l’argent.

8 Le Japon

Le Japon, sur l'initiative de son ministre des Finances, le comte Matsukata, a définitivement adopté

Hartenstein 17

l’étalon d’or par une loi du 8 mars 1897. Il a pu mener à bien cette réforme, grâce à l'indemnité de guerre qui lui a été payée en or par la Chine. Le Japon a été plus heureux cette fois qu'il ne le fut en 1871. À cette époque déjà il avait adopté l’étalon d’or : mais exclusivement entouré de pays à étalon d'argent, il échoua dans sa tentative. À l’heure actuelle d’ailleurs, la circulation de l'argent reste fort importante au Japon. Elle se compose de pièces de un yen, de 50 sens, de 20, de 10 et de 5 sens.

9° Corée

Depuis le r+ janvier 1905, c'est le régime monétaire japonais, donc l’étalon d’or qui est en vigueur eh Corée. La seule différence, c’est que les pièces sont marquées d'inscriptions coréennes.

10° Chine

Il est presque impossible d'indiquer d’une façon précise quelle est la circulation monétaire de la Chine. Elle est constituée par (une macédoine » de monnaies. Les auteurs les plus renseignés s’y perdent. Voici d’abord quelques détails que nous empruntons à un ouvrage de M. A. del Mar, ingénieur des mines ; cet ouvrage a paru en 1899 et a été traduit de l'anglais en français par les soins de la Ligue bimétallique. D’après cet écrivain, la monnaie

courante de la Chine consiste en pièces de bronze. En 1834, des monnaies d'argent furent subrepticement frappées. En 1845, au moment de la guerre dite de « l’opium », il y eut une frappe de dollars d'argent pour payer les soldats. Mais; même aujourd’hui, ii y a peu de monnaies d’argent en Chine. Des billets furent émis en 1853 ; en 1861, ces billets perdaient 97 0/0. En 1880, leur valeur avait un peu remonté : ils ne perdaient plus que 90 0/0. C'est que le gouvernement avait décrété qu'ils valaient pour l'achat des titres de noblesse.

Nous trouvons d’autres renseignements dans un ouvrage tout récent de M. Joseph Dubois (1). Les Célestes, d'après cet auteur, ont deux métaux, l’argent et le cuivre, l’intermédiaire des grands échanges et le véhicule des petites transactions. « Grâce à la sapèque, écrit le Père Hue, on trafique en Chine sur les infiniment petits. On peut acheter une tranche de poire, une noix, boire une tasse de thé. Cette division extrême de la monnaie donne naissance à une infinité de petites industries faisant vivre des milliers d'individus. » À une population qui grouille, il faut une monnaie qui foisonne, c’est pourquoi l'initiative privée pourvoil sans limite ni restriction à la procréation de la sapèque. Pour ce

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