FRENCH DOLLAR
DISCOUNT Ô PER 100
Les Célestes se précipitèrent aux guichets pour échanger leurs french dollars, et les banques les rapatrièrent en Indo-Chine, réalisant ainsi d’assez jolis bénéfices. Peut-être ces détails n’ont-ils qu’un lien un peu lâche avec notre sujet. Ils éclairent du moins la
mentalité chinoise sur la question « monnaies », et.
c’est à ce titre que nous les avons relatés ici. IL faut maintenant venir à des précisions — autant que faire
se pourra — et donner des indications plus directe- .
ment en rapport avec le but que nous poursuivons. D’après un rapport de M. Silvestre paru en 1905, l'or n’est en Chine qu’un moyen d'épargne. Il se présente soit sous forme de barres que les Célestes enfouissent, soit sous forme de bijoux qu'ils portent. Quant à l'argent, il ne circule qu’en lingots de
formes diverses. Ceux du Gouvernement sont rectangulaires à coins arrondis. D’après les termes du traité de 1858, l'unité monétaire qui doit servir de base aux règlements en douane est le hai kouan taël. C’est une monnaie fictive, une monnaie de compte représentant o k. 037.783 d'argent au titre de 980/1.000, dont la valeur de change est fixée au début de chaque mois par la direction des douanes impériales chinoises. Il y a vingt ans le taël valait 9 francs : il vaut aujourd’hui 3 fr. 70 approximativement. Le taël ou léang se subdivise en 10 tsien ; le tsien en 10 fen ; le fen en 10 li; le lien 10 has; l’has en 10 sen; le sen en 10 hou. Dans la réalité, le taël est un poids d'argent de valeur essentiellemient diverse, puisqu'elle varie presque de ville à ville et de marchandise à marchandise. Il y à un taël pour le riz, il y en aun pour la soie, un autre pour le bois, un autre encore pour le thé. Les taëls les plus usités dans le commerce international sont ceux de Chang-Haï, Tien-Tsin, Canton et Hankéou. Un exemple que nous empruntons au Bulletin économique de l'Indo-Chine donnera quelque idée de l'extrême complication du système monétaire de la Chine. 100 taëls haï kouan = 111,4 taëls chanping de Chang-Haï (nous spécifions qu'il s’agit de taëls chanping, parce que à Chang-Haï, il y a plusieurs taëls) — 102 taëls de Canton = 103,40 taëls hang-ping de Tien-Tsin. A Tien- Tsin, comme à Chang-Haï, les taëls sont multiples. Et
cette complication va croissant, parce que le droit de monnayage appartient, non pas au gouvernement central, mais aux vice-rois qui en usent comme bon leur semble dans les limites de leurs provinces. C’est ainsi que le vice-roi de Hou-Kouang a récemment créé le taël de Han-Kéou : c'est ainsi encore que, en 1904, « la Province de Houpé a émis des taëls qui, d’après un avis du Ministère des Finances, doivent être acceptés pour le paiement des droits et impôts. »
Les monnaies d’argent de la Chine forment vraiment « une macédoine », selon l'expression pittoresque mais exacte que nous avons déjà rappelée. Nombreux et considérables sont les inconvénients d'un pareil état de choses, soit à l'intérieur du pays, soit surtout à l'extérieur. En Chine, le faux monnayage y trouve si bien son compte qu'il est devenu une véritable plaie. Avec le dehors, les transactions sont très gênées : elles ne peuvent, en effet, s’accommoder d’une telle complexité. C’est si vrai que dans le traité conclu le 8 octobre 1903, entre la Chine et les Etats-Unis, les Américains ont pris soin de stipuler que la Chine introduira chez elle une unité monétaire qui servira de monnaie légale entre Chinois et Américains pour le paiement des douanes et des impôts.
En somme, il n’y a pas, à proprement parler, de monnaies indigènes d’argent en Chine : il n’y a que des lingots de poids et de 1itres marqués. On a vu
bre
que des pièces d'argent furent frappées à diverses reprises, mais qu'elles n'eurent pas de succès, la mentalité chinoise y étant hostile.
Quant aux monnaies étrangères d'argent, leur circulation est importante. Citons la piastre mexi- Caine, seule admise à Chang-Haï; le trade dollar, qui a presque disparu ; le dollar des straits settlements qui a surtout cours à Hong-Kong et à Canton; la piastre à colonne que l’on ne trouve plus guère ; le yen japonais qui a été fort mal accueilli ; les chopped dollars enfin, très répandus, parce que, ayant été essayés, ils offrent les garanties d’une monnaie régulière et normale.
.. Nous avons assez longuement insisté sur la circulation monétaire (argent) de la Chine, parce que c’est l'argent qui est l’instrument des échanges internationaux, et par conséquent des échanges avec l’Indo-Chine., En résumé, la Chine est à l’étalon d'argent. C’est là le point qui nous intéresse parliculièrement. Mais il faut rappeler — Silvestre est sur cela d'accord avec del Mar — que la monnaie de cuivre, de bronze, de laiton et quelquefois de fer est la véritable monnaie de la Chine. Elle consiste en disques plats de 2 à 4 centimètres de diamètre. Ces disques sont percés d'un trou carré central qui permet de les enfiler, d'en faire des ligatures « tchouan » de 100 à 250 tsien ou sapèques, 6.249 tchouan de 270 tsien valent 1 mao de tsien.
Le tsien porte comme inscription : Thong pao (précieuse circulante) et quelquefois l’ère ou le nom de l'atelier monétaire. Son poids est très variable : il va de 3 gr. 15 à 7 gr. 80, d’où l’un des défauts les plus sensibles de cette monnaie : elle est fort encombrante. Sa valeur, par rapport à l'argent, est susceptible de très amples oscillations, selon la rareté ou l'abondance des métaux composants. Pour se procurer un taël, il faut quelquefois donner 500 tsien et quelquefois plus de 1.500 (1.555 en juin 3905 pour le taël de Chang-Haï). Bien que la valeur des sapèques soit très modique, les Célestes en fabriquent cependant de fausses.
Si grands que soient les défauts de ces menues monnaies, les Chinois les tiennent en grande faveur. Un enseignement peut se dégager de là : c’est queles monnaies doivent être proportionnées au volume et à la nature des transactions qu'elles servent à régler : c’est en cela que réside leur essentielle et primordiale qualité.
Dressons maintenant le bilan des résultats jusqu'ici acquis. Nous avons établi que le système monétaire d’un pays donné devait être déterminé par les relations commerciales de ce pays. La masse de son commerce se fait-elle avec des peuples à étalon d’or? Il devra adopter l’étalon d’or. Se fait-elle, au contraire, avec des pays à étalon d'argent ? Il devra adopter l’étalon d'argent. Nous avons ensuite cher-
ché à appliquer ce principe à l’Indo-Chine. Pour ce faire, nous avons analysé et mesuré ses relations d’affaires. Enfin, nous avons indiqué quel est l’étalon monétaire des pays avec lesquels elle traite. Toutes les données du problème nous sont donc connues, il ne reste qu’à conclure.
Dans un ouvrage qui a paru en 1904(1), M. A.Neton s’est trouvé en face de la même question. Voici en substance quelles sont ses remarques et ses solutions. Il raisonne sur l’année 1902 : « Les données exactes faisant défaut pour classer les produits importés et exportés en produits payés en monnaies à étalon d’or et en monnaies à étalon d’argent, car les marchandises étrangères manquent souvent de certificat d’origine, il faut faire ce classement d’une manière approximative. » Cette observation préliminaire faite, il indique les résultats auxquels il arrive :
1° Importations réglées en or :
a) Toutes celles qui viennent de France et
JHMEDDE SOIN EL Un Le ie Ch 106.000 .000 b) Celles qui viennent du Japon, soit....... 2.000.000 c) Une partie de celles qui viennent de Hong-
Kong et de Singapore, partie qu'il est diflicile
de préciser, les vendeurs de ces pays étant
en effet, tantôt des négociants qui travaillent
pour leur propre compte — et alors ils règlent