AVANT-PROPOS
Il est des aperçus, en économie politique comme dans les autres branches des connaissances humaines, qui se trouvent acceptés de confiance, sans qu'on les ait soumis à une analyse pénétrante et à une étude véritablement scientifique ; le principe qui fait repousser l'emploi des deux métaux précieux en lui appliquant la dénomination de double étalon nous semble être du nombre. L'importance qui lui a été attribuée jusqu'ici est d'autant plus singulière, que nos maîtres en économie politique ont parfaitement prouvé depuis longtemps qu'il n'existait aucun étalon de la valeur et que la recherche d'une pareille mesure, qui serait invariable, est aussi chimérique que la recherche de la quadrature du cercle.
Cette méprise fondamentale a singulièrement nui à l'appréciation des services rendus par la double monnaie légale. Les hommes de pratique avaient beau s'appuyer sur l'étude exacte des faits pour montrer combien l'emploi simultané de l'or et de l'argent, en qualité d'instruments réglés des échanges, était nécessaire; ceux qui prétendent se concentrer dans la théorie abstraite, et qui prennent l'exagération du principe pour une déduction rigoureuse, ont repoussé ce système comme ne méritant même pas l'examen. S'il était permis de mêler le plaisant au sévère^ quand il s'agit de questions aussi graves, nous aurions été presque tenté de nous rappeler, en voyant
// d'IO