‹ La question monétaireChapitre 2 sur 27 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

cette attitude, le fameux Tarte à la crème^ de Molière, qui tenait lieu de tout raisonnement.

Vous voulez le double étalon^ nous a-t-on constamment répondu ; nous avons vainement protesté contre une interprétation aussi inexacte de notre doctrine ; vous voulez le double étalon a été la phrase cabalistique à l'aide de laquelle on a voulu repousser l'emploi simultané de l'or et de l'argent, et la compensation à l'aide de laquelle l'emploi des deux métaux précieux rend moins instable l'expression, toujours variable, de la valeur des choses.

Mais nous vivons à une époque de libre examen, l'esprit humain est peu. disposé aujourd'hui à se contenter d'une vaine fantasmagorie. Il interroge tous les principes, il scrute à nouveau tous les problèmes. La fameuse doctrine de Y étalon unique ne saurait échapper à la loi commune, d'autant plus qu'on ne la rencontre même pas chez les écrivains dont on veut invoquer la légitime autorité. Nous savons respecter ceux qui nous ont glorieusement précédé dans la carrière à laquelle sont voués nos humbles et consciencieux efforts, mais nous sommes peu enclin à jurer in verba magistri; nous essayons de poursuivre des recherches indépendantes, afin que la raison confirme ce que les précédents semblent enseigner. Sans aucun doute, nous sommes exposé à nous tromper et nous n'hésiterons jamais à reconnaître une erreur, quand elle paraîtra démontrée. Mais aucune étude ne ferait de progrès si Ton se bornait à suivre complaîsamment le chemin battu, et ceux qui ont commencé par être accusés d'hérésie scientifique ont bien des fois rectifié des doctrines trop facilement obéies.

Nous ne sommes même pas en face d'une de ces doctrines vénérables, car la question que nous abordons n'est pas celle qui se trouvait posée dans les temps passés.

AVANT-PROPOS. îlj

On n'avait envisagé le problème monétaire que du point de vue isolé de l'intérêt local de chaque État, on ne s'était point élevé vers la région de la monnaie intematio-^ noie et du marché universel^ région entièrement inex* plorée, dans laquelle les problèmes se présentent sous une tout autre face.

Telle est la doctrine que nous avon? abordée, en conservant, à nos risques et périls, le plein exercice du libre examen. Nous avons voulu dire nettement notre pensée, mBis nous désavouons à l'avance toute interprétation qui voudrait attribuer à nos investigations un vernis de controverse personnelle. Si la force de la conviction nous a quelquefois dicté des paroles sévères, elles n'ont eu en vue aucune polémique individuelle, et nous protestons contre un pareil sens qui serait donné à nos paroles.

Le volume que nous publions en ce moment ne forme que la première partie de nos recherches sur for et Txet' gent. Il contient, à la suite de nos travaux antérieurs sur cette question, des indications à l'appui du mémoire que nous avons communiqué à l'Institut réuni, le 7 octobre de Tannée dernière.

C'est ainsi que nous avons essayé de faire connaître le véritable caractère de la marche des idées en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, aux États-Unis. Les débats du handelstag de Berlin, ainsi que la discussion de la So^ ciété des Économistes de cette ville, présidée par M. Prince^Smith, se trouvent fidèlement analysés, et l'opinion de nombre de professeurs éminents, qui font autorité dans cette branche d'études, emprunte le témoignage de communications personnelle»*

L'enquête poursuivie eu France (1867 et 1868) auprès des receveurs généraux (trésoriers payeurs généraux) et tles chambres de commerce a également provoqué

ÎV AVANT-PROPOS.

un examen attentif; nous avons tracé Thistorique des travaux des commissions françaises (18S7, 1861, 1867, 1868-1869), chargées de l'étude de la question monétaire ainsi que de ceux de la commission internationale de 1867.

Cette dernière partie va être prochainement complétée dans notre volume sur for et P argent ^ que nous espérons publier au mois d'octobre. Il contiendra l'étude des origines, du principe véritable et de l'application de la loi de germinal an XI. A défaut d'autre mérite, il aura au moins celui d'aborder franchement la question, et de présenter aux investigations impartiales des éléments variés d'appréciation définitive.

L'adhésion obtenue de la part des économistes distingués dont les opinions et la correspondance sont rappelées dans ce volume, est de nature à soutenir nos convictions et à prouver d'une façon incontestable que l'isolement auquel on a prétendu nous condamner n'existe que dans l'imagination trop complaisante de nos contradicteurs. Nous no demandons que l'examen sérieux de la doctrine que nous avons mise en avant, en même temps que d'autres écrivains l'avaient également conçue en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis.

Ce concours prouve que l'idée a mûri ; au lieu de vouloir l'étouffer sous le poids d'un dogmatisme intolérant, qu'on lui applique la doctrine large, chère aux économistes, qu'on la discute librement, et nous ne sommes nullement inquiet du résultat. •

Lascialo pur andar chè farà buon viaggio.

Paris, 5 juillet 1869.

Page 1