‹ La question monétaireChapitre 11 sur 27 · XXXVI NOTES PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

XXXVI NOTES PRÉLIMINAIRES

Pourquoi tenterait-on une aussi périlleuse entreprise ? Pour arriver, dit-on, à Vunité des monnaies, comme à Tunitédes poids et mesures^ pour rendre les moyens de libération identiquement les mêmes, en les dotant partout d'un pouvoir invariable ! Certaines méprises et de nombreuses illusions semblent se mêler à l'aspiration légitime qui porte aujourd'hui les nations diverses à se rapprocher de plus en plus par un système analogue des poids et mesures et des monnaies. En ce qui concerne les poids et mesures, tout le monde semble d'accord ; c'est que ceux-ci reposent sur des types invariables, toujours les mêmes dans la durée des temps et dans Tétendue de l'espace. Il n'en est pas de même des monnaies; non-seulement le même poids, au même degré de tin d'un métal quelconque, ne possède aucune valeur identique avec celle qu'il rencontrait dans les siècles écoulés, mais encore cette même valeur diffère suivant les contrées, et ne se trouve ramenée à un certain équilibre qu'en vertu des variations, sans cesse indiquées par le change. Il y aura toujours un certain désaccord entre la valeur propre aux monnaies frappées de la même manière et d'après le même type dans les divers pays ; la gravitation naturelle de l'or vers un niveau commun subira toujours les frais de transport et l'action du temps que le transport exige. Le cours du change continuera de dominer le marché international; il y aura similitude des pièces monétaires, il ne peut pas y avoir parité absolue de la valeur, qui est, fixée par la loi de Toffre et de la demande.

A proprement parler, la ioi monétaire expire aux frontières de chaque pays; et, comme l'écrivait lord Liverpool : sur tout marché étranger le métal seul contenu dans chaque pièce opère comme une marchandise.

D*ailleurs Vunité des monnaies n'exige point d'unemanière

SUR LA QUESTION MONÉTAIRE. XXXVIl

impérieuse le sacrifice absolu de l'un des deux métaux, dont l'action simultanée s'exerce d'une manière si utile en contribuant à maintenir la stabilité relative de la mesure de la valeur.

On ne saurait exiger des nations qui vivent sous un régime différent un pareil sacriflce; non-seulement il leur serait préjudiciable, mais il entraînerait aussi de mauvaises consé- •quences pour les pays portés à se croire à l'abri de tout danger, parce qu'ils usent exclusivement du métal qu'ils prétendraient faire prévaloir partout d'une manière absolue.

Nous av^ns essayé de montrer comment les pays à base d'or seraient atteints par la suppression monétaire de l'argent; celui-ci contribue à maintenir la régularité des transactions même dans les États où l'or seul obtient une valeur légale, non pas comme monnaie d^appoint, mais comme monnaie véritable, expression et solution de tous les engagements.

Le monde possède aujourd'hui comme agents monétaires, d^une façon cumulée ou d'une manière séparée , et l'or et Targent. Ce double instrument de la circulation est nécessaire aux transactions, il maintient aussi leur allure régulière ; toute exclusion arbitraire de l'un des deux métaux troublerait l'action de l'autre.

Deux voies se présentent pour arriver à une solution qui concilie les exigences de l'équité avec les conseils de la prudence.

La meilleure à suivre serait celle qui ferait admettre partout le double emploi facultatif de l'or et de Targent, tel qu'il est pratiqué en France depuis le commencement du siècle, sans nul inconvénient sérieux et avec une élasticité qui conduit à restreindre les variations de la mesure eidoptée pour la valeur des choses et pour la détermination des transactions.

Si des préventions enracinées faisaient obstacle à cette solution simple et rationnelle, on pourrait convenir d'une

xxxviii NOTES préuminaÎres

monnaie internationale en oir^ qui amènerait partout la soiution de tous les engagements, en étant reçue à un taux uniforme dans les caisses publiques. Chaque pays serait libre, pour lui et pour les Étals qui se rallieraient sous Tempire d'une convention distincte, à consacrer aussi ïargent comme monnaie libératoire à Tintérieur, et l'avantage naturel recueilli par cette combinaison ne tarderait point à la généraliser.

Nous n'avons . guère parlé de la monnaie d'appoint, soit qu'elle consiste en pièces divisionnaires d'argent à titre affaimi, soit qu'elle soit formée de cuivre, etc. Cette sorte d'instrument conventionnel n'agit que dans des transactions restreintes, pour des sommes limitées ; il n'influe point sur la mesure générale de la valeur et ne joue qu'un rôle purement subsidiaire dont il est inutile de s'occuper ici. Cnaque pays doit consulter à cet égard ses convenances ; les divers États peuvent conclure, pour l'adaiission de ces pièces d'une valeur conventionnelle, des arrangements particuliers. La question monétaire, prise dans le sens véritable qui doit lui être alti*!biié, se renferme dans la détermination dès types destinas à servir dans la généralité des rapports engagés entre toiis les citoyens, de types dotés de la pleine puissance libératoire.

Ce que nous rencontrons aujourd'hui dans le monde et ce qli'il est nécessaire d'y maintenir, c'est raction simultanée de l'or et de l'argent. La stabilité des transactions, l'équitable éxecution des contrats et des engagements et les besoins de la circulalioh, ne pourraient qu'être atteints d'une manière fâcheuse par toute solution exclusive.

L'unité du système monétaire n'exige point un pareil sacirifice. il ne faut point la confondre avec celte uniformité matérielle à laquelle un examen incomplet du problème voudrait subordonner l'économie régulière des conventions.

Dans l'étal actuel des choses, trois motifs militent contre

exclusion de rargent, exclusion qui deviendrait la source de graves injustices et de nombreux embarras.

Nous entrons, tout le monde le reconnaît, dans la phase do la diminution relative de la production de l'or, et de l'augmentation relative de la production de rargent.

D'uQ autre côté, les relations commerciales s'accroissent, leur importance augmente, les populations grandissent , et de plus en pliis les progrès de la civilisation substituent le régime de Véconomie monétaire aux relations rudimentaires de le^ônômie naturelle^ qui admettait l'échange direct pour les produits et pour les services [Natural-Wirtschaft),

La demande générale de Vinstriiinent métallique doit donc aligûiënlèr d'iihe manière normale. L'Angleterre, qui a pris es devants pour lés questions de commerce et de crédit, et qui sait le rriielix, au moyen d'iine large organisation des virements et des compensations, ëcdiiorniser lés instruments matériels de la circulalion, possède cependant aujourd'hui beaucoup plus d'of qilë par le passe; la masse dii métal pré- Cieux qu elle utilise dans 1 oïDce monétaire a presque double. EnDri, comme nous l'avons déjà indiqilë, de grands Etats, réduits par diverses causes a se servir d un papier-monnaie d?t)recié, travaillent à rëpfeiidre les payements en métaux prêciëlix. .

il ^ i donc emploi suffisant pour les deux métaux dans là cifcillàlroli nibnèUlrie; hhiibrivéiiiénl de la suppression absdlUSde l'uridiès dèiix, comme inslruuierit légal des Iransac-' libni^, sërâil d'alilanl }^iui grave, rien ne viendrait le cdoipénsëfi siribrl iitie vàihe satishiclion dohiiëé S l'esprit de système. Les grandes lois du marché monétaire s'appliquent ' aussi mëri k l'or et à l'argent, employés simultanément, qu'à l'un de ces métaux, qui serait arbitrairement choisi; elles ne commandent en aucune manière l'identité absolue d'une

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