XXXII NOTES PRÉLIMINAIRES
Telle a été jusqu'ici la cause du faible écart qui s'est produit durant le dix-neuviètne siècle entre la. valeur de Tor et la valeur de l'argent, bien que nous ayons traversé sous ce rapport les révolutions les plus soudaines et les plus décisives; après avoir vu d'abord la valeur de Tor hausser, sous Tempire d'une production relativement diminuée vis-à-vis de l'argent, nous l'avons vu baisser sous l'influence inverse d'une énorme et subite augmentation des provenances de rOural, de la Californie et de l'Australie. Hausse et baisse de l'or se sont renfermées dans des limites fort étroites, bien que la production relative de Tor ait triplé ou quadruplé. Après des oscillations successives, nous sommes revenus au rapport primitif de 15 et demi à 1, indiqué par la loi de germinal an XI (1803). C'est là un phénomène dont le remplacement allernatif de l'argent par l'or et de l'or par l'argent donne seul l'explication pratique.
La loi française ne consacre point un double étalon; en ouvrant la faculté de payer ou en or ou en argent, elle n'enlend nullement fixer d'une manière absolue ou la valeur intrinsèque de chacun des deux métaux précieux, ce qui serait impossible, ou leur valeur relative, ce qui serait difficile. Elle sait à merveille que chacun de ces métaux varie et quant à la valeur propre qu'il possède et quant au rapport qui s'établit avec l'autre métal. Mais la faculté ouverte de se libérer soit en or ou en argent, suivant une évaluation définie qui résulte d'un change légal établi au moment où la loi a été rendue, conduit à ramener des variations inévitables au centre de gravité marqué par la détermination légale. Le législateur n'affiche point la prétention d'immobiliser ce qui est essentiellement mobile par essence: mais il arrive, en permettant la substitution du métal qui faiblit au métal qui s'élève, à modérer les fluctuations et à rendre
la mesure de la valeur moins exposée à une altération soudaine et profonde.
En un mot, personne n'a songé à créer pour la valeur un (mode d'appréciation permanent et infaillible, comme celui qui résulte de l'étalonnage fixe des poids et mesures. Mais comme on se trouvait condamné à se servir d'un mode variable d'évaluation^ on s'est attaché à le rendre moins imparfait; on a d'abord, dans ce but, choisi non pas for ou a argent^ mais Vortt l'argent; on en a déterminé le poids et le iilrc pour constituer la monnaie^ signe et gage de toute estimation. On a doté cet instrument d'échange d'un attribut considérable, qui est la puissance libératoire vis-à-vis de tous les engagements. En admettant à la fois l'or et l'argent dans lofûce intermédiaire de la circulation et de l'accomplissement des conventions^ on a modéré l'action inévitable de chacun de ces métaux pris à part ^ on s'est servi de cette variabilité même pour en combattre TefTet, au moyen de l'emploi alternatif de l'or et de l'argent. Ce résultat se produit d'une manière directe dans les Etats qui, comme la France, ouvrent la double faculté de payer en or ou en . argent: il se manifeste d'une manière indirecte, et par voie de compensation internationale , entre les pays dont les uns ont admis l'or et les autres l'argent comme base des transactions. L'obstacle créé par l'instabilité relative de la valeur des deux métaux précieux a lui-même servi de moyen pour rectifier cette instabilité et la ramener à des écarts fort exigus. Ceux qui s'élèvent contre ce qu'ils nomment le double étabn, oublient que Tinfluence de Temploi simultané des deux métaux précieux pour la fabrication des monnaies diverses, dans les divers Etats, conduit pareillement à l'équilibre et préserve la mesure admise pour la valeur des choses
d'une altération soudaine et trop marquée.
XXXIV NOTES .IRff-jMINAIRES
On cite Pexemple de TAnçleterre comjnp ^yaj[|t f^^lj^é je système monétaire par excellence, en n'ac|pipt|flo^ qug j'of pour monnnie type, et en reléguant j'argent cjjjns je rôle de monnaie subsidiaire, espèce de bi|lo(îà p|us |iau^p t^çise de métal pur. L'Angleterre a pu procéc|er ainsi sf|ns dommage, parce que d'autres pays retenaient l'argent comme ti^pe monétaire exclusif ou comme t^pe concomitant avec Fpr. La brusque alluvion de Tor survenue depuis vingt ans a rencontré, pour en tempérer l'action, des masses énormes d'argent à déplacer.. La demande de Tor a donc grandi à mesure que Voffre en est devenue plus large.
Que serait-il arrivé si, depuis le commencement du siècle, l'or seul avait été reçu comme instrument monétaire universel? En triplant de volume dans l'espace d'un demisiècle, il aurait amené une profonde subversion dans les prix et dans la portée de tous les engagements privés ou publics d'une certaine durée. La coexistence de l'argent sur le marché monétaire du monde a préservé celui-ci d'une commotion violente.
L' Angleterre elle-même, tout en se servant exclusivement du type or en Europe, emploie le type argent dans les possessions immenses de Tlnde, et vise seulement à y introduire Tor comme valeur libératoire sur le pied de l'argent, c'est-à-dire à faire ce qui se pratique en France.
On attribue aujourd'hui à la masse d'or et à la masse d'ar-
cent répandue parmi les nations civilisées une valeur de
cinquante et quelques milliards, divisée par portions à peu près égales entre les deux métaux. Supposons que l'un d'eux fût démonétisé, et que l'on renonçât de gaieté de cœur à la moitié des instruments métalliques mis en mouvement pour accomplir les transactions, le résultat inévitable sera un exhaussement formidable sur la valeur du métal préféré, et
SUR f.4 OpE^Tip?» l|piîï]^JAIRE. ???Y
(j^praigisseiil ^jlmjs cpmjnQ agent (je la libéfatipjj (|ç|§ (|^bite^irs ; nous (lisons exhaussement formidable, car, qupl que sojf le t^nx aifqfjel on l'éva)ue,ce ^aux formerait Ve^pressjon àe la cj^arge noijvejje impo^ép ^ux débiteurs, ^qus les coj|tr^tg ^ }pPg terme : cpntrats 4e rente, d'byppthèque, (^e j^^il, 4s P0y efc, se trouveraient atteints par çet^e véritable calamité. La loi, çlpntle devoir esj, en cas de doute, (Je ménager la position dç Yohligé, Taggraverai^.
Partout Iqs Efats ont à supporter une defte pnbliq]ie qonsj(^éra|)lp; }e poj(Js ç^e cette dette deviendrait pli^s loi|^(j, ^^ (jé^riment ^t^ fpus |es contribuables et au profif exclusif d^s rei|fiers.
Au {noment où ^es nations entières : Tltalie, les l^\^\sr Unis, r^utrjche, aspirent à sortir du triste régime dupapieriponnaip ep revenant sur le terrain solide de la circumion métallique, on voudrai^ suppripaer Tofûce monétaire c|e TargenJ : a-t-pn calculé le résultat dp cette çpi(nçid(îpce cl'unQ demande pjus fictive des instruments piétalliqiies avec la cjisparitjpn arf)itraire (Je la matière première appelée \ l^§ constituer? tes pays qui, Qpmme l'Autriche, la I^ussie, Iq^ Etat§-ynis eji Vl!^?!^€i, ont participé aux cpnférepçes moqétaires, ne sauraient y figurer sérieusement si elles conservaient le régime odieux et ruineux du papier-monnaie; il y aurait quelque chose de dérisoire à c|iscuter sur la préférence k donner à l'pr ou à l'argent, tant qu'on se refuserait à livrer l'un ou Tautre, et qu'on continuerait à payer en chiffons de papier, munis du cours forcé.
Rétablir la (îirculation métallique dans ces vastes contrées, peuplées de plus de cent soixante millions d'habitants, ce sera absorber beaucoup d'or et d'argent. Le moment de songer à une démonétisation téméraire de Targent ne saurait être plus mal choisi.