A L APPUI DU MÉMOIRE SUR LOR ET L* ARGENT
M. Prince- Smith s est attaché à montrer la difficulté du problème et la nécessité d'une solution prompte. Au cas de l'exclusion de Targent, l'Allemagne subirait une perte considérable. Lorsque la Hollande démonétisa l'or, il ne s'agissait que d'une provision de quelques centaines de millions en or, et cette somme, jetée sur le marché universel, suffit pour amener une forte baisse; l'argent de l'Allemagne se compte par milliards, où serait le marché destiné à l'absorber? Comment le placerait-on si la France usait du même procédé d'exclusion légale? Le système défendu par M. Wolowski présente l'unique moyen de salut, en maintenant l'argent comme instrument de la circulation. Si Ton fixe, dit encore M. Prince- Smith , le change légal entre les deux métaux conservés sur un pied commun comme moyen de payement, leur prix tie serait plus exposé qu'à des fluctuations fort peu considérables, appelées à se corriger réciproquement. Le rapport de valeur de deux objets appelés à servir aux mêmes fonctions ne saurait varier beaucoup. La baisse de l'un des métaux ne pourrait venir que de la diminution de la demande, vu le bon marché relatif de l'autre ; mais ce fait même amène une réaction immédiate et provoque l'effet contraire; il ravive la demande du métal momentanément abandonné et en relève le prix. Si T Allemagne, de concert avec la France, l'Italie, la Belgique et les États-Unis, adoptait la double monnaie légale, il est hors de doute que dans ce vaste ensemble d'États l'équilibre entre la valeur respective des deux métaux se maintiendrait
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fâfcilement, et le taul du ntimérairë en génét'&i sétait tnoitis exposé à dés variations sensibles. Les moyens de payement comprenant la masse réunie des plrovi- SiOtts d'or et d'argent, celle-d serait moins aflfectéë )pàr les arrivages annuels qui agissent stif le marché d'autant plus fortement que Ton est appelé â be compter qu'avec une provision plus restreinte de Chacun des deux métaux pris isolément.
On le voit, c'est notre doctrine que défend nettement le président de la Société des Economistes de Berlin.
Le docteur Julius Faucher ne l'a pas attaquée- il S'est attaché seulement à montrer que le payement légal en or n'existe nulle part à l'exclusion absolue dé l'argent, parce que dans les petites transactions journalières, si nombreuses pourtant, on a toujours besoin de monnaie d'argent. C'est vrai, mais la quotité de Ce numéraire, placé dans une condition avilie, se réduit singulièrement; les calculs! récemment pré** sentes par M. Ernest Seyd le prouvent de reste. Lô besoin que signale M. Julius FaUchér ne fourttitnl pas un argument puissant en faveur du maintieU légal d'un métal non^seulemeUt utile, mais indispensable?
Il est vrai que M; Julius Faucher appuie sur une considération tout à fait différente dé celles qlie Ton A mises en avant chez nous. « Il nous faut l'or, dit-^il^ non pas pour rendre l'argent superflu, mais pour chasser de notre marché le papier-monnaie employé pour les petite appoints. »
D'où vierit cet emploi, (jne nous sommes égdlement
A l'appui du MÉîtOihÉ suil l'or et l'argent. 139
pbrté À feôttdaiïitief ? D'une pftrt. dé Tabience d'ime quantité siifû jAùtê de numéraire d'of légalement ttp« pféoié; d'auttè part, de lia tolérance dont on use vis*' à«Vîs des billets à trop faibles coupures. Le mal dotit OU ie pkitit àVeC raisorl disparaîtra du tiiômetit Oft rof , muttl de la faculté libératoire, circulera à l'égal ée l'argent, êl du moment où Ton fixera Un minitHum de valeur pout le billet de banque.
M. le professeur Tellkampf, membre de la Chambre des seigueurs de Prusse, dit que la réforme projetée demande, comme condition préalable, l'entente comfflUUe des gfândâ États eommêrciaux pour l'adoption d'Uûfe môfinaie ititernalionale et ufte situation fînatl^ cîèw qui permette de faire face aux charges qu'elle efitratUerait pour le trésor. Mais la considération sur laquelle il appuie le plus est celle que la monnaie d'or permettra de proscrire la monnaie de papier^ ce (JUi est bussi essentiel dans l'inlérêl de la défetise du pays que pour l'application d'une saine économie politique. En retirant le papier, on fait affluer l'or et l'argeut sur le marché , et l'on augmeute les forces défeBSiws du pays. Les petits billets envahissent le ittéfehé) le papier chasse le numéraire sans espoir de rtètour. Il circule etitrè les mains d'une classe d^hoîômeS voisine de l'indigence i en temps de crise» elle lefeenshe à s'en débarrasser, et si la valeur du titre fidueiaife se détériore^ ce sont les ouvriers, les artisans, les petits Commerçants^ en «n mot, les moins ridies qui en souflTrent le plus* L'eipérience constate qu'A éa pareilles époques> une grande masse de moii-
naie de papier reflue dans les caisses publiques; le gouvernement ne perçoit plus les impôts qu en papier, dont l'emploi devient difficile à Tintérieur, et impossible en cas de guerre étrangère. Pour éviter de pareilles difficultés ou en restreindre du moins Tinfluence, il faut interdire l'émission de tout billet d une valeur inférieure à 20 thalers (75 francs), et si ron élève ce taux, cela vaudra encore mieux.
L'or et l'argent se maintiendront ainsi dans la circulation ; ils formeront la base solide des transactions et des contrats.
Tout en ne repoussant pas l'idée d'une monnaie légale d'or, M. Tellkampf reconnaît que les variations signalées dans le prix relatif des deux métaux précieux ont été faibles; elles seraient plus faibles encore en présence de Yunion qui reposerait sur le même change légal admis partout. L'énorme accroissement de la production de l'or n'a que peu modifié la position, car il s'agissait de déplacer une masse considérable d'argent, et la demande de ce métal pour l'extrême Orient s'est accrue. « Ajoutez à cela, dit encore M. Tellkampf, le caractère d'universalité des rapports et la rapidité des voies de communication, et vous reconnaîtrez une tendance de plus en plus prononcée vers la fixité du taux respectif de l'or et de l'argent. L'influence des nouveaux arrivages ne peut s'exercer qu'à la longue, alors que le rapport de ceux-ci avec la masse existante diminue malgré l'augmentation de l'extraction. Une enquête sérieusement poursuivie sur cette question captiale ferait probable-
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ment voir que ces fluctuations sont très-restreintes. Tel est l'avis de M. Wolowski. »
Aussi M. Tellkampf dénonce-t-il le billet de banque et le papier-monnaie comme la première cause du mal; ce n'est qu'après en avoir guéri le marché qu'on pourra apprécier avec plus d'exactitude les proportions respectives de la valeur des instruments légaux de payement en numéraire métallique.
Tout en approuvant le système monétaire de l'Angleterre, le professeur Tellkampf n'en tire pas la conséquence téméraire que, appliqué partout au lieu d'être propre à un seul État, ce système porterait des fruits analogues. Il ne dissimule pas non plus l'avis d'Anglais fort compétents qui se prononcent dans un sens différent, et rappelle l'opinion remarquable de l'ancien caissier général de la banque d'Angleterre, Haggard, opinion favorable au double emploi de l'or et de l'argent sur le même pied légal *. Les brusques Variations du taux de l'escompte , si fréquentes de l'autre côté du détroit, viennent en partie des difficultés qui naissent de l'emploi de l'or comme seul
* Dans son ouvrage Die PriMipien des Gold-und Bankwesens von Dr. J.-L. Tellkampf, Tauteur dit, à la page 58 :
« En Angleterre, tous les payements an-dessus de 40 shillings doivent se faire en or. A ce sujet, M. Haggard, qui a déjà été mentionné, s'exprime comme suit : a Je conseille de faire adopter Tor et Pargent — et « non Ter tout seul — comme moyens de payement officiels et d'em- « ployer Targent monnayé pour les sommes peu considérables du petit « commerce, et l'argent en barres pour les grandes sommes et le marché « universel. Les obligations ou promesses de payement doivent stipuler « nn certain poids et un certain titre des métaux précieux. Ce serait un « système également compréhensible pour tout le monde. A l'étranger,
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légal iender. Cet embarras se produit, bien que Viia^ mense commerce de Tlnde reposa sur largent et fouruiflse un moyen d'équilibre sur Veris^mble du vaste marché anglais.
M, le docteur Otto Hubner témoigna la oonfianoe dan» las lois naturelles du marché, qui tendent pur d utiles compensations à rétablir l'équilibre et à éçar* ter les pertes excessives, Nous sommes du môm^ avis, mais c'est justement le motif qui nous détermine à favoriser ces compensations paï l'emploi pimultané des deux métaux. Du reste, la différence qui 9S}«ft$ entre nos idées et celles du docteur Hubner e^t bien faible, puisqu'il conclut en disant : «l^aisf^ons eireiiltr aimultanément les pièces d'or çt les pièces d'argent; nous trouverons ensuite 1© moyen de eonoiUer les deux systèmes, » Bien de plui sage que cit appel fait à l'expérience substituée aux entraînemeats de vainef^ hypothèses.
Nous avons déjà remercié M. le conseiller MiçbaëUs de la bienveillante appréciation qu'il a faite de nos travaux. Si nous résistons aux entratneffients d'UD9
« on a déjà Thabitude de. o^etablir Içs calculs que sup le titre des métaux « précieux et non sur la valeur nominale des pièces de monnaie. AcIuiq|- « lement la Banque serait obligée de suspendre ses payement^ dès que <( Tor lui ferait défaut et quelle que fût la quantité d'argent mise h sa disr « position. Elle achète souve.nt en France de for à un taux élevé, tandW a qu'elle vend l'argent métal h un prix très-bas, parce qu'il lui fant trois « fois plus d'or que d'argent. Cela constitue un avantage pour la frappe. « Gomme presque dans tous les pays Targent fornoe le moyeu 4ô p^yç- « ment légal, il serait plus facile d'établir les calculs en les bas^n^ ^ur a les échanges d'or contre de l'or, d'argent contre de l'argent, soit toijr tt jours réciproquement dans la même espèce de métal, n
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application jjootrinaire de certains principes qui, comme il l'a reconnu, ne sont restés debout que parce qu'ils n'ont pas été suffisamment examinés, c'est que la méthode baconienne, basée sur le témoignage dejj faits soigneusement appréciés, nous met à l'abri des constructions purement idéalegf.
M. Miohaëlisi ne croit pas que l'adoption de ce qn on appelle Véialon d'or puisse se faire aisément. On f^xa-» gèrfi trop souvent les provisions métalliques, en par^ dant de vue la quantité considérable du nun^érairfi qui s'use et qui se perd. Jeter des centaines de millions de thalers en argent sur un inarobé priyé des moyens habituels d'écoulement de cette marchandise, ee serait altérer d une manière sensible le rapport actuel entre la valeur des deux métaux. Il est plus facile de frapper des monnaies d'or que de les maintenir dans la circulation, si l'on n'adapte pas en même temps un prix légal de l'or, «tes idées de Jf -Wo» lowski, dit en terminant M. Michaëlis, méritent une sérieuse attention; il a développé autant de courage moral que de perspicacité, en maintenant une Qpi« nion indépendante vis-à-rvis du doetrjnarisme su» perbe qui se retranche derrière la prétendue infaiHi^ bilité de l'étalon d'or. »
Personne, dans le débat engagé devant la Société des Economistes de Berlin, n'a invoqué la prétendue perte à laquelle les pays à double base métallique seraient sans cesse exposés en voyant partir celui dps deux métaux qui se trouve exporté lorsqu'il renchérit, Au lieu d'une perte à subir, c'est d'un bénéfice à féalir
ser qu'on aurait dû parler. En eflfet, on njpintient une sage économie dans la fabrication de l'outillage monétaire, en même temps qu'on préserve l'équité des contrats, lorsqu'on arrive à équilibrer les valeurs métalliques par le maintien légal de la double monnaie de payement. Sans rien compromettre de ce qui concerne la stabilité des prix, et tout au contraire en la fortiâant, on réalise un avantage légitime sur l'entretien du numéraire. Celui qui se trouve exporté gagne une prime au bénéfice du pays qui a eu la prudence de le conserver : tel a été chez nous le fait pour Fargent. Quand un métal enchérit et se porte au dehors, on n'a point de perte à enregistrer dans la fortune nationale, mais un avantage à recueillir. L'idée contraire n'a été que le résultat d'un singulier mirage financier. L'emploi de la double monnaie légale, loin de rendre les écarts de prix plus fréquents, les atténue; les oscillations possibles sont renfermées dans des limites fort étroites; quand cet avantage serait acquis au prix d'un léger sacrifice, ce serait une faible prime d'assurance payée pour acquérir la stabilité plus grande du prix régulateur et du sens des engagements. Mais, loin de payer cette prime, on la touche sur l'excédant de prix du métal devenu relativement moins abondant et plus recherché. Cette considération a complètement échappé aux partisans de la réforme radicale du système monétaire, qui sacrifient à la poursuite d'une véritable chimère le mode le plus simple d'arriver à l'établissement d'une monnaie internationale.
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Une étude attentive des faits relatifs à la production des métaux précieux fournit un précieux élément de solution. M. Otto Hubner a eu grande raison d'appeler sur ce point des investigations nouvelles. Il semblerait, à entendre certains partisans d'une réforme monétaire basée sur l'exclusion légale de l'argent, qu'il s'agît là d'une détermination dégagée des circonstances matérielles et uniquement rattachée à la déduction absolue de l'esprit de système. Il en est tout autrement quand, au lieu de s'égarer dans les régions aventureuses de l'hypothèse, on s'en tient au terrain solide de l'expérience et aux manifestations pratiques de l'état des choses :• on se sert dans le monde de numéraire d'or et de numéraire d'argent; les deux métaux sont la matière première d'un outillage indispensable pour les transactions, et la quotité de cette matière première importe singulièrement à ceux qui recherchent la vérité.
Il faut donc mesurer, du moins par approximation, les masses des métaux précieux.
Le docteur Soëtberr, dont nous regrettons d'avoir à combattre en ce moment la doctrine, mais dont nous reconnaissons la haute compétence en fait de recherches pratiques, a publié au mois d'avril dernier une étude intéressante relative à la statistique des métaux précieux. Il n'est pas de ceux qui acceptent les chiffres à l'aveugle.
Il doit y avoir, dit-il, un charme particulier et un intérêt pratique permanent à recueillir des renseignements sur l'exploitation et la distribution des métaux, sur la quotité de la fabrication
146 QLBtOfJEll INDICATIONS
monétuire dwn \^% dirors i\^\s, sur les provisions métalliques actuellement distantes et antres matières qni s'y rattachent; on aurait sans cela peine à expliquer les nombreuses évaluation^ de ce genre qui se renouvellent et se complètent constamment, car les intéressés, auteurs et lecteurs, sont unanimes à reconnattre que, par la nature même des faits sur lesquels elles portent, elles ne sauraient présenter la garantie d'une grande eiiotitudet Dans la plupart d^ cas, ces tableaux ne sont que dç simples répétitions, dépourvues de contrôles, de donqées déjà produites; de temps à autre on rencontre cependant des appréciations utiles qui portent le cachet d'un esprit d'initiative et de critique. Une chose propre à inspirer quelque confiance dans ces évaluations, c'est l'accord qui règne sur les points essentiels dans les diverses estimations qui ont été publiées de différents oAtés et qui, alors quelles se présentent, sopt indépend^nt^^ le^ unes dQs autres.
Dans ces derniers temps, le gouvernement des Etats-Unis a jugé à propos de ne plus abandonner la statistique des métaux précieux à la simple initiative individuelle et au hasard des circonstances; cette branche do la science statistique a été confiée d*une manière officielle à plusieurs fonctionnaires spéciaui L'année 186$ a fourni trois publications de cett^ naïu^^e <|ans le Annual Report of the commi^sioner of th^ gênerai land qffice (Joseph S, Wjlson) et dans les Spécial Reports on the Minerai ressources of the United StnteSy by James W. Taylor and J. Ross Browne. Nous donnerons ici, dans un tableau synoptique, le résumé des renseignements recueillis, en les ramenant au poids métrique et à la valeur en thalers allemands (environ 3 fr. 75).
M. Wilson estime ainsi la production totale en Qr et m (^rgefif d» \M% jusqu eu 18Q8, en divisant le oours 4e ces qui^trç s}^q\ç^ par les époques notables de 1804, où s^arrôtent les recherche^ d'Alexandre de Humbold et où les révolutions politiques dans FAmérique du Sud commencent à réagir sur Texploitation métallique, et eelle de 1848, d'où date la découverte de la Californie c
A L APPUI DU M^OiHli: S{JR l'QR ET L* ARGENT. jl7 ENSEMBLE DE LA PRODUCTION DES MÉTAUX PRÉCIEUX.