L EVOLUTION
L'évolution ne saurait être confondue avec le progrès, malgré la similitude apparente des deux termes. L'éternelle piperie des mots a illusionné le présent siècle qui s'est prosterné devant une nouvelle idole.
C'est surtout à l'école positiviste que nous devons l'idée d'évolution, qu'elle considère comme exprimant un mouvement intérieur et spontané qui porte les phénomènes humains et sociaux d'un état inférieur à un état supérieur. Spencer s'est emparé du même point de vue, l'a généralisé et l'a transformé en une question de physique pure et simple. Sa théorie de l'évolution n'est qu'une histoire à priori du développement de l'univers, le faisant procéder d'une seule et unique loi : la persistance de la force. — Nous voici loin de la modeste synthèse de Comte qui se bornait aux développements parallèles propres à la biologie et à la sociologie. Le devenir de Hegel est sans doute une conception qui ne manque point d'analogie avec celle de Spencer, mais elle n'en est pas moins très distincte, parce qu'elle n'a aucun caractère
scientifique, et demeure exclusivement métaphysique et subjective.
Spencer est un homme profondément pénétré de l'esprit des sciences expérimentales, et il a dû reconnaître que l'acception du progrès, dans le sens de développement indéfini, n'avait point de base empirique suffisante, et, en lui substituant le terme d'évolution, il a dû considérer celle-ci d'une façon bien différente. En effet, l'évolution a sa fin précise dans l'équilibre et, à ce dernier, doit succéder une période régressive ou d'involution ou de dissolution, que nous constatons si ordinairement dans l'histoire des peuples et toujours dans celle des individus. Ceux-ci doivent mourir et rUnivers aussi doit mourir, sauf à renaître de ses propres cendres (?).
Nous sommes ici en présence d'une idée qui trouve ses premières expressions dans l'antiquité. Ainsi, d'après Anaximandre, le monde, qui n'est l'ouvrage ni des dieux, ni des hommes, a pour principe un feu toujours vivant, s'allumant et s'éteignant tour à tour. Toutes choses sont formées, puis dissoutes par le feu. « Cette croyance à la fin du monde et à son renouvellement, à la suite d'une destruction complète, effectuée généralement par le feu, était essentiellement orientale... Ce fut un dogme de la philosophie stoïcienne. D'après celle-ci, les mondes étaient éternellement et successivement créés par Dieu qui est l'àme de l'Univers; chaque nouvelle création était la repro-
duction exacte de la précédente et chaque chose, sans exception, tournait dans chaque monde, depuis le commencement jusqu'à la fin, dans le même ordre, suivant un mouvement circulaire. A des périodes fixes, tout était détruit par le feu et le monde recommençait à nouveau » (1). Avant Spencer, et dans le cours du présent siècle, Buchner, si j'ai bonne mémoire, reprend la thèse du mouvement cyclique universel de formations et de destructions consécutives, aux siècles des siècles.
L'évolution, telle que l'a comprise Spencer, n'est donc pas le synonyme de progrès, et elle l'est d'autant moins qu'il reconnaît, de par l'expérience, dans la marche ascendante de cette évolution, des mouvements régressifs ou en sens inverse qu'il attribue au caractère ondulatoire ou ihythmique, tel que celui d'un balancier de pendule, de l'énergie elle-même.
L'évolution a d'ailleurs un caractère moins tranché de physique mathématique que ne le dit Spencer. En effet, il n'y a pas seulement des points d'arrêt ou de rebroussement à signaler, il faut convenir de plus que le rhythme n'a absolument aucune régularité comme durée, et ensuite que le développement est susceptible d'offrir des temps d'arrêt d'une durée indéfinie. Donc plus de rhythme, plus d'évolution progressive en appelant toujours
(1) G. do Grecf, Le transformisme social, p. 73-74.
une régressive; donc la loi de physique mathématique est en défaut. Ce n'est pas tout. Si nous voulons bien tenir compte de l'histoire du passé, et même de celle du temps présent, ne faut-il pas reconnaître que cette loi progressive ne paraît point inhérente à l'humanité tout entière, qu'elle se rencontre plutôt dans certaines races que dans d'autres? Parmi ces dernières, il y en a un certain nombre qui ne semblent point avoir dépassé leurs ébauches sociologiques primitives. Elles peuvent périr, disparaître de la surface du globe, mais l'évolution n'a aucune prise sur elles.
Une loi de physique générale ne peut souffrir de pareilles exceptions. Et cependant on nous dit que l'Etre est un, qu'il est un mouvement universel ou une collection de mouvements, et qu'il est nécessaire de conclure à une loi unique et exclusive pour cette abstraction généralisée.
Sans m'arrêter aux considérations dans lesquelles je viens d'entrer, je vais m'adresser à l'observation d'un certain nombre de faits qui nous montreront si l'évolution est la loi immanente et suprême des choses, solidarisant toutes les énergies de la nature dans une direction déterminée.
Je vais prendre tout d'abord un premier exemple conforme, dans une mesure restreinte, à Thypotlîèsedu rhythme éternel des retours circulaires. J'emprunte cet exemple à la plus grande et à la plus merveilleuse des harmonies, savoir l'harmonie
cosmique. On admet, on suppose l'existence d'une matière infiniment subtile dans les profondeurs illimitées de l'espace. Animée d'incessantes et innombrables vibrations, elle donne lieu, dit-on, à la chaleur, à la lumière, à l'électricité, aux affinités chimiques, peut-être aux mouvements de masse, comme le prétendait M. de Boucheporn. L'attraction, quelle qu'en soit la cause, après le passage de l'état impondérable à l'état pondérable, amène la condensation de la matière ou poussière diffuse en noyaux stellaires, en soleils qui, de leurs feux, illuminent l'étendue. Ces soleils ont probablement tous un double mouvement : celui de rotation et celui de translation. Le premier a produit, au dire de Laplace, dans notre système particulier, les planètes qui ne sont que des corps détachés, par la force centrifuge, de la périphérie de la grande nébuleuse solaire.
Jusqu'à présent tout va bien ou à peu près, car le détachement des planètes est un commencement de désintégration. A quoi il faut ajouter que la chaleur du soleil, des planètes et de leurs satellites va se disséminant dans l'espace infini. Chacun de ces astres se refroidit. Notre lune n'est plus qu'un cadavre. La terre éprouve déjà les atteintes de l'âge, dont neiges et glaces sont devenues sensibles pour elle. Le sort de la lune l'attend et elle ne l'ignore point. Le brillant soleil, à son tour, perdra sa chaleur et sa lumière, ses feux s'éteindront à jamais. D'où l'on voit qu'un certain
degré de concentration et d'intégration ont permis Tefflorescence de l'organisation et de la vie. Un degré plus élevé de concentration amènera la mort éternelle, à moins que, nous l'ignorons et l'ignorerons toujours, le conflit de ces cadavres stellaires, par un choc défiant toute imagination, n'arrive à reproduire la matière cosmique initiale, et que tout ne soit à recommencer par séries analogues, dans la série incommensurable des âges. Il y a des gens très dédaigneux de la métaphysique, d'ailleurs, qui croient savoir ces choses-là et qui les disent. D'autres qui ont l'esprit d'une moindre envergure, admettent qu'il y a dans la partie un peu connue de l'Univers une évolution qui est un progrès manifeste, puis une autre évolution se faisant en sens précisément contraire. L'évolution progressive dans l'ordre cosmique, n'a ce caractère que pendant une partie de la durée et, après, l'œuvre de négation et de destruction lui succède. C'est la contre évolution.
Prenons un autre exemple dans l'histoire naturelle. 11 y a chez les êtres vivants une tendance évolutive manifeste dans le sens conservateur de l'espèce, tendance qui ne peut que se confirmer et se corroborer, de plus en plus, par la multiplicité des générations. Le fait est suffisamment établi par ce qui arrive aux races artificielles, qui ont une tendance marquée à faire retour au type ancestral. L hérédité pathologique n'a pas une moindre ten-
dance à la conservation et même à l'aggravation des types morbides. Néanmoins, la nature et la volonté (sélection artificielle) sont susceptibles d'interrompre la série linéaire et de faire naître une contre évolution dans le sens des modifications qu'il est possible d'imprimer aux espèces. De là le transformisme qui est l'œuvre propre de Lamarck; de là les deux doctrines contradictoires de l'immutabilité et de la variabilité des espèces. Cette dernière invoquant, avec Lamarck, les influences de milieu variables elles-mêmes, et, avec Darwin, le hasard, l'accident heureux, d'où la sélection naturelle par la lutte pour l'existence. Darwin, d'ailleurs, a demandé à la sélection naturelle ce que la sélection artificielle peut seule obtenir, avec une volonté persévérante, et qu'elle ne conserve que difficilement, à cause de la tendance immanente au retour du type ancestral.
Ainsi processus dans le sens du maintien de l'espèce naturelle et aussi de l'espèce morbide, si le rapprochement est permis ; et processus de sens contraire venant modifier, et même profondément transformer, les espèces naturelles. Evolution et contre évolution associées dans la nature des choses.
Etudions l'homme maintenant comme facteur moral, cas particulier de la biologie. Nous trouvons chez lui deux éléments distincts : l'égoïsme d'une part, et, d'autre part, la sympathie pour
nos semblables, et ces deux éléments sont le point de départ d'évolutions différentes, entre lesquelles la morale doit se constituer. L'égoïsme trouve son expression la plus complète dans la théorie Darwinienne de la bataille de la vie (struggle for life). L'histoire nous montre le passage d'un cannibalisme plus ou moins originel aux procédés plus modernes qui se contentent d'exterminer les adversaires, peuples ou individus. Toutefois, dans la majorité des cas, l'égoïsme infiniment divers, suivant les circonstances, se montre plus délicat dans ses agissements, et il se contente de poursuivre, toujours et quand même, son propre avantage, sans tenir aucun compte de celui des autres, à moins d'y avoir un intérêt direct. En lui-même, d'ailleurs, il ne fait que reproduire le processus de toutes les catégories d'êtres inférieurs qui luttent entre eux pour vivre. Dans la vie de l'Humanité, aussi, il constitue la dominante incontestable.
D'un autre côté, il y a autre chose dans l'homme que l'amour de soi-même. Il y a également chez lui la sympathie, la pitié, la charité qui ne peuvent absolument pas procéder de l'égoïsme, quoi qu'on puisse dire. L'évolutionnisme contemporain, au lieu d'être une œuvre de concentration de soi sur soi, le second élément de notre nature morale, c'est le moi brisant sa propre carapace, se répandant au dehors et pouvant aller jusqu'au renoncement, au dévouement, au sacrifice. Il s'agit donc ici d'un
amour nouveau, qui, en principe, est en opposition radicale avec un autre dont il ne procède en aucune façon, savoir Tamour de soi exclusif, et au besoin, sans entrailles.
Homo ho mini lupus y et Nihil huinani à me alienum puto, telle est la dualité, l'antinomie dans les données affectives élémentaires de notre nature; dualité dans la pratique de la vie. Ainsi la sympathie, la charité, l'altruisme que les évolutionnistes nous donnent, M. Spencer en tète, comme un développement de l'égoïsme primitif, agit en réalité à titre de contre évolution parallèle au processus de l'égoïsme. N'en déplaise à M. Izoulet, M. Durckheim a raison de dire : « Ce serait un miracle logique si l'on pouvait déduire l'altruisme de l'égoïsme » (1).
En généralisant la question morale, on se trouve en présence d'évolutions contraires ou même contradictoires. Tout d'abord, à l'origine, comme principe régulateur nous avons une donnée objective, une autorité pouvant s'appeler la famille, la tribu, la cité, la patrie. C'est un fait coutumier.
A côté de cette donnée régulatrice extérieure, nous en avons une autre, d'ordre religieux, qui, étroitement unie à la précédente, dans l'antiquité païenne, s'en est distinguée avec le christianisme qui l'a localisée dans la parole écrite, et dans la tradition transmise par un corps ecclésiastique.
(1) Z>e la division du travail social.
Ce nouveau principe a d'ailleurs été associé à des rites ou observances pratiques nombreuses, plus nombreuses que nouvelles, si nous nous en rapportons à l'histoire des religions.
Il y a encore un autre principe extérieur qui se présente à nous avec la ferme assurance d'être une loi de la nature. Celui-ci considère la morale comme étant la généralisation des habitudes humaines. Il suffit de généraliser, par l'induction, la pratique des collectivités humaines pour en déterminer les règles éthiques. La morale, ce sont les mœurs. Le trait distinctif ici, on le voit, est l'absence absolue de tout idéal, dont il est vrai que le monde extérieur ne transmet à nos sens aucune image.
Si de l'objectif nous passons ensuite au subjectif, nous y trouvons le concept de l'intérêt bien ou mal entendu, celui de la sympathie ou sentiment moral, et enfin celui du devoir ou obligation qu'impose un certain idéal rationnel.
Je n'ai point à chercher le bien ou le mal fondé de tous ces principes si divers, et il me suffit de constater que chacun de ces principes a été le point de départ d'évolutions différentes et contradictoires. L'objectif vis-à-vis du subjectif constitue une dualité, l'objectif en renferme une suivant qu'on fait procéder la règle du groupement social ou suivant qu'on l'a fait procéder d'une intervention divine. Le subjectif nous offre une véritable trinité de données diverses, d'où encore des déve-
loppements historiques hétérogènes. En éthique, il y a des évolutions plus ou moins antagonistes, mais il n'y a point une loi générale d'évolution.
J'arrive maintenant à l'étude de l'homme considéré comme facteur intellectuel ou psychologique, si on le veut. J'ai déjà montré qu'il n'y avait point d'évolution du réflexe simple au réflexe composé, en tant que celui-ci est censé comprendre l'instinct d'abord, la raison et la volonté ensuite. Il y a lieu maintenant d'insister davantage sur la question et de montrer, par le détail, combien, sur le terrain de nos facultés ou propriétés mentales, la doctrine de l'évolution est en défaut.
Pour atteindre le but que je me propose, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de donner un aperçu sommaire, et approximatif, de la réfutation péremptoire qu'a donnée M. Liard de la théorie générale formulée par Spencer (1).
L'évolution étant, sans doute, autre chose que la doctrine de l'emboîtement des germes, implique une série d'états successifs dont chacun diffère du précédent par une addition pour ne pas dire une création infiniment petite. Or, une addition n'est pas une transformation. C'est un simple fait d'apparitions successives ou d'épigenèses successives. Donc, ce qui paraît continu, dans l'évolution, est
(1) La science positii'e et la métaphysique, p. 138 à 189.
réellement discontinu et la transformation n'est qu'apparente.
D'autre part, les idées de Spencer, sur les principes de la connaissance, ont un caractère aussi simple que net. Pour lui, l'esprit humain est un et procède toujours de la même manière : « Partout et toujours, il assemble suivant les ressemblances, il sépare suivant les différences; c'est là son unique fonction que l'analyse retrouve au fond de toute œuvre intellectuelle. Toutes nos conceptions, des plus simples aux plus complexes, se produisent suivant une même règle ». Cela étant, prenons pour exemple la notion du nombre. Elle n'est pas constituée par la ressemblance et la différence, bien que ces données se trouvent dans toutes les unités concrètes, mais elles s'évanouissent dans la généralisation abstraite. De plus, comment ramener aux nombres les figures géométriques ? Comment les en faire procéder ?
D'autres concepts, comme les précédents, sans doute (nombre et figure), seraient le fait d'une expérience héréditaire dont les éléments ne pourraient être empruntés qu'au milieu, ce qui donnerait une valeur objective incontestable, absolue aux formes propres de la pensée, telles que : temps, espace, nombre, causalité. Toute l'œuvre critique de Kant reçoit une atteinte mortelle. Heureusement pour elle qu'elle est remise debout, par Spencer lui-même, qui n'attribue aux divers concepts qu'une valeur relative. D'où on doit conclure que,
ne venant point de nous, originairement, ne faisant point partie de notre constitution mentale primitive, nous n'avons pu les acquérir même par expérience, puisque la pensée ne se peut imaginer en dehors des formes qui la régissent.
L'impossibilité, dans l'hypothèse de l'évolution en série linéaire, de passer du nombre à la figure, subsiste tout entière pour le passage aux autres concepts, tels que : le temps, l'espace, la causalité. D'autre part, l'esprit, table rase, c'est le néant. Que peut donc faire l'évolution en condition pareille? Si on ne lui donne rien, elle ne produira rien, a La machine fonctionnera à vide, sans rien rendre, à moins d'attribuer à l'évolution un pouvoir créateur ».
Hegel, en faisant sortir l'être du non être, était évidemment un précurseur de la grande doctrine.
Je passe au domaine sociologique et vais mettre l'homme lui-même, c'est-à-dire l'individu, en regard de la société, dont l'Etat est l'expression concentrée, la formule la plus haute. Serons-nous sur ce nouveau terrain plus heureux et verrons nous l'évolution se produire dans le sens d'une série linéaire?
La société a son point de départ dans l'individu et celui-ci, dans la famille, a constitué une première association. Puis les familles se sont constituées en tribus, en cités, d'où des nations, de véritables empires, ont parfois procédé. Cette
société originelle qui a été l'œuvre du sentiment, de l'attraction, de la sympathie, a dû avoir bientôt, du moins très fréquemment, pour mission essentielle la défense des individus, formant une collectivité, qui se trouvait en lutte avec une autre collectivité pour la jouissance de tel territoire de chasse ou de pâture, de telles eaux fluviales pour la pèche, ou des fruits naturels du sol. Or, pour combattre, il fallut un chef qui ne tarda point à réunir l'autorité civile à l'autorité militaire, en y joignant aussi maintes fois le pouvoir religieux. D'où la prépondérance du gouvernement et d'une autorité d'abord executive, qui ne devait pas tarder à réunir toutes les attributions et à s'arroger tous les droits. Ici nous trouvons le point de départ d'un nouveau processus qui va se former aux dépens de l'individu qu'il favorise d'ailleurs au double point de vue de la défense collective à l'extérieur et du bon ordre à l'intérieur. Mais, à la réserve de ces deux chefs, la liberté de la personne humaine put disparaître en grande partie, au bénéfice d'une tyrannie souvent devenue exécrable. L'évolution de cette personne humaine, dans son caractère individuel, a donc été contrariée dans une large, une très large mesure, sans être supprimée absolument. Elle fut la première en date, et si une autre prit naissance à côté d'elle, il faut convenir que le fait n'eut lieu à l'origine qu'en faveur de l'individu et pour servir ses intérêts propres. L'évolution consécutive ne devint une
contre évolution que par la prépondérance abusive du chef de famille, du chef de tribu, du souverain ou du chef d'empire. On a vu un très remarquable exemple de ce développement funeste, dans l'histoire de la monarchie française acquérant, à la longue, l'ensemble des attributs du pouvoir absolu. Toute autorité finit par procéder directement du Roi lui-même qui se confondait très réellement avec l'Etat, suivant la parole de Louis XIV. Une série d'usurpation du pouvoir suprême avait établi une main mise complète universelle sur les personnes et sur les choses. Le sujet, son bien, sa pensée, sa conscience appartenaient en propre au souverain. Celui-ci était tout et l'individu sa chose, c'est-à-dire rien, ou seulement ce qu'il lui était permis d'être, par octroi purement gracieux. Les droits de la personne n'ont, dans de pareils termes, qu'une valeur légale, et la loi est en principe essentiellement révocable, puisque par nature elle varie avec la volonté royale. En effet : si veut le Roi, si veut la loi, comme disaient les juristes d'un autre âge.
Donc l'évolution individuelle a été réprimée, restreinte dans certains cas au minimum, presque supprimée en principe, mais non en fait, preuve en soi, pour notre pays, la Révolution de 89 qui a subordonné théoriquement l'Etat à l'Individu. Celuici est le but, celui-là le moyen et il n'existe que pour garantir au premier le plein exercice de ses libertés naturelles. Ainsi en France voici une contre évolu-
tion qui est venue se dresser contre l'oppression progressive et séculaire de l'Etat, contre évolution qui procédait d'ailleurs incontestablement de la Réforme. Le mouvement parti de l'Angleterre passa en Amérique, fit retour en Europe et s'y incarna dans notre déclaration des droits de l'homme, empruntée en grande partie aux constitutions du Nouveau Monde. Mais, comme l'esprit humain, suivant l'expression de Luther, est semblable à un homme ivre à cheval, et penche tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, il est advenu, orâce à l'invasion des doctrines socialistes : Four-
riérisme, Saint-Simonisme, Comtisme et le reste, crâce és^alement aux exagérations et aux fureurs maniaques du parti révolutionnaire, que les doctrines contre révolutionnaires de l'ancien régime ont trouvé un regain de faveur, et que la part faite à l'individu, dans l'économie sociale, paraît menacée de disparaître dans le gouffre entr'ouvert de la collectivité. Le tyran n'est plus une seule tète, c'est une hydre insatiable, dont les yeux sans nombre vous poursuivent partout, et dont les bras comme les tentatules d'une pieuvre, vous saisissent et vous étreignent partout.
Plaçons-nous maintenant au point de vue politique proprement dit. A priori rien n'est supérieur à Texercice de toutes les libertés compatibles avec | les droits personnels du prochain, et avec ceux du corps social. En fait, lorsqu'un peuple n'est pas
mùr pour raffranchissement, lorsqu'il est incapable et indigne de la liberté, les revendications élevées au nom de celle-ci ne font que donner libre carrière à toutes les licences, et celles-ci ne sont que le prélude obligé de la tyrannie.
Il y a donc des formes politiques, idéalement bonnes, et qui peuvent être en réalité détestables par leurs conséquences dernières, chose possible dans un grand nombre de cas. Une loi n'est donc pas bonne par cela seul qu'elle est libérale, mais aussi parce qu'elle est applicable, lorsqu'elle s'adapte au tempérament d'un peuple. H y a donc des évolutions qui, procédant du désir, et penset-on du besoin de la liberté, vont conduire aux pires désordres, à l'anarchie et finalement à l'ordre sans liberté. Puis le même cycle a tendance à se reproduire et cela sans limite assignable.
Une évolution bien différente est celle qu'on peut voir se produire chez un peuple digne de la liberté, sans qu'on puisse affirmer d ailleurs, d'une manière certaine, que ce peuple continuera à posséder les mêmes vertus politiques. Un effondrement de la moralité générale pourrait être le point de départ d'une évolution en sens inverse. Sans doute, le groupement social doit se proposer pour but rationnel un progrès incessant dans l'œuvre de la civilisation. Mais celle-ci ne recèle-t-elle point un ver rongeur, dans l'intimité de son être, ce qui nous conduit à dire corruptio optinii pessima? Parcourons, d'un coup d'œil, la série zoologique et nous
reconnaîtrons, aisément, que l'altération des organes et les maladies s'y développent en raison directe du perfectionnement même de la structure des êtres vivants. Aussi l'homme est-il soumis, incontestablement, à plus de maladies que les autres mammifères. Et même, en laissant de côté la question de structure pour nous en tenir au développement fonctionnel, il est certain que l'homme civilisé est devenu accessible à un nombre important d'influences morbides, auxquelles échappent en partie les barbares et les sauvages, tant qu'ils demeurent à l'abri du contact, si funeste pour eux, des races civilisées.
Or, ce ne sont pas seulement les aptitudes morbides qui se développent, dans les conditions susindiquées, c'est aussi tout un ensemble de vices s'attaquant aux sources mêmes de la vie physique et de la vie morale de cette civilisation, dont l'extérieur brille d'un éclat incomparable, et dont le dedans n'offre, maintes fois, que gangrène et pourriture. Rousseau était paradoxal, sans doute, lorsqu'il accusait les sciences et les arts d'avoir mis à mal l'espèce humaine. Les sciences et les arts représentent une évolution, les maladies morales de l'homme en représentent une autre. Les deux termes peuvent marcher parallèlement entre eux, et le premier n'est point la cause généralisée du second. De même que le perfectionnement de la structure et celui de la fonction ne sont pas des causes directes de maladie, mais de simples occasions donnant plus de prises à celle-ci.
Encore ici le genre humain est soumis à des évolutions contraires, et, soit dit en passant, si Ton pense que le bien collectif doit l'emporter, nécessairement, sur les germes de dissolution et de mort,
Inhxret lateri lethalis arundo,
ce ne peut être que par un acte de toi suprême et volontaire, que les annales du passé ne justifient à aucun titre.
L'homme n'est pas seulement un facteur politique, un membre plus ou moins actif de la cité. Il est aussi un facteur économique, il produit et s'approprie. Prenons donc l'idée de propriété, sur laquelle j'aurai à revenir plus tard. Chez l'homme primitif, l'appropriation a dû être restreinte à ses armes, à ses outils ou engins divers, à ses vêtements, quand il en portait, à sa hutte ou à sa grotte. En dehors de cela, il devait y avoir propriété collective de la terre et des eaux. Or, de ces deux types de possession, il y en a un qui a fini par envahir l'autre, sans jamais le supprimer complètement, et ce qui était propriété commune a fmi par devenir, en grande partie, propriété individuelle, au moins pour la terre. Toute une civilisation s'est groupée progressivement autour de cette notion agrandie, mais non nouvelle, de l'appropriation personnelle qui, de mobilière, est devenue aussi immobilière. C'est cette civilisation
qualifiée de société capitaliste, qui est assaillie de tous côtés par les hordes du socialisme qui veut nous ramener à la propriété commune immobilière, et nous réduire à la propriété commune mobilière qui n'a jamais existé, même à Faurore de l'humanité. Quoi qu'il en soit sur la pente du communisme antique, nous sommes aussi sur celle de la barbarie antique, pour ne pas dire de la sauvagerie antique. C'est ce que comprend si bien un gendre français (?) du fameux Marx, lorsqu'il place son idéal social dans le retour à la vie sauvage.
Voilà donc une première évolution prenant son point de départ dans un fait naturel et général de l'appropriation mobilière, et qui se développe dans le sens d'une appropriation de plus en plus étendue, puisqu'elle y fait rentrer la propriété immobilière. Le socialisme de tous les temps constitue une véritable contre-évolution qui, à l'heure présente, se montre à ce point redoutable qu'elle menace d'engloutir, peut-être à tout jamais, l'œuvre lente et progressive des siècles.
Ainsi, dans l'ère actuelle, la bataille de la vie, avec ses fortunes diverses, tend à produire une contre-évolution radicale, relativement au principe de la propriété qu'il s'agit de dépouiller de tout caractère personnel. Aujourd'hui, les deux évolutions sont aux prises et dans leur conflit suraigu on peut dire que la défense est molle, si on la compare à l'énergie, à la violence, à la brutalité de l'attaque.
Au point de vue social, l'homme est soumis à des règles qui déterminent ses rapports juridiques avec ses semblables. De tels rapports sont nécessaires dans toute société humaine.
Il est évident qu'à l'origine, des habitudes, des coutumes se sont établies, bien que la raison n'y ait pris souvent qu'une part médiocre ou nulle. L'humanité n'en a pas moins vécu sur ces coutumes, et on les a vues passer plus tard dans le droit écrit. Mais il ne s'en est pas moins formé, à côté de la routine séculaire, un certain idéal que Socrate a probablement été le premier à formuler et dont le poète Sophocle s'est lait l'écho. La philosophie stoïcienne en fit son profit et le christianisme s'est largement inspiré de cette parole de saint Paul : « Jugez s'il est juste devant Dieu d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». Toute son histoire en témoigne.
Ainsi se sont trouvées constituées deux traditions : l'une du droit qualifié d'historique, l'autre du droit dit naturel. Celui-ci a été le principe d'où sont sorties, dans des conditions bien diverses, la Révolution d'Angleterre qui renoua rapidement la chaîne interrompue du droit historique, la Révolution américaine et la Révolution française. Celle-ci, en brisant la royauté, rompit à peu près toutes les traditions coutumières, sauf celle de la centralisation administrative.
Nos codes actuels sont issus du passé, c'est-àdire de la coutume, influencée elle-même par le
droit romain, et ie droit naturel. Seulement on a dû trouver, et on a trouvé depuis leur promulgation, que la part de ce dernier était trop faiblement représentée dans la jurisprudence. De telle sorte qu'en regard d'une évolution dans ie sens de la coutume et du droit écrit, nous avons une contre-évolution, dans le sens d'un idéal rationnel qui est toujours resté ce qu'il était jadis, le stimulant du progrès en matière de droit et on peut ajouter de morale.
Il y a antinomie, dualité réelle entre les deux données premières, l'une ayant son point de départ dans l'expérience et l'autre dans une conception abstraite.il paraît impossible d'en prévoir la conciliation définitive, car le droit naturel peut toucher à l'utopie. Ce qui est rationnel n'est point toujours praticable, vu le tempérament, le caractère ou les passions humaines susceptibles de varier de peuple à peuple, de telle sorte qu'un idéal réalisable chez l'un ne l'est absolument pas chez un autre. C'est ce que les esprits simplistes, les radicaux ne comprendront jamais.
On a donc indûment prétendu faire de l'évolution la loi universelle de la nature, loi à caractère progressif ininterrompu et en série linéaire pour ainsi parler. Sous ce double rapport, l'assertion est insoutenable et maintenant on est obligé de tenir compte de périodes de régression ou momentanées ou définitives, pour certains groupes humains. Ou d'admettre, comme je l'ai déjà dit, à
l'exemple de Spencer, une progression générale avec alternatives rhythmiques en sens contraire, progression aboutissant à l'arrêt en équilibre, puis de supposer ensuite qu'à celui-ci succède une période de rétrogradation, nous ramenant au tout premier commencement des choses. Puis, on imagine une intégration nouvelle et une évolution se reproduisant avec des caractères identiques, sans qu'il puisse être admis un terme assignable à un pareil circulus.
Dans cette théorie, le passage de l'éther à la matière cosmique diffuse dans l'espace ne m'a point paru nettement formulé. Y arrive-t-on par intégration et hétérogénéité croissante? De même, à la fin dernière des choses visibles, faut-il admettre que la contre-évolution fait passer la matière cosmique diffuse, produite par le choc de tous les mondes stellaires, de l'état sensible à l'état insensible propre à l'éther?
En supposant que la marche générale des choses en astronomie nous montre quelques indices de contre évolution, au moment même où la phase évolution (constitution des mondes nouveaux) est en plein exercice, y a-t-il, dans ce fait, une présomption suffisante qui nous autorise à imaginer un circulus, toujours le même, éternellement parcouru par la matière cosmique? Ne serions-nous pas, par hasard, en présence du trou noir d'une insondable métaphysique? Quoi qu'il en soit, l'hypothèse a son bon coté, puisqu'elle nous montre
la contre évolution comme couronnement de l'évolution, sans qu'il soit démontré, le moins du monde, que celle-ci recommence à nouveau. Elle n'est donc point une loi évidente et nécessaire de la nature, à prendre tout d'abord les choses dans leur plus grande généralité, c'est- à dire astronomiquement parlant. Or, ce qui est vrai pour le macrocosme, pourrait bien l'être pour le microcosme, si la nature ne fait que répéter, sous des formes variées, un thème éternel toujours le même.
Nous constatons, par conséquent, que la loi d'évolution, en tant qu'elle s'applique au monde sidéral, n'est pas une loi progressive en ligne droite, car un pareil développement manque de deux choses : la première qui est la simultanéité parfaite dans son ensemble, la seconde qui serait la continuité indéfinie. Non seulement celle-ci paraît avoir un temps d'arrêt, mais, de plus, on admet une régression qui détruit toute l'œuvre antérieure.
En dehors du point de vue de l'univers pris en bloc, j'ai pensé que, pour se rendre compte du bien ou mal fondé de ces lois d'évolution qu'on prétend retrouver partout, il était nécessaire de prendre des exemples, c'est-à-dire de consulter l'observation au lieu de s'en tenir à des généralités qui, par leur caractère un peu vague, sont éminemment propres à nous bercer d'illusions. Tel est le motif pour lequel je suis entré dans le détail d'un certain nombre de séries de
faits, et alors je me suis trouvé en présence des évolutions les plus contraires, arrivant à constituer une parfaite cacophonie dans les espèces citées. Non seulement il y a la médaille évolution progressive, mais il y a son revers, savoir : l'évolution régressive. Non seulement il y a des évolutions et des contre évolutions, mais il y a des évolutions dissemblables entr'elles, et dont il peut être difficile de dire quelle est l'évolution progressive et quelle est celle qui ne l'est point.
On arrive ainsi à reconnaître que le mot d'évolution veut d'abord dire développement, dans un sens ou dans un autre, et qu'on a aussi groupé sous cette dénomination des faits où, au lieu de développement, c'est précisément du contraire qu'il s'agit. Par exemple, dans la période régressive de Spencer et dans la phase involutive en biologie.
Des réflexions évidemment analogues à celles que je viens de développer se rencontrent chez M. Tarde : « L'hypothèse sans preuve et sans vraisemblance que, malgré la dissemblance des races et des circonstances, toutes les sociétés ont eu le même point de départ et tendent à suivre normalement les mêmes phases (1)... Admettant l'hétérogène initial, je crois à la pluralité des lignes de développement » (2). « Il y a divers types d'évolu-
(1) Transformations du droit, Pi'éface, i et ii.
(2) lùid.j p. VII.
lion : religieuse, politique, économique, esthétique, morale, juridique, au lieu d'un type unique. L'évolution n'est pas une voie, mais un réseau de voies anastomosées » (1). « L'évolution ne suit point un ordre invariable, il faut faire la part de l'accident et des découvertes »(2). « Pour rendre compte de l'évolution organique, Darwin a dû postuler une floraison spontanée et incessante de variétés individuelles, inexplicable fondementde ses explications. A fortiori, toute interprétation de l'histoire humaine requiert ce postulat plein d'inconnu » (3). « En aucune des branches principales du droit ne s'applique la thèse de l'uniformité d'évolution » (4). Trois évolutions différentes en Angleterre, en France et en Allemagne (5). Le mot évolution est trompeur, la continuité n'y est qu'apparente (6). L'évolution est rejetée par les linguistes; les lois admises par eux relèvent de l'imitation (7). « Bien des faits qui doivent paraître des anomalies si on leur applique la formule étroite de l'évolution, sont des conséquences toutes simples du principe de l'imitation » (8). Envahisse-
(1) /bid., p. III.
(2) Ibid., Préface, p. vu.
(3) Ibid., p. 141.
(4) Ibid., p. 162.
(5) Ibid., p. 163.
(6) Ibid., p. 165.
(7) Tarde, Transformations du droit, p. 201.
ment et importation d'un droit étranger par imitation (1),
Ainsi non seulement l'évolution n'est point, d'après M. Tarde, un processus en série linéaire, mais elle comprend des lignes de développement différentes, et surtout on lui a souvent attribué ce qui est le fruit d'un phénomène psychologique, savoir l'imitation. La force de développement inhérente à la nature des choses n'y est pour rien. C'est une autre puissance qui entre en jeu, et qui fait par exemple que la France, au lieu d'obéir à l'impulsion de son passé, en 1789, va emprunter à l'Angleterre un régime et un droit nouveaux. Depuis cette époque, on ne saurait nier que le système parlementaire, malgré des éclipses momentanées et de profondes erreurs d'application, n'ait été pour notre pays un principe d'évolution bien différent de celui de la monarchie absolue.
On le voit, le terme d'évolution, si généralement accepté par nos contemporains, sans qu'ils sachent bien au juste ce qu'il y a dessous, recouvre des choses fort dissemblables et pouvant être contradictoires. Gomme chacun le sait, au dire du monisme on n'est vraiment philosophe que lorsqu'on ramène tout à l'unité dans la nature. Soit, mais il n'y a là rien d'absolument nouveau, car la doctrine de l'Absolu de Schelling, l'Idée de fiegel, avec son processus dialectique, avaient-elles
(1) Ibid., p. 180.
une acception bien différente? La divergence ne porte, à vrai dire, que sur la matière de la connaissance qui est l'être ou la pensée d'après les philosophes que je viens de citer, tandis qu'elle n'est autre chose que l'abstraction mouvement pour le monisme contemporain.
Les considérations auxquelles je viens de me livrer me paraissent mettre en lumière le caractère aléatoire et variable de la prétendue loi universelle d'évolution, et aussi faire surgir, d'une manière manifeste, des éléments contradictoires au sein de la pensée humaine. L'immortel philosophe Kant, en faisant la critique de la raison pure, avait reconnu qu'elle était le siège de contradictions invincibles, d'antinomies, de dualités. Or ce n'est pas seulement dans le domaine de la raison spéculative que la discorde éclate et que la contradiction régne. Hegel avait dû être frappé de ce conflit intime, inhérent à la constitution de l'esprit humain, et avait cherché à y mettre un terme. Pour lui, à la thèse s'opposait l'antithèse et les deux termes finissaient par s'unir dans une commune synthèse, laquelle devenant thèse à son tour, provoquait une nouvelle antithèse et ainsi de suite. Le plus ordinairement la conciliation n'existe point et n'est que fictive. C'est ce que l'on peut aussi reprocher à Proudhon, disciple de Hegel. Dans les Contradictions économiques, le processus dialectique, au sens Hégélien-, est purement verbal.
Ainsi pas de loi universelle en série continue et progressive, appelée révolution, applicable à tous les êtres de la nature. Dans la sphère restreinte de l'humanité, contradictions, antinomies rebelles à toute solution, n'en déplaise au monisme.