‹ La Question ouvrière d'après les principes catholiquesChapitre 12 sur 12 · L. Vel'illo'J", préface de Libres penseurs · texte numérisé non relu

L. Vel'illo'J", préface de Libres penseurs

— 10ÎJ —

Et moi aussi je sens éclater i'anathème de ma douleur à la vue de tout ce qu'on lait pour déchristianiser Tâme de l'ouvrier, pour le soustraire à l'influence de l'Église, pour faire de lui un révolté et un malheureux.

Et, je le répète, le salut pour l'ouvrier est dans ces institutions bénies, dans ces associations vraiment catholiques où il trouvera le moyen d'assurer non seulement le pain de son corps; mais avant tout, car l'homme ne vit pas seulement de pain, le moyen de conserver sa foi, de l'éclairer, de la rendre chaque jour d'autant plus elTective, qu'il en vivra et en fera la règle de toute son activité.

Mais j'entends venir l'objection que bon nonibre d'entre vous êtes tentés de me formuler à peu près en ces termes : t Père, n'oubliez -vous pas que nous ne sommes ici qu'une minorité', et par conséquent nous

^ Je prie le lecteur une fois de plus de se souvenir que ces conférences ont été tout d'abord données aux ouvriers catholiques et français de la paroisse l'Assomption, de Moncton. Or ceux-ci ne sont qu'une minorité, — importante sans doute et chaque jour plus l'espectée, — au sein de la population anglaise et protestante qui l'environne. l)'où la nécessité d'apporter les tempéraments qui s'imposent aux conclusions trop rigoureuses qu'on serait tenté de tirer des principes exposés et soutenus au cours de ces conférences.

aurons beau vouloir nous associer entre catholiques, notre voix ne sera pas assez puissante ni notre influence assez forte pour faire respecter nos droits? d

L'objection n'est que trop juste, hélas! trop bien fondée, je suis obligé de le reconnaître, comme je suis obligé de reconnaître aussi que ce qui est possible dans la province de Québec, où malgré tout l'élément catholique réussit à s'imposer, n'est pas nécessairement possible parmi vous autres, la situation étant de part et d'autre bien différente.

Que faire donc ?

Dans sa maternelle sagesse, l'Église y a pourvu. Cettemême encyclique Sm^w /an g wadam, qui établit si nettement le programme de l'action sociale catholique, prévoit aussi le cas où, en raison des circonstances, il ne serait pas possible à des catholique*? de s'unir sur le terrain confessionnel, en vue de la défense de leurs intérêts professionnels.

Je n'ignore pas que l'encyclique vise surtout le cas spécial des catholiques allemands.

Mais les principes qu'elle pose peuvent s'appliquer également aux situations analogues qui peuvent se présenter ailleurs. Il appartiendra alors à l'autorité diocésaine de juger de l'opportunité de leur application.

Tout d'abord Vie X, ■— et ce sont *jes propres paroles que je cite, — « n'interdit nullement aux catholiques, toute précaution prise, de travailler au bien commun avec les non catholiques, pour ménager à l'ouvrier un meilleur sort, arriver à une plus juste organisation du salaire et du travail, ou pour toute autre cause utile et honnête. Mais en pareil cas, continue le souverain pontife, nous préférons la collaboration des sociétés catholiques et non catholiques, unies entre elles au moyen de ce pacte heureusement imaginé qu'on appelle un cartel. j>

Le cartel dont il est ici fait mention est un pacte transitoire entre deux partis, entre deux groupements électoraux ou professionnels, en vue d'une entente et d'une collaboration sur une question déterminée.

Je citerai volontiers, comme exemple du genre, la collaboration que le syndicat catholique des ouvriers de Grenoble a prêtée aux syndicats neutres et socialistes de cette ville, pour faire aboutir une réforme d'ordre général concernant la fermeture moins tardive des magasins'.

' Cf. Rapport de M"*Poncel au Congrès (l'Ktiides, tenu vn décembre 1918 à îSainl-^tiennc, sous la présidence de Son Éminence le cardinal Maurin, primat des Gaules. (Docutnentatinn cathoUi/ue , 2^1 février 19^19.)

Voilà donc un premier point d'acquis et de tranché.

En ce qui concerne les unions inlerconfessionnelles allemandes, le souverain pontife daigne les tolérer, en raison de la situation des catholiques d'Allemagne, après avoir exigé toutefois que des précautions spéciales fussent prises pour éviter les dangers inhérents aux associations de cette nature.

Voici le résumé de ces garanties :

lo Les ouvriers membres des syndicats interconfessionnels doivent aussi être inscrits dans des associations catholiques d'ouvriers, où ils recevront la formation religieuse, morale et sociale.

2® Les syndicats en question devront s'abstenir de toute théorie, de toute tendance, de tout acte qui ne concorde pas avec les enseignements et les ordres de l'Église ou de l'autorité religieuse légitime.

Qui n'admirerait ici la sagesse maternelle, la prudence prévoyante de l'Église!

Avant tout, ce sont les âmes qu'il importe de sauver, ce sont elles surtout qu'il faut protéger. Et voyez les précautions qu'elle prend pour cela. Voyez xîomme elle se soucie de maintenir l'ouvrier dans cette atmosphère de catholicisme, en dehors de laquelle

son âme ne peut que s'étioler et dépérir.

Parce que, précisément, l'air qu'on respire dans les sociétés neutres est trop souvent contaminé, l'Église veut que ceux de ses enfants que la nécessité oblige à le respirer soient prémunis contre les germes dangereux qu'il renferme. Aussi leur iait-elle une obligation de contrebalancer l'influence pernicieuse que, à leur insu, ils subissent du fait de leur contact avec des personnes étrangères à leur foi, par celle qui se dégage des cercles catholiques bien organisés.

Par ailleurs, corftme il n'est jamais permis de collaborer à une œuvre mauvaise ou de poser des actes que la conscience réprouve, il est également facile de comprendre la sévérité avec laquelle le pape interdit, le cas échéant, d'y participer de quelque manière que ce soit.

« 11 faut monter de nouveau aux tranchées,... aux tranchées sociales! » disait- on tout récemment en plein congrès de la Jeunesse catholique française.

Quelle belle parole ! Quel beau programme d'action pour une jeunesse ardente et désireuse de se dévouer, de se dépenser sans

compter pour la plus noble et la plus sainte des causes!

Je sais tout ce qu'évoque d'héroïsme, d'abnégation, de travail obscur et pénible, ce seul mot « de tranchées ». Ce sont quatre années de glorieuses soufYrances dans la boue, sous la pluie, dans le sang, qui se dressent immédiatement sous nos yeux; mais c'est aussi le prix de la rançon qu'il a fallu payer de la victoire.

Montons de nouveau aux tranchées, aux tranchées sociales ! Là vont se livrer les grands combats d'où dépendent la paix et le bonheur de la société moderne, d'où dépend aussi le triomphe de la justice et de la charité, d'où dépend enfin le règne de Jésus- Christ sur le monde entier.

Montons- y comme le souverain pontife nous y convie : la croix de Jésus-Christ à la main; qu'elle soit notre drapeau, notre signe de ralliement; elle nous conduira tôt ou tard à la victoire. Per crucem ad lucem ! Ne restet-elle pas toujours pour les individus, comme pour les sociétés : « Vita, salus et resurrectio, la vie, le salut et la résurrection. »

Page 1