VI ANARCHISME ET NIHILISME
Faut-il terminer cette revue par deux mots, l'un sur l'anarchisme, l'autre sur le nihilisme?
L'anarchisme ne veut pas plus d'État propriétaire que d'individu propriétaire. En efîet, le mot le dit,^ l'anarchisme est l'absence de tout gouvernement. Ou bien cet étrange système veut nous ramener à l'état sauvage, ou bien il a foi dans cette prédiction de Fichte dont il appelle la prompte réalisation : ce Un «jour viendra où les hommes seront assez conscients (( pour se passer de tout intermédiaire gouvernemen- (( tal dans leurs relations réciproques». Dans le premier cas, c'est un crime. Dans le second, c'est une illusion.
Le nihilisme, enfant de la Russie, donne la main à l'anarchisme, s'il n'est même plus radical. Le nihilisme demande la destruction violente et complète de l'État social actuel, qui est essentiellement mauvais, sans se préoccuper de ce qu'il faudra mettre à la place. Cette préoccupation n'est aucunement nécessaire ; quand tout sera détruit ou qu'il ne restera plus rien (nihil), du sein des peuples jaillira spontanément l'organisation nécessaire, convenable, juste : Qui potest capere capiat.
« la terre avec ses murs de jaspe et ses portes de perles ! C'est le « règne du prince de la paix » !
Voir M. Oit, Traité d'économie sociale, Paris, 1892, tom. i, pp. -153, 491-492; tom. n, p. 29-33.
Mais de récents attentats à Paris prouvent que les anarchistes ne reculent pas plus que les nihilistes devant les plus horribles crimes.
§ VII