NATIONALISATION DU SOL
En présence des difficultés qu'entraîne le collectivisme OU plutôt des impossibilités qu'il présente, on vient d'imaginer la nationalisation du sol, autre système qui est un adoucissement au premier.
(1) Eléments d'économie politique, Paris, 1890, p. 169.
Voir : le Collectivisme, examen critique du nouveau socialisme, par M. Leroy-Beaulieu ; la brochure allemande par M. Richter, du parti progressiste, et traduite en français par M. Villard, Où mène le socialisme, Paris, 1892, brochure très intéressante, car c'est la peinture vive, variée du socialisme extrême ou communisme mis en pratique. - En général, surtout en Allemagne, les socialistes sont collectivistes et les collectivistes sont socialistes.
Nous n"avons envisagé le collectivisme que par rapport à la propriété et à la production. La fui que nous nous proposions ne demandait pas autre chose. Mais le collectivisme foraie, avec le socialisme, un ensemble de doctrines qu'un socialiste allemand, M. Schœffle, a résumées ainsi d'après le fameux socialiste Bebel : «Collectivisme (produc- « tion générale par l'État) dans l'ordre économique; républicanisme « démocratique pur dans l'ordre politique; matérialisme frotté d'un « vernis de science naturelle dans l'ordre de la philosophie métaphysi- « que; optimisme sur la perfection du monde; athéisme en religion. « On peut ajouter encore, toujours suivant Bebel : relâchement des liens « de la famille et du mariage ; éducation de l'État dans l'ordre péda- « gogique ». (M. Leroy-Beaulieu, le Collectivisme, Examen critique du nouveau socialisme, Paris, 1885, Préface de la nouv. édit., p. xiii-
Un Américain, M. Henri Georges, est le père de ce nouveau système. Déjà auteur de plusieurs ouvrages socialistes, il publia, en 1879, son livre Progress and Popertij, Progrès et pauvreté, qui a eu une traduction allemande presque aussitôt, une traduction française en 1887 (1), et dans lequel l'auteur expose très bien la théorie de la nationalisation. Précédemment, il avait donné un résumé de la théorie dans son Oiir Land and Land Policy, livre imprimé, en 1871, à San- Francisco (2). Il avait même fait un voyage à Londres pour œuvre de propagande. Il réussit si bien qu'une société se forma, le LanduatHrallsalion-Socictij, pour l'aider dans son œuvre. Aussi, les idées du socialiste américain ont-elles fait des conquêtes non seulement en Angleterre, mais en Europe.
XIV ). M. Lafargue en France ne raisonne pas autrement que Debel.
Il y a assurément des collectivistes purs, c'est-à-dire qui s'en tiennent à la propriété et à la production: ceux-là doivent être soigneusement séparés des précédents.
(1) La traduction française, l'aris, 1887, est de M. P. L. Le Monnier.
^2) On lit au commencement de la préface : « Les idées ici exprimées « l'ont déjà été brièvement dans un ouvrage intitulé : Our Land and « Land Policy. . . Dés cette époque, j'avais l'intention de les cxpri- « mer d'une façon plus complète; mais l'occasion de le faire ne se pré « senta pas de longtemps ».
A la dernière page de la même préface, on trouve ces autres paroles, au sujet du même Proijress and Pofiertij : « Cet oiivrage a été écrit « entre le mois d'août 1877 et le mois de mars 1871)-, il a été fini d'ini- « primer en septembre 1879 ».
M. H. Georges est né en 1839 à Philadelphie. Imprimeur d'abord, partant ensuite pour la Californie à la recherche de l'or, il s'établit enfin, a[)rcs un voyage dans la Grande-Bretagne, à New-York, dont il déviât nxtire.
cil. II. — SYST. OPPOSÉS A LA PROPR. PRIVÉE 49
En quoi consiste précisément cette nationalisation du sol?
Porter remède aux injustices sociales sans toutefois mettre complètement sous les pieds les facultés et les aspirations de l'homme, tel était le problème que M. H.Georges s'était posé et qu'il résolvait ainsi: l'État est moins propriétaire du sol que de la rente du sol, c'est-à-dire d'une partie du revenu total qui comprend, outre la rente proprement dite, le pri.x^ du travail et l'intérêt du capital ; les possesseurs actuels continueront à exploiter la terre comme parle passé, et, comme par le passé, auront le droit de la vendre et même de la transmettre par hérédité ; mais l'État percevra la rente, ayant soin, toutefois, de leur laisser, à titre de récompense ou d'encouragement, une petite portion de cette rente; ce sera comme impôt que l'État percevra la rente et, cet impôt surpassant de beaucoup les impôts actuels, toutes les autres contributions se trouveront, dès lors, supprimées (1).
M. H. Georges place de grandes espérances dans sa théorie. Mais nous croyons qu'il pourra en attendre longtemps la réalisation : la nationalisation du sol, pour être un collectivisme adouci, n'en est pas moins un collectivisme (2).
(1) Progrès et pauvreté, pp. 312 et suiv.
(2) A la page 525, l'auteur trace les heureux effets du système dans ce style dithyrambique : « C'est l'âge d'or que les poètes ont chanté et « dont les prophètes ont parlé avec de splendides métaphores ! C'est « la vision glorieuse qui a toujours hanté l'homme de ses rayons d'une « splendeur incertaine. C'est ce qu'a vu à Patmos celui qui s'est éteint « dans une extase. C'est l'apogée du christianisme, la cité de Dieu sur